‹ Introduction à la YogaChapitre 6 sur 10 · ÊS · texte numérisé non relu

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Chacun peut-il pratiquer la Yoga ? Non, mais toute personne de bonne éducation peut se préparer à le faire dans l’avenir. Leà progrès rapides exigent comme toujours, des capacités spéciales. S’agit-il d’une science quelconque? Nous pouvons l’étudier sans posséder pour cela des aptitudes bien marquées, mais sans pouvoir prétendre à le faire avec distinction. 11 en est de même en Yoga. Toute personne douée d’une intelligence moyenne peut emprunter à cette science certains éléments dont la pratique lui sera utile, mais elle ne peut espérer, sans posséder d’emblée certaines capacités, atteindre au succès dans l’existence présente. Et ce n'est que logique car, si la première science venue exige descapacités particulières de l’étudiant qui veut îs’v distinguer, il est bien certain que la science des' sciences ne peut exiger des etudiants moins que les sciences ordinaires.

Si l'on me demandait « Puis-je devenir un grandmathématicien ? » je répondrais : « 11 faut pour cela posséder en mathématiques des aptitudes et des dispositions naturelles. Dans le cas contraire, vous n’y parviendrez pas dans cette vie. » Mais ceci ne veut pas dire que mon interlocuteur soit incapable de rien

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apprendre en mathématiques. Pour être un grand mathématicien, il faut être né avec des dispositions spéciales ; les posséder de naissance prouve que vous les avez cultivées dans bien des existences passées ; aujourd’hui vous les possédez toutes développées. Il en est ainsi en Yoga. Chacun peut en apprendre quelque chose, mais pour être un grand yogui, il faut des vies entières de pratique. Si ces vies sont derrière vous, vous êtes nés cette fois avec les facultés nécessaires.

Trois facultés sont indispensables à qui veut réussir en Yoga/^La première est un désir puissant. « Désire ardemment. » Un désir semblable est nécessaire pour briser les désirs et les liens tenaces qui vous attachent au monde extérieur ; lui seul, d’ailleurs, vous permettra de surmonter les obstacles qui barrent votre route. Il faut la conviction du r succès final et la résolution de poursuivre le succès jusqu’au bout. Il faut un désir si ardent et si profondément enraciné qu’il grandisse à chaque obstacle. L’obstacle ressemble alors au combustible jeté dans un foyer: La flamme s’en empare, le consume et s’élève plus vigoureuse. Les difficultés etles obstacles ne sont, eux aussi, que le combustible alimentant le désir ardent et la résolution du Yogui ; ils ne rendent sa détermination que plus immuable.

Si vous n éprouvez pas ce désir violent, c’est un signe que la tâche entreprise est toute nouvelle pour

la yoga A U POINT DE VUE PRATIQUE

'vous ; mais vous pouvez dès la vie présente vous y préparer. Le désir peut naître de la pensée ; il ne peut naître du désir. Impossible de'demander à nos convoitises de se maîtriser elles-mêmes.

Pourquoi le désir est-il éveillé en nous ? Examinez votre propre mental et vous constaterez que c’est la mémoire et l’imagination qui évoquent le plus fortement le désir. La pensée est donc le moyen de déterminer en lui toutes les modifications possibles. ' otre pensée, votre imagination, voila votre seule faculté créatrice et c’est par l'imagination que vos pouvoirs se développeront. Si donc vous désirez la A oga, pensez à elle comme à un but qui est à notre portée. Pensez aux résultats de la Yoga ; sachez comprendre ce que le monde doit gagner à ce que vous deveniez yogui^et de jour en jour votre désir grandira. Car seule la pensée vous permettra de gouverner le désir ; par lui-même il ne vous est d’aucune utilité. Vous désirez, ou vous ne désirez pas, tel objet et, dans les limites de la nature passionnelle, vous êtes désarmés et en son pouvoir. Vous ne pouvez, je le répète, modifier le désir par le désir. Il faut passer dans une autre région de votre être, la région mentale, et par la pensée vous pourrez, absolument à volonté, désirer ou ne pas désirer, à la seule condition d’employer la méthode convenable. Cette méthode est en somme assez simple. Pourquoi désirez-vous posséder un objet

