‹ Introduction a la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du règne animal (volume 2)Chapitre 28 sur 114 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

suffirait de passer en revue les modifications qui s’observent dans la structure des membres, chez le Phoque, ou le Dauphin, chez le ruminant, chez le carnassier, chez le Singe et chez l'Homme.

Enfin, l'étude des fonctions sensitives fournirait aussi la démonstration du principe que nous venons d'établir. Ainsi, chez le Polype d’eau douce, comme nous l'avons déjà fait voir, la faculté de sentir ne peut évidemment dépendre d'aucun organe spécial, puisqu'elle persiste après la destruction alternative de chacune des parties du corps et se conserve même dans chaque fragment de l’organisme, Dans l’immense majorité des animaux il en est cependant tout autrement, et cette propriété ne peut s'exercer qu’à l’aide d’un appareil particulier : le système nerveux. Chez les vers où ce systéme commence à se montrer, il ne se compose guère qué de filaments médullaires, mais bientôt on y reconnaît deux ordres d'organes : les ganglions ou centres nerveux, etles cordons rameux ou nerfs proprement dits, et la division du travail se manifeste en même temps; car les ganglions deviennent le siége des sensations et de la volonté, tandis que les nerfs jouent le rôle de conducteurs destinés à transmettre à ces centres l'excitation arrivant du dehors ou à porter aux muscles l'influence sous laquelle ces organes entrent en action. C’est déjà un grand progrès dans la localisation des propriétés vitales ; mais en s’élevant davantage dans le règne animal, on ne tarde pas à en voir d’autres plus considérables encore. Effectivement, chez les Lombries, les Naïs et quelques autres animaux annelés, la faculté de percevoir les sensations et celle d’exciter des mouvements volontaires appartient à tous les centres nerveux. Aussi, lorsque le corps d’un de ces vers vient à être divisé en deux, chacun des fragments

continue à jouir de toutes les facultés que possédait l’individu complet; mais chez l’Écrevisse ou le Homard il n’en est plus de même: les ganglions cérébroïdes président seuls à ces actes, et les ganglions postæsophagiens paraissent être destinés surtout à régler les mouvements automatiques. Chez les animaux supérieurs, la division du travail se manifeste aussi dans la portion périphérique du système ; les nerfs de la sensation deviennent distincts des nerfs du mouvement, et des différences importantes se manifestent même dans les propriétés des divers nerfs affectés au service de la sensibilité. Enfin, chez les animaux supérieurs, les diverses parties du grand centre nerveux céphalorachidien jouent chacune un rôle différent; et l’ensemble du travail dont dépendent les manifestations de la volonté, de la sensibilité, de l'intelligence, s’obtient par le concours de plusieurs instruments distincts. S'il y a quelque chose de vrai dans le système phrénologique de Gall, il y aurait même chez les animaux les plus élevés division de travail jusque dans l’action de l’intelligence, et chaque faculté de l'esprit, chaque penchant instinctif aurait dans l'encéphale un instrument particulier.

Quoi qu’il en soit de cette dernière hypothèse, nous voyons que, dans toutes les fonctions et dans toutes les parties du règne animal, la division du travail marche de front avec le perfectionnement des facultés. Partout nous trouvons que la spécialité d'action devient de plus en plus grande à mesure que le progrès se montre; et il est d’ailleurs si facile de comprendre comment un instrument peut mieux fonctionner quand tout dans sa disposition est combiné en vue d’un résultat unique, que la relation des causes et des effets ne me semble pas douteuse. On peut donc, comme je l’ai annoncé au commencement de ce chapitre. établir

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