‹ Introduction à la YogaChapitre 5 sur 10 · CONFERENCE IV · texte numérisé non relu

CONFERENCE IV

En traitant hier la troisième partie de notre sujet, j'ai attiré votre attention sur les états du mental, en vous montrant que, d'après l'étymologie du mot sanscrit vritti, ces états doivent être regardés comme des manières dont le mental existe ; pour employer le terme philosophique occidental, ce sont des modalités du mental, de l'existence mentale. Voilà les états qu i! faut empêcher, supprimer, abolir, réduire à l'inactivité absolue. Cette inhibition a pour objet de déterminer un état permettant au mental supérieur de s’épancher dans le mental inférieur. En d’autres termes le mental inférieur, que nulle influence ne trouble ni n’agite, reflète le mental supérieur comme un lac aux eaux paisibles reflète les étoiles. Rappelez-vous un passage de l'Upanishad exprimant cette idée d'une façon moins technique mais en

termes plus élevés et déclarant que, dans le calme du mental et dans la tranquillité des sens, l’homme peut contempler la majesté du Soi. La méthode à suivre pour produire ce calme est le point que nous avons à considérer maintenant.

L’inhibition des états du mental.

Il y a deux manières, et deux manières seulement, d’assurer l’inhibition de ces modes, de ces manières d’exister, du mental. Shri Krishna les indique dans le Bhagavad-Gila lorsque Arjuna se plaint de ce que la mental est impétueux, fort, intraitable, aussi difficile à gouverner que le vent. Sa réponse est nette :

« Sans doute, ô héros, le mental est mobile et difficile à saisir ; mais par une pratique constante et par l’expulsion des passions, il peut être maîtrisé » (J).

Telles sont les deux méthodes, les seules par lesquelles notre mental, agité sans trêve ni repos peut être réduit à la paix et à la quiétude ; vairagija et abhyasa ; il n’en existe point d’autre mais, appliquées avec persévérance, elles amènent infailliblement au but.

Quel est le sens de ces deux termes si familiers ?

(t) Loc. cit., VI, 34, 35,

Vairagya oul’absence de passion, implique avant tout l’idée de supprimer toute passion, tout désir pour les objets des sens; par suite, l’idée de supprimer les liens créés par le désir entre l’homme et les objets qui l’entourent. Raga signifie passion, goût, ce qui nous attache aux objets. Le préfixe, vi transformé en vai, suivant une réglé grammaticale, signifie extérieur ou opposé à. La Vairagya est donc l’absence de passion ; elle est synonyme de liberté, d’indépendance, d’absence de toute relation avec ces objets extérieurs. La pensée, ne l’oublions pas, consiste à établir des relations. La suppression de ces relations imposera donc au mental le calme qui est la Yoga. Toute doit être absolument écartée ; il faut nous en séparer ; il faut faire naître en nous l’état contraire, où nulle passion ne subsiste, où nulle attraction pour les objets des sens ne survit, où tous les liens rattachant l’homme aux objets qui l’entourent sont brisés. « Quand les liens du cœur sont brisés l’homme devient immortel ».

Comment arriver à supprimer la passion ? La seule manière légitime est de nous détacher lentement et progressivement des objets extérieurs, grâce à l’attraction plus puissante exercée par le Soi. Le Soi est toujours attiré par le Soi et cette attraction est la seule qui puisse détourner nos véhicules des objets séduisants ou repoussants dont ils sont environnés. Délivré de toute raga, ayant

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GA YOGA

cessé d’établir des relations avec les objets, le Soi séparé se reconnaît libéré, indépendant et n’éprouve plus qu’un seul désir, celui de s’unir au Soi unique. Ce n’est pas instantanément, par un suprême effort, dès la première tentative, que cette grande qualité appelée l’absence de passion peut devenir la caractéristique de l’homme décidé à devenir yogui. 11 faut, sans trêve ni repos, s’exercer à dépouiller toute convoitise. Cette idée est impliquée par le terme abhyasa ou exercice, joint à celui de i miragya. Dans cet effort point d’arrêt, point d’interruption, point de défaillance. « Exercice » ne signifie pas simplement ici « méditation », bien que ce soit le sens qu’on lui attribue en général. « Exercice » signifie le dépouillement systématique et de tous les instants, au milieu des objets qui attirent.