quelconque? Parce que vous croyez que sa posses» sion vous rendra plus heureux. Mais supposez que l’expérience du passé vous ait appris qu’à la longue cet objet, loin de vous rendre plus heureux, soit pour vous une cause de chagrin, de souci, de malheur, et le moyen de rejeter ce désir s’offre immédiatement à vous. Songez au résultat final. Laissez votre mental s’attarder avec insistance sur tous les éléments pénibles. Faites abstraction, pour le moment, du plaisir passager et maintenez votre mental fixé sur la souffrance qui succède à la satisfaction du désir. Après un mois environ de cet exercice, la vue seule de cet objet vous sera désagréable. L’ayant mentalement associé à la souffrance, vous vous en écarterez instinctivement ; vous n'en avez plus besoin. Votre besoin s’est transformé grâce au pouvoir de l’imagination. Il n’y a pas de moyen plus sur de détruire un vice que de se représenter méthodiquement les conséquences ultimes qu’il entraîne. Persuadez au jeune homme que l’inconduite attire de se représenter constamment un débauché vieilli ; décrivez-1 ui ce malheureux au corps usé, qui désire •fencore mais ne peut plus satisfaire sa passion. S’il vous est possible d’amener votre interlocuteur à partager cette idée, il éprouve bientôt inconsciemment de la répulsion pour le plaisir qui l’attirait ; l’horreur meme des conséquences l’effraie et lui fait abandonner l’objet désiré.

L'aspirant yogui doit donc déterminer mentalement les désirs qu’il entend conserver et ceux quil est décidé à détruire.

2* Le vif Désir doit être accompagné d’une volonté ferme. La Volonté est le Désir transmué, le Désir qui n’est plus sollicité par l’extérieur mais dirigé par une autorité intérieure. Votre Volonté est-elle faible, il faut la rendre ferme. Appliquez-lui le même traitement qu’à tout organe débile ; fortifiez-là par l’exercice. Un adolescent sachant que ses bras sont faibles dira : « Je manque de muscles, mais je vais faire de la gymnastique ; je vais m’exercer aux barres parallèles et mes bras grossiront ». Il en est de même de la Volonté. L’exercice rendra puissante la volonté limitée, chétive qui est la vôtre aujourd’hui.

Prenez par exemple la résolution de faire telle ou telle chose tous les matins et tenez parole ; une seule suffit lorsqu’on est faible. Prenez vis-à-vis de vous mêmes l’engagement de faire telle ou telle chose à heure fixent bientôt vous rougirez de manquer à cette promesse. Lui êtes-vous restés fidèles une journée, recommencez pendant une semaine, puis pendant quinze jours. Ayant réussi, choisissez une tache plus difficile et ainsi de suite. Cette action imposée développera votre volonté ; jour après jour vous la verrez croître et sentirez grandir votre force intérieure. Ainsi commencez par un désir énergique, puis transformez-le en Volonté puissante.

^ La troisième faculté requise par la Yoga est une intelligence vive et large, il est impossible de gouverner le mental sans mental à gouverner. D’où la nécessité de développer votre intelligence, d’étudier. Par ce dernier mot j’entends non pas lire, mais penser. La lecture d’une douzaine d’ouvrages peut laisser votre mental aussi faible qu’il était auparavant, mais si vous avez lu à fond un seul ouvrage sérieux, la lecture lente et les réflexions prolongées nourriront votre intelligence et fortifieront votre mental.

Je le répète : vous avez besoin d’un Désir puissant, d’une Volonté indomptable, d’une Intelligence vive. Telles sont les capacités à développer avant que la pratique de la Yoga ne vous soit possible. Si votre mental est très vacillant il ressemble, comme le mental de l’enfant, à un papillon et il est nécessaire de lui donner la fixité. Vous y arriverez par l’étude attentive et par la réflexion. 11 faut développer le mental qui sera votre instrument de travail.

La sortie et le retour.

Vous atteindrez plus facilement le but, c’est-à-dire la transformation de notre désir, si vous comprenez bien que la grande évolution humaine suit deux sentiers, celui de la Sortie et celui du Retour.

