‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 38 sur 129 · SIFFLANTES · texte numérisé non relu

SIFFLANTES

sanskrit a s et l’iranien s, le baltique a souvent s après i9 u (sans qu’on puisse poser une règle), par exemple la « puce » est en lituanien blusà en regard de v. si. blüxa, et, en arménien, où l’on a trace de la prononciation s après k, le traitement de l’intervocalique est *h, d’où zéro, et non s, après i et u, ainsi à lat. nurus « bru » (de *nu%us, *nusus ), v. angl. snoru (de *snusa) et skr. snush, v. si. snüxa , l’arménien répond par nu (de *nuhos ), génit. nuoy (de *nuhohyo)j tout comme gr. vuoç. En somme, la chuintante apparaît en indo-iranien, en slave, en baltique et un peu en arménien, c’est-à-dire dans les langues du groupe oriental qui offrent un même traitement des gutturales.

Entre voyelles, s est très sujette à des altérations : dans les trois langues où s initiale a déjà anciennement donné h , elle devient h, qui subsiste en iranien, et tombe en arménien et en grec ; elle devient sonore en italique, et le % ainsi produit devient r en latin, etc., par exemple au génitif-ablatif skr. mânasah « de l’esprit » répondent zd mananhô 9 gr. jiiv soç , piivouç ; au génitifablatif v. si. nebese « du ciel » répond gr. véçsoç, véçouç ; au skr. jânasah « de la race » répondent gr. yéveo;, yevouç et lat. generis, etc. Il n’y a pas lieu de donner ici le détail infini des faits dans les diverses langues.

La sonore de s, le ^ n’a pas en indo-européen d’existence par elle-même ; elle n’est autre chose que la forme prise par la sourde s dans certaines conditions. Soit par exemple la racine de lat. sedère, gr. L'Boç « siège », got. sitan « être assis », etc. ; avec le vocalisme au degré zéro, elle est *sà-, d’où, par assimilation de la sourde s à la sonore suivante, \d- ; l’indo-iranien la fait précéder souvent du préverbe *ni- qui n’a subsisté par ailleurs qu’en arménien : skr. ni-sîdati « il s’assied », persan ni-sastan « s’asseoir », arm. n-stim « je m’assieds » ; le grec remplace *ni- par xaxa- (par exemple xaO-i'Çtù) ; mais *ni- était indo-européen, comme le prouve le substantif i.-e. *ni-%do - « lieu où l’on est assis, établi » : *ni%dos donne indo-iranien %i\das (avec chuintante sous l’influence de i précédent), d’où, dans l’Inde, *ni\das, nidàh (véd. nïlâh ) ; en arménien nist, avec la

PHONÉTIQUE

sifflante conservée après if le d devenant t suivant la règle générale et £ étant par suite changé en s ; ailleurs le mot s’est fixé au sens de « nid » : lat. nîdus (de *ni%dos), v. irl. nett (tt notant d occlusif entre voyelles), v. h. a. nest ; le lit. li^das « nid » a subi une altération de l’initiale, mais a conservé le %d intérieur. — La forme sonore ^ de s est aussi employée devant les sonores aspirées : v. si. müçda (de *mï%da) « salaire », got. mi%do, zd mï%ddm , véd. mühdm « prix (du combat) » (de *mi%dhâm) ; en grec, la sonore aspirée étant représentée par une sourde, le % est devenu a : [aktôoç.

La sifflante s est donc le seule fricative autonome qu’on soit en droit de tenir pour indo-européenne ; toutefois tandis que le grec a « droit » et le vieil irlandais dess en regard de skr.

dâkçinah « droit », zd dasina-, v. si. desna « main droite », lat. dexter, got. taihswa, on observe une autre correspondance dans quelques mots, par exemple dans gr. àpxToç « ours », v. irl. art en