V. — Une objection
Un gaz est donc caractérisé par trois choses : la constitution propre de ses molécules, leur moyenne de libre parcours et leur vitesse moyenne. Le premier élément définit le gaz au point de vue chimique. Le second dépend de la pression, à laquelle il est inversement proportionnel. Le troisième dépend de la température; nul à celle de — 273", il a, à celle de 6°, les valeurs considérables qui sont données dans le Tableau I;
encore ces valeurs ne correspondent-elles qu'à une partie, la plus forte il est vrai, de l'énergie calorifique qu'il y a dans une masse gazeuse donnée, l'autre partie appartenant aux mouvements qui ont lieu dans le sein des molécules ellesmêmes.
Cette manière de concevoir les gaz permet d'établir a priori les faits connus, et d'en découvrir de nouveaux. Lorsque, il y a vingt-cinq ans environ, Clausius en soumit au monde savant le point de départ, consistant dans l'équation (2), on lui opposa une objection qui est quelque peu spécieuse. Si les molécules des gaz et des vapeurs sont animées de pareilles vitesses, disait-on, comment se fait-il que la fumée qui sort du tuyau d'une locomotive ou de la bouche d'un fumeur ne soit pas emportée instantanément? Comment se fait-il encore que ces molécules propagent la chaleur avec une lenteur telle que, dans les expériences de caléfaction par exemple, la vapeur forme elle-même autour de la goutte liquide une enveloppe protectrice?
L'objection a sa réponse dans les raisonnements de l'article IL La Diffusion, la Propagation de la chaleur par conductibilité et le Frottement intérieur ne sont autre chose, la première qu'un transport de matière, la deuxième qu'un transport de force vive invisible, et le troisième qu'un transport de quantité de mouvement visible. Mais ces trois choses ont un seul et même véhicule comme un seul et même support, savoir : la molécule. Le mode de raisonnement qui a été appliqué à l'une d'elles dans l'article II peut l'être aux deux autres. Nous ne le reprendrons pas, nous contentant de dire qu'il fournit, pour le coefficient de diffusion et pour le coefficient de conductibilité, des valeurs qui sont, de même que celle 7) du coefficient de frottement, des fonctions très simples des constantes spécifiques V et L. Ces valeurs sont excessivement faibles eu égard à la vitesse propre de la molécule^ à
raison de la multitude des chocs et des changements de direction que subit celle-ci {voir la dernière colonne du Tableau II); elles sont toutes identiques avec celles que donne directement l'expérience, et cet accord est une confirmation de la théorie de Glausius.
l'atome. 177