Sur le sentier (Marga) de Pracriüi ou de la Sor-

tie, suivi par l’immense majorité des êtres humains, les désirs sont nécessaires et utiles ; plus un homme éprouve de désirs et plus il hâte son évolution, car ils sont pour lui des mobiles qui poussent à l'action ; sans eux il n’avance pas et demeure inerte. Et pourquoi lshvara aurait-il rempli les mondes d’objets désirables, s’il n’avait pas voulu que le désir fût un des facteurs de l’évolution ? lshvara agit envers l’humanité comme une mère intelligente envers son enfant ; elle ne lui fait pas de conférences sur tous les avantages de la marche, ne lui explique pas savamment ces mouvements nouveaux par le mécanisme des muscles de la jambe, mais, lui présentant un jouet, elle lui 'dit : « Viens le prendre ». Le désir s’éveille ; l’enfant commence à se traîner et bientôt apprend à marcher. De même, lshvara nous a entourés de jouets, toujours un peu hors de notre portée, et il nous dit : « Venez, enfants, venez les prendre. Voici l’amour, la fortune la renommée, la considération sociale. Venez les saisir. Marchez ; faites effort pour vous en emparer ». Et nous, comme des enfants, nous faisons de grands efforts et nous précipitons en avant, les mains ouvertes. Quand nous saisissons le jouet il se brise dans notre main et devient inutile. Les hommes luttent et peinent pour s’enrichir et quand ils sont devenus multi-millionnaires ils se demandent comment dépenser leurs richesses.

Je lisais il y a quelques jours qu’en ce moment un

millionnaire américain allait à pied de ville en ville afin de distribuer l’énorme fortune accumulée par son travail. Pour lui, la leçon est apprise. Jamais dans une autre vie cet homme ne sera tenté de se donner aucune peine pour acquérir ce jouet que Ton appelle la fortune. L'amour de la renommée, l’amour du pouvoir imposent à l’homme les plus pénibles ef“ forts mais, lorsqu’il les saisit enfin, leur charme a cessé. L’homme d’état puissant, le chefd’une nation, l’idole des peuples, suivez-le dans sa demeure ; vous l’y verrez las du pouvoir, dégoûté de ce qui le passionnait jadis. Est-ce à dire que Dieu se joue de nous en nous présentant tous ces objets? Non pas; Son intention a été d’éveiller le pouvoir du Soi et, dans le développement des facultés humaines, nous apparaL le résultat de la grande Lila. Voilà comment nous apprenons à développer le Dieu intérieur ; voilà pourquoi notre Divin Père joue avec Ses enfants.

Quelquefois pourtant le désir pour les objets ambiants se perd trop tôt et la leçon n’est apprise qu’à demi C’est précisément là un des écueils rencontrés par l’Inde contemporaine : elle possède une philosophie spirituelle grandiose, expression naturelle d’âmes nées à une époque reculée, prêtes à renoncer au fruit de l’action, à se consacrer au service du Suprême Logos et accomplir Sa volonté. Mais de nos jours la leçon que doit apprendre l’Inde est l’éveil du désir. Et ce ne sera pas là rétrograder, comme on

LA YOGA AU POINT DE VliE PRATIQUE 141

pourrait le croire, mais bien marcher en avant. La philosophie indienne est l’expression même de la vérité, mais c’est la philosophie d’àmes plus âgées et prêtes à la recevoir. Les âmes plus jeunes qui prennent aujourd’hui naissance aux Indes ne sont pas mûres pour cette philosophie ; elles en répètent machinalement les sentences, sont hypnotisées par sa doctrine et restent affaissées dans l’inertie, parce qu’aucun désir n’a suffisamment d’action sur elles pour les pousser à l’effort. 11 en résulte que la nation tout entière est en décadence. Jadis le grand système des castes enseignait qu’à des âmes d’âge différent il fallait des objets divers. L’Inde oublia cette leçon et de nos jours chacun est supposé prendre pour objet la perfection idéale que l’ homme ne peut atteindre sans avoir satisfait aux conditions premières. Il en est de même du « Sermon sur la Montagne » dans les pays chrétiens, mais le sens commun et l’esprit pratique des occidentaux le révère... et l’ignore. Aucun peuple n’essaie de conformer sa vie au « Sermon sur la Montagne ». Ces sentences ne s’adressent pas à des hommes et à des femmes ordinaires, mais bien à des saints. Pour ceux qui suivent le Sentier de la Sortie point de progrès sans désirs.

Qu’appelle-t-on le Sentier du Nivritii ? C’est le Sentier du Retour. Dès lors le désir doit disparaître et céder la place à la volonté du Soi. L’homme qui s’engage dans le Sentier du Retour n’éprouve plus

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qu’un désir, celui de seconder la Volonté du Logos Suprême ; il accorde sa volonté avec la Volonté suprême, renonce à tout désir séparé et ainsi s'efforce de pousser « la roue de l’existence », tant que la Loi de la Vie en impose la nécessité. Ce qui était Désir sur le Sentier de la Sortie devient Volonté sur le Sentier du Retour ; l’âme, à l’unisson avec le Divin, seconde la loi.

