‹ Introduction a la vie secrèteChapitre 5 sur 11 · ST RON · texte numérisé non relu

ST RON

plein de piété au Divin dans la Nature. C’est pourquoi tout le caractère de relativité qui appartient aux aspects innombrables de l’Activité Humaine se retrouve aussi dans l’Art.

Qualifier l'Art est simplement le voir tel qu'il se manifeste : grossier ou pur, dégénéré, morbide ou sain, exaltant toutes les facultés de l’homme, flattant, exaspérant les impulsions basses ou s'adressant à la sensualité dans ce qu’elle a de noble, nourrissant les désirs les plus élevés, les plans supérieurs de la Raison. Comme elle est vraie, cette pensée de La Bruyère :

€ Il y a dans l’art un point de perfection comme de bonté et de maturité dans la nature : celdi qui le sent et qui l’aime a le goût parfait ; celui qui ne le sent pas, et qui aime en deçà ou au-delà, a le goût défectueux. Il y a donc un bon et un mauvais goût. »

Comme il y a un art humain et un art antihumain. Celui-ci aboutit à la destruction, à l’anéantissement de tous les ressorts de la machine humaine. Celui-là ordonne de Vivre de vivre avec toute la chair et toute l’âme, il magnifie la volupté, il enrichit le raisonne-

ment le plus méthodique et le plus subtil de toutes les nuances, de toutes les gradations de la sensibilité, de l’instinét qui conserve son rôle formateur et reproducteur de Vie. L’Artiste, à l’heure merveilleuse de la Fécondité, lorsque l'Esprit modèle la Substance, se révèle à lui-même, avant de la confier aux autres, la Science qu'il a acquise de la Vie, la place qu’il assigne au fini dans l’Immensité, la qualité des différents plans de Beauté que l'Homme peut et doit atteindre.

3. — Ces différents plans existent, Sachons être attirés vers ces plus hautes régions de Spiritualité où toutes choses ne sont vues qu’a- vec la sérénité et la puissance du regard contemplatif, où la Vie se manifeste dans son sens d’éternité et de perfectibilité indéfinie. Appre-

nons à gravir les marches de cette nouvelle

échelle de Jacob, et comme Saint François de Sales l’a écrit : « Les anges ont des aisles sur l’eschellfe de Jacob, mais ils ne volent pas, ains

montent et descendent par ordre, d’eschelon en eschelon. »

Les marches représentent les multiples degrés de nombreuses séries. Les degrés inférieurs pénètrent profondément la Terre, les degrés supérieurs plongent loin dans le Ciel. Aucune solution de continuité, le corps, l’ossature à la base, avec tous les appels de l'instinct à satisfaire, puis le merveilleux domaine des énergies passionnelles, le plan des manifestations intellectuelles, et, au sommet, dans les marches qui deviennent progressivement invi-. sibles, les régions des aspirations spirituelles, des élans mystiques vers ce qui défie le Temps, vers ce qui demeure. Les artistes qui, par la sensitivité, l'inspiration, sont parvenus à cette plus haute Terre où la Beauté se dévoile graduellement sous ses Formes les moins éphémères, sont précisément les mystiques. Ils chantent et glorifient ce qui est le plus stable dans la Nature, ce qui résiste à la mort ; ils peuvent dire avec Lamartine : « Mourir n’est pas mourir ; mes amis, c’est changer » car ils ont connu ce glorieux Aspect où la Vie se présente comme une construction constante

dans un incessant renouvellement possible et non comme un enchaînement de manifestations maudites sur lesquelles pèse la douloureuse Fatalité de séparations et de déchirements inéluctables (*).

RP en NN Le OS PURE NE Tr RE RE

(*) Cependant, il est un mysticisme dans l'Art qui peut troubler, déséquilibrer l’être en rompant l’harmonie devant exister entre le corps ou ossature et l’âme ou aspiration spirituelle.

L'Humanité possède des œuvres appartenant au plan de l’énergie passionnelle, mais d’une telle grandeur humaine par l'intensité d’expression, l’enfantement si prodigieux d’un monde de souffrances, de joies, de déchirants appels de cœurs meurtris par les angoisses de l’amour, que l'aspect mystique prend forme en elles.

