‹ Introduction a la vie secrèteChapitre 7 sur 11 · PACIFIC SCO A LA VIE SECRÈTE · texte numérisé non relu

PACIFIC SCO A LA VIE SECRÈTE

du vin que j'ai préparé. » pole cet appel évoque-t-il en ma pensée l'ivresse de Noé ?

Parce que le mot hébraïque «charem» ne signifie pas seulement «vigne» «vin». La racine du terme veut dire «tout ce qui se meut de bas en haut à la manière d’une flamme». Le sens mystique du terme est donc «mouvement sublime de l’entendement». Les Grecs ont tiré de «charem» le mot «armonia», l'harmonie ou rapport de balancement devant exister entre les lois de la matière charnelle et de la matière spirituelle. Moïse écrivait dans la genèse que Noé s'était trop abreuvé des productions élevées de la Spiritualité.

12. Vivre selon la Force Spirituelle, c’est continuellement sustenter en soi les principes nobles « se mouvant de bas en haut à la manière de la flamme » C’est vivre, après avoir acquis l’empire sur soi-même, selon la compréhension des causes les plus profondes des problèmes de la vie, dont on détermine par logique les différents aspects ou dont on saisit par l’intui-

tion le nœud mystique. (J’appelle nœud mystique, le point central, le cœur même de tout élément vital où un ensemble de forces, actuellement occultes, lie comme avec un nœud les enveloppes les plus voilées cachant l’essence même de l’élément. Seules des études graduées selon l'initiation traditionnelle peuvent permettre de dénouer un à un les liens qui unissent ces revêtements profonds. Le nœud de Midas dissimulait un grand enseignement spirituel. Et peut-être Alexandre-le- Grand eût mieux gardé le vaste empire conquis par lui, ne mourant pas à trente-trois ans, s’il n’avait point tranché le nœud gordien avec son épée !)

Vivre selon la Force Spirituelle, c’est cultiver en soi la Sénénité afin de pouvoir pénétrer les secrets des merveilles qui nous entourent, percevoir le rayonnement subtil qui se dégage de toute forme vivante, rayonnement fait de tout ce qui vibre dans l’intimité vitale de chaque cellule, de chaque molécule, de chaque atome, car la vibration est la Vie, et la Vie est partout, dans les quatre grands règnes constituant le corps de la Nature. En spiritualité, l’homme lit des évocations sublimes, sentant

que les langues de la Terre peuvent revêtir de magiques symboles célestes, et entend la voix de nouveaux puissants Précurseurs, Prophètes dont les paroles comme l’écrivait Boehme :

« — Contiennent la lettre vivante de Dieu animant la lettre extérieure, l'Esprit dévoilant la « Signature » et faisant comprendre comment Il s’est manfesté hors de l’Essence, par le Principe, dans le son et avec la voix. »

13. Frères et Sœurs, devant vous se déploie maintenant toute l’étendue de l’activité infinie de l’homme qui vit selon l’effectivité de ses forces intellectuelle et spirituelle revêtues par la Force vitale évoluée. Mais dans quel but recherchons-nous tous ces grands accomplissements de la Manifestation quaternaire supérieure ? Manifester pour se retrouver soimême, se connaître, vivre la satisfaction égoiste de posséder une Lumière, une Puissance grandissante ? Non ! La fin que se propose le néo-

phyte est d'utiliser sa Connaissance pour le Bien de la Terre et de l'Homme. Travailler à la transformation de son entourage humain et terrestre, vouer ses Forces à cette Œuvre Sainte — qui le pourrait.sans répon-

dre à l’appel de la Force Pathotique, sans Aimer ?

Il a été écrit: « — La prescription — repeuplez la terre, subjuguez la, exercez sur elle votre empire — est éternelle. Et quand, par notre intelligence et notre travail, nous aurons vaincu la Mort, quand les Formations pourront se perfectionner sans se dissoudre, alors ce sera l’œuvre de l'Homme, devenu divin et humain, de doter la Terre de ses propres Forces pathotique, spirituelle, intellectuelle et vitale, de subjuguer en lui-même et en ceux dont il aura la garde, tout ce qui empêcherait leur évolution, de dominer par sa connaissance et sa puissance reconquises, l’air, les eaux, les feux et toute la Terre, depuis sa surface jusqu'aux degrés les plus raréfiés, depuis les minéraux les plus denses jusqu’au centre de la Force pathotique ».

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14. Le Pathotisme ! Etat supérieur de la Substance qui vibre, répond à l'Amour, Origine des Origines, Première Manifestation concevable de ce qui, pour les néophytes, est l’Impensable. L'Amour se répand par le Pathotisme qui devient la cause de l’ordre, de l’équilibre dans tous les degrés de la Matière, dans tous les mondes.

Méditons sur l’Ether universel de la Science actuelle, Esprit, substance mobile et active dont les fonctions principales sont l’électricité, le magnétisme, la lumière, la chaleur et sur Ja Masse universelle, Corps, Substance inerte et passive dont les fonctions principales sont, toujours d’après les savants modernes, la gravité, l’inertie, l’affinité élective chimique. Un peu du mystère des noces divines nous sera-t-il peut-être révélé alors ? L’Ether Universel pénètre la Masse universelle, l’électrise, la magnétise, lui donne lumière et chaleur, le fait naître à la Vie intégrale. Et cet éveil à l’Activité universelle, cette pénétration, cette fécondation souveraine a lieu au nom d’un Principe pur, de FAmour gouvernant et l'Esprit et le Corps !