Sur le Sentier de la Sortie la pensée est toujours alerte, volage, changeante ; elle devient Raison sur le Sentier du Retour ; le joug est placé sur les épaules du mental inférieur et la liaison dirige le taureau.

Sur le Sentier de la Sortie le travail, l’activité, est l’action inquiète qui lie l’homme ordinaire. Sur le Sentier du Retour le travail prend le caractère d'un sacrifice et ne peut par conséquent lier l’homme.

Telles sont donc les manifestations des trois aspects sur les Sentiers de la Sortie et du Retour :

La Béatitude dont la manifestation est le Désir se transforme en volonté.

La Sagesse dont la manifestation est le Désir se transforme en Raison.

L’Activité dont la manifestation est le Travail se transforme en Sacrifice.

« Mais », objecte-t-on souvent, « pourquoi faire correspondre la volonté dans l’être humain à la béatitude Divine » ? Les trois grands attributs Divins

sont chié ou la conscience, ananda ou la béatitude, sat ou l’existence. Or, s’il est évident que la conscience se réflète dans l’intelligence humaine où elle se retrouve en miniature, il est évident aussi que l’existence et l’activité sont inséparables. Il n’est possible d’exister qu’en agissant extérieurement à soimême. A elle seule la forme du mot le démontre — « ex », hors de. C’est la vie manifestée. Reste donc la volonté pour correspondre à la béatitude ou troisième attribut. Mais certaines personnes ont peine à l’admettre et demandent : « Quel rapport y a-t-il entre la béatitude et la volonté ? » 11 suffit, pour résoudre l’énigme, d’envisager le désir et les objets du désir.

La nature du Soi est la béatitude. Quelle sera son expression au sein de la matière? Le désir du bonheur, la recherche des objets désirables auxquels le Soi demande le bonheur, essence meme de sa propre nature, ce bonheur qu’il ne cesse de poursuivre parmi les obstacles d’ici-bas. La nature même du Soi étant la béatitude, il cherche le bonheur et c’est ce désir de bonheur qui doit se transformer en volonté. Il suffit d’étudier ces correspondances pour découvrir leur sens profond et l’universelle « volonté de vivre » se traduit en « désir de bonheur » chez tout être humain, chez toute créature sensible. Un fait ne vous a-t-il jamais frappé? Je veux dire la certitude avec laquelle vous prouvez celte analyse de votre

propre nature par la manière dont vous acceptez le bonheur comme un droit, dont vous vous révoltez contre l’infortune, en demandant ce que vous avez fait pour la mériter? Quant à voire bonheur, il ne vous étonne pas, parce qu’il est le résultat de votre propre nature. Ce n’est pas lui qu’il faut expliquer, mais la souffrance, mais tout ce qui est contraire h la nature du Soi et à sa béatitude essentielle. Nous arrivons ainsi à constater que le désir et la volonté sont l’un etl’autre la résolution d’être heureux. Seulement le premier est ignorant, altéré par les objets extérieurs ; l’autre est consciente d’elle-même, déterminée, dirigée par une force intérieure. Le désir est éveillé et conduit du dehors ; quand le même aspect gouverne au-dedans, il est la volonté. Point de différence dans leur nature. Ce qu’est le désir sur le Sentier de la Sortie devient donc la volonté sur le Sentier du retour.

Quand le Désir, la Pensée et le Travail se sont transformés en Volonté, en Raison et en Sacrifice, l’homme retourne vers sa patrie et vit par le renoncement.

Et ce renoncement, quand il est réel, se traduit par une étrange transformation. Sur le Sentier de la Sortie, il faut lutter pour chacun des objets à obtenir ; sur le Sentier du Retour la nature répand ses trésors à vos pieds. Quand l’homme a cessé de les désirer, toutes les richesses lui sont prodiguées,

car il est devenu un canal par lequel leur flot se répand en bénédictions sur tous ceux qui l’entourent. Chercher le Bien ; renoncez à posséder pour vous-mêmes et tout vous appartiendra. Ne demandez plus à voir s emplir votre propre petit réservoir et vous deviendrez un canal relié à la source vivante de toutes les eaux, à la source qui jamais ne tarit, jamais ne cesse de jaillir.

La conséquence du renoncement est la faculté de travailler sans cesse, et ce travail est infaillible parce que c est le Travailleur suprême qui l’accomplit, par 1 intermediaire de son serviteur.

