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LE CHASSEUR DE GROUSES

Fin août... Voici le moment où apparaît le chasseur de grouses.

Vous l'avez tous rencontré. C'est vers le temps où les courses de Trouville prennent fin, que l'on commence à voir rôder çà et là, sur les plages et dans les châteaux, le tueur implacable de grouses. D'autres, à ce moment, se muniront de modestes permis, pour s'en aller massacrer, à travers nos grands bois et nos beaux champs français, les perdreaux, les lièvres, les lapins, les faisans... Mais, fi donc! Des lapins, et voire des faisans, combien cela est vulgaire ! Notre homme ne dit rien, s'il a de la polilesse, mais il sourit intérieurement. Car

INTRODl CTION A LA VIE COMMl

c'est un gibier autrement rare qu'il tire, lui, une proie bien plus délicate qu'il convoite, une pièce de roi, un butin Cashionable et vraiment distingué — des grouses, en fin, oui, indiscutablement des grouses... Pe

< >n sait ce que sont les grouses : des espèces de perdrix, ni plus ni moins; cependant, on ne les trouve qu'en Ecosse, et quand un homme nous dit qu'il va se mettre en quête de ce gibier prestigieux, il faut entendre qu'il i tout exprès le voyage... Dai l'est

point une petite affaire!

Depuis des années, depuis mêi

vous n'ignorez pas que l'on pense en anglais,

si l'on veut être comme-il-faut. olos

et les petites filles tout à lait très bien n'ont

jamais parlé d'autre langue jusqu'à neuf OU

dix ans, au moins, et ils conservent toute leur

vie une certaine façon dégoûtée de prononcer

onsonùe /\ ce qui est, comme chacun sait,

prême du bon ton. Un jeune homme bien

ut moins profitablement, s'il

ÉPI1IŒS AUX CORINTUIEXS

n'en pouvait faire la demande avec un rien d'accent de Londres. Un jour, il dira, comme au cirque : « Volez-vous marier avec moa? »

Vous pensez, après cela, si c'est éli d'aller chasser les grouses!

On y met le temps, d'ailleurs, et l'on y prend un plaisir qui dure un bon moment. Car le chasseur de grouses ne se décide pas tout à coup, comme ça, à traverser la Manche, pour s'en aller mystérieusement se livrer à son sport favori. En ce cas, ce serait trop tôt fait, et à peine si l'on en parlerait. Tout doux, là n'est point le compte... Mais ce grand sportsman entend bien que chacun en soit averti/ Aussi commence-t-il par déclarer négligemment, un soir, en taquinant son smoking : « C'est la semaine prochaine que je pars pour .. »

Quelques jours après, on entend de nouveau celle phrase, puis bientôt quotidiennement, puis une Cois par heure, voire plus sou- .1 encore...

INTnODUCTIOh A LA VIE COMME-JL-fÂVl

Et ce n'est pas tout : ii y a les souvenirs de voyage, ou prétendus tels. 11 y a — pour peu que l'on ait seulement un peu de lecture — la brumeuse Ecosse, ses montagnes, landes couvertes de bruyères, ses vieilles hôtelleries où Ton met à rôtir la dinde devant un grand feu de sarments, tout en goûtant quelque gin vénérable et terrible. 11 y a le castol romanesque et fuselé, posé au b d'un lac paisible, et la miss aux yeux pensifs, qui vous auront troublé L'espace d'un matin. 11 y a... bien des mensonges, enfin! Mais ne sentez-vous pas de quelle poésie l'on s'entoure ainsi, en fumant son cigare après le dîner?..-. En vérité, cela vaudrait le voyage — si on le faisait!

l'ourlant, voilà, le fait-on? Nous voyons bien, en effet, que les chasseurs de grous< commandent des équipements complets complets, qu'ils ont des culottes court guêtres de loile, des fusils perfectionnés, des valises ravissantes. Néanmoins, vont-ils en

ÈP1TRBS AUX CORIXT/lfAWS

Ecosse? Il arrive môme que nous recevions d'eux des grouses en bourriches. Cependant, Potin ne peut-il les avoir fait venir d'Angleterre, ces bourriches?...

Je soupçonne tous ces fameux chasseurs, ô corinthiens... Vous me direz qu'ils disparaissent pendant le temps voulu pour un voyage en Ecosse?... Et si je répondais que c'est justement cette absence qui me donne le plus à réfléchir?

En somme, voulez-vous suivre mon raisonnement? Eh bien! vers quelle époque chasset-on les grouses? A partir de la fin d'août. Bon.

Maintenant, à quel moment, s'il vous plaît, se nouent les plus tendres intrigues de l'année, aussi bien sur les plages que dans les villes d'eaux, et dans les forêts qu'en montagne? N'est-ce point précisément à cette saison, émouvante entre toutes, où l'automne va' naître, où l'or de septembre se montre, où déjà les violons du crépuscule commencent à jouer en sourdine?

l.\ TA

Et c'est donc justement alors que ces messieurs s'en vont ainsi, tout à coup?

À oe rien celer, je crois que les grouses s'appellent Maud de Chatou, N'inonde Maisons- Laffitte, ou autres noms plus secrets. Et quand un ami m'assure qu'il revient de là-bas, à peine me défends-je de lui demander si portait de la belle dentelle, et si c'est L'Œillet royal » ou au « Jardin de mon curé » qu'elle était parfumée.

- JiS —

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