Pour éliminer toute passion, il faut s’exercer dans les circonstances delà vie journalière. Beaucoup de personnes, ai-je dit, ne voient dans abhyasa que la méditation. Voilà pourquoi si peu d’aspirants arrivent à la Yoga. Une autre erreur est d’attendre une grande occasion. En se préparant à quelque sacrifice immense, ^Pt>n oublie les liens de l’existence quotidienne qui lient le mental aux objets par d’in nombrables et imperceptibles attaches. Ces faits, par leur insignifiance même, échappent à l’obser vation et, en voulant attendre le grand événement qui ne vient pas, l’homme ne se détache point des

petites choses qui l'entourent, comme il pourrait le taire chaque jour. En réfrénant au contraire nos désirs d’instant en instant, nous finissons par devenir indifférents aux objets qui nous entourent et, le jour où survient la grande occasion, nous la saisissons avant meme de bien réaliser qu’elle se présente à nous. S’exercer chaque jour et à chaque heure, voilà ce qui est exigé de l’aspirant yogui, car c’est la seule manière de réussir. Et c’est précisément le caractère fastidieux de ces efforts pénibles et soutenus qui rebute la plupart des candidats.

Je dois ici vous mettre en garde contre un danger il y a bien une manière expéditive de se dépouiller rapidement de tout désir. « Tuez en vous-mêmes », vous dira-t-on, « tout amour et toute affection ; endurcissez vos cœurs ; devenez froids à tout votre entourage ; abandonnez femme, enfants, parents ; fuyez vers le désert ou vers la jungle ; élevez une muraille entre vous-mêmes et les objets désirables : la convoitise n’existera plus pour vous ».

Je reconnais qu’il est relativement facile d’arriver de cette façon à rejeter tout désir, mais du même coup vous tuez plus que le désir. Vous enfermez le Soi, qui est Amour, dans des murailles qu’il ne peut percer. Vous vous paralysez vous-mêmes en for niant autour de vous une coque épaisse, impossible à briser. Vous vous endurcissez au lieu de vous adoucir ; vous vous isolez au lieu d’ouvrir les bras à vos sem-

blables ; vous tuez 1 amour mémo en étouffant le désir* oubliant que, si l’amour s’attache au Soi, et s’il le cherche, le désir secramponne aux enveloppes du Soi,

aux corps dont le Soi est revêtu. L’amour est le désir du Soi séparé qui aspire'à s’unir à chaque autre « Soi » séparé. L’absence de passion consiste à n’éprouver aucune attraction pour la matière, ce qui est très différent. Il faut conserver l’Àmour, car il est l’essence même du Soi ; ne le tuez pas dans votre ardeur à dépouiller la convoitise. L’Amour est la Vie en chacun de nous, parcelles isolées du Soi, et nous attire les uns aux autres. Chacun de nous fait partie d un ensemble immense. Supprimez le désir en ce qui concerne les véhicules du Soi mais ne supprimez pas 1 Amour en ce qui concerne le Soi lui-même, car l’Amour est la force immortelle qui unit le Soi au Soi. Dans notre longue ascension, il vaut mille fois mieux souffrir de l’Amour que de le rejeter et d’endurcir vos cœurs contre tous les liens et tous les devoirs de 1 affection. Souffrez pour l’Amour, même si la souffrance est cruelle. Aimez, si même l’Amour vous mène à la douleur. \ os peines passeront, mais l’Amour ne cessera de grandir et, dans l’unité du Soi, vous découvrirez enfin que l’Amour est la grande force d attraction qui reunit en un seul tous les éléments séparés.