Avez-vous entrepris quelque œuvre charitable, digne de ce nom ? Vos moyens sont-ils modestes et les capitaux ne viennent-ils pas à vous ? C’est que vous n avez pas encore appris le renoncement véritable. Vous êtes encore attachés à l’élément visible, au iruitde 1 action. Voila pourquoi la fortune se dérobe.

Purification des çorps.

Le développement des facultés appartient au côté conscience, la purification des corps au côté matière. Il est nécessaire de purih’er chacun de vos trois corps actifs, le mental, 1 astral et le physique. Sans cette purification préalable il vaut mieux ne pas s’occuper de Voga.

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Comment, tout d’abord, puritier le corps mental ? En sachant penser. Ensuite il Faut employer de nouveau l’imagination, cette faculté créatrice. Imaginez des objets et vous façonnerez par là votre corps mental ; vous l’organiserez à votre guise. Faites un effort d’imagination, comme le peintre qui se représente en pensée le sujet à peindre. Tâchez de voir un objet ; si ce pouvoir vous manque, cherchez à l’acquérir. C’est là, évidemment, une faculté artistique, mais tous la possèdent plus ou moins. Assurez-vous à quel point il vous est possible de reproduire fidèlement un visage que vous voyez tous les jours. Cet exercice fortifiera votre imagination et vous permettra de créer l’instrument indispensable à la pratique de la Yoga.

L'imagination se prête encore à un autre emploi des plus précieux. Imaginez, présentes dans votre corps mental, les qualités que vous désirez, et absentes celles que vous répudiez ; déjà vous aurez à-demi acquis les premières et rejeté les secondes. Vous pourriez aussi atténuer beaucoup de soucis en sachant les mettre au point avant d’avoir à les éprouver. Il n’y a pas de raison pour attendre dans l’inaction le jour où vous les rencontrerez dans le . monde physique. Pensez, le matin, à un ennui prochain ; imaginez-vous le subissant avec une sérénité parfaite, (car il ne faut jamais éprouver de scrupules à s'imaginer parfait), et quand l'ennui

se présentera, au cours de la journée, il n’aura plus de prise sur vous et vous semblera moins dur à supporter. Qui de vous n’a des soucis ? Imaginez que vous les supportiez avec indifférence et, quand ds se présenteront en réalité, votre attitude sera celle que vous aviez prise en imagination. Vous pourriez vous délivrer d’une bonne moitié de vos peines et de vos défauts en leur appliquant la méthode imaginative.

Ayant purifié de la sorte votre corps mental, il faut s’occuper du corps astral : vous le purifierez à son tour en choisissant vos désirs, Ayez des désirs élevés et votre corps astral, au lieu de développer en lui-méme les organes des convoitises mauvaises, développera les organes de bonnes aspirations. Pensées et désirs les plus élevés possibles, voilà le secret de tout progrès. N’insistez jamais sur la la u te, la faiblesse, l’erreur, mais toujours sur la faculté parfaite et, petit à petit, vous parviendrez ainsi à réaliser la perfection en vous-mêmes. Pensez et désirez donc comme il le faut pour assurer la purification des corps mental et astral.

Comment purifier le corps physique ? Il faut lui imposer la régularité dans toutes ses activités, dans le sommeil, dans l’alimentation, dans l’exercice, la régularité en tout. Point de corps physique pur avec <les corps mental et astral impurs. L’imagination peut donc servir également à purifier notre corps

physique. Mais il faut encore en régulariser toutes les activités ; son alimentation, par exemple.

L’hindou soutient avec raison que chaque genre d’aliment présente une qualité dominante, soit le rythme, soit l’activité, soit l’inertie et qu’il n’y en a point qui ne présente un de ces trois caractères. Or l’homme qui aspire à devenir yogui ne doit toucher aucune nourriture dout la décomposition soit prochaine : ce sont là des aliments tamasiques. 11 faut éviter tout gibier ou venaison, tout aliment donnant des signes de décomposition. L’alcool, quel qu’il soit, est le produit d’une décomposition. La nourriture carnée présente la qualité de l’activité ; en réalité elle est toujours un stimulant. Dans le règne animal toutes les formes s’édifient pour exprimer les activités et les désirs animaux. Le yogui ne peut les admettre dans un corps destiné aux processus de la mentalité supérieure. La viande donne la vitalité, une énergie passagère ; elle permet un effort soudain. Mais ce n’est pas ce que cherche le Yogui ; il évite donc tous ces aliments impropres au travail qu’il entend accomplir et emprunte sa nourriture aux produits les plus hautement vitalisés, c’est-àdire à ceux qui tendent à croître: £e grain, d’où sortira la plante nouvelle et qui est rempli des substances les plus nutritives; les fruits, tous les produits dont le stage prochain, au cours du cycle vital est la croissance, sont des aliments rythmiques,

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saturés de vie, propres à constituer un corps à la fois sensitif et vigoureux.

