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Deviens toi-même, individualise-toi

Par l'Enseignement Initiatique, le néophyte apprend que l’individualisation de tout degré, de tout état d’être est la condition de son immortalité. Seul l’homme mystique et intellectuel, le psycho-intellectuel, est capable de réaliser l’unification de son Moi, l’unité quaternaire de son Etre, de concevoir ainsi la possibilité d’une immortalité intégrale et de travailler à cette immortalité. La Vie est sacrée. Quel est donc notre devoir, quelle est notre mission dans la densité nervo-physique ? La prolonger, l’éterniser ! C’est pourquoi nous vous disons d’accepter la loi Initiative de Vie et, selon l'écrit traditionnel de « préparer et d’édifier sa durée éternelle. Sans notre coopération, notre effort inlassable, nous ne serions, en effet, dans le Cosmos de lêtre, qu’un peu de matière atomique assumant pour un temps une forme fragile, composée d’un agglomérat de molécules plus ou moins intellectualisées. Mais devenus conscients de uotre rôle sublime, éveillés par la méditation, dans tous les possibles de notre moi supérieur, nous tendons à réaliser selon le concept divin, la

perfection de la Vie. C’est notre droit, notre devoir grandiose. Les ténèbres se dissipent ! Nous l’étreignons enfin, le problème des problèmes. Voici : vous avez reçu la Vie, œuvrez pour la rendre à jamais impérissable ; elle vous a été donnée actuellement mortelle pour que vous la sculptiez immortelle. De Pimmortalité de l’homme dépend l'équilibre cosmique ».

De la Science du Nombre dans l'Antiquité et de ses rapports avec l’Initiation à la Vie Secrèle. — La vie et l'œuvre de Fabre d'Olivet, — L'Initiation à travers les âges. — Le Nombre et la Musique. — De la valeur, de la signification profonde des nombres-lettres 2, 3, 4, 7, 10, 12, et 40. — De la restitution de

l'Homme et de la Planète qu'il habite.

1. — L’européen moderne qui éprouve le désir noble et légitime d’accroître, avec son pouvoir sur lui-même, sa puissance sur l’intégralité de son entourage, doit connaître toute l'importance que les Anciens accordaient à la

Science du Nombre en vue de l'initiation à la Vie Secrète.

Mais avant d'aborder cette dernière étude, nous croyons utile pour la clarté même d’un sujet si nouveau pour la mentalité européenne d'exposer brièvement la vie et les recherches d’un grand français du siècle dernier, de Fabre d’Olivet.

Un homme qui fut un puissant penseur, le premier grand philologue de l’époque contemporaine, un écrivain dont l’œuvre entière demeure un monument où les historiens, les philologues, les philosophes, tous les chercheurs, intellectuels peuvent puiser quand ils se fixent le but le plus vaste et le plus noble qui soit : celui de pénétrer les causes les plus profondes, les grandes forces naturelles ayant présidé au développement de l’activité intellectuelle et spirituelle de l’homme dans le passé le plus lointain et la dirigeant encore .

2. — L'œuvre de Fabre d’Olivet est celle d’un philosophe, c’est-à-dire, selon la signification

des mots grecs, « philein », « philos » et « sophia », d’un ami de la Sagesse, d’un homme qui recherche, aime la Vérité, le « soph » à la fois science et sagesse, à l’exclusion de tout parti pris et de tout esprit de parti, de toute idée préconçue, de toute arrière-pensée dogmatique, de toute recherche d'intérêt personnel, confessionnel ou politique ».