Ainsi «Tristan et Yseult», cet hymne d’amour wagnérien, qui retentit comme un grand cri de désespérance et s'éteint dans l’espoir en une félicité éternelle. Mais la passion de Tristan et d’Yseult rappelle trop la « voluptueuse fureur, l’appel à la mort qui seule peut le mettre en la possession absolue de son Divin amant >» des cantiques de sainte Thérèse. Dans la vision qu’ont les Amants d’un audelà réparateur, le mysticisme prend le caractère du renoncement, de la Mort invoquée dans le délire de l’extase amoureuse.

Mais il existe aussi dans l’Art cette forme mysti-

4. — Pour organiser son Esprit, afin de se forger une Ame, l'Homme doit apprendre à rester pendant des heures sur les Cimes où ses visions se purifient et d’où son Etre descend moralement renouvelé. « Il n’y a rien de plus beau que de s’approcher de la Divinité et d’en répandre les rayons sur la race humaine. »

Mais celui qui ne s’est pas transformé ne peut agir, selon la Sagesse, en grandeur régénératrice sur son entourage. La contemplation du

que supérieure, faisant naître en l’homme une exaltation saine, fortifiante, purifiante, un désir de vivre dans la Joie, un sentiment d’agrandissement de lui-même qui fait comprendre cette pensée de Spinoza : « La joie est le passage d’une perfection moindre à une perfection plus grande ».

Parmi les plus belles œuvres humaines où l'Amour est célébré avec toute l’ardeur de l’élan mystique contenue par la volonté de réaliser le Bonheur icibas, dans le plan des Béatitudes terrestres, le « Cantique des Cantiques >», de Salomon, est peut-être le chant le plus sublime, celui qui incite l’homme avec le plus de puissance, à forger une Vie plus heureuse, plus juste, plus haute.

A notre époque, la musique est, de tous les arts, souvent le plus « mystique ». Et puisque nous parlons de < musique », sachons l’acception plus profonde que

Beau doit devenir une action intérieure qui épanouisse et transforme.

Frères et sœurs, en parcourant les salles d’un musée, vous vous êtes certainement, plus d’une fois, arrêtés devant les œuvres de sculpture assyrienne et égyptienne, devant ces chefs-d’œuvre qui en imposent par leur expression, évoquant, dans le calme, des mondes spirituels et par leur masse construite avec une solidité ayant défié les siècles. Et vous

les anciens donnaient à ce mot. Chez les Egyptiens, il signifiait l’art de faire descendre dans le plan sensible ce qui appartient au monde de l'Esprit, de l’Intelligence pure. Pythagore et Platon nous apprennent que la Science Initiatique distinguait une musique contemplative, — l'astronomie ou harmonie. du Cosmos et l’arithmétique ou harmonie du nombre en faisaient partie, — et une musique pratique, comprenant aussi la Poésie qui, dans son essence et sa manifestation première était sacrée, mystique. C’est pourquoi l'invention de la musique a été attribuée à de Grands Initiés : à Hermès ou Osiris, en Egypte, à Fo-Hi en Chine, à Brahma dans l’Inde, à Apollon en Grèce.

Nous reviendrons, plus loin, sur le sens le plus secret, le plus initiatique qui appartenait, dans l’antiquité, aux mots « mystique » et « musique ».

avez aussi longuement fixé, dans les vitrines, des panneaux de taille modeste couverts de figures humaines et animales où le relief de l’ensemble et la minutie des détails ne font que contribuer à rendre plus saisissants encore les reflets puissants de la vie intérieure des personnages. Près de ces panneaux, des figurines, des statuettes représentaient des pharaons, des rois d’Assyrie ou des chefs dont le rang hiérarchique devait être très élevé si nous jugeons leur maintien, leur dignité faite de force vitale et intelligente, leur regard qui est un ordre, leur geste qui est un commandement.

