‹ Introduction a la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du règne animal (volume 2)Chapitre 77 sur 114 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

servation des faits, les preuves de la vérité ou de lerreur des résultats fondés sur le raisonnement.

Voyons donc jusqu’à quel point l’anatomie comparée sera favorable ou contraire à ces déductions.

J'ai dit d’abord que les différentes parties du corps de l'animal doivent être d’autant plus indépendantes entre elles, sous le double rapport de leurs existences et de leurs caractères, que cet animal sera plus simple, plus dégradé.

Pour démontrer la première portion de cette proposition, il me suffira de rappeler les expériences de Tremblay, de Bonnet et de plusieurs autres naturalistes, sur les effets de la mutilation chez les animaux inférieurs. Nous avons déjà vu que, chez le Polype d’eau douce, une partie quelconque du corps peut vivre indépendamment de toutes les autres ; et que le Ver de terre divisé en deux tronçons ne meurt et ne perd même aucune de ses propriétés essentielles, ni dans l’un ni dans l’autre fragment ainsi isolés. Lorsqu'on s'élève davantage dans le règne animal, les forces vitales se localisent davantage ; et les portions de l’organisme que l’on vient à détacher du tronc principal meurent plus ou moins rapidement ; mais on remarque encore une grande différence dans la durée de leur existence après leur séparation. Ainsi, la queue d’un Lézard, comme chacun le sait, donne des signes de vitalité pendant fort longtemps après avoir été séparé du corps de l’animal, tandis que les membres d’un Oiseau ou d’un Mammifère sont frappés d'une mort complète presque aussitôt leur amputation. L'influence d’une portion déterminée de l’organisme sur la viabilité de l’ensemble augmente aussi à mesure que l’animalité se perfectionne. Un Colimacçon dont on a détruit le cerveau ou le cœur peut encore vivre pendant longtemps, tandis qu'un Mammifère quelconque périt presque

instantanément après une pareille mutilation. Ghez ces derniers, une simple inflammation des poumons suffit souvent pour donner la mort en quelques jours, tandis qu’une Grenouille placée dans des circonstances favorables peut continuer à vivre pendant trois ou quatre mois après l’ex-

tirpation complète de ces organes. Des expériences analo-

gues se trouvent d’ailleurs toutes faites dans la nature: ainsi, dans le jeune âge, les Mollusques Gastéropodes mènent déjà une vie errante avant que d’avoir ni cœur ni vaisseaux pour la circulation du sang; et chez d’autres animaux inférieurs dont l’organisation, ainsi que les facultés sont, du reste, très-semblables, on voit souvent tout un appareil manquer dans l'un, tandis qu’il existe chez l’autre. Les Holothuries, comparées aux Synaphes, nous ont déjà fourni un exemple de cette indépendance de diverses parties de organisme, puisque l'appareil respiratoire aquifère des premiers n’existe pas chez les seconds, bien que les uns et les autres soient constitués d’après le même plan général. Les Mysis et tous les Crustacés de la famille des Salicoques ont la plus grande analogie de structure ; et cependant l'appareil branchial, qui est très-développé chez ces derniers, manque complétement dans l'organisme des premiers. Chez les animaux supérieurs il en est tout autrement; et les branchies, par exemple, ne manquent chez aucun poisson, ni les poumons chez aucun Mammifere. Pour montrer combien un même appareil peut varier

dans ses caractères chez des animaux inférieurs, sans que.

ces changements influent notablement sur la disposition du reste de l’organisme, je citerai d’abord les Spongiaires, dont la charpente est formée tantôt de filaments cornés, taniôt de spicules de carbonate de chaux, et d’autres fois d’aiguilles de silice, sans que les parties molles n’offrent, ni

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