Or la Philosophie est partout. « Elle demeure une, indivisée et indivisible, la même en nature quoique non pas en manifestation, hier, aujourd’hui et à jamais ». Elle se dissimule dans l’acceptation propre ou figurée des termes qui revêtent le plus adéquatement nos pensées, elle constitue le sens vrai de nos gestes, de nos actions, elle habite le principe, le but de tous nos efforts, elle représente la loi qui préside à la naissance de toutes les sciences, elle est la science des sciences parce qu’elle expliaue chacune d’elles, lui donne sa signification propre. La philosophie est la source profonde et la fin la plus haute de chacun des arts. La science et la sagesse du philosophe est de découvrir l’enseignement qui se dégage, la leçon qui s'impose, lorsque l’esprit médite sur l’ori-

gine, le développement, le déclin des choses, et, particulièrement, la nature intime des forces qui sustentent l’effort de l’homme organisateur d’une vie plus juste et plus heureuse. Fabre d’Olivet a étudié ces forces, en cherchant tout d’abord à situer, à déterminer l’homme dans ce Cosmos infini et éternel sur l’évolution duquel il peut acquérir une influence grandissante. Audacieusement, il a projeté son regard intuitif vers les âges dits préhistoriques et armé son effort de synthèse, résultat d'examens de textes anciens, fruit de la volonté de percer les mystères voilés dans les traditions les plus antiques.

3. — C’est ainsi que dans son Histoire philosophique du genre humain, Fabre d’Olivet a formulé sa conception de l’homme « puissance en germe que la civilisation doit développer et qui reçoit les principes de cette culture de deux puissances auxquelles il se trouve lié et au milieu desquelles il se trouve placé : le Destin et la Providence. L'homme représente

À LA VIE SECRÈITE : 151 la volonté médiatrice, la forme efficiente. » Ei l'historien montre comment, dans le développement des sociétés, des cultures humaines, la nature, l’action inférieure de Fatalité ou d’Instinct, celle intermédiaire de Volonté, et celle supérieure de Providence, naissent chacune successivement au fur et à mesure de l’évolution humaine, toutes trois comprises dans la Divinité Une qui les enveloppe et constitue avec elles cette Vérité Quaternaire des anciens, symbole révélé par Pythagore, le qua: ternaire qui « est tout dans tout et hors duquel il n’est rien. »

Parlant de ce pouvoir intermédiaire que l’homme incarne, Nietzsche a écrit : « Je vous enseigne le Surhumain. L’homme est quelque chose qui doit être surmonté. Tous les êtres, jusqu’à présent, ont créé quelque chose audessus d’eux, et vous voulez être le reflux de ce grand flot et plutôt retourner à la bête que de surmonter l’homme. L'homme est une corde tendue entre la bête et le surhumain, — une corde sur l’abîme ».

L'auteur de lHistoire Philosophique situe l’homme parmi Îles Puissances qui régissent

le Cosmos, il lui donne cette Faculté intérieure, intelligente et spirituelle, lui permettant de triompher des forces inférieures instinctives qui le diminuent, l’affaiblissent, le laissent encore au niveau des règnes minéral, végétal et animal, qui sont le domaine du Destin, et, ensuite, par l’action même de la Volonté, de devenir l’arme consciente de la Providence, tel un Moïse, et alors seulement de pouvoir se rapprocher de Dieu par sa Conduite, son effort de Réalisation.

4. — C'est toute la pensée profonde de Fabre d’Olivet. Le Destin engendre la guerre, le chaos; par la Fatalité règnent les Attila, les Gengis-Khan, les Tamerlan. La Volonté humaines, seule, ne crée rien de stable, elle donne naissance à des républiques, des démocraties plus ou moins orageuses, éphémères, elle provoque, par de mauvaises interprétations de la Loi Divine Une les schismes religieux. La Volonté humaïne est l’origine des luttes de principes. Or, comme l’a dit Pascal :

« Tous les principes sont vrais, des pyrrhoniens, des stoïques, des athées, etc., mais leurs conclusions sont fausses, parce que les principes opposés sont vrais aussi. »

C’est uniquement par l’éveil à la Vie la plus haute, celle de la Raison, de la Providence, que l'Homme organise ce qui peut défier le Temps, car, alors seulement, selon la parole de Saint-Augustin : « il apprend à juger des objets matériels d’après les règles idéales et éternelles ». Des états réguliers, des théocraties, des monarchies se fondent dont la grandeur et la durée n’ont pas été atteintes par toute autre forme de gouvernement. Et si lPEurope a subi tant de vicissitudes, si elle n’est pas devenue plus tôt la maîtresse du monde, si elle a eu longtemps besoin de la lumière des civilisations africaines et asiatiques et si elle doit encore maintenant recourir à toute la science contenue dans leurs traditions et initiations, c’est parce que la Race blanche, la dernière venue après la Race rouge, la Race jaune, la Race noire, a méconnu et souvent persécuté les glorieux Fils que la Providence lui envoya pour la guider dans

les voies difficiles de l’évolution progressive.

