‹ Introduction à la science socialeChapitre 48 sur 63 · Culture and Anarchy, pp · texte numérisé non relu

Culture and Anarchy, pp

toute société; force-qui a son incarnation particulière dans notrepays et à notre époque, mais qu'on ne peut comprene dre qu’en l'étudiant dans toutes ses autres incarnations. Que le phénomène se produise chez les Juifs ou chez les - Grecs, dans l’Europe catholique ou dans l'Angleterre protestante, c’est toujours le même esprit et la même tendance. Chaque fois qu'il y a dissidence avec une croyance reçue, quelle qu’elle soit, il y a non-conformisme, Dire hautement : qu’on est en divergence avec la religion établie, celle qui est l’autorité, et lui faire ouvertement de l’opposition, c’est être en dissidence, qu'il s'agisse de paganisme ou de christianisme, de monothéisme ou de polythéisme. Les attitudes respectives des dissidents et des hommes au pouvoir sont essentiellement les mêmes dans tous les cas; elles amènent toujours les injures et les persécutions. Les Grecs qui emprisonnaient Socrate obéissaient exactement au même sentiment que les catholiques qui brûlaient Crammer, ou les prêtres protestants qui emprisonnaient Bunyan et lapidaient Wesley. Les manifestations de sentiment sont essentiellement les mêmes, les maux qu’elles entraînent sont essentiellement les mêmes, et les bienfaits qui en résultent sont aussi essentiellement les mêmes. N’est-il pas évident que si l’on ne s’écartait jamais de ce qui existe déjà, qu'il s’agisse de politique, de religion, de convenances, ou de n'importe quoi, il ne saurait y avoir progrès ? Et n'est-ce pas un corollaire évident de cette proposition, que les maux temporaires accompagnant la divergence sont plus que contrebalancés par le bien éventuel? La subordination est certainement essentielle, ainsi que le soutient M. Arnold; mais l’insubordination, elle aussi, est certainement essentielle au progrès. Dans un agrégat social comme dans tout autre, il y a deux extrêmes fatals à l’évolution : la rigidité et l’incohérence. Une plasticité moyenne, voilà la. bonne condition. Il faut que d’un côté la force qui réside dans un ensemble d’habitudes et d'idées, dans une organisation établie, soit assez grande pour offrir une résistance considérable au changement, et que de l’autre côté il y ait une originalité, un esprit d'indépendance, une opposition à l’autorité, assez vigoureux pour surmonter peu à peu la résistance. Tandis que le non-conformisme politique qu’on appelle le

radicalisme, a pour fonction de modifier graduellement une catégorie d'institutions, le non-conformisme religieux que nous appelons la Dissidence est chargé d’en modifier graduellement une autre.

Si M. Arnold ne se place pas à ce point de vue, qui n’a rien de provincial et qui le conduirait à regarder les dissidents avec moins d'horreur, cela vient en partie, croyonsnous, de ce que sous l'influence du préjugé anti-patriotique il estime au-dessus de leur valeur les entraves des autres pays et fait trop peu de cas de notre liberté anglaise. C’est un exemple de plus des effets perturbateurs de l’anti-patriotisme sur les Spéculations sociologiques.

Résumons cette argumentation un peu trop longue. Nous avons surabondamment démontré que par le fait de son incorporation dans sa société, le citoyen est dans une certaine mesure impuissant à estimer à leur juste valeur les hommes et les actes de cette société, par rapport à ceux d’une autre. Nous avons fait voir non moins clairement, que le citoyen cherchant à échapper à ces influences de race, de pays, et de localité, qui faussent son jugement, tombe dans un extrême opposé produisant le même effet. Du périhélie du patriotisme il est emporté vers l’aphélie de l’anti-patriotisme, et il est presque certain qu’il se formera des idées qui, au lieu d’être pour ainsi dire circulaires et bien équilibrées de tous les côtés, seront plus ou moins excentriques.

On peut échapper en partie à cette difficulté en basant principalement ses conclusions sociologiques sur des comparaisons tirées d’autres sociétés, à l'exclusion de la nôtre. Mais même alors ces sentiments funestes feront plus ou moins sentir leur influence ; nous ne pouvons pas examiner les institutions des autres nations, sans que les ressémblances ou les différences que nous leur trouvons avec les nôtres éveillent notre sympathie ou notre antipathie. En établissant nos conclusions, faisons de notre mieux la part des erreurs dans lesquelles nous sommes ainsi conduits à tomber. Force nous est de laisser le soin de les supprimer complétement à un avenir où la décroissance de l’antagonisme entre sociétés amènera une décroissance dans l'intensité de ces sentiments funestes,

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