Beaucoup de personnes en cherchant à tuer 1 Amour ne font que reculer et leurs efforts mal di-

rigés, loin de les élever au-dessus de l’humanité, leur font perdre rang parmi les hommes. Les liens humains de 1 amour et de la sympathie favorisent, assurent 1 épanouissement du Soi. Les Maîtres, nous est-il dit, aiment toute 1 humanité comme une mère aime son fils premier-né. Leur Amour n’est pas un Amour réfrigéré, mais un Amour aussi ardent que les aflections particulières les plus hautes éprouvées par les âmes moins évoluées. Défiez-vous toujours d un instructeur qui vous conseille de tuer en vous l'Amour et d’être indifïérentsaux affections humaines. Cette méthode-là conduit au sentier de la main gauche.

La méditation avec ou sans « semence. »

Le point à examiner maintenant est notre manière de méditer. Quentendons-nous par méditation? Elle ne peut être la même pour chacun. Si le principe en est invariable — ^ je veux parler de la discipline mentale la méthode doit cependant varier avec le .tempérament de celui qui la pratique. Etes-vous doué d une intelligence puissante ? Aimez-vous raisonner ? L’enchaînement des pensées et des arguments a-t-il été pour vous le seul exercice mental ? Mettez cette éducation a profit. Ne croyez pas qu’un seul effort suffise pour apaiser le mental. Pas à pas,

maillon après maillon, suivez la chaîne d’un raisonnement logique, sans laisser votre mental s’en écarter de l'épaisseur d’un cheveu. Ne lui permettez pas de se dérober vers d’autres lignes intellectuelles ; contraignez-ie à toujours suivre la meme voie et graduellement il deviendra fixe. Puis, étant arrivé au point culminant de votre raisonnement, ayant atteint le dernier maillon de votre enchaînement logique, quand le mental est incapable de vous mener plus loin et qu’au-delà vous n’apercevez plus rien, arrêtez-vous et là, concentré sur le point culminant, cramponné au dernier maillon, gardez le mental en suspens, fixe, en éveil, paisible, dans l’attente de ce qui peut survenir. Vous parviendrez bientôt à prolonger considérablement cette attitude.

Votre imagination est-elle au contraire plus puissante que votre raisonnement? La méthode de la dévotion est préférable à celle des arguments. Appelez à votre aide l’imagination. Représentez-vous mentalement une scène quelconque, ayant pour figure centrale l’objet de votre dévotion. Composez, détaillez cette scène r comme le peintre compose un tableau otijgradueliement il fait entrer les éléments de la scène choisie. Travaillez comme l’artiste : tracez ligne après ligne, avec le pinceau de votre imagination. Tout d’abord le travail sera très lent, mais bientôt vous parviendrez à évoquer l image à volonté. Représentez-vous sans cesse la scène, en insistant dé

moins en moins sur les objets accessoires et de plus en plus sur la Figure centrale, objet de votre protonde dévotion. En concentrant ainsi votre mental sur un point unique, vous lui imposerez la discipline et le calme ; en employant ainsi l'imagination, vous le soumettrez à votre volonté. L'Objet de la dévotion dépendra de la religion chacun. En supposant que ce soit, comme pour beaucoup de mes auditeurs, Shri Krishna, vous vous Le représenterez dans une scène quelconque de Sa vie terrestre, par exemple dans la bataille de Kurukshetra. Imaginez les armées opposées, en ordre de bataille ; imaginez Arjuna affaissé dans son chariot, abattu, désespéré ; passez ensuite à Shri Krishna, le Conducteur, L'Ami, l’Instructeur. Puis, fixant votre pensée sur cette Figure centrale, laissez votre coeur aller à Lui, dans l’élan d une dévotion que rien ne peut détourner; ne Le quittez pas ; restez silencieux et en suspens et, comme dans le cas précédent, attendez ce qui surviendra.

