RELIGION
phénomènes naturels, comme l’aurore, le tonnerre, le feu, etc., qui, sous leur nom ordinaire, sont tenus pour divins dans l’Inde et la Grèce antiques, pas un nom de dieu n’est indoeuropéen commun : véd. Indrah n’a pas de correspondant en dehors de l’indo-iranien, gr. ’AtcoXXgjv n’en a pas en dehors du grec. Quelques rapprochements au premier abord spécieux, comme celui de véd. Gandharvâh , zd Gandardwô et de gr. Kév- Taupoç, ou de véd. Saranyuh et de gr. ’Epivuç, ne s’étendent pas au delà de deux langues, ce qui suffit à en rendre la preuve fragile, et d’ailleurs ne résistent pas à une critique phonétique exacte ; ainsi, pour Gandharvâh et Kévraupcç : i° la place du ton diffère ; 2° indo-iran. g ne répond pas à gr. y. ; 3° le premier a de Gandharvâh peut représenter a ou o, mais non e} car autrement on aurait à l’initiale j , et non g ; 4° skr. dh ne répond pas à gr. t ; 5° skr .-arvah ne répond pas à gr. -aupo; ; si donc il y a lieu de rapprocher le mythe des Gandharvas de celui des Centaures, ce qui n’est pas évident, il n’est du moins pas légitime de rapprocher les noms. — Aucun mot commun à plusieurs langues ne désigne ni le sacrifice, ni aucun rite.
Mais le nom de « dieu » est conservé dans plusieurs langues : skr. devâh (zd daëvo « démon »), lit. devas, v. pruss. deiwan (accusât.), v. isl. tivar « dieux », gaul. dèvo-, v. irl. dïa, lat. deus (gén. diuï), osq. deivai « diuae » ; de là est dérivé un adjectif : skr. divyâh « divin », gr. Stoç (de *&Fyàq), lat. dïus, irl. dèa. Or, ce mot ne saurait être séparé du nom du jour, du ciel lumineux, souvent divinisé : skr. dyâuh « ciel, jour », gr. Zsu;, AlFoç, lat. Iuppiter (=ombr. Iupater, gr. Zs'j xdtep « ô ciel père » ; le « père ciel », véd. pita dyâuh , s’oppose à la « mère terre », véd. màtâ prthivî , par exemple Agveda, I, 89, 4), lat. louis (génit.) et diês « jour », osq. génit. liivefs, dat. Diûvef, Iüvef, v. h. a. Zio, arm. tiw « jour ». Les hommes sont mortels et terrestres, les dieux sont immortels et célestes ; cette opposition s’exprime dans le nom des « hommes » qu’on appelle tantôt « mortels » : skr. mârtah « mortel, homme », gr. [j.opt ôq (glosé par avOpw-oç, Ôvyjtoç chez Hesychius) et hom. (3potoç, v. perse martiya « homme », arm. mard « homme », tantôt
VOCABULAIRE
« terrestres » (âTu^eéviot, Homère, 0 479) : lat. homô, got .guma, irl. duine , lit. mogùs (cf. lit. ÿïmi « terre », etc., v. p. 218) ; ces expressions se sont si bien répandues que l’ancien nom de 1’ « homme » (skr. mânuh et mânùsah, v. si. mç%ï, got. manna [gén. mans ]) a été éliminé dans la plupart des langues. Les dieux sont riches et distributeurs de richesses (ooxr,pzç sacov) ; de là le nom propre du dieu védique Bhâgah (littéralement « le partageur » ou « le bien partagé, le riche ») et le nom commun v. perse baga « dieu », v. si. bogü « dieu » (cf. v. si. u-bogü « pauvre », bogatü « riche ») ; l’accord de l’iranien et du slave ne semble pas fortuit ; car d’autres termes relatifs à la religion sont communs à ces deux langues, notamment zd spdntô — v. si. svetü, lit. sventas « saint » et zd sravô — v. si. slovo « parole » (tandis que skr. çràvah et gr. yXé(F)oç signifient « gloire », comme v. si. s lava, lit. slovî), et, dans ces deux cas au moins, l’hypothèse d’un emprunt du slave à l’iranien, qu’on peut envisager pour si. bogü, est exclue.
L’indo-iranien et l’italo- celtique offrent ici de nombreuses concordances de vocabulaire dont la plus remarquable est celle de véd. çrâd dadhâti « il croit », çradd-ha « foi », lat. crèdô (perf. crèdidi ), v. irl. cretim (prononcer kredim ) « je crois ». Il est frappant que lat. lèx ( lëgis ) trouve un correspondant exact dans véd. râj-àn-i « suivant la règle », zd râ%-an, et v. lat. ious (lat. class. iüs) dans véd. yôh, zd yaos- (mot religieux obscur). Dès lors rien ne s’oppose au rapprochement entre skr. brahmân- « prêtre (indou) » et le flàmen (romain) ; mais toute affirmation serait arbitraire. En tout cas le nom de prêtre véd. pràbhartâ (thème prâbhartar-) et zd frabdrdta (littéralement « l’apporteur ») trouve dans le nom du prêtre ombr. arsfertur un parallèle curieux. La persistance de vieux termes de la langue religieuse et juridique en indo-iranien et en italo-celtique tient sans doute à ce que des collèges de prêtres formant des groupes définis ont subsisté sur ces deux domaines, et sur ceux-là seulement.
Nulle part les vocabulaires des langues indo-européennes ne divergent plus que pour les termes relatifs à la religion, sans doute parce que chaque tribu avait ses cultes propres ; nulle part