Rabindronath Tagore ne l’a-t-il pas chanté dans ces lignes :

— « Le même fleuve de vie qui court à travers mes veines nuit et jour court à travers le monde et danse en pulsations rythmées. C’est cette même vie qui pousse à travers la poudre de la terre sa joie en innombrables brins d'herbe, et éclate en fougueuses vagues de feuilles et de fleurs. Je sens mes membres glorifiés au toucher de cette vie universelle. Et je m’enorgueillis, car le grand battement de la Vie des âges, c’est dans mon sang qu’il danse en ce moment ».

L'Amour ! Le Pathotisme — terme traditionnel initiatique, la Sympathie, l'Affinité. Cause des causes dans le Macrocosme, il est le mouvement initial, lElan engendreur, le Courant le plus subtil perméant, unifiant tous les autres et leur donnant à tous leur raison d’être ! Quelle serait la Vie humaine si l’Intelligence ne la distinguait pas de celle de la bête ? Quel serait le rôle équivoque, inférieur de lIntelligence si la Spiritualité ne lui apprenait à servir l'Equilibre ? Mais quelle diminution, quelle sécheresse, quelle étroitesse dans les manifes-

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tations intelligentes et spirituelles de l'Homme si la Force d'Amour, si le Pathotisme, cette Essence le plus raréfiée, ne venait donner, avec le sens le plus large, l’envergure la plus grande à toutes les réalisations coordonnées par Elle, des Forces plus denses, spirituelle, intellectuelle et vitale.

« — Toute vie et tout mouvement, la raison et les sens ont leur racine dans le soufre qui est à la fois le désir de la Nature et celui du plaisir libre », a écrit Boehme, et nous lisons aussi « que les gestes d'expansion sont dynamogènes et que les gestes de concentration sont inhibitoires ».

15. — Sachons nous recueillir, apprenons à nous concentrer, à calculer la portée de notre parole et de notre geste, mais ne craignons pas d'ouvrir toutes grandes les baies de notre maison sur les horizons sans bornes où roulent éternellement les vagues voluptueuses, libres et audacieuses du vaste Océan de la Vie d’A-

mour. Basons notre Vie sur la Mesure, l'Ordre, la Rectitude, au nom de la Spiritualité. Mais donnons-nous à l'Homme et à la Terre, donnons-nous pour recevoir davantage, car dans le dynamisme de l’expansion généreuse l’appel est plus vibrant, l'aspiration plus puissante vers les Forces Universelles.

Se donner, Aimer ! L’abnégation nécessaire à l’accomplissement de toute grande Œuvre, l’impersonnalité qui, dans le déséquilibre actuel du Cosmas, est sacrificielle et sans laquelle la Puissance impersonnelle d’'Harmonie ne pénétrera jamais aucun des mondes ni aucun de leurs habitants, est impossible chez un être qui ne se donne pas à l'Homme et à la Terre. Impersonnalité sacrificielle ! Il ne s’agit pas de la moindre atteinte au principe sacré de la Vie, de la perte ou de l’aliénation d’un état ou d’un degré de l'être humain. Seul celui qui se donne sait la nature du sacrifice qu’il consomme, lorsque la Force Pathotique rayonnée et transmise par lui n’est pas sentie, comprise, reçue comme elle devrait et pourrait l’être !

16. — Frères et sœurs, la Force Pathotique se trouve au centre, au cœur même de la Force Quaternaire dont je vous ai dépeint quelques aspects principaux. Privés de la Force Pathotique, l'Esprit, l’Intelligence, la Vie demeurent des principes incomplets, mortels. De même l’Amour a besoin de la Spiritualité, de la Raison, de l’Illumination de la Vie pour se manifester sur la Terre, sur toutes les Terres.

Vivez l'Amour ! L'Amour est la Base, la Substance aimantée, l’irrésistible Attraction, il est la Puissance génératrice des atomes, des molécules, il constitue l’indissoluble lien des éléments constituants de toutes les Formes, il associe, homogénéifie, il est l’origine Sainte des unions éternelles, la réalisation de la Dualité Sacrée de la Femme et de l'Homme, il préside à la naissance des Soleils et lorsque les mondes se séparent de ces Astres de Lumière, l'Amour est le glorieux Souvenir qui rattache les univers naissan{s à leur centre émanateur, l’indestructible Contact grâce auquel les Soleils dissiperont graduellement les ténèbres obscurcissant les Sphères nouvelles de Vie.

Vivez selon l’Amour ! Il n’est pas vrai de

dire que du choc des Idées jaillit la Lumière. Tout choc engendre une opposition, d’où con- . flit. L'intelligence que l’Amour n’a pas universalisée demeure un principe personnel dont la tendance est de prévaloir. L'intelligence non impersonnalisée est l’origine des guerres : le désordre, le meurtre, le chaos ne produisent que chaos et déséquilibre. C’est de la communion des Sentiments que naît la Lumière.

Un être qui vibre à une émotion pure, qui se laisse toucher par les Hymnes de Joie chantés à tout instant par toutes les cellules et tous les univers qui fécondent et enfantent la Vie, cet être ouvre son intelligence à l’influx de la Force Pathotique Cosmique, à la Vérité, à la Lumière universelle et ses conceptions les plus cristallisées cèdent.

Vivez selon l'Amour ! Admirez la Beauté sous tous ses aspects, Elle habite tous les hommes, Elle resplendit dans tous les plus grands spectacles de la Nature. Elle est partout. Sentir la Beauté de tout ce qui vit, c’est Aïmer. Eros naît de la vision, il vient du dehors en s’introduisant par les yeux », a écrit Platon.