Gardiens du seuil.

11 y a de nombreuses catégories. D’abord les élémentais Ils s’efforcent de défendre à l’homme l'accès du plan astral. Rien de plus naturel, car les élémentals de la forme ou Rupa Dévas, ont pour mission de former les règnes inférieurs et l’homme est à leurs yeux un être vraiment haïssable, à cause de son action destructrice. Voilà pourquoi il leur est si antipathique. A chaque pas il défait leur œuvre, foule aux pieds les végétaux et tue les animaux, si bien que tout ce grand règne de la nature exècre l’être humain. Ils s’unissent donc pour barrer la route à celui qui commence à pénétrer en pleine conscience sur le plan astral et cherchent à l'effrayer, dans la crainte qu’il n’apporte la destruction dans ce monde nouveau. Ils n’ont aucune action sur vous si vous ne les craignez pas. A l’approche de cette horde élémentale, demeurez calmes, indifférents ; dites-lui : « Je représente un degré d’évolution supérieur au vôtre. Vous ne pouvez me faire de mal. Je suis votre ami et non votre ennemi. Paix ! »

Quand l’homme est assez résolu pour agir ainsi,

le grand flot de force élémentale se divise et lui livre passage. Les frayeurs nocturnes, sans cause apparente, éprouvées par certaines personnes, sont généralement dues à cette hostilité. Vous êtes, pendant la nuit, plus sensibles aux influences astrales que pendant le jour et l’animosité témoignée à l’homme parles habitants de ce plan devient plus perceptible. Mais, dès que les élémentals s’aperçoivent que vous n’êtes ni un destructeur, ni la dévastation personnifiée ils deviennent aussi doux qu’ils étaient tout d’abord hostiles.

Ce sont là les premiers « gardiens du seuil » rencontrés par le débutant. Ici encore apparaît toute l’importance d’une alimentation pure et rythmique, car une personne nourrie de viande et d’alcool attire les élémentals astrals inférieurs qui se délectent dans l’odeur du sang et des spiritueux et ils l’empêchent inévitablement de voir et de comprendre avec netteté ; ils se ruent vers lui et lui communiquent leurs pensées, les impriment dans son corps astral et peuvent ainsi entourer son aura d’une sorte de coque importune qui l’empêche plus ou moins de voir cl d’entendre avec précision. Telle est la raison principale pour laquelle tout instructeur en Yoga suivant le sentier de droite interdit d’une façon absolue l’usage delà viande et du vin.

Le deuxième genre de « gardiens » est constitué par les formes-pensées émises par nous-mêmes dans

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le passé. Fruits de vies anciennes vécues dans l’iniquité ces formes représentent tous les genres de vices; elles nous apparaissent quand pour la première fois nous abordons le plan astral ; bien qu’en réalité nos propres créations, elles nous semblent être des formes extérieures, des objets, et s'efforcent de mettre en déroute leur créateur. La seule manière d'en avoir raison est de les répudier sévèrement :

« Vous n’êtesplus à moi ; vous appartenez non pas à mon présent mais à mon passé. Je vous refuse la vie ». Leur épuisement graduel et finalement leur suppression totale résultera de cette attitude. Cette difficulté est peut-être une des plus pénibles à braver pour une personne circulant pour la première fois en pleine conscience sur le plan astral. Il va sans dire que si le débutant a été en rapport avec des formes-pensées mauvaises et puissantes, dues par exemple à des pratiques de magie noire, cette catégorie particulière de «gardien » sera beaucoupplus vigoureuse et plus dangereuse. Une lutte désespérée s'engage parfois entre le néophyte et ces « gardiens » créés par son propre passé, soutenus par les Maîtres du côté noir.

