CHAPITRE I
aient pu entrer en jeu. Ainsi le corps de structure glandulaire, qui chez le jeune Fœtus occupe une grande partie du thorax et qui est connu des anatomistes sous le nom de tymus, se perfectionne avec une grande rapidité, mais commence déjà à décroître vers l’époque de la naissance et ne tarde pas à s’atrophier complètement. Du reste , cette inégalité dans la marche des diverses parties de l’organisme vers le terme assigné au développement de chacune d’elles n’existe pas seulement dans les organes intérieurs et peut se démontrer sans le secours de l’anatomie. Pour s’en convaincre il suffît d’observer les variations qui se manifestent dans les proportions de notre corps à mesure que la croissance s’effectue. Ainsi chez l’enfant la tète grandit plus vite que le tronc, et le tronc plus vite que les membres, de sorte que le volume de la tête par rapport au volume total du corps est d’autant plus considérable que l’individu est plus éloigné du terme de son développement, et la longueur relative des membres tend à devenir d’autant plus grande que la croissance du corps tout entier s’est prolongée davantage. C’est par suite de cette loi que les personnes dont la taille est remarquablement élevée, ont en général la tête en apparence très-petite et les membres d’une longueur disproportionnée; tandis que les hommes dont la croissance s’arrête de bonne heure ont, d’ordinaire, la tête trèsgrosse et le torse très-long comparativement à la longueur des membres.
Des faits du même ordre, mais plus remarquables encore, nous sont fournis par l’étude des métamorphoses des Insectes. Là une grande partie de l’organisme s’achève avant que d’autres portions du corps n’aient commencé à se constituer, et il arrive souvent que des appareils phy-
siologiques d’une grande importance n’ont plus de fonctions à remplir quand les derniers venus sont appelés à agir. Les pattes qui garnissent toute la portion abdominale du corps de la Chenille ont rempli leur rôle et disparaissent pour toujours de l’organisme quand le développement du Papillon s’achève par la formation des ailes; et l’appareil digestif de l’Éphémère n’a plus d’usage quand les organes reproducteurs arrivent au degré de perfection nécessaire pour assurer la conservation de l’espèce.
L’indépendance du perfectionnement des divers matériaux de l’organisme est portéeencore plus loin chez les Annélides; car chez ces animaux la tète et la portion antérieure du corps possèdent déjà toutes les parties dont elles doivent être pourvues longtemps avant que la portion moyenne ou postérieure du tronc ait commencé à se former.
On voit donc que partout le mode de constitution du corps considéré chez le même individu, varie à diverses époques de la vie, non-seulement à raison du perfectionnement progressif de l’ensemble de l’organisation, mais aussi à raison de la rapidité inégale avec laquelle le développement s’effectue dans chacun des organes dont la réunion constitue cet individu.
Ici encore nous apercevons l’influence de cette loi d'économie qui semble avoir concouru à régler l’œuvre de la création ; car nous voyons la nature mettre en usage les mêmes moyens pour modifier la constitution de l’individu à mesure qu’il s’avance dans la vie, et pour diversifier le règne animal dans sa composition spécifique.
Mais les différences qui peuvent résulter du perfectionnement inégal d’une portion de la machine physiologique