Aimer, c’est savoir s’abandonner aux grands

élans, c’est ne pas craindre les transports, les extases, c’est échapper à son égoïsme en brisant tous les moules qui font du moi une prison haïssable, c’est boire le nectar qui procure les saintes ivresses durant lesquelles se

révèle le Bonheur promis à la race humaine.

— « C’est quand le nectar l’enivre et lui ôte la raison que l’âme est transportée d’amour et qu’elle s’épanouit dans une félicité qui met le comble à ses vœux. Mieux vaut alors pour elle s’abandonner à cette ivresse que de demeurer plus sage », lisons-nous dans Plotin.

Et « les plus sages », a dit Omar Kayyam, « sont ceux-là qui s’enivrent sans vin » !

Vivez selon la Force Pathotique. L’effort sera moindre pour vivre toute la splendeur de la Force Quaternaire réalisée.

Du redressement graduel de la mentalité humaine. — De la faculté intellectuelle et de la capacité mystique. — L'homme est un formateur et un produit. — Du destin indi-

viduel au Destin Cosmique. — Déterminisme et liberté. — Le Moi réside dans l'Intelligence ; l’« Intelligence est Dieu ». — Etymologie du terme « mystique ». — De l'être mystique. — De la «leçon intérieure » des choses. —— Les pouvoirs du Psycho-Intellectuel.

1. — Dans l’œuvre si difficile du constant travail sur lui-même que l'initiation traditionnelle recommande au néophyte, en vue

du développement de ses facultés effectives, atrophiées ou latentes, le redressement graduel de ses conceptions par une transformation progressive de son mode de penser est peut-être l’effort sur lequel son désir, sa volonté doit porter le plus. Car l’une des causes du Mal, du Déséquilibre dont souffre l’'Humanité réside dans la manière différente de comprendre certains principes premiers, raisons des choses, et dans les interprétations diverses, parfois contraires, données par l’homme à leurs effets ou manifestations normales du Réel. Et pourquoi, le plus souvent, ce défaut d'harmonie dans la mentalité collective humaine ? Parce que l’être qui ignore la discipline initiatique revient avec peine sur la représentation, sur l’idée qu’il se fait de ce qui est, n’écoute pas toujours son semblable avec le désir de pénétrer sa pensée, de s’instruire dans des échanges d’autant plus féconds que ses semblables sont plus sincères dans la recherche du Vrai. Et aussi parce qu’il n’ose pas ou ne sait point s'interroger et jeter un regard contemplateur sur sa conscience afin d’apprendre à penser par lui-même et à fixer son at-

tention sur les sensations et sentiments Îles Eius fugitifs provoqués en lui par le contact avec le monde: extérieur.

La fin que le néophyte doit se proposer est la maîtrise de lui-même pour que sa vision, son jugement se corrige grâce à une plus grande souplesse, une meilleure adéquation au réel, un état d'âme plus réceptif. Il pourra ainsi profiter davantage de tous les contacts précieux que fournit la Vie, sa présomption diminuera et de nombreuses causes de mésentente entre lui et ses semblables disparaîtront, car, donnant de la rectitude à sa faculté de comprendre, il classifiera, hiérarchisera les actions et réactions dont il est le sujet et l’objet et se rendra mieux compte de la Vérité. Marc-Aurèle a écrit :

— « Supprime lopinion, tu as supprimé cette plainte : on m'a fait du mal, — supprime la plainte : on m'a fait du mal, et le mal même est supprimé. »

Les armes qui peuvent servir à notre perfectionnement nous habitent, çdevenons assez lucides et sincères pour les découvrir.

2. — Dans ce but, étudions les facultés intellectuelle et mystique de l’homme, en essayant de montrer l’unité qui existe entre ces deux capacités humaines qui, évoluées, se confondent. Nous voudrions faire comprendre que l’intellectualité et le mysticisme, — ces deux pouvoirs que l’homme, dans son ignorance, a séparés, accordant une place trop grande à l’un, méconnaissant l’autre et tombant dans de graves erreurs à son sujet, — ne sont que deux aspects égaux de la même Faculté supérieure psychique-mentale de l’être humain. Le mysticisme est impossible sans lintellectualité et celle-ci n’est graduellement réalisable dans l’humanité que par le mysticisme. Nous ne vous proposerons pas des formules, vous les dégagerez vous-mêmes, si vous le croyez nécessaire ; nous fournirons quelques indications sur des vérités élémentaires dans l’espoir qu’elles aideront chacun à concevoir et percevoir mieux la Vérité Une autour de laquelle tous les êtres, toutes choses évoluent et que si peu sentent, admettent, méditent.

3. — Qu'est-ce que la faculté intellectuelle ? Elle est la capacité de comprendre spontanément, de connaître intuitivement ou logiquement, elle est la discipline de l'effort pour pénétrer davantage le pourquoi et le comment des choses, la puissance de revivre une à une les formules sur lesquelles l’homme établit le vrai, base de sa conduite, lorsqu'il a compris ou senti que ces expressions anciennes ne satisfaisaient plus son être profond se transformant, évoluant. L’intellectualité est cette aspiration supérieure faisant naître dans l’esprit un besoin de vérité sans cesse contrôlée et un désir de justice courageusement, héroïquement mise en pratique parce que le juste est l’application du vrai.

Certes, la raison humaine ne peut concevoir qu’une faible partie des aspects innombrables du Réel.

— «Il ne paraît pas qu’un homme puisse parvenir à connaître comme il le faudrait ce qui est absolument certain », a dit un penseur grec.

Et cependant l’être humain ne cesse de tendre sa pensée vers cette Certitude, cet Absolu

dont il peut méditer et contempler les modalités dans le relatif, il veut mürir dans l’œuvre hardie de précurseur, de porte-flambeau, de pionnier, il quitte les sentiers battus, se

libère audacieusement de l’appui de l'habitude

personnelle et de la coutume collective.