li nous reste à parler d’un des genres les plus redoutables de « gardiens du seuil ». Supposez que dans le passé un homme se soit avec persistance identilié à la partie inférieure de sa nature, ait lutté contre ses principes supérieurs, ait dégradé son

mental au point d’en faire l’esclave de ses convoitises les plus basses. Une transformation étrange s opère en lui. La vie qui appartient à son Ego est absorbée par le corps physique et assimilée par les vies infinitésimales dont il est composé ; au lieu de servir d instrument à l’esprit, elle est livrée à la nature inférieure et fait dès lors partie de la vie animale particulière aux corps inférieurs. L’Ego et ses corps supérieurs sont ainsi affaiblis, tandis que la vie animale des corps inférieurs est renforcée d’autant. Or, dans ces conditions, l’Ego peut éprouver pour son véhicule un tel dégoût que, dès le moment où la mort le délivre de son corps physique, il rejette complètement les autres. Le temple profané est même abandonné, parfois, pendant 1 existence physique. En pareil cas, l’homme se réincarne on général très rapidement car s’étant violemment séparé des corps astral et mental, il n’a plus de véhicules pour vivre sur les plans correspondants ; il est donc obligé de s’en constituer rapidement de nouveaux et de renaître ici-bas. Dans ces conditions les anciens corps astral et mental ne se sont pas désintégrés au moment où les deux corps nouveaux sont formés et naissent sur le plan physique. L affinité entre les anciens et les nouveaux, due à ce qu ils ont eu un seul et même possesseur ou occupant, s’affirme; les anciens corps astral et mental dont la vitalité est extrême, s’attachent aux

nouveaux et deviennent les plus terribles « gardiens du seuil ».

Telles sont les formes diverses sous lesquelles peuvent se présenter ces « gardiens ». Les ouvrages traitant de ce sujet spécial les mentionnent toutes, mais aucun, à ma connaissane, ne donne à lui seul une classification méthodique semblable à la précédente.

11 faut naturellement y ajouter les attaques directes des Frères noirs, sous des formes et des aspects variables. Existe-t-il dans le yogui une vertu un peu trop marquée, c'est généralement elle dont ils feront usage. Les points vulnérables ne sont pas pour le yogui ses vices mais au contraire ses vertus, car l'excès d'une vertu devient un vice. Si l’exagération est toujours la cause du vice, l’équilibre est celle de la vertu. Les vertus deviennent donc une cause de tentation dans les difficiles régions de l’astral et du mental et sont mises enjeu parles Frères de l’Ombre pour faire tomber dans leurs pièges le néophyte qui n’est pas sur ses gardes.

Je ne parle pas ici des quatre épreuves ordinaires du plan astral ; épreuves de la terre, de l’eau, du feu et de l’air ; ce sont là des bagatelles qui méritent à peine d’être mentionnées après ces difficultés plus sérieuses. Vous devez apprendre, cela va sans dire, que vous êtes maîtres absolus de la manière astrale, que la terre ne peut vous écraser, ni l’eau vous as-

S i lit îiri't! î

phyxier. Ces leçons, en délinitive, sont très faciles. Ceux d'entre vous qui appartiennent à la franc-maçonnerie reconnaîtront ces épreuves dans les formules familières du rituel.

11 existe encore un danger : vous pouvez avoir à souffrir de répercussion. Si, vous trouvant sur le plan astral et menacés par un danger appartenant au plan physique, vous avez l’imprudence de croire que ce danger peut vous atteindre, votre corps physique en soufïrira. Une blessure, une contusion ou d’autres accidents peuvent résulter pour vous d'expériences astrales. J'ai eu la sottise de l’apprendre à mes dépens. J'étais abord d’un navire en perdition et m'acquittais de ma tache quand, m’apercevant que la chute du mât était imminente, je me dis dans un instant d’oubli : « Il va tomber sur moi ». Cette pensée fugitive eut une conséquence car en réintégrant mon corps, le lendemain matin, j’avais une grande ecchymose au point frappé par le mât. C’est la un phénomène fréquent, tant que nous n’avons pas appris au mental à ne plus penser instinctivement comme il a l’habitude de le faire ici-bas.

A mesure que votre sensibilité se développe, un moyen de protection vous est donné. Soyez rigoureusement véridiques en pensée, en parole, en action. Chaque pensée, chaque désir prend forme dans le monde supérieur. Si vous ne vous attachez pas ici-bas à la vérité, vous créez toute une armée de

formes effrayantes et trompeuses. Pensez, parlez, vivez la vérité ; le monde astral n'aura plus pour vous d’illusions.