Telle est la méthode appelée « la méditation avec semence. » La « semence » c’est la Figure centrale ou le dernier maillon du raisonnement.. Vous avez graduellement immobilisé votre pensée errante grâce a cette discipline lente et progressive ; vous ôtes parvenu^ à vous at jtcher a la pensée, à la Figure centrale et vous res ;ez en suspens. Il s’agit maintenant d abandonner meme cela. Laissez aller la pensée

centrale, l’idée, la « semence » de votre méditation. Ne vous attachez plusà rien. Seulement, immobilisez votre mental au niveau atteint, sans laisser décroître sa vigueur et sa vivacité. Dès lors vous pratiquez la méditation « sans semence ». Restez en suspens; attendez dans le silence et dans le vide. Vous vous trouvez dans le « nuage », dans cet état dont j’ai parlé tout à l’heure. Soudain il se produira un changement, changement impossible à méconnaître, prodigieux, incroyable. Dans ce silence, vous ai-je dit, une Voix résonnera. Dans ce vide une Forme se révéléra. Dans ce ciel sans astres un Soleil se lèvera et dans son rayonnement vous comprendrez que Lui et vous êtes un ; que ce qui est vide pour les yeux physiques est la plénitude pour les yeux de l’Esprit, que ce qui est silence pour l’ouïe est pour 1 ouie spirituelle infiniment mélodieux.

Telles sont les pratiques qui vous permettent de maîtriser votre mental, de discipliner votre pensée errante et ainsi de parvenir à l’illumination.

Mais je dois ajouter un avertissement. Afin de pouvoir passer de la méditation « avec semence » au stage supérieur, il faut être arrivé à vous attacher à la « semence » pendant un temps considérable, sans laisser un instant faiblir votre attention. C est le vide d’une attention tendue ; ce n’est pas le vide d’une somnolence prochaine. Si votre mental n’est pas dans cette condition voulue, sa vacuité même

est un danger ; elle mène à la médiumnité, à la possession, à 1 obsession. \ ous ne pouvez sans imprudence chercher à faire le vide qu’après avoir si bien discipliné votre mental, qu’il puisse demeurer fixé pendant longtemps sur un point unique et rester pleinement en éveil après l’avoir abandonné.

« Mais », demande-t-on quelquefois, « en admettant que je fasse tout cela et que je parvienne à ne plus avoir conscience de mon corps ; en admettant que je m’élève effectivement à une région supérieure, est-il bien certain que je puisse revenir au corps physique ? L'ayant abandonné, me sera-til possible d’y rentrer ? »

Celte possibilité d un abandon définitif est inquiétante. Le commençant reconnaît bien que la matière est néant et que 1 Esprit est tout, mais il craint de ne plus être en rapport avec son corps ; aussi lorsqu il s en sépare, la peur, et la peur seule, le fait retomber sur la terre qu’il a eu tant de peine à quitter.

Ne craignez rien de semblable. Ce qui vous ramène ici-bas, c’est la trace de votre passé qui subsiste malgré tout.

On demande encore : « Quelle raison y a-t-il pour qu un état de pralaya prenne jamais fin et qu’une nouvelle ère manvantarique commence ? « Nous répondrons à cette question comme le ferait un psychologue hindou.

IVTROOUCTION A LA YOGA

Si vous avez abandonné jusqu’à la semence de la pensée, vous ne pouvez détruire la trace laissée par cette pensée, trace qui constitue un germe dont la tendance est de revenir à la matière afin de s’exprimer de nouveau. Cette trace est ce que l’on appelle la j privation » de matière ou sarr, s/tara. Vous avez beau vous élever au-dessus du mental concret, cefe trace, laissée dans le principe intellectuel, de ce que vous avez pensé et connu, cette trace subsiste et vous ramènera infailliblement ici-bas. Vous ne pouvez échapper à votre passé. Tant que votre période d’existence n’aura pas pris fin, ce samskara vons fera revenir à votre corps. C’est encore lui qui, au terme de la vie céleste, ramène l’homme à une naissance|nouvelle. C'est l’expression de la loi du Rythme. La Lumière sur le Sentier, ce merveilleux traité d’occultisme, fait mention de cet état et du silence qui règne autour du disciple. Puis l’auteur dit :

« Hors du silence qui est la paix, une voix sonore s’élèvera. Et cette voix dira : Cela n’est pas assez. Tu as moissonné; maintenant il te faut semer. Et sachant que cette voix est le silence même, tu obéiras. »