4, — L'homme est une cause et un effet, il est un formateur et un produit. Il relève des lois de la Substance, mais par l’évolution, l’individualisation de son intelligence, il peut devenir capable de dominer certaines des conditions de transformation des formes de la Matière. Celle-ci, comme l’a dit Leibniz « est un mélange des effets de l’infini environnant ». L’individualisation de lPintelligence permet à l’homme de connaître, de déterminer avec plus de certitude son rôle dans ce mélange dont il fait partie, d'accroître son savoir pour user en vue du Bien et du Mieux, dans la mesure du possible, des forces de Vie, de Raison, d’Esprit et d'Amour renfermées dans chacun des ato-

mes comme dans tout élément macrocosmique de l’Univers.

Mais pour parvenir à cet agrandissement de ses connaïssances, l’homme doit prendre conscience de certaines vérités concernant la constitution de cette Matière afin de se rendre compte de la manière dont il évoluera et acquerra de la puissance sur elle. Où se trouvent les armes de ce développement progressif, de cette évolution incessante ? En l’homme lui-même, répond l'initiation traditionnelle.

Cette affirmation, maintes fois répétée : la pénétration des mystères qui nous entourent dépend de la science que nous avons de nous pénétrer nous-mêmes est un lieu commun en philosophie initiatique. En apprenant à se détourner des pensées profanes, à se recueillir, à se replier sur son être intérieur, le néophyte fixe les bornes de son pouvoir de sentir, de méditer, de comprendre et intuitive tout l’infini du connaissable de l’inconnu qui l’enveloppe dans le Temps et dans l'Espace. Son intelligence s’éveille alors à la conception de sources et de formes de Vie jamais perçues, jamais pensées auparavant.

- 5. — Il a été écrit dans la « Tradition Cosmique » :

— « Rien ne donne à entendre ni ne prouve que des choses n’existent pas en dehors des sens les plus évolués, car le Cosmos est sans limite et ce qui est localisé est nécessairement limité. Il n’y a pas de limite à la connaissance de tout ce qui est connaissable, parce que les connaissances de votre origine et de votre entourage sont inépuisables. Veillez sur vos pensées, car la pensée est la conception dont le fait n’est que la matérialisation. L'intelligence ne dépend de la forme que pour sa manifestation ; la forme dépend de l'intelligence pour son évolution et sa conservation. Et, dans cette forme, la matière, dans toutes ses densités est pathétisée, spiritualisée, intellectualisée et vitalisée, particulièrement dans chaque molécule de votre être. »

Chacun des atomes, chacune des molécules, chacun des degrés d’être qui constituent l’Etre possède, avec sa destinée particulière, une part de ce qui doit forger le Destin de cet Etre.

La pénétration de soi-même est l’œuvre de l'intelligence qui classifie et hiérarchise toutes

ces tendances propres, les coordonne, les unifie et, dégageant la résultante de toutes ces intensités, découvre l’Activité vraie, personnelle, révélatrice et réalisatrice du Moi. Quel est donc cet espoir, cette riche possibilité de manifestation de Vie supérieure qu’apporte chacun des éléments constitutifs individualisés revêtant des principes vitaux subtils et revêtus par de la matière de plus en plus dense qui s’organise graduellement ? C’est toute l’expérience du passé, c’est toute la capacité d’effort, latente, développable, du présent. Ce sont les germes de tout un avenir en puissance. L’être profond de l’homme qui s’individualise possède, peut et doit manifester le « ce qui fut, ce qui est, ce qui sera ». Pour l’admettre, pour le vivre, Ô homme, pénètre-toi toi-même car, miroir de l'éternité, reflet de l'infini, tu portes en toi de grandes et impérissables visions du passé.

— « Personne ne peut assurer par la seule raison jusqu'où peuvent être allées nos aperceptions passées que nous pouvons avoir oubliées, surtout suivant la réminiscence des platoniciens, qui toute fabuleuse qu’elle est, n’a

rien d’incompatible au moins avec la raison toute nue », a écrit Leibniz.

Et le commentateur du philosophe ajoute :

— « La réminiscence prétend trouver dans une conscience développée que nous aurions perdue, dans une aperception antérieure qui se serait obscurcie, la vraie cause et la dernière explication de tout ce qu’il y a d’inné en nous. » e

Le présent, le passé, l’avenir forment une seule voie que sustentent dans l’éternité et l’infini des forces conspirantes, solidaires. Et c’est ainsi que Leibniz a pu encore écrire

—— « Dans la moindre des substances des yeux aussi perçants que ceux de Dieu pourraient lire toute la suite des choses de Puni- Vers ».

6. — (Cependant le néophyte ne peut suivre Leibniz dans son déterminisme rigoureux concluant à la possibilité d’une perception d’un avenir certain par la Raison Di-

A vine. Parce que l’Idée d’une Personnalité omniprésente, omnipotente et omnisciente est contraire à l’axiome traditionnel : « La Cause sans Cause seule n’a point de forme et est par conséquent au-dessus de nos conceptions. Elle est l’Impensable ».

Et aussi parce que la Vie actuelle du Cosmos ne présente pas seulement un enchaînement logique de causes et d’effets, de développements successifs déterminés d'avance et nécessaires.

Platon a dit :

« — Toute âme est immortelle, car tout être, continuellement en mouvement, est immortel ».

