‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 37 sur 129 · SIFFLANTES · texte numérisé non relu

SIFFLANTES

k apparaît surtout dans certaines conditions particulières, notamment :

devant r : skr. kravîh « viande crue », v. si. krüvï « sang », lit. kraüjas « sang », en regard de gr. y.pé(F)xç « viande », lat. cruor, gall. crau « sang », v. isl. hrâr « roh » (qui n’est pas cuit) ;

devant : lat. cacümen, skr. kaküp« sommet » ; après s : lit. skiriù « je sépare », en regard de v. h. a. sceran « couper, tondre » et de gr. *e {pw « je tonds » (pour l’alternance sk- : k-, v. le chap. iv) ;

à la fin des racines, surtout après u : skr. rôcate « il brille », zd raocah- « lumière », lit. laükas « qui a une tache blanche », v. si. lucl « lumière » ; en regard de gr. Xeuxoç, lat. lücère, got. liuhaft « lumière » ; il y a souvent, dans le groupe oriental, alternance entre les représentants de i.-e. *k{ et ceux de i.-e. *ÆW, ainsi skr. rüçant- « brillant », arm. loys ce lumière » à côté des mots cités.

Dans la plupart de ces cas, les k , g, gh du groupe oriental sont donc suspects de résulter de situations particulières, et il peut s’agir d’anciens *ki9 g J) traités d’une manière spéciale par

suite de leur position. Dès lors, l’existence d’une série intermédiaire de gutturales indo-européennes ne saurait passer pour prouvée, et, sans perdre de vue la correspondance lat. £ = skr. k(c) qui n’est pas rare, on se tiendra aux quatre séries d’occlusives ainsi définies :

labiales : skr. p == lat. p dentales: skr. t~ lat. t prépalatales : skr. ç (et k, c) = lat. c postpalatales labio-vélaires : skr. k(c) = lat. qu.

Sifflantes.

Si, en indo-européen, le système des occlusives est riche et complet, celui des consonnes continues formées par rétrécissement du passage de l’air, des fricatives, est au contraire pauvre. Il

PHONÉTIQUE

ne comprend, à proprement parler, qu’un phonème, la sifflante^ dont l’emploi est d’ailleurs fréquent. Le traitement de i.-e. *s est une des parties les plus compliquées de la phonétique indoeuropéenne, parce que l’influence des articulations voisines y joue un grand rôle.

A l’initiale, les correspondances sont : 5 en sanskrit, slave, baltique, germanique, gaulois et gaélique, italique, h en iranien, arménien, grec, brittonique ; le passage à h résulte d’une prononciation faible et apparaît dans les langues où l’articulation des occlusives est relativement peu ferme ; le traitement albanais n’est pas clair :

skr. sânah « vieux », lit. senas, got. sinista « le plus vieux », v. irl. sert , gaul. seno-, lat. senex, mais zd hanô, arm. hin, g r. svyj (dans £v*o y.al vsa), bret. hen.

L’articulation de la sifflante s est conservée en certaines positions dans toutes les langues, notamment entre e et t :

skr. vaste « il se vêt », zd vaste, gr. Fic\oi.\ ; lat. uestis , arm. fôgest « vêtement ».

L’une des particularités du traitement de s se retrouve sous une forme presque identique dans des dialectes contigus les uns aux autres et sollicite l’attention par le fait qu’elle indique ainsi des parentés dialectales. Après k, r, i, u, en indo-iranien, l’articulation de s se transforme en celle des chuintantes : skr. s, zd s ; par exemple le futur en -sya- de la racine indo-iranienne vak- « parler » est : skr. vaksyâmi « je parlerai », gâth. vaxsyà (avec la spirante a: remplaçant régulièrement k devant /); le locatif pluriel en -su des thèmes pitf- « père », âvi- « brebis », stinü- « fils » est skr. pitf su, âvisu, sünûsu. Dans les mêmes conditions, on trouve, au lieu de s des autres langues, des chuintantes dans certains mots baltiques ; ainsi, en regard de gr. TÉpao^a- « je me dessèche », v. angl. fiyrst, v. h. a. durst « soif », on a skr. tfsyati « il a soif », lit. tifstas « pâteux, à demi desséché » ; en slave, # a pris la place de l’ancienne chuintante : l’aoriste en -sde rekç « je dis » est rèxü (de *rëk-xiï) ; les locatifs de thèmes en -ï- et en -ü- sont -ï-xü = skr. -ï-su, -ü-xà = skr. -u-$u\ etc. Mais, si le slave a x devant voyelle dans tous les cas où le

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