Contemporain de Napoléon, Fabre d'Olivet, dans une entrevue célèbre avec le conquérant, lui montra certainement combien son règne serait plus beau, plus grand, s’il savait profiter de la puissance de ses armes pour réaliser l'unité spirituelle européenne, — afin que les schismes deviennent impossibles, que les guerres de nation à nation n'aient plus de raison d’être, et comme lui-même l'écrit dans son Histoire philosophique du genre humain :

« que la Terre entière offre le même spectacle que sous Rome, les hommes réunis sous le même culte, sous les mêmes lois et jouissant d’une félicité aussi grande que peut le comporter leur nature mortelle, pendant une longue suite de siècles. »

9. — Fabre d’Olivet, contemporain de Napoléon (*). Je n’ai pas encore parlé de l’homme

(®) Fabre d'Olivet naquit à Gonges, dans l'Hérault, en 1767. Ses parents le destinant au commerce l'envoyèrent à Paris pour qu'il fit

qui vécut la tourmente révolutionnaire de.

1789-93, souffrit et lutta pour ses idées et mourut méconnu, victime non seulement des préjugés philosophiques et religieux de son époque, mais comme nous le verrons, — ce qui est plus grave, d’une opinion générale qui dure encore, hostile ou indifférente au côté le plus profond de la grande connaissance philosophique.

des études dans ce sens. Mais les penchants du jeune honyme le portaient vers la musique, la médecine, la littérature et il se créa vite une réputation dans les salons grâce à des pièces de vers dont quelques-unes eurent l'honneun de la scène en 1789-91. À cette époque, la révolution ruina son père et Fabre d'Olivet se vit obligé de partir pour l'Allemagne. Dans ce pays, il s’initia à la doctrine pythagoricienne, travail intérieur profond qui l’incitera, dès son retour en France, « à se plonger à corps perdu dans des études philologiques et philosophiques malgré le terrible tourbillon de, l'effort révolutionnaire. »

En 1802, Fabre d'Olivet composa un qua-

6. — Nous ne possédons aucun témoignage précis concernant les travaux occultes auxquels se livra Fabre d’Olivet. Un contemporain du philosophe, Durozoir, critique littéraire et historien réputé de l’époque, mais hostile au philologue, écrit à ce sujet :

— « Ces pénibles recherches » — (il s’agit de l’étude des langues sémitiques, chinoises et autres dialectes antiques) «lui avaient

tuor qu’il dédia à Pleyel et un Oratorio exécuté par les artistes de l'Opéra, en 1804, en l'honneur du couronnement de Napoléon. En 1805, il épousa mademoiselle Warin, femme de lettres, et fonda une famille où les plus solides vertus furent pratiquées.

Après ce mariage, il s’adonna entièrement à l'étude des langues et dialectes sémitiques ; un Hindou de caste lui enseigna les langues aryennes, il apprit aussi le chinois. En 1813, Fabre d'Olivet fit paraître sa traduction et ses conunentaires des « Vers Dorés » de Pythagore. « La Langue hébraïque restituée » vit le jour deux années plus tard, après bien des difficultés et grâce à la puissante interven-

échauffé l’imagination, et Fabre d’Olivet, avec une science incontestable, ne recueillit que la renommée d’un visionnaire et d’un fou de sens rassis. Il prétendait avoir trouvé la clef des hiéroglyphes, le moyen de restituer l’ouïe aux sourds-muets d’après une méthode empruntée aux prêtres de l’antique Egypte et qui avait quelques rapports avec les phénomènes du magnétisme animal. Il attachait une