Les causes des causes de ce Mouvement ne sont pas connaissables actuellement. On pourrait leur appliquer cette pensée de Bacon :

« Il est des causes sourdes, celles qui sont au-dessus du déterminime des faits et ne répondent plus à nos questions ». Dans les causes des fcauses du {mouvement réside toute la possibilité de Liberté, la Liberté en puissance que possède le Cosmos. L'action de cette Liberté balance continuellement les effets du

Déterminisme. Par l’évolution de son Intelligence, l'Homme peut entrer dans la voie des réalisations de cette Liberté.

«— La plupart du temps, « écrit Bergson »

nous vivons extérieurement à nous-mêmes, nous n’apercevons de notre moi que son fantôme décoloré, ombre que la pure durée projette dans l’espace homogène. Notre existence se déroule donc dans l’espace plus que dans le temps : nous vivons pour le monde extérieur plutôt que pour nous ; nous parlons plu-tôt que nous ne pensons ; nous sommes agis plutôt que nous n’agissons nous-mêmes. Agir librement, c’est reprendre possession de soi, c’est se replacer dans la pure durée ».

7. — Reprendre possession de soi ! C’est acquérir la maîtrise de son geste, de sa parole, de sa manifestation, c’est jouir d’un calme, d'une sérénité favorisant une action plus féconde que celle de l’homme agité par le tu-

multe des passions. C’est, nous l’avons déjà dit, l'esprit de justice et de sincèrité ou désir de mettre d'accord ses actes avec ce que l’on a senti et compris être le vrai, c’est l’intégrité, la rectitude mises en pratique. C’est le choix intuitif ou réfléchi de la Voie intérieure ou Vocation conduisant le plus sûrement, avec le moindre gaspillage de forces, sous la direction de maîtres plus évolués, à la réalisation de la Plénitude qui est le bien-être du Moi. La Liberté réside dans ce choix et l’Intelligence se manifeste. Parce que l’Intelligence est l’éveil à la Vie de toutes les possibilités contenues dans un Etre. |

8. Au début était le Verbe et le Verbe, a dit Lao-Tseu « est la Voie que suivent les êtres montant du chaos vers l’Essence ». Cette ascension très lente dont les étapes portent sur des millénaires n’a-t-elle point comme fin de plus en plus consciente la réalisation dans et par la Substance de la Loi naturelle de l’In-

telligence ? L’initiation hindoue considérait la Nature, à l’origine, comme étant l’Obscurité ou Tamas. Or, si les lois naturelles sont des forces divines, l’Intelligence est cette Force Divine qui dissipe Tamas et permet à l’Homme évolué de devenir conscient de Prakriti ou Cause matérielle universelle. A ce sujet, il a été écrit dans la Revue Cosmique :

« — Au Début l’Equilibre plana au-dessus de l’immensité de la matière mélangée des matérialismes comme Intelligence et, planant ainsi, voulut que la lumière ou intelligence fût manifestée et que, comme Il planait et voulait ainsi, il y eût dans l’immensité de la matière mélangée un grand enflement ou soulèvement parce que la matière la plus évoluée et partant la plus responsive s’éleva à la surface, c’est-à-dire s’approcha de Celui avec lequel elle sentientait de l’affinité par ses propres forces inhérentes — (savoir la Lumière ou Intelligence) et, en responsion, manifesta ces forces : ainsi comme il l’est brièvement affirmé dans la traduction vulgarisée : « tl y eut la lumière ».

9. — Mais pour que cette Lumière pénètre la Substance entière, pour que soit le règne de la Force Intellectuelle, il faut que l’'Homme, « suprême évoluteur dans l'Etat Physique » soit capable de répondre à lIntelligence, Force Divine, il faut qu’il reprenne possession de lui-même.

Homme, deviens toi-même ; comprends la portée de tes intentions les plus secrètes, de tes désirs, de tes aspirations que tu peux apprendre à redresser, à ennoblir ; donne une direction à ta pensée qui l’élève aux cimes où l’esprit méditant découvre la profondeur, lPétendue et la hauteur vraie des choses. Mais cela, n’est-ce point l’œuvre de ton Intelligence qui s’individualise, n’est-ce point l’effectivité de ta faculté intellectuelle ? Ton individualité naît, ton âme sereine évolue au milieu d’un cosmos qui agit sur elle mais sur lequel elle acquiert de la puissance. Alors, selon la parole de Marc Aurèle, dont l’exagération ne nous échappe pas :

— « Ge ne sont point les choses elles-mêmes qui touchent l’âme de l’homme par aucun endroit. Il n’y a pour elles nul accès jusqu’à

A LA VIE SECRÈTE 127 l’âme ; elles ne peuvent imprimer à l’âme ni changement, ni mouvement. L’âme seule se meut elle-même, et tels sont les jugements qu’elle pense devoir porter, tels deviennent pour elle les objets extérieurs. »

10. — Ainsi le Moi ne réside que dans l’Intelligence puisque dans et par l’Intelligence est la canalisation, la coordination, la résultante, la synthèse de toutes les possibilités, de toutes les tendances, de toutes les aspirations, de tous les sentiments, de toutes les pensées qui nous permettent d’être et de devenir. Et dans le Moi, dans l’Intelligence est la Liberté, puisque, dans l’effectivité intellectuelle seulement, l'âme bien que restant dominée domine à son tour. Ainsi a-t-il pu être écrit dans la Tradition Cosmique : « Le Moi est votre Dieu », « l’Intelligence est Dieu » ! Mais pour que soit possible ce plein épanouissement de la personnalité humaine, pour que se réalise ce développement indéfini, cette in-

dividualisation de l'intelligence de l'Homme, il est nécessaire, avons-nous dit, que chacun de ses atomes, chacune de ses molécules, chacun de ses degrés d’être, réponde à la Lumière, Force Divine, c’est-à-dire, il faut que l’intelligence localisée s'ouvre, par affinité éduquée à l’Intelligence Universelle. Nous touchons ici cette limite subtile où la Faculté Intellectuelle se rapproche de l’autre pouvoir humain, la capacité mystique avec laquelle elle se confond.

