‹ Introduction à la science socialeChapitre 41 sur 63 · Forster. Observations, etc., p · texte numérisé non relu

Forster. Observations, etc., p

3, Parkyn. Abyssinia, vol. II, p. 431.

4. Cruickshank. Eïghteen Years on the Gold Coast of Africa, vol. I, page 100.

Vous plaît-il, au lieu de ces témoignages isolés, de prendre l’opinion d’un homme qui a rassemblé un grand nombre de témoignages? Washington Irving dit à propos de l'accueil amical fait à Enciso par les naturels de Carthagène (sur la côte de la Nouvelle-Grenade), qui quelques années auparavant avaient subi de cruels traitements de la part des Espagnols :

« Quand nous nous rappelons la vengeance sanglante et « aveugle dont Ojida et ses compagnons punirent la résis- « tance naturelle de ce peuple aux envahisseurs, et que « nous mettons en regard l'esprit de clémence et de modé- « ration que montra ce même peuple dans une occasion où « la vengeance s’offrait à lui, nous avouons qu'un doute fu- « gitif traverse notre esprit et que nous nous demandons si « on applique toujours bien à qui de droit le nom, arbitraire « du reste, de sauvage f.

Il est difficile de contester que ce doute ne soit raisonnable, lorsqu'on a lu le récit des cruautés diaboliques commises en Amérique par les Européens, lors de linvasion. À Saint-Domingue, par exemple, les Français faisaient mettre les naturels à genoux au bord d’une tranchée profonde et les fusillaient par fournées jusqu’à ce que la tranchée fût pleine, à moins que pour s’épargner de la peine ils ne les menassent en pleine mer, où on les jetait par-dessus bord attachés en grappes. À Saint-Domingue également, les Espagnols faisaient subir de si horribles traitements aux indigènes réduits en esclavage, que ceux-ci se tuaient en masse. Des estampes espagnoles nous ont conservé les divers modes de suicide usités.

L’Anglais allèguera-t-il que ces actes de démons et des myriades d’autres du même genre ont été commis dans d’autres temps par des races civilisées qui ne sont pas la sienne, et qu'ils sont imputables à la religion corrompue que lui, l'Anglais, répudie? Il est bon, en ce cas, de lui rappeler que plusieurs des faits précités parlent contre nousmêmes, et que sa religion épurée n’a pas empêché sa race de traiter de la même façon les Indiens de l'Amérique du Nord. Nous pourrions le faire rougir en lui racontant les

1 Companions of Colombus, p. 115.

abominations qui se commettent dans nos colonies, de nos jours. Sans entrer dans les détails, il suffira de rappeler un fait notoire, le dernier en date‘. Nous voulons parler des razzias et des massacres qui ont été faits dans les mers du Sud, C’est toujours la même répétition : — trahison à l'égard d’un grand nombre de naturels dont on sacrifie la vie sans pitié; mince vengeance tirée à l'occasion par les indigènes; ceux-ci accusés d’un meurtre atroce; finalement massacre général des naturels, coupables ou innocents,

On voit comment le préjugé du patriotisme peut fausser indirectement les idées, quant aux effets d’une institution. Aveuglés par l’amour-propre national Sur la méchanceté de notre conduite à l'égard des races inférieures et ne perdant jamais de vue ce qu’il peut y avoir de bon dans notre propre manière d'agir; oubliant que ces races inférieures se sont presque toujours admirablement comportées envers nous-mêmes et ne nous rappelant que leurs actions mauvaises, dont nous nous gardons de faire remonter la respon-

sabilité à nos propres fautes; nous surfaisons notre nature,

par rapport à la leur, Et alors, envisageant les uns et les autres en tant que Chrétiens et Païens, nous exagérons le bien produit par les institutions chrétiennes (bien qui est incontestablement grand) et nous n’apprécions pas à leur juste valeur les progrès accomplis en dehors d’elles. C'est chez nous une habitude constante. Nous ignorons, par exemple, les témoignages fournis par l'histoire du Bouddhisme, dont le fondateur inspirait dernièrement au chanoine Liddon les paroles suivantes : « Des chrétiens de bonne foi ne peuvent penser à la vie de ce prince païen sans éprouver un vif sentiment de honte et d’humiliation. » Ignorant tous les témoignages de ce genre, nous ne sommes impressionnés que par un côté des choses. Il s’ensuit que nos idées sociologiques sont faussées, ne correspondent plus aux faits ; en d’autres termes, ne sont pas scientifiques.

Pour montrer quelques-uns des nombreux effets produits ‘sur les autres nations par le patriotisme et faire sentir combien les croyances engendrées par ce sentiment sont perni-

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