tion d’un ami influent. L’impression de cel ouvrage, qui constitue un essai grandiose pour retrouver le sens vrai de «la Genèse » et que le pape fit condamner en 1825, loin de donner à l'écrivain les facilités sur lesquelles il comptait pour terminer son «Histoire philosophique du genre humain » le livra à des discussions métaphysiques et littéraires, «qui se changèrent en dissensions et portérent leur, venin jusque dans l’enceinte de son foyer domestique. » Sa femme, en effet, conseillée, diton, par l'Eglise, abandonna son mari dont elle ne partageait pas les idées formulées dans son « Histoire philosophique » et dont elle désapprouvait les recherches plus profondes, oc-

si grande foi au pouvoir de la volonté qu’il assurait avoir souvent fait sortir un volume des rayons de sa bibliothèque en se plaçant en face et en s’imaginant fortement qu’il avait l’auteur en personne devant les yeux. Cela, disait-il, lui arrivait souvent avec Diderot. Dans ses recherches sur les langues, il rejetait tout ce qui était clair, précis, logique, pour chercher un sens détourné, mystérieux et se jeter dans les régions ténébreuses où il espérait trouver des révélations inconnues. Il ima-

cultes. Cette « Histoire » parut enfin en 1822, ayant comme titre: «De Etat social de l’homme ». La seconde édition, de 1824, porta le titre définitif. L'année suivante, Fabre d'Olivet mourait, âgé seulement de 58 ans. Sa mort demeura fort mystérieuse. On le trouva chez lui, la poitrine trouée par un poignard. Suicide ou plutôt drame occulte chez ce puissant occultiste ? Le problème n’a pas été résolu, mais celte mort troublante soulève l'éternelle question des rapports avec l'audelà révélant leur danger aux imprudents et aux ignorants.

gina un nouveau système d’étymologie et d'analyse des langues qui offre des résultats aussi bizarres que.tout ce que les anciens ca-

__ balistes nous ont laissé de plus absurde. Par-

tout, il voit des allégories morales et un sens caché dans chaque mot, syllabe, lettre ou chiffre. »

Ce jugement porté par l’illustre critique de 1825 est demeuré jusqu’à nos jours celui de la classe intellectuelle française. Mais la parole sceptique ou le rire moqueur n’appartiennent pas à l’intelligence et ne permettent pas de comprendre et de résoudre les problèmes qui se posèrent à Fabre d’Olivet et que le grand philosophe du siècle dernier s’efforça d'approfondir avec la patience, le désir, la conscience d’un penseur.

Examinons la critique si dure de Durozoir.

« Fabre d’Olivet prétendait avoir trouvé le moyen de restituer l’ouie aux sourds-muets », écrit-il. Or, le fait est indiscutable, avéré. Le jeune Rodolphe Grivel, sourd-muet, ne fut pas le seul à qui le puissant occultiste rendit la faculté d’entendre. Les «Notions sur le sens de l’ouie en général et, en particulier, à pro-

pos de la guérison de Rodolphe Grivel », opuscule de Fabre d’Olivet qui donna lieu à un rapport défavorable présenté au ministère de l'Intérieur par l’abbé Sicard et M. de Prony, en 1819, et, plus spécialement, le « Supplément » à cet opuscule nous apprennent que le cas de Grivel ne resta pas isolé. De nombreuses lettres, dont certains passages sont cités textuellement, entre autres celles d’un membre du Jury médical du département de l'Ardèche et d’un pasteur, président du Consistoire de Lyon, confirment la réalité de la guérison d’autres personnes, parmi lesquelles une vieille fille de cinquante ans, sourdemuette de naissance. Nous lisons encore dans le « Supplément » :

— « Fabre d’Olivet est accusé d’envelopper sa découverte de secrets et de mystères comme le ferait un mystagogue ou un thaumaturge de Memphis ou d’Eleusis et cela parce qu’il a fortement frictionné les oreilles à une de ses malades. Or, M. Fabre d’Olivet possède le moyen de guérir et ce moyen, ditil, connu dans les Sanctuaires antiques, est

assez clairement énoncé dans les premiers chapitres du Sépher. »