11. — La pratique d’une religion, l’exercice scrupuleux de rites prescrits, la croyance en un Dieu de bonté infinie qui châtie les coupables et accorde les béatitudes éternelles aux fidèles qui ont vécu selon la charité, la foi, cet élan spirituel vers la certitude, projection de l’âme vers le divin, ne sont pas des actes, des états d’esprit mystiques. Le besoin qu'ont les êtres de croire, leur acceptation d’un surnaturel indéfinissable, leur sentiment nostal-

gique d’un inconnu qu’ils aspirent à s’expliquer et dont ils matérialisent sous différents noms et aspects les forces mystérieuses ou le principe essentiel agissant, la religiosité, en un mot, ne caractérise point le mystique. Le mysticisme est plus, est autre chose que la croyance en une divinité personnelle régissant selon sa volonté et son intelligence tous les mondes visibles et invisibles, il ne ressemble en rien au sentimentalisme vague et dangereux incitant les insatisfaits de la vie aux longues rêveries, aux contemplations sans fin des beautés et richesses de la Nature, aux isolements qui peuvent provoquer des troubles nerveux et mentaux plus ou moins graves.

Qu'est-ce que la capacité mystique ?

12. —— Si nous remontons à l’origine grecque des mots « mystique » et « mystère », nous apprenons que « mustagogos » signifie « celui qui initie aux mystères », « Le prêtre chargé des initiations », que « mustérion » veut dire

« mystère », « cérémonie secrète d’une religion », « dogme secret ou incompréhensible », enfin que le sens de « musticos » est « mystique », « qui a rapport aux mystères » et que celui de « mustes » « initié », « celui qui initie aux mystères » lui est donné par le verbe « muéo », initier aux mystères », « sacrer », « ordonner » et « muo », « fermer les yeux », « se taire ». Les termes latins « mystes », « mystagogia », « mystagogus » et « mystagogicus » dérivent naturellement du grec et possèdent la même signification. Notons que Cicéron donnait au mot « mystagogus » le sens de « qui fait voir aux étrangers les raretés d’un temple et son trésor ».

Si nous nous souvenons ensuite de la Science enseignée dans les grands temples de la Grèce antique dont les Homère, les Eschyle,.

les Socrate, les Platon, les Pythagore furent les étudiants, néophytes ou mystes et les Maîtres, nous comprenons que dans l’acception des trois mots « myste », « mystique », « mystère » entre le même sens de quelque chose de « caché », de « voilé », d’ « occulte ». Le mystique serait celui qui, sachant se taire, garde un

secret, voilà sa connaissance après s’être initié de manière à rendre consciente en lui une vérité non universalisée, occulte encore. Schuré, parlant de la fin des premières épreuves des « Mystères d’Eleusis « dit très bien :

« — Les néophytes étaient devenus mystes, c’est-à-dire voilés. Ils allaient retourner à leurs occupations habituelles, mais le grand voile des mystères s'était étendu sur leurs yeux. En tre eux et le monde extérieur, un nuage s'était interposé. En même temps, un œil intérieur s'était ouvert dans leur esprit, par lequel ils apercevaient vaguement un autre monde plein de formes qui se mouvaient dans des gouffres tour à tour splendides et ténébreux ».

Qu’étaient ces formes ? Héraclite nous dit que « la nature, en tous lieux, est pleine de démons ». Le mot grec « daimon » signifie « génie » et les « génies » pour Thalès de Milet, comme pour Hésiode et Pythagore sont les àmes excellentes qui vécurent autrefois et dont l'air entier est rempli. Les voyants, les époptaï, les initiés se fixent le but le plus noble qui, selon Plotin, est « le but suprême des

âmes, le but qui doit seul appeler leurs efforts, celui d'arriver à contempler la Beauté ». Et de cette contemplation peut naître la connaissance donnant cette Sagesse qui, d’après Platon, « est le soin que prend toute âme digne de raison de suivre le mouvement des choses sans jamais s’en séparer ni sans jamais se porter au devant ». Et le traducteur du philosophe grec remarque justement que cette doctrine de la liaison ou de l'adaptation au cours divin des choses est le sens propre qu’indique le mot « religion », de « religare », « relier », « enchaîner ».

13. — Le mystique est celui qui vit en développant en lui l'esprit religieux, il connaît le lien constant qui rend le visible dépendant de invisible et réciproquement, lil éprouve lle besoin d’approfondir l’enchainement de cause à effet qui existe dans les manifestations de la Vie universelle, dans les degrés les plus denses et les plus raréfiés de la Substance, il

se sent un centre où les rapports entre ces manifestations deviennent d'autant plus aigus et agissants que la conscience ou sens interne les perçoit mieux, et il s’adapte, c’est-à-dire, devenant lui-même, il accorde ses actes profanes à l'action profonde sacrée, vocation de son être, et s’unifie en suivant les étapes graduelles d’une évolution initiatique. Ainsi, selon la parole de Saint-Paul « dès cette terre, il marche dans le Ciel ».

Ce « Ciel » n’est pas, comme le prétendent certains savants contemporains, le produit de simples hallucinations, de suggestions.

