OBJETS DIVERS
l’autre. Il faut citer de plus : skr. lohâh « cuivre, fer », persan roi « cuivre », v. si. ruda « métal », et v. isl. raudi , lat. raudus « minerai ».
Les métaux précieux ont des noms dont la forme diffère sensiblement dans les diverses langues, mais dont la parenté n’est pas douteuse. Pour 1’ « or », dont l’archéologie a montré que l’utilisation est aussi ou plus ancienne que celle du cuivre, got. gulft (v. h. a. gold), lette %elts et v. si. %lato (russe yôloto, pol. yloto) ont même racine avec trois degrés vocaliques différents : zéro, e et o ; skr. hiranyam — zd % aranim a un autre suffixe et même racine ; mais le gr. est emprunté peut-être au phé-
nicien ; lat. aurum, v. pruss. ausin (et lit. âuksas ), tokh. A wàs ne sont pas clairs. — Pour 1’ « argent », dont l’utilisation ancienne est aussi attestée, mais moins fréquemment, skr. rajatâm et zd W^atdm diffèrent par le vocalisme radical ; lat. argentum, irl. argat, comique argant, d’une part, et arm. arcath , de l’autre, ont un même vocalisme de la racine attestée en indo-iranien, et des suffixes qui ne concordent pas exactement ; le suffixe de gr. apY’jpsç est plus différent encore ; le germanique, le baltique et le slave ont pour Y « argent » de tout autres mots, parents entre eux, mais sans doute par suite de très anciens emprunts à on ne sait quelle langue.
Chacun de ces noms, du « cuivre », de 1’ « or », et de 1’ « argent », se trouve dans plusieurs langues indo-européennes ; mais chacun manque dans la plupart des groupes ; et rien ne prouve que les objets désignés par ces mots aient tenu une grande place dès la période indo-européenne commune. L’époque « indoeuropéenne » coïncide sans doute avec la fin de la période de la pierre polie et le commencement de la période du cuivre ou du bronze dans la région — non exactement déterminée — où se parlait l’indo-européen commun ; ce serait donc au cours du troisième millénaire av. J.-C., environ, qu’aurait eu lieu la séparation des tribus de langues indo-européennes.
Le « fer » était sûrement inconnu ; les noms diffèrent d’une langue à l’autre ; il n’y a pas de mot indo-iranien, en partie, il est vrai, parce que skr. âyah et zd ayô, qui sont l’ancien nom du
VOCABULAIRE
« cuivre » ou du « bronze », ont été affectés au « fer » ; le lat. ferrum , le gr. ai'oyjpoç sont isolés ; s’il y a un même mot en germanique : got. eisarn, v. isl. isarn, v. h. a. isarn, et en celtique : v. irl. ïarn, gall. haiarn, c’est que le développement de l’usage du fer a eu lieu à un moment où les populations de langues celtique et germanique avaient une même civilisation : le slave et le baltique ont, sans doute pour une raison analogue, un mot à peu près identique : v. si. \elè%o, lit. gele^is, v. pruss. gelso (le rapprochement avec gr. « bronze » est en l’air). Le carac-
tère récent des noms du « fer » concorde avec ce que fait attendre l’archéologie.
E. Parties du corps.
Plusieurs des noms de parties du corps sont de ceux qui présentent des variations de suffixes à l’intérieur de la flexion, ce qui entraîne des alternances vocaliques de la présuffixale ; on a vu ci-dessus, p. 272 et suiv., les noms du « genou », de F « oreille », du « foie », du « sang ».
Il y a parmi ces noms un grand nombre de thèmes à suffixe zéro. Le nom du « pied » a été signalé p. 217, et celui du « cœur » p. 218 (cf. p. 1 4 1) ; mais souvent ces thèmes à suffixe zéro ont été élargis au moyen de divers suffixes secondaires ; ainsi l’on a skr. hfdayam, zd jyrtëaèm à côté de skr. hfd-, gâth. %drdd-, persan dil « cœur » ; xxpoia, hom. y.pa§ù] et v.irl. cride à côté de xvjp et de lat. cor (nom. acc. plur. corda), v. pruss. seyr, sîran ; lit. sirdïs, v. si. srüdï-ce, arm. sirt (instrumental srti-w ) ont généralisé l’élargissement par le suffixe *-ei- que présente le nom. -acc. skr. hârdi du thème hrd- ; le germanique a généralisé un suffixe *-en-, ainsi got. hairto (gén. hairtins). Le procédé général d’élargissement dont le principe a été signalé cidessus p. 219 a eu pour conséquence que les noms des parties du corps diffèrent beaucoup d’une langue à l’autre là même où le nom est au fond identique ; en voici quelques exemples :
hom. ose- « yeux » (nom. -acc. duel neutre) et wira (acc. masc. sing.), v. si. oci (nom. acc. duel) — lit. aki « yeux », arm. açkh « yeux » ; ce nom est le thème à suffixe zéro d’une