7. — La volonté de Fabre d’Olivet de ne pas vulgariser sa connaissance ne nous étonne pas. Le maniement de certaines forces naturelles qu'ont étudiées Les plus grands hiérographes de tous les temps, et surtout Moïse dont Fabre d’Olivet a traduit «la Genèse », les pratiques dites occultes sont dangereuses et leur révélation à des esprits profanes, non préparés, pourrait devenir la cause de plus de mal que de bien. On connaît «l’Anneau de Gygès », ce conte de Fénelon qui donne à réfléchir sur les terribles conséquences provenant de l’utilisation de pouvoirs occultes par un homme esclave de ses passions. Et c’est pourquoi Saint-Paul a écrit :

— « Ce qui est salutaire dans les mains d'être éclairés et éprouvés, pourra devenir comme un poison mortel dans les mains des gens ignorants ou non éprouvés. »

Nous n'avons donc pas à dévoiler les

162 INTRODUCTION f

moyens dont se servait Fabre d’Olivet pour opérer ses merveilleuses cures. Ce savant occultiste fut moins heureux, en 1815, que Mesmer en 1784. Le Gouvernement de Louis XVI avait alors institué une commission chargée d'assister aux expériences du magnétiseur autrichien et de contrôler les phénomènes qui avaient lieu. Des hommes comme Lavoisier, Franklin et Antoine-Laurent de Jussieu furent nommés membres de cette commission.

Seul parmi les savants de son époque, Jussieu déclara que limitation et l'imagination n’avaient eu aucune part dans les phénomènes :

ceux-ci étaient bien dûs à un fluide magnétique émanant de l'être qui savait le diriger selon sa volonté.

Les autorités furent plus dures sous Napoléon. La Faculté de Médecine et la police ne cessèrent de poursuivre Fabre d’Olivet ; celuici réclama, protesta, voulut continuer son œuvre de bien et finit par obtenir une audience de l’empereur. L’issue malheureuse de cet entretien l’obligea à abandonner ses cures. Mais s’il est vrai, selon la parole d’Ho-. mère, qu’un médecin vaut à lui seul plusieurs

et divers hommes, Fabre d’Olivet a indiqué à la médecine moderne une voie complètement ignorée d’elle et que suivaient les Hippocrate de l’antiquité et les Paracelse du Moyen-Age. — « Mes méditations sur les traditions chi-

noises, persiques, brahmiques, égyptiennes, la longue et récente étude que je venais de faire, des écrits de Moïse, tout me prouvait que le moyen de guérir la surdité enseigné et pratiqué dans les sanctuaires antiques n’était pas illusoire. »

8. — Mais quel était donc le sens profond, supérieur, des écrits sacrés que le philosophe occultiste ne cessait d’étudier ? Quel était ce système d’étymologie et d’analyse des langues, si absurde, selon Durozoir, et que, d’après ce critique, Fabre d’Olivet imagina ? Et peut-on affirmer que cette signification cachée dans chaque mot, syllabe, lettre ou chiffre, dont parle aussi Durozoir, existe réellement telle que l’auteur de «la Langue Hébraïque

Restituée » l’a retrouvée dans chacun des ter-. mes de « la Genèse » ?

— «La Langue hébraïque restituée » pa-

rut, nous l’avons déjà dit, en 1815. Dans son

«Introduction » Fabre d’Olivet écrit :

— « Je ne veux pas négliger de faire voir

à quelle distance de la vérité nous a placés … la mauvaise interprétation du Sépher de Moïse (Sépher Bereschit, livre des Principes, …

Genèse) et comment on s’est trouvé forcé, d’après cette interprétation, de mutiler l’histoire des nations antiques. Pour restituer la langue de Moïse dans sa grammaire primitive, il me faudra heurter violemment des préjugés scientifiques ou religieux, que l’habitude, l’orgueil,

l'intérêt, la rouille des âges, le respect qui s'attache aux erreurs antiques, concourent en- … semble à consacrer, à raffermir, à vouloir

garder. »

Le but grandiose de Fabre d’Olivet, l’œuvre … de sa vie a été de redécouvrir la langue dans laquelle Moïse a écrit son Sépher. Le texte que l’on possède de «la Genèse » n’est que la tra- … duction d’une version en langue grecque des

écritures hébraïques, copie pleine d’erreurs, elle-même, parce que traduction littérale, c’està-dire conservation des formes matérielles de

l'ouvrage et ignorance de ses formes spirituelles. Après la captivité de Babylone, les juifs avaient oublié leur langue originelle, et s’ils comprenaient encore ce qu'Esdras leur li-

- sait alors que l’hébreu se mêlait de langage

chaldaïque, ils n’entendaient plus ces termes

puissants, expressions de Moïse, où se voilaient des acceptions anagogiques, s'adressant uniquement à l’Intelligence la plus avertie, à l'esprit initié.

