‹ Introduction à la science socialeChapitre 47 sur 63 · Œuvres de Paul-Louis Courrier. (Paris · texte numérisé non relu

Œuvres de Paul-Louis Courrier. (Paris

dont l’excès est un malheur pour la France, elle l'encourage, même aux dépens du bon goût.

En dernier lieu, nous ferons remarquer qu’un certain nombre de Français pris parmi les plus instruits, moins satisfaits apparemment que M. Arnold de l’organisation de lAcadémie-type, viennent de fonder une Association française pour l’avancement des Sciences, conçue sur le modèle d'une de nos Sociétés anglaises. Leur prospectus a paru dans la Revue scientifique du 20 janvier 1872; en voici un fragment, débutant par un exposé de la fondation de notre Société Royale.

« Il y avait cinquante-huit membres présents à cette réu- « nion. Chacun d’eux souscrivit, sans plus attendre, une « action de cinquante guinées ; c’est à peu près treize cents « francs de notre monnaie, qui en vaudraient aujourd'hui « bien près de deux mille cinq. Le lendemain, a Société « (Institution) royale de Londres était constituée.

« On sait ce qu'elle est devenue depuis.

« Ge qu'ont fait les Anglais en 1799, d’illustres savants « de notre pays veulent le renouveler aujourd’hui pour la « France. |

« Eux aussi, ils ont jugé, comme Rumfort au siècle der- « nier, que la vieille suprématie du nom français dans tous «les ordres de sciences commençait à être sérieusement « ébranlée, et risquait de s’écrouler un jour.

« À Dieu ne plaise qu'ils accusent l’Académie de cette dé- « cadence ! ils en font presque tous partie eux-mêmes. Mais « l'Académie, qui a conservé en Europe le prestige de son « nom, s’enferme de plus en plus dans la majesté de sa gran- « deur. Elle ne possède ni des moyens d’action assez puis- « sants ni une énergie assez active pour les mettre en œuvre. « Le nerf de la guerre, l’argent, lui manque, et plus encore « peut-être l'initiative intelligente et hardie. Elle s’est en- « dormie dans le respect de ses traditions séculaires.»

Un autre étranger, M. Alphonse de Candolle, a témoigné plus récemment encore, dans son Histoire des Sciences et des Savañts, en faveur des méthodes par lesquelles nous aidons les progrès intellectuels, comparées aux méthodes continentales. La crainte de M. de Candolle est que nous n'abandonnions notre système pour adopter celui du conti-

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nent. Il s'exprime dans les termas suivants sur la science en Angleterre :

« Je.ne vois qu'un seul indice de faiblesse pour l'avenir, « c’est une disposition croissante des hommes de science à « Solliciter l'appui du gouvernement. On dirait qu'ils ne se « fient plus aux forces individuelles, dont le résultat pour- « tant a été si admirable dans leur pays !.» É

Nous trouvons ici un autre contraste parallèle à celui que nous avons déjà signalé. Il en est pour les systèmes anglais comme pour les idées anglaises — dépréciés chez nous, ils sont prônés ailleurs. Tandis que M. Arnold exalte les institutions françaises, les Français, sentant leurs défauts, adoptent les institutions anglaises. Nous avons le droit d’en conclure qu’en dépit de tout son désir de « voir les choses telles qu’elles sont en elles-mêmes, » M. Arnold n'a pas réussi dans le cas présent, et qu’en s’efforçant d’échapper à l'influence du patriotisme, il s’est laissé emporter trop loin par l’anti-patriotisme.

Un dernier exemple des effets produits sur M. Arnold par le préjugé de l’anti-patriotisme mérite qu'on s’y arrête un instant. En évaluant trop haut les institutions régulatrices des autres pays, il est conduit à évaluer trop bas les institutions anglaises dont l’organisation n’est pas celle qui lui semblerait désirable et qui gênent l’action de l’autorité. Nous faisons allusion à ces nombreuses organisations dissidentes caractérisant notre « anarchie » l'antithèse, selon M. Arnold, de la « culture ».

M. Arnold estime qu'en tant que nation, nous montrons une foi exagérée aux mécanismes. à

« La foi aux mécanismes! C’est là, vous dis-je, que gît le. « danger... Qu'est-ce que la liberté sinon un mécanisme? « Qu'est-ce que la population sinon un mécanisme? Qu’est- « ce que le charbon sinon un mécanisme? Qu'est-ce que les « chemins de fer sinon un mécanisme? Qu'est-ce que la « richesse sinon un mécanisme? Qu'est-ce que les organi- « sations religieuses sinon un mécanisme? ? »

Et cette idée l’amène à considérer le désir de voir aboln

1. Histoire des sciences et des savants, etc. 2. Culture and Anarchy, p. 16.

les taxes payées à l’église et certaines restrictions imposées à la liberté du mariage, comme la preuve que les dissidents . ont une foi exagérée aux mécanismes; quant à son propre scepticisme à l'égard des mécanismes, M. Arnold le considère comme prouvé, puisqu'il souhaite une action coercitive plus forte de la part du gouvernement {, préconise la haute surveillance d’une Académie et est partisan d’une église établie! Nous n'avons pas le loisir d'examiner si une Académie, dans le cas où nous en aurions une, approuverait cette façon de parler d’après laquelle une action religieuse volontaire est un mécanisme, maïs une action religieuse coercitive n’est pas un mécanisme. Nous sommes obligé de passer également sur la comparaison établie par M. Arold entre l’ecclésiasticisme et le non-conformisme, par rapport aux hommes qu’ils ont produits. L'espace nous manque pour examiner ce qu’il dit des dispositions d'esprit des deux partis, mais il serait facile de montrer que ses efforts « pour voir l’objet tel qu’il est réellement en luimême » n’ont pas été beaucoup plus heureux dans ce cas que dans les précédents. Nous nous permettrons ici une seule critique. |

Ce qui nous paraît le plus remarquable dans les idées de M. Arnold sur le non-conformisme, c’est qu'elles sont presque aussi étroites que celles des non-conformistes euxmêmes. Les deux manières de voir diffèrent du tout au tout Sous un rapport — l’antipathie prend la place de la sympathie ; mais elles se ressemblent fort pour le manque de lar: geur. Nous pensions que M. Arnold, évitant de tomber dans ce provincialisme de pensée qui caractérise d’après lui les dissidents, jugerait la dissidence, non point d’après son aspect local et temporaire, mais d’après son aspect général, comme un facteur ayant agi dans tous les temps sut toutes les sociétés. Les non-conformistes regardent le non conformisme comme une phase du protestantisme en Angleterre ; nous pensions néanmoins que les études de M. Arnold sur les autres nations, les autres siècles et les autres religions, avaient dû l’amener à considérer ie non conformisme comme une force universelle se retrouvant dans

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