Je me souviens d’une très petite statue que je vis ainsi et qui produisit sur moi une impression profonde. Elle figurait un monarque marchant. De l’allure, des bras collés au corps, des poings fermés sur les cuisses, du buste large, de la tête droite, émanaient une telle puissance de volonté, un tel empire sur soimême, une telle mise en valeur consciente de toutes les facultés intellectuelles et morales, que je ne pus m'empêcher de pousser ce cri intérieur: Oh! quelle splendeur de synthèse d’ê-

tre ! Il semblait en regardant cet « Homme »

réalisé qu’il n’eût pas été contraire à la vérité de dire : il n’y a pas un tressaillement de nerf, pas un raidissement de muscle, pas une manifestation d'ordre sensible ou passionnel qui ne soient soumis au contrôle des forces qui appartiennent aux degrés supérieurs de l’âme, pas un acte, pas une conception qui ne soit accomplie ou formulée dans le but de l’utilité spirituelle la plus haute. Splendeur de synthèse d’être, ai-je dit, oui, de cet être qui a mis en pratique constante dans sa conduite non seulement le « Age quod agis » — Fais ce que tu fais — des anciens, mais aussi le « Unum agere » — ÂAgis avec ton moi unifié.

Quelle différence avec les œuvres de notre civilisation occidentale moderne ! Oublions ceux dont l’orgueil, le souci de flatter le goût des contemporains, la recherche laborieuse de l'originalité sont les seules richesses de l’être. Voyons les productions qui comptent, celles qui, plus tard, traduiront le mieux le caractère de notre époque, qui serviront de critériums au jugement de la postérité. Les attitudes sont tourmentées, les énergies demeurent

nerveuses, manquant de sérénité, l’impulsion domine, l'instinct — cette force intérieure qui commande à la conduite des animaux et de leurs maîtres, les hommes-animaux, mais où n’entrent, en aucune part, les capacités d’organisation, de classification, d'évolution, de hiérarchisation qui relèvent de lesprit humain éduqué. Mais examinons un ouvrage qui symbolise l’idée du Bien, du Beau, représente les grands sentiments de Joie et de Douleur Humaine dominés par la Raison. L’artiste, certes, a donné tout de lui-même, sa probité, sa sin- cérité, son talent de premier ordre ; cependant, lorsque nous comparons la puissance d'harmonie qu’il a su manifester à l'expression des intensités des Vertus de l'Homme telle que la rendaient les maîtres égyptiens et assyriens — Je créateur moderne semble un élève encore, l'équilibre qu’il a conçu manque de la connaissance, de la conscience de lui-même, et c’est pourquoi cet équilibre reste à l’état d’intention et non de réalisation ; le moderne s’est montré incapable d'atteindre à la Plénitude qu'à su faire vivre son Maître antique. On manifeste ce qu’on est : « Si tu veux réaliser

une grande œuvre, forge-toi une grande âme », a écrit Gœthe.

La connaissance, la conscience de cette Plénitude qui constitue la Vie Spirituelle, l'artiste en a peut-être le principe, les germes, mais ceux-ci non cultivés n’ont pu s’éveiller, s’épanouir. L'artiste, l’homme moderne, — à part quelques rares sensitifs — n’est pas né à la Vie Spirituelle. Qu'est-ce que la Vie Spirituelle ? Qu’est-ce que la Vie de l’Ame ?

5. — L’Ame ! Est-ce une essence immatérielle, impérissable, pénétrant l’homme à sa naissance, lui donnant ces qualités, ces vertus, cette conscience de son origine divine qui le distinguent non seulement des animaux, mais aussi des végétaux, des minéraux et qui, à la mort, abandonne la matière vile qu’elle a animée, perdant définitivement tout contact avec elle ?

Je ne conçois pas ce principe immortel des-

cendant éveiller à la Vie une substance matérielle vouée à la désagrégation et à la décomposition et repartant ensuite pour des régions indéfinissables sans autrement travailler au destin de la chose physique, du corps. Et l’Enseignement Initiatique possède les bases d’une connaissance de la constitution de la Substance qui vont nous permettre de trouver en l'Homme tous les éléments nécessaires à sa naissance à la Vie Spirituelle, Nous apprenons ainsi que le corps humain est quaternaire, formé de quatre enveloppements successifs de matière de densité décroissante. « Et cette classification quaternaire », est-il écrit « a été adoptée parce qu’elle permet le maximum d’adéquation au réel et de distinction progressive dans l’étude et l’expérience, avec le minimum de complication. En effet, toute classification a une part d’arbitraire, car toute science est un langage et il y a une infinité de manières de s’exprimer. Mais une classification diffère d’une autre en valeur organisatrice, en simplicité, en clarté, en logique, en profondeur et en utilité. »

Page 1