—« Moïse propose aux hommes charnels par des images sensibles, des vérités pures et intellectuelles », a écrit Bossuet qui paraphrasait peut-être ainsi la parole de Saint-Paul : « Moïse se couvrait le visage d’un voile. »

Comment soulever ce voile dans la langue mélangée du docteur Esdras et comment le deviner, le sentir, dans la traduction grecque faite à l’usage des Israélites répandus plus tard dans l'Egypte et dans la Grèce, alors que, selon Saint-Augustin lui-même, les Pères

de l'Eglise ignorèrent l’existence du texte hé-

braïque primitif. Fabre d’Olivet a tenté cette œuvre gigantesque.

— « Que si des esprits droits », déclaret-il, « s’étonnent que seul, depuis plus de vingt siècles, j’aie pu pénétrer dans le génie de la langue de Moïse, je répondrai ingénuement que je ne crois point que cela soit, que je pense, au contraire, que beaucoup d'hommes ont, en divers temps et chez différents peuples, possédé l’intelligence du Sepher de la même manière que je la possède, mais que les uns ont renfermé avec prudence cette conaissance dont la vulgarisation eût été dangereuse alors, tandis que d’autres l’ont enveloppée de voiles

assez épais pour être difficilement atteinte. »

L'auteur de «la Langue hébraïque resti-

tuée » pensait-il à Saint-Jérôme qui procla-

mait «la Genèse » le plus difficile et le plus obscur des livres sacrés, contenant autant de secrets que de mots, ou à Saint-Augustin qui, examinant la question de la Création, dans son livre contre les Manichéens, donne aux deux premiers versets du Sépher le même sens intellectuel que lui ? Peut-être ? Nous croyons

plutôt qu’il évoquait quelques grands mysti-

TELE 1 De ini

ques chrétiens : l’espagnol Raymond Lulle, savant illuminé du XIIT: siècle, qui mena une vie d’apôtre ; le Suisse Paracelse ; l'Italien Pic de la Mirandole, le plus grand platonicien du Moyen-Age ; Reuchlin, savant allemand du XVI siècle, le premier philologue des temps modernes, considéré comme l’initiateur de la science hébraïque, et ses contemporains, ces autres grands Allemands : Cornelius Agrippa et Jacob Bœhme ; le Français Guillaume Postel, qui apprit sans maître l’hébreu et le grec, et que François Ier envoya en Orient puis nomma, à son retour, professeur de langues orientales au Collège de France.

Fabre d’Olivet en appelait aussi à l’autorité de Spinoza, de Leibniz qui fut initié par Mercure Van Helmont, puissant occultiste et fils du célèbre Van Helmont, médecin et alchimiste du XVE siècle ; il rappelait au souvenir de ses contemporains toutes les sociétés secrètes religieuses qui parurent en Occident depuis le début de l’ère chrétienne : les Gnostiques ; les Templiers, nom qui vient du Temple de Salomon ; les Francs-Maçons, dont l’ordre s’organisa en Angleterre, ayant pour but de remani-

féster l'initiation égyptienne ; les Rose-Croix ;

qui se disaient descendre des Atlantes ; les Martinistes, dont le fondateur, saint Martin voulut réaliser les doctrines de Martinez Pascalis et de Swedenborg.