Préparation à la Yoga

Je place si haut, dit-on, l’idéal du disciple que nul ne peut espérer 1 atteindre. Je n’ai pas déclaré cependant que nul ne pouvait devenir disciple sans reproduire en soi-mème ma description du disciple parfait. On peut le devenir; seulement c’est à nos risques et périls. Tel homme peut être a certains égards extrêmement capable, mais présenter, è d'autres, de grandes faiblesses. Celles-ci ne l'empêcheront pas de devenir disciple, mais il en subira les conséquences. L’Initié paie ses fautes dix fois plus cher qu’il ne l’eût fait comme homme du monde. Voilà pourquoi j'ai placé lTdéal aussi haut. Je n’ai jamais dit qu’on ne pouvait devenir disciple avant de 1 avoir atteint, mais j’ai déclaré qu’on ne pouvait, sans risques énormes, devenir disciple avant de réunir les conditions indiquées. Ceux qui ont constaté le danger couru par les néophytes franchissant le portail avant d’avoir vaincu certaines faiblesses, ont un devoir à remplir : celui de montrer qu’il est bon de se défaire tout d’abord de ces défauts. Chacun d'eux, s’il franchit avec vous le seuil, devient au-

delà un poignard prêt à vous percer. Il est donc prudent de vous purifier autant que possible, avant que vos progrès sur telle ou telle ligne ne vous donnent le droit de dire : « Je franchirai ce portail ». C’était là ma pensée en parlant de conditions à remplir par le disciple. J’ai suivi la méthode ancienne, énonçant les qualifications nécessaires à l’aspirant-disciple ; s’il ne les possède pas, Jésus a dit vrai : « 11 sera frappe de beaucoup de coups ». Car les actions qui peuvent se commettre sans conséquences bien sérieuses dans le monde extérieur entraînent sur le Sentier des résultats terribles.

La fin.

Comment se terminera cette lutte si longue? Quel est le but de l’ascension, le prix du grand combat? Que doit atteindre enfin le yogui? Il atteint l’unité. Je me demande parfois si, en ayant compris la nature, beaucoup d’entre vous s’en soucieraient réellement. Beaucoup des « vertus » de votre existence ordinaire s’évanouiront dès que vous atteindrez l’unité. Beaucoup d’objets admirés par vous ne sont plus des aides mais des obstacles quand naît le sentiment de l’unité. Toutes les qualités si utiles dans la vie quotidienne, telles que l’indignation mo-

raie, l’horreur du mal, le jugement porté sur autrui, n’ont plus de raison d’être quand l’unité est atteinte. Éprouvez-vous de la répulsion pour le mal? C’est le signe que le Soi supérieur commence à s’éveiller, qu’il voit les dangers du mal et arrache le corps à son attraction. C’est le commencement de la vie morale consciente. La haine du mal vaut mieux à ce stage que l’indifférence ; c’est une phase nécessaire. Mais comment l’homme éprouverait-il aucune répulsion, lorsqu’il a réalisé et voit dans son semblable une manifestation Divine. L’homme qui connaît l’unité ne peut plus juger autrui. « Je ne juge personne, » aditle Christ. 11 n’éprouveplus d’éloignement pour personne, s’identifiant au pécheur. Comment éprouverait-il de l’éloignement pour soimême ? Moi et Toi sont pour lui des mots vides de sens, car nous sommes Un.

Ce n’est pas là un but que beaucoup d’entre vous désirent sincèrement atteindre. L’homme qui a réalisé l’unité ne voit aucune différence entre soi et l’être humain le plus abject ; il ne voit que Dieu présent dans le pécheur ; il sait que le péché n’est pas en Dieu mais dans Ses enveloppes. Là seulement réside la différence. Le disciple qui a constaté la grandeur intime du Soi ne porte jamais de jugement sur personne ; il sait que son frère et luimême, lui-même et son frère sont un. Voilà ce qu’il faut entendre par unité. Nous parlons de fraternité.

Combien d’entre nous le mettent en pratique5' Quant au yogui, il vise plus haut encore. L’identité, la réalisation de la vie une, est chose plus grande que la fraternité. La sixième Race-Mere amènera la fraternité à son point culminant, la septième Itace- Mère connaîtra l’identité ; elle réalisera l’unité de la race humaine.

Entrevoir la beauté de cette conception sublime et toute la grandeur d’une unité dans laquelle - moi » et « le mien, » s toi » et « le tien » disparaissent et dans laquelle nous ne formons plus qu’une seule vie, cela seul suffit pour soulever toute la nature humaine vers la divinité. On ne peut reconnaître la beauté 'de l’unité sans se rapprocher du moment où la beauté qui est Dieu Lui-même se réalise pour

nous.

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