Que signifie cette sentence : « Tu as moissonné ; maintenant il te faut semer »? Il s’agit ici de la grande loi du Rythme à laquelle sont soumis les Logos, les Ishvaras Eux-mêmes — loi du grand Souille, de l’Expir et de l’ïnspir, qui gouverne tous les frag-

ments momentanément séparés. Un Logos peut abandonner Son univers et Son univers s'évanouit quand Il en détourne Ses regards et rentre en Lui-même, car seul. Il lui donnait la réalité. 11 peut S'abîmer dans les profondeurs infinies de l'Être, mais là même subsiste le samskarci de l’univers passé, la mémoire atténuée et latente, le germe de Maya auquel II ne peut échapper. S'il le pouvait, Il deviendrait Brahma Nirguna. Point d’Ishvara sans mâyâ, point de maya sans Ishvara. Il arrive, même pendant la période de pralaya, un moment où le repos prend fin, où la vie intérieure exige de nouveau la faculté de se manifester. Alors elle se dirige vers l'extérieur et un univers nouveau paraît. Telle est la loi du repos et de l’activité, l'un succédant à l’autre. Ainsi tourne incessament la roue de l’univers et celle des existences humaines. Car, dans l'Eternel, le repos et 1 activité sont toujours et simultanément présents. Dans ce que nous appelons le temps ils se suivent, mais dans l'éternité ils sont simultanés et ininterrompus.

De l’usage des mantras.

Gomment faciliter cette tâche ardue ? Je voudrais attirer votre attention sur un fait dont la connaissance est, pour le commençant, d’un secours im’

mense.

Vos véhicules ne sont jamais en repos. Chaque vibration qui affecte le véhicule détermine dans la conscience une modification correspondante. Existet-il une manière d’arrêter ces vibrations et d’imposer au véhicule une fixité qui assurera du même coup l'immobilité de la conscience ? On peut y arriver par la récitation d’un montra.

On donne ce nom à une méthode assurant l’inhibition mécanique de la vibration. Au lieu de faire appel à la Volonté et à 1 imagination, vous les réservez à d’autres usages et vous avez recours à un montra, c’est-à-dire à une série de sons déterminés dont la répétition rythmique et constante finit par faire vibrer le véhicule à leur propre diapason Par conséquent, un montra ne peut être traduit, la traduction remplaçant les sons primitifs par d’autres. Les montras sont en usage non seulement parmi les hindous mais aussi parmi les bouddhistes, les catholiques, les musulmans et les parsis; jamais ils ne sont traduits car le mantra dont la succession et l’ordre des sons ont été modifiés n’est plus un mantra. Si vous traduisez les mots, vous pouvez obtenir une très belle prière, mais point de montra. Votre traduction peut être admirable, poétique, inspirée, mais votre mantra est mort, incapable désormais d’accorder les vibrations des véhicules voisins et, par là, d’assurer l’immobilité de la conscience. La poésie, la prière inspirée admettent la traduction mentale ; un

mantra au contraire est unique et intraduisible. La poésie est une grande force ; elle édifie souvent, charme l’oreille, peut atteindre le beau et le sublime, mais ne constitue pas le mantra .

L'attention.

Considérons maintenant la concentration.

Demandez au*premier venu si la concentration lui est possible, il vous répondra immédiatement. « C’est bien difficile. J’ai souvent essayé sans y parvenir », Posez votre question en d’autres termes et demandez lui : « Pouvez-vous fixer votre attention sur un objet quelconque ? » il vous répondra sans hésiter : « Certainement ».