9. — Nous ne désignons que les individualités les plus connues et les mouvements occultistes les plus puissants. Tous ces philosophes, ces hommes d’action, ces médecins, ces savants, étaient des adeptes de la Kabbale, toutes ces sociétés militantes avaient pour base de leur enseignement la Kabbale. Et la Kabbale est cette loi orale que Moïse lui-même

donna à des êtres éprouvés, chargés de la transmettre, de siècle en siècle, dans le secret des sanctuaires. Ce législateur hiérographe, ce

prophète visionnaire de l’avenir, avait prévu

les fausses interprétations de ses écrits et il confiait la Vérité Sainte à des Initiés sûrs, qui,

ensuite, de génération en génération, devaient

la faire connaître, toujours à des hommes choi-

% a > Re ne à

sis, jusqu’à la postérité la plus reculée. Mais pourquoi était-il nécessaire d’éprouver ainsi - ceux qui se sentaient capables de devenir les «Elus » ? Moïse avait été initié dans les temples de l'Egypte, et, dans les collèges initia- - tiques de ce pays, comme dans ceux de l’Inde, de la Perse ou du Thibet, «on ne prodiguait pas les mystères, parce que les mystères étaient quelque chose, on ne profanait pas la connaissance de la Divinité, parce que cette connaissance existait, et pour conserver la Vérité à plusieurs, on ne la donnait pas vainement à tous ! »

Le mot Kabbale possède deux sens selon qu’on l'écrit avec un coph, lettre assyrienne et hébraïque répondant au ‘nombre 100, ou avec un caph, lettre qui répond au nombre 20. Dans - le premier cas, le terme signifie «transmis- - sion», «tradition». Dans le second cas, CABALA veut dire : LA = Puissance des cA = 20, BA = 2 ou 22 lettres dont la première est aleph et la dernière thao. Cornelius Agrippa écrit, à ce sujet :

— « Il y a vingt-deux lettres qui sont le fondement du monde et de toutes les créatures

La Er

qu’il contient. Tout ce qui a été dit et créé en vient, et tout prend son nom et sa vertu de leurs révolutions. Il faut donc pour les trouver, examiner si bien toutes les combinaisons de ces lettres, que la voix de Dieu paraisse et se fasse entendre, et que l’on découvre le texte des Saintes Ecritures. »

10. — Cette Parole divine, cette Langue du ciel que cache le langage de la terre, Fabre d'Olivet la recherche dans «la Langue hébraïque restituée », il remonte à Elle en donnant le sens mystique de chacun des mots qu’il analyse dans le détail de ses racines primitives, de la signification de chaque lettre et de la valeur symbolique de chaque nombre. Ce ne sont plus des aperçus vagues, des affirmations contradictoires, des récits puérils. La formidable connaissance se révèle de toute la puissance de l’homme environné de Forces Naturelles, Formatrices du Cosmos, Forces dont il peut se rendre maître dans la mesure où il sait les recevoir, devient capable

D tiers, Ca

de leur répondre, et, selon son développement spirituel, de les utiliser.

Parlant de cette traduction des dix pre-

. miers chapitres de «la Genèse », Schuré dit :

— « Fils du passé et gros de l’avenir, ce livre, héritier de toute la science des Egyptiens, porte encore les germes des sciences futures. Ce que la nature a de plus profond et de plus mystérieux, ce que l'esprit peut concevoir de merveilles, ce que l'intelligence a de plus sublime, il le possède. Et le vrai restaurateur de la cosmogonie de Moïse est Fabre d’Olivet, un homme de génie aujourd’hui presque oublié, et auquel la France rendra justice le jour où la science ésotérique, qui est la science intégrale et religieuse, sera réédifiée sur ses bases indestructibles. »

Dans le passage que je viens de citer, l’auteur des « Grands Initiés », parle de science ésotérique. Fabre d’Olivet fut un ésotériste et c’est pourquoi «la Langue hébraïque restituée » a été et reste méconnue par la science philologique et philosophique officielle et condamnée par le pape.

L’un des plus grands philologues de la fin

du siècle dernier, Gaston Paris, passe cette

œuvre sous silence dans ses «Mélanges Lin-

guistiques » et semble même ne l'avoir pas lue. Nous citons Gaston Paris, parmi tant d’autres savants connus, parce que dans ses « Mélanges Linguistiques », l’illustre étymologisie étu-

die le Pentateuque, répète que saint Jérôme et saint Augustin se sont plaint des trop nom-

breuses traductions des livres de Moïse en grec et du grec en latin, et examine les erreurs des versions grecques et latines en parlant de la restitution possible du texte hébreu. Et pas un mot de l’œuvre de Fabre d’Olivet !

