CHAPITRE II
Sommaire. — Distinction entre la puissance et la perfection, considérées comme cause de supériorité dans les organismes. — Influence de la masse des parties vivantes sur la grandeur des forces vitales. — Causes de la diversité dans les masses. — Influence de la loi d’économie sur ces méthodes organisatrices. — Loi des répétitions.
Pour bien apprécier la valeur des différences introduites par la nature dans la constitution des animaux, il me semble nécessaire, avant toute chose, de distinguer nettement entre elles la puissance d’action dont la machine animée peut être douée, et la perfection réelle avec laquelle cette machine fonctionne.
En effet, dans l’organisme, ainsi que dans le travail de nos usines, la quantité des produits est indépendante de la qualité de ces mêmes produits, et l’importance des résultats obtenus est soumise à deux conditions distinctes : à la grandeur des forces mises enjeu, et à la manière dont ces forces sont appliquées.
La supériorité d’un animal d’un âge déterminé, relativement à ce qu’il était à une période moins avancée de son existence, ou par rapport à ce qu’il deviendra plus tard, de même que la supériorité d’une espèce sur des espèces qui l’avoisinent, peut donc tenir à l’une ou à l’autre de ces
causes : à l’intensité plus grande de la puissance vitale, ou à un meilleur emploi de la force dépensée.
Les animaux comparés entre eux nous offrent, sous ces deux rapports, des différences extrêmes.
Pour juger approximativement des variations qui existent dans la grandeur des forces physiologiques départies à chaque espèce, il suffit de prendre en considération la durée normale de la vie, et la somme des résultats que la machine animée peut fournir dans un temps donné ; ou, en d’autres mots, évaluer le degré d’activité de l’organisme à chaque moment de l’existence, et tenir compte de la longueur de cette existence elle-même. En calculant de la sorte la puissance physiologique des animaux, il devient facile de voir que le développement des forces dont ils sont doués se trouve lié d’une manière intime à une question de quantité dans le mode de constitution de l’organisme. L’observation nous montre, en effet, que toutes choses étant égales d’ailleurs, la grandeur des résultats fournis par le travail vital est d’ordinaire dans un certain rapport avec la masse des tissus vivants dont se compose l’individu ou l’organe.
Ainsi, lorsque la matière organisée commence à devenir un foyer de forces vitales, et à constituer les rudiments d’un individu nouveau, l’être en voie de formation est d’une faiblesse extrême ; ses facultés sont obscures et son rôle physiologique est des plus minimes; mais, à mesure qu’il s’avance vers l’âge mûr, sa puissance augmente et son activité s’accroît. Le nouveau-né devient un être supérieur à l’embryon, et l’animal adulte devient à son tour supérieur à l’animal en bas âge. Or, dans celte marche ascendante, le développement matériel de l’organisme accompagne le déploiement de forces plus grandes, et ce qui, au