OBJETS DIVERS
on ne rencontre moins de rapprochements certains ; et, par suite, la linguistique indo-européenne ne saurait apporter à la mythologie comparée que peu de témoignages solides.
D. Du nom de quelques objets.
Les noms d’objets sont sujets à changer. Aussitôt que le commerce ou l’imitation des voisins introduit une forme neuve ou un perfectionnement, de nouveaux noms soit étrangers soit indigènes s’introduisent et remplacent les anciens ; avec le temps, les noms d’objets analogues et servant aux mêmes usages se trouvent ainsi différer dans des langues assez pareilles par ailleurs. C’est ce qui explique, notamment, que les noms de la poterie diffèrent tant d’une langue à l’autre ; tout au plus peut-on noter la communauté de l’élément radical dans skr. carüh « vase », v. isl. huerr, « écuelle », irl. coire et gall. pair « vase », v. si. cara « tasse ». C’est ce qui explique aussi qu’aucun nom connu de vêtement ne remonte à l’indo-européen commun, bien qu’il y ait des racines signifiant « vêtir », celle de lat. ind-uô , ex-uo, ou celle de hom. (>P)ic7Tai, skr. vâste « il se vêt », par exemple.
La « hache » était connue ; néanmoins les noms diffèrent presque d’une langue à l’autre. La racine de véd. tasti « il fabrique, il charpente » a fourni v. si. tesla, v. h. a. dehsala, v. irl. tâl ; la racine de lat. secô , v. si. séko « je coupe » a fourni lat. secûris et v. si. sekyra ; le got. aqi^i rappelle gr. àÿvYj et lat. ascia, quoique les trois formes se laissent difficilement ramener à un original commun ; le skr. svàdhitih ressemble de loin à lit. ve~ dega, v. pruss. wedigo ; le rapprochement le plus frappant est celui de skr. paraçûh et de gr. ttéXsxu-, mais ce mot, d’aspect si peu indo-européen, semble un emprunt très ancien : on rapproche en effet assyrien pilakku « hache ». Aucun des noms de la « hache » ne se trouve dans plus de deux ou trois langues.
Le nom de la « roue » dans les dialectes occidentaux : lat. rota, v.*irl. roth, v. h. a. rad, lit. ratas, n’est connu ni du slave, ni de l’arménien, ni du grec; et, en indo-iranien, le mot correspondant, skr. râthah, zd ratio, signifie « char » ; les deux
VOCABULAIRE
sens se rattachent indépendamment l’un de l’autre à celui d’une racine *reth- « courir » : v. irl. rethim « je cours », lit. ritù « je roule ». Skr. cakrâm , zd caxra-, v. angl. hweohl, g r. xuxAoç, et, avec la forme non redoublée, v. pruss. kelan, v. isl. huel (de plus v. si. kolo avec un vocalisme altéré d’après une forme masculine) désignaient un objet rond et qui roule — le gr. x’j y,Xoç signifie encore « cercle » — et ont été affectés à nommer la « roue » (le nominatif-accusatif pluriel neutre v. si. kola signifie « char ») ; la racine est celle de skr. cârati « il circule », cf. hom. ir£pi7:AG[j.£V(i)v et 7ü£piT£XA0[j.£vwv IviauTwv « avec le retour des années », à^çtaoXoç « serviteur » (litt. « qui circule autour » ; cf. v. lat. an-culâre « servir » et lat. ' ancilla ), gr. icôXoç « axe » et lat. coins « quenouille ». Le g r. tpoyoç et l’irl. droch « roue » sont de même apparentés à gr. rpé/w « je cours », fut. Gpiçop.at. Les noms de la « roue » sont donc assez divergents. Au contraire V « essieu » est partout désigné au moyen du thème *aks- élargi par divers suffixes secondaires : skr. âksah ; gr. a£<»v, v. h. a. ahsa ; v. isl. oxoll ; v. si. osï, lit. asïs, gall. echel (de *aksi-lâ ), lat. axis. Un même nom sert pour le « nombril » et pour le « moyeu » de la roue : skr. nâbhih (et nâbhyam ), v. pruss. nabis, v. h. a. naba (à côté de nabalo « nombril »). La racine *weg]h- « aller en char » a été signalée p. 345.
Le « bateau » se dit skr. nâuh (acc. navâm ), pérs. nâv (v. perse nâviyâ « flottille »), arm. naw , gr. vaaç (acc. hom. vv;a, ion. v=à), lat. nâuis (d’après l’acc. nâuem ), irl. nau, v. isl. nôr. La « poupe » a aussi un nom : v. si. krüma , gr. Tcpupyj . La racine qui exprime la notion de « ramer, rameur, rame » a été signalée p. 345.
. Un nom de métal est attesté dans trois langues éloignées les unes des autres, l’indo-iranien, le germanique et le latin : skr. àyah, zd ayô « bronze (?), fer », got. ai%, v. h. a. êr, v. isl. eir, lat. aes « bronze » ; on ne saurait dire si c’était le nom du « cuivre » ou déjà du « bronze ». Ce mot, indo-européen ou du moins répandu au moment où les langues indo-européennes étaient encore en contact, est absent des autres langues de la famille, qui ont des termes nouveaux, variables d’une langue à