« Quand on medite sur les Mysteres, il est un poinct qui n’est pas commun à toutes sortes de meditations, c’est celuy que les uns appellent fabrication du lieu, et les autres leçon interieure », écrit Saint-François de Sales. « Or ce n’est autre chose que de proposer à son imagination le corps du mystere que l’on veut mediter, comme s’il se passoit reellement, et de fait en nostre presence. Par le moyen de cette imagination, nous enfermons nostre esprit dans le mystere que nous voulons mediter, afin qu’il n’aille pas, courant ca et la,

pe plus ne moins que l’on enferme un oyseau dans une cage Quelques-uns vous diront neantmoins qu’il est mieux d’user de la simple pensee de la foy, et d’une simple apprehension tout mentale et spirituelle, en la presentation de ces mysteres, ou bien de considerer que Îles choses se font en vostre propre esprit, mais cela est trop subtil pour le commencement : et jusques à ce que Dieu vous esleve plus haut, je vous conseille de vous retenir en la basse vallée que je vous monstre».

14. — La vision, la conscience, la certitude d’un monde de Vie évoluant en dehors du contrôle direct des cinq sens de l’homme est-elle le fait d’une « fabrication du lieu », peut-elle devenir une « leçon intérieure » ? Nous pourrions dire que cette question relève de ces raisons inexplicables qui, selon Leibniz, « consistent uniquement dans notre conscience ou perception, et dans une expérience de senti-

ment intérieur dans lequel on ne saurait faire entrer les autres, si on ne trouve pas moyen de leur faire sentir les mêmes choses de la même manière, ». Nous sommes d’accord avec le grand philosophe allemand. L’affirmation de voir, de sentir, de vivre, sur des plans que n’atteint pas la perception normale admise par la science contemporaine, ne nécessite pas de preuve, et la démonstration ne serait, d’ailleurs, possible qu’à la suite de recherches et d’expériences faites par des êtres étant parvenus au moins au niveau du développement de la clairvoyance, ou de la clairaudience, ou de la clairsentience au enfin de l'intuition que le mystique lui-même a évoluée en lui.

15. — Mais pourquoi les théoriciens soi-disant matérialistes déclarent-ils que tous ces phénomènes non encore classés, hiérarchisés par les savants dans la physiologie du système nerveux central sont uniquement les effets

de l'imagination, de la maladie, de la folie ? Ils ne voient que la « fabrication du lieu », la « leçon intérieure » leur échappe. Gens de peu de foi, ils ne proclament point ce que leur maître Claude Bernard a écrit : « Je suis persuadé qu’un jour viendra où le physiologiste, le poète et le philosophe parleront la même langue et s’entendront tous ». Ils limitent la Nature aux bornes de leur raison et ne sentent pas la grandeur de l’âme mise en contact avec le maximum de Vie dans l’immensité subtile.

Leur intelligence localisée dans létroite prison que la matière charnelle lui a forgée ne s'ouvre pas aux influx puissants de l’Intelligence Universelle.

16 — L’Intelligence Universelle ! Que savons-nous de cet Attribut du Nucléolinus première manifestation de ce qui demeure Impensable pour l’homme dans son état actuel et que pouvons-nous dire de Son union avec, celui qui, par son évolution profonde, s’élève

à la compréhension des manifestations concevables de cette Force Cosmique ? Principe rationnel souverain présidant, dès l'Origine, à la naissance involutive ou évolutive de toutes formes ; Synthèse de toutes les causes dont chacune contient l’acte de la raison passée et Ja puissance de la raison future ; Nombre formateur de ce Rytme, Ame, Essence du Mouvement constitué par l'Unité qui se divise et le Divers qui retourne à la Source Une ; Base fondamentale de cette Harmonie ou Balancement de la tendance de l'Esprit et du désir de la Substance ; Ordre selon lequel s’édifie toute l’organisation des systèmes macrocosmiques et des règnes microcosmiques dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit ; Accord logique entre les innombrables modalités, les états d’être du Tout ; Concordance merveilleuse que seuls nient les non-mystiques quand ils dissimulent leur manque de connaissance ou d’intuition en donnant le nom de coïncidence, de circonstance fortuite, d’évènement impossible à prévoir, à des phénomènes dont les causes sont, au degré de leur évolution, occultes pour eux.

Mais que peut savoir l'Homme du Nombre, de l’'Harmonie, de la Concordance qui gouverne le Cosmos alors que l’occulte existe encore pour lui, quand ses yeux spirituels ne se sont pas encore ouverts à la perception et à la compréhension de l'Ordre établi dans le Quaternaire universel.

« Les yeux de l'esprit ne commencent à voir aigu, a écrit Platon, que lorsque le tranchant des yeux du corps se prend à s’émousser ».

N'est-ce point ce balancement de la tendance de l'Esprit et du désir de la Substance dont nous venons de parler ? Or, pour satisfaire aux aspirations de l'Esprit, pour réaliser la vie de l’Ame, il faut tout d’abord admettre son existence. Certains savants contemporains expliquent par l’imagination, la maladie, la folie, non seulement des désordres réels, mais des phénomènes réguliers ayant lieu dans les degrès nerveux, psychique et mental de lêtre humain. Or, tout néophyte sait que le rapport avec l’Intelligence Universelle peut être développé uniquement par l'intermédiaire de ces deux ‘derniers degrés et, plus spécialement, par la Mentalité éduquée. O hommes, com-

ment pouvez-vous connaître et connaître l’Univers et les Dieux, quelle conscience pouvezvous avoir des tendances de votre Ame, si vous ignorez l’existence des forces psychique et mentale qui vous habitent ? II est vrai de dire, comme l’a écrit Plotin, que « ceux qui veulent s'élever aux connaissances et aux œuvres les plus divines, avec, selon le proverbe, des bouches non initiées et des pieds non lavés, ceux-là mêmes ne feront que des pas imparfaits, leurs efforts seront stériles et leurs sentiers pleins de ténèbres ».

