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S'IL FAUT ÊTRE AIMABLE, ETE

toisie fine et parfaite demande des talents que vos bons parents n'ont pas eu la patience de vous inculquer; d'autre part, on n*y tient guère; ce n'est même pas très bien vu. En revanche, si vous choisissez plutôt la grossièreté, si vous ne prenez garde à rien ni à personne, si vous ne cherchez jamais à ne pas blesser tel ou tel, on finira bien, tôt ou tard, par dire avec une indulgence cachée : « Oui, mais que voulez-vous... ? Ils sont nés dans la pourpre, ils ont été gâtés... ce sont des êtres de luxe, des patriciens... » Vous sentez ce qu'il y aura là de secrètement flatteur.

Pour vous tout particulièrement, Willy, lorsque vous serez marié, j'ajouterai ici un conseil : si la petite millionnaire que vous aurez épousée est réellement affreuse, conseillez-lui teès vivement de dépasser, immédiatement après son mariage, toutes les bornes de l'impolitesse, et pis, de la plus lourde impertinence : qu'elle n'hésite nullement à lancer, si ça lui passe par la tête, les

INTRODUCTION A l..\ VIE COMilB-IL !

plus épais lazzis de corps de garde. Une fois qu'elle aura sans hésitation débuté ainsi, son cas se trouvera admis, entendu, clas Charmé par la fortune qu'elle aura, tout le monde dira : « Qu'elle est mutine, la chère mignonne! » De sorte qu'à la longue, et même si elle n'a ni un liard de culture, ni soupçon de finesse, elle passera peu à peu pour une peste, évidemment, mais si drôle! Et l'on pensera qu'on peut bien être tellement vilaine, quand on a tant d'espièglerie. Donc, tout profit...

Maintenant, une remarque. Mais vraiment, ai-je besoin de la faire9) Il va de soi que, bien entendu, autant vous vous serez montres déplaisants, pleins de morgue, et s'il le faut, grossiers pour le.commun des mortels, c'est-àdire pour les gens que vous ne connai pas, ou dont vous ne savez pas au juste s'ils sont — ou s'ils seraient — reni- par amis, autant tiendrez-vous par contre à témoigner d'une affabilité délirante vis-à-vis

S'IL FAUl ÊTRE AIMABLE. ETC.

trois ou quatre cents potentats, qui forment à Paris ce qu'on appelle le fin du fin, ainsi que vis-à-vis de leurs suites entières.

Mais cela, n'est-ce pas, c'est tellement naturel! Dès qu'un seigneur de la Bourse ou d'ailleurs, fût-ce du Pape, paraîtra, immédiatement, il faudra se lever, s'empresser, être heureux, approuver d'avance, rire aux moindres plaisanteries... Mais encore une fois, on a ça dans le sang, et ma recommandation ne sert à rien, parbleu! Plus Je seigneur sera milliardaire, plus votre physionomie devra marquer d'attendrissement. S'il est avec cela très noble ou très vieux, vous pourrez aller jusqu'à la tristesse presque poétique, lorsqu'il quittera la place. Pour son épouse et ses enfants, même jeu, une ou plusieurs nuances en moins, selon l'âge. Ne vous préoccupez pas d'ailleurs outre mesure de ce que vous leur direz : cela n'a pas l'importance que vous croyez.

Je voudrais bien, ma petite Jane, vous

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glisser à présent un mol furlif... Mais comment effleurer un sujet si délicat pour votre pudeur? Enfin, voyons, entre nous, le vieux Scherzmahn — pardon, Cheersman ! — votre mari, ne peut pourtant pas réalisera souhait toutes les aspirations de votre âme, si j'ose m'exprimer ainsi, ni répondre entièrement à vos jeunes rêveries. La chair est faible, bien faible, Jane... D'ailleurs, Cheersman doit mourir d'un moment à l'autre, avec sa maladie de cœur. Je ne sais si vous vous remarierez aussitôt, car le veuvage est charmant : or, jolie comme vous voici, vous serez très t entre. Vous céderez forcément, je vous supplie môme de céder, car il n'y a point de spectacle plus offensant pour le bon Dieu, qui fit les femmes délicieuses, sinon de voir l'une de celles-ci inutilisée, je veux dire non cae... Bref, en un mot comme en cent, vous prendrez un amant, il le faut bien.

(>r, mon enfant, le choix de ce garçon Si très, très périlleux. De la prudence, grands

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