Concentration est synonyme d’attention ; c’est l’attitude fixe de l’attention. « Faire attention » à votre occupation présente, c’est concentrer votre mental. Beaucoup de personnes entreprennent de méditer et se demandent pourquoi elles ne réussissent pas. Comment une demi-heure de méditation et vingt-trois heures et demie de dissipation mentale pendant le jour et la nuit pourraient-elles vous permettre de demeurer concentrés pendant ces trentes minutes? Comme Pénélope qui défaisait les fils de sa trame, vous défaites au cours de la journée et de la nuit votre œuvre du matin. Pour devenir yogui l’atten-

INTRODUCTION A LK VOGA

tion doit toujours être en éveil. Il faut donc pratiquer la concentration à toute heure de votre existence active. Pour le moment vous laissez pendant bien des heures se dissiper votre pensée ^,et votre insuccès vous surprend. Votre réussite serait un fait beaucoup plus extraordinaire. Il faut journellement iixer votre attention sur toutes vos occupations. C’est difficile, je le reconnais. Pour faciliter ces exercices ne leur consacrez tout d’abord qu’une partie de votre tâche quotidienne, mais en l’accomplissant avec une attention absolue, sans défaillances. Ne permettez pas au mental de se détacher du travail présent. Une addition à faire, la lecture d'un livre, tout vous sera bon. C’est l’attitude mentale qui importe et non pas la tâche entreprise. Point d’autre manière d’apprendre la concentration. Fixez rigoureusement votre mental sur le travail du moment^t dès qu’il est terminé n’y revenez plus. Poursuivez cet exercice pendant quelques mois et vous constaterez avec surprise combien il devient facile de concentrer le mental. Notre corps arrive d’ailleurs assez vite à faire automatiquement certains mouvements. Si vous les lui imposez régulièrement, il les accomplira bientôt de lui-même et vous constaterez que vous pouvez vous occuper de deux ou trois choses à la fois. C’est ainsi qu’en Angleterre les femmes aiment beaucoup le tricot. Quand une petite fille commence à tricoter, elle est obligée de faire une attention

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extrême à ses doigts et de ne pas les (|uitter des yeux un instant, sous peine de commettre une faute. Elle persévère jour après jour, jusqu’à ce que ses doigts aient apprit à s’occuper de leur tâche sans surveillance : elle leur conlie alors le soin de tricoter et peut donner à sa conscience mentale d’autres occupa ti ons.

La méthode employée pour les doigts est applicable au corps mental qui peut, lui aussi, être habitué à l’action automatique. Enlin un moment viendra où votre conscience la plus élevée restera toujours fixée sur le but suprême, laissant la conscience inférieure, dans le corps, s acquitter des activités corporelles et s’en acquitter d’une façon parfaite parce que son dressage sera irréprochable. Ce sont là des leçons pratiques de Yoga.

Les exercices de ce genre vous permettent d’acquérir les qualités dont vous avez besoin. \ous deviendrez plus forts, meilleurs, capables enfin d’aborder l’étude méthodique de la Yoga.

Obstacles à la Yoga.

Avant d’examiner les capacités exigées par ces pratiques, énumérons les obstacles à la \ oga tels que Patanjali les a formulés. Le temps n#us manque pour les étudier de plus près.

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Ces obstacles sont très divers. D’abord la maladie ; un malade ne peut pratiquer la Yoga, qui exige la santé et met le corps physique à une dure épreuve. Puis la langueur mentale : la pensée doit être alerte et énergique. Puis le doute : il faut une volonté arrêtée et de la décision. Puis la négligence : c’est une des plus grandes difficultés éprouvées par les commençants; ils lisent superficiellement et manquent de précision. L’indolence : le paresseux ne peut être yogui. Comment l’homme inerte, qui ne peut ni ne veut se donner de peine serait-il capable de faire les efforts terribles que lui imposera sa tâche ? Puis la frivolité, obstacle évident. Des idées fausses, un jugement faux sont un autre grand obstacle. (La « notion juste » est une des qualités principales du yogui. En d autres termes, sa pensée doit correspondre à la vérité extérieure; il doit être foncièrement véridique et agir comme il pense. Point de Yoga possible pour l’homme en qui ne règne pas la vérité). Être « à côté de la question », illogique, inintelligent, attacher de l’importance àcequi n’en apas et réciproquement. Enfin l’instabilité, qui rend la Yoga impossible et les efforts futiles lorsqu’elle est peu prononcée. L’homme instable ne peut être un yogui.'

Aptitudes à réunir

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