‹ Introduction a la vie secrèteChapitre 3 sur 11 · Que disent, que chantent, que glorifient · texte numérisé non relu

Que disent, que chantent, que glorifient

ces poèmes nés de l'Homme, ces eaux sancti-

fiées par les invocations des Initiés et par la descente de dieux ou déesses répondant aux prières humaines, enfin chacune des pierres de ces Temples merveilleux, où les Brahmanes dwidjas ou deux fois nés passent leurs années d'initiation quaternaire de novice, de maître de maison, d’anachorète et de dévôt ascétique,

afin de franchir les gradations suprêmes de la

Vie profonde de l’Ame, de la Vie Secrète, et de manifester davantage sur la Terre le Divin dont ils savent prononcer avec vénération le nom d’A.U.M.? (A.UM. monosyllabe sacré,

appellation mystique de la Divinité précédant :

toutes les prières et toutes les invocations; A est le nom de Vichnou, U celui de Siva, M, celui de Brahma.

Les chants, les hymnes, les cantiques de tout ce qui vit dans l’Inde sacrée ne s’adressent pas seulement à À U M, ils rendent gloire aussi à Maïa, le principe féminin de Brahma, la Nature, toute la Matière animée. Tout est

Matière, tout est Vie, tout a une Ame, tout

vibre, et les vibrations n’ont ni origine ni fin,

Le

et ces vibrations sont le Mouvement et l'Esprit - de toutes choses : ainsi par le Mouvement et par Esprit toutes choses sont immortelles, et lors même que les yeux de la chair ne perçoivent pas cette Immortalité, les regards de l'Esprit la contemplent.

- Un philosophe contemporain a écrit : « C’est Pesprit qui est l'Histoire. La cause des change-

. ments dans les religions, les institutions, les philosophies, c’est l’esprit à la recherche de

labsolu ». L'Esprit de l’Inde, au contraire, a

fixé sa Tradition. Pourquoi ? Parce que lini-

tiation hindoue a élargi le domaine du relatif

et l’a étendu bien au delà des conceptions et

perceptions normales auxquelles l’'Européen le

borne.

De nombreux hindous entendent les sons de l’éther, voient l’air pur plein de force naître des flots éthérés et lui reconnaissent les deux

propriétés de son et de tangibilité ; ils perçoi-

vent la métamorphose de l’air en lumière et celle-ci est déclarée avoir la forme pour qualité. Ils voient, entendent et touchent le feu et

prennent de même contact avec l’eau et la

terre, utilisant toutes les qualités de son, de

‘ tangibilité, de couleur, de saveur et d’odeur qu'ils trouvent en ces deux derniers éléments.

« La’ béatitude de l’homme consiste dans le désir qu’il a de Dieu », a écrit Boeme. Nombreux sont les hindous qui vivent cette béatitude, puisque, dans leur science d’aspirer vers le Divin ils le font descendre, animer la Matière vivante ; ils sentent et entendent son Ame — car celle-ci habite toutes les formes de la Substance — et lui répondent. Et nous, Européens, ne pouvons pénétrer l'intimité d’une grande âme hindoue si nous ne savons, auparavant, qu’elle ne cesse jamais de communier

avec l’Ame de la Divinité, la cherchant et la

trouvant en elle-même et en toutes choses.

3. — L’initiation des Brahmanes est quaternaire : le but vers lequel ils tendent est la Suprême Sagesse, le détachement des choses inférieures, le renoncement aux béatitudes d'ordre matériel, la science, la connaissance de tout ce qui rapproche de la Divinité, de la

Vie Secrète, par la méditation, la contemplation, l’extase.

Comme la mentalité de l’Européen est éloignée de cette tendance, contraire même à cette aspiration profonde de tous « Richis » ou « Maharchis », saints personnages d’un ordre supérieur. Et, cependant, le tumulte de nos villes n’a pas complètement étouffé ce qui relève de la vie propre de l’âme. Qui de nous, aux heures crépusculaires, lorsque les préoccupations les plus fortes, les plus soutenues ont cédé devant la nécessité du repos, lorsque l'effort le plus tendu s’est relâché, qui de nous ne s’est entendu appeler par une voix intérieure, intime, voix de l'Esprit inquiet, insatisfait, emprisonné, méconnu, outragé ? Et une brusque tristesse, une nostalgie soudaine, un vide que, semble-t-il, rien ne pourrait combler s’empare de nous. Heures précieuses, heures dont nous devrions fixer le souvenir afin de devenir ca- - pable non seulement d’entendre de plus en plus souvent cette Voix qui est celle de notre Moi véritable, mais d’écouter son conseil, de lui répondre, de garder contact avec Elle.

Cette voix descend-elle d’un inaccessible

lointain, d’un Dieu personnel, d’un Etre, d’un

Ange incarnant quelque attribut divin, ou d’un

Principe impersonnel, tel un Eden de rêve, lieu

de délices dont le souvenir confus hante les âmes mystiques sous forme d’images évoquant

les époques bénies de l’âge héroïque et de l’âge d’or. Cette Voix serait-elle plus personnelle-

ment, plus mystérieusement, plus intimement,

une Force insoupçonnée qui habiterait l’homme, Force dont l’action constante sur la Vie, sur l’Intelligence, sur la Volonté de lindividu ne peut se révéler à celui-ci qu'aux heures des longues méditations sereines, de concentration, de recueillement. Alors, cette Voix apparaît comme une autre Incarnation de soi-même, l’homme ne se reconnaît plus avec ses gestes quotidiens, son activité intense, son masque grimaçant ou son naturel aimable mais tout extérieur. Les manifestations superficielles, les aspects de la surface du corps pâlissent, s’estompent. Et, en une montée confuse, chaotique au début, tout ce qui de lêtre n’a jamais vécu, ne s’est pas épanoui, s’est

trouvé comprimé, refoulé, tout ce qui a été consciemment ou inconsciemment négligé, ou-

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