17. — Donnons au corps ce qui lui appartient et rendons à l’Esprit ce qui est de l’Esprit. Alors, dans cet effort incessant vers Equilibre, l'individu, comme le dit la Tradition Cosmique, « tend naturellement au perfectionnement sans limites et éternel, parce qu’il est comme un avec les forces libres et éternelles qu’il reçoit et auxquelles il répond. L'équilibre est la pleine réception de l’Intel-

ligence Universelle, et de ce qu’elle voile, par la matière dont les aptitudes et capacités sont évoluées de manière à être en parfait rapport avec cette Intelligence. Les forces localisées dans la matière et les forces libres, capables d’être universelles, ont une même source éternelle, et, en ordre, infinie. D’où la force localisée, dans son union avec la force libre, est apte à évoluer perpétuellement ».

Ceci est la vraie, l’unique « leçon intérieure ». Elle ne dépend que du néophyte, de la constance de son effort, de la science avec laquelle il sait commander en lui un silence favorable à la méditation qui, insensiblement, se transforme en contemplation de plus en plus profonde, puis garder cette paix intérieure qui lui permette non seulement d’écouter et de hiérarchiser les pensées des cîmes de son être, mais de percevoir ce champ subtil et sans bornes où circulent les Forces libres du Cosmos, de s’abandonner à elles, de faire partie de leurs courants, de participer à leur puissance. La méditation est le premier pas de cette évolution indéfinie.

Pour recevoir les Forces Divines, pour ré-

répondre à leur influx magique, il faut, par notre vie en spiritualité, de tous les jours, de toutes les heures, avoir rendu capables, les atomes, les molécules, les degrés d’être de notre . Etre, de les sentir, de les comprendre, de com-

munier avec elles. Et c’est pour cela que plein de beauté autant que de charité est le conuseil de Saint-Paul.

« — Toutes choses qui sont pures, toutes choses qui sont saintes, toutes choses qui sont en rapport avec ce qui est bon, partout où se trouve la vertu, partout où se trouve ce.

qui est digne de louange, pensons à ces choses là ».

18. — Frères et sœurs, nous revenons ainsi à ce que nous disions de leffort du néophyte pour rendre effective en lui l’œuvre de l’Intelligence, développer, grâce à la Faculté intellectuelle, ce Moi supérieur qui deviendra son Dieu. Le grand travail du mystique est d’organiser l'Ordre dans les différents plans de

son être afin de sentir et de comprendre l’Ordre selon lequel s’édifie toute l’organisation des systèmes macrocosmiques et des règnes microcosmiques dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit ; le grand travail est l'unification de l’individualité qui se soumet consciemment à la Loi du Poids, du Nombre et de la Mesure, trois modes du Rythme universel, afin d’intuitiver, dans le Cosmos, la nature intime, l’essence du Mouvement constitué par l’Unité qui se divise et le Divers qui retourne à la Source une ; le grand travail du néophyte est de devenir lui-même, de manière qu’au maximum de toute possibilité réalisable, il puisse classifier en lui phénomènes mentaux et phénomènes psychiques, visions et conceptions, déterminer leur enchaînement, les mettre en harmonie avec ses tendances profondes afin d’élever son esprit à la connaissance immédiate ou à la compréhension logique de la Concordance merveilleuse, de l’Accord entre les innombrables modalités, les états d’être du Tout infini et éternel. Mais n'est-ce point de même le grand travail de l’intellectuel ?

« — La vie est sacrée parce que la vie est le moyen de l’individualisation de l'intelligence », proclame un axiome de la Base de la Philosophie Cosmique. La Vie ! Par elle se manifeste sur toutes les terres du Cosmos, la Force quaternaire universelle. Mais l’élément Pathétique, celui par lequel l’Amour se répand dans la Substance manque partout où le Principe Intellectuel n’a pas été évolué pour le revêür.

« — L’œil n’a pas vu ni l’oreille entendu les choses que l'intelligence comme vêtement du pathétisme prépare pour l’homme psycho-intellectuel ». Sublime parole et grandiose promesse d’Intellectuel et de Mystique, de Psycho-Intellectuel.

Pour que ses yeux spirituels puissent contempler de plus nombreuses merveilles du monde infini des formes, pour que son ouie subtile puisse vibrer aux sons révélateurs de certains attributs de l’essence des choses, le mystique, comme l’intellectuel cherche à obéir à la règle initiatique : deviens toi-même, individualise-toi. Le mystique permet aux Forces

manifestées du Sans-Forme, par leur réception consciente, de réaliser leurs aptitudes à être perfectionnées après avoir perméé successivement les états de plus en plus denses de la Matière, l’intellectuel classifie ces Forces, les hiérarchise et les utilise pour former et transformer cette Matière. Et l’homme qui a développé en lui et la puissance intellectuelle et la capacité mystique n'est-il point ce Psycho- Intellectuel travaillant, par l’équilibration de son degré nerveux, au plein épanouissement des facultés propres aux degrés psychique et mental que son être peut revêtir dans la densité nervo-physique. N’est-il point ce psychointellectuel auquel l'Enseignement Initiatique se propose de montrer : « Qu'il est d’origine divine, qu’il porte en lui la Divinité, qu'il a la mission de la manifester, que par la volonté directe de son Divin Formateur son rôle est d'utiliser les forces de la Nature pour transformer l’état actuel de son entourage dans la mesure de sa propre évolution, qu’il a ce droit et qu’il peut en évoluer le pouvoir ».

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