Pourquoi ce silence? Fabre d’Olivet est-il personnellement en cause ? De criantes in vraisemblances, des erreurs grossières entx chent-elles son œuvre capitale, «la Langue hébraïque restituée » qu’on ne puisse du tout le prender en considération ? Mais Fabre d'Olivet n’est pas un cabbaliste isolé, nous l'avons montré, et alors même qu’il auraïñ complètement échoué dans son essai de dé couvrir la clef des noms sacrés chez tous les peuples, par des exemples pris en comparant l’hébreu, l’arabe, le syriaque, le chaldéen et

We

d’autres langues — et nous ne sommes pas compétents pour prendre parti ; — il y a, dans

__ son œuvre, une base indiscutable, un principe - sûr, une Vérité que l’on retrouve toujours

Une : celle qui se rattache à ia Kabbale. Or, Gaston Paris, et, avec lui, toute la science officielle, ignore la Kabbale. Cependant, cette Loi orale de Moïse n’est pas, elle-même, une connaissance isolée, d’origine uniquement égyptienne. Les initiés égyptiens n’étaient pas seuls à savoir que chaque lettre ou nombre correspondait à un arcane, et que tout arcane signifiait une puissance occulte.

11. — L'étude anagogique des Védas et autres ouvrages sacrés de l’Inde, des Kings, des écrits de Zoroastre, de telle tradition éthiopienne ou phénicienne, du Popol-Vuh, montre que, partout, dans les Collèges Initiatiques de l'antiquité la plus reculée, américaine, africaine ou asiatique, la Vérité Une était enseignée concernant les Origines et les Fins des Mondes et des Humanités. Cet Enseignement

ne devait pas être vulgarisé — nous avons expliqué pourquoi. Il restait «intérieur » ésotérique », «intérieur » ou «ésotérique » dans les Ecoles d’Initiation ; « ésotérique » dans l'Homme, l'étudiant devait découvrir la Vérité en lui-même ; «ésotérique » dans les traditions écrites, et c'était aux néophytes ancêtres des grandes races toltèques et aztèques, hindous, thibétains et autres à lire cette vérité dans les termes riches de voiles qui « revêtaient » de profondes réalités occultes.

L’«ésotérisme » est l'Unité Philosophique réalisée par l’Initiation. La Vérité ésotérique indique à l'Homme Evolué les voies qu’il doit suivre pour acquérir la Puissance sur luimême, et, selon ce Pouvoir, Puissance sur les Forces Naturelles ou Lois Divines. La Philosophie, nous l’avons déjà dit, est la recherche simultanée de la Science et de la Sagesse, elle est la volonté de triompher des forces impulsives et des tendances égoïstes, manifestations inférieures de la nature humaine. « Par votre patience, vous posséderez vos âmes », a dit saint Paul, citant un philosophe du passé lointain. Ne serait-ce point douter de l'Humanité

A LA VIE SECRÈTE As

que de la croire incapable de ce travail patient de surélévation d’elle-même, de compréhension profonde du principe et du but de chacun de ses efforts ? La Philosophie, la Vérité Esotérique, représente l’unique possibilité de réalisation, sur tous les plans spirituels et matériels, de l’Unité intégrale — scientifique, morale, intellectuelle, politique — parce qu'Elle seule renferme cette Unité.

Toute science, toute éthique, tout art n’est utile que dans le mesure où il contribue au maximum d’épanouissement de la Vie hu- . maïne. La Philosophie est la synthèse de toutes ces utilités, elle est l’Utilité une. Elle soumet aux lois de l'Esprit et de l’Intelligence toutes les tendances, toutes les intensités contraires, parfois hostiles, des sciences, des éthiques, des arts et les unifie, grandissant ainsi leur puissance de servir l’Idée du Bien de la Terre et de l'Homme. La Vérité Esotérique est la Vie unifiée de la Substance et de l’Esprit en vue de l’Utilité.

En CES

— « Dans cette nuit chaude et splendide, le

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