‹ Introduction à la zoologie générale, ou, Considérations sur les tendances de la nature dans la constitution du regne animalChapitre 6 sur 82 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

sont même inférieures à celles du végétal le plus simple ; car les plantes savent créer la matière organisable qu’elles s’assimilent, tandis que l’Homme à l’état d’embryon ne peut faire usage que de la matière déjà organisée sous l’influence d’un autre corps vivant. Bientôt cependant un perfectionnement notable s’effectue dans sa structure ; sa substance se creuse des canaux servant à contenir ses fluides nourriciers, et le mouvement se manifeste dans la partie centrale de l’appareil d’irrigation organique ainsi constituée. Mais ces battements du cœur ressemblent au jeu d’une machine mise en action par quelque force physique plutôt qu’aux effets de cette puissance dont l’huître ou le polype sont animés lorsque leur corps se contracte sous l’influence de la douleur. Ce n’est qu’à la suite de perfectionnements bien plus grands, que l’embryon humain acquiert le pouvoir d’exccuterdes mouvements volontaires ; et lorsqu’il commence à sentir il ne peut encore ni voir ni entendre. Après la naissance, de nouveaux progrès s’accomplissent ; mais pendant assez longtemps il n’est donné à l’enfant ni de changer de place ni d’articuler des sons ; c’est durant une longue suite d’années que son intelligence se développe, et c’est seulement vers l’époque où son corps cessera de grandir qu’il deviendra apte à exercer toutes les facultés dont son espèce est douée. Par les progrès de l’âge une foule d’autres changements se manifestent dans sa constitution, mais les modifications les plus importantes de son être se lient presque toutes au perfectionnement progressif de son organisme.

Cette cause de diversité étend son influence sur le règne animal tout entier et elle détermine même des résultats plus considérables qu’on ne pourrait le croire au premier abord ; car elle porte tantôt sur l’ensemble de l’organisa-

tion, tantôt sur une partie seulement, et la partie qui se perfectionne, varie suivant les animaux.

Ainsi les Insectes sont bien supérieurs aux Mollusques dans tout ce qui est relatif à la locomotion, tandis que les Mollusques l’emportent sur les Insectes par le perfectionnement des organes digestifs et de l’appareil circulatoire. Les Squales et les Raies sont inférieurs à la Carpe, à la Tanche et aux autres poissons osseux sous le rapport du squelette, mais sont mieux partagés quant aux organes des sens; les instruments de préhension sont plus parfaits chez la Sarigue que chez le Phoque, mais le cerveau du Phoque est mieux organisé que le cerveau des Marsupiaux ; enfin le perfectionnement de l’encéphale a été porté beaucoup plus loin chez le Singe que chez le Chien, tandis que d’autres parties de l’organisme , l’appareil olfactif, par exemple, sont bien plus développées chez ce dernier.

Ce n’est pas seulement en comparant entre elles les espèces différentes qu’on peut se convaincre de cette tendance de la nature à varier la direction suivant laquelle l’organisme se perfectionne; l’élude des modifications successives de l’individu en voie de développement nous en fournit des preuves non moins évidentes.

Chez l’Homme, par exemple, le système nerveux se perfectionne plus rapidement que la charpente osseuse du corps ; et divers organes tels que les glandes mammaires, ne deviennent aptes à fonctionner que bien longtemps après que l’estomac, les poumons ou le cœur sont arrivés au terme de leur développement. 11 est même des organes qui atteignent le plus haut degré de leur puissance, à une époque où l’embryon est encore trop incomplet pour exister par lui-même, et qui disparaissent presque entièrement avant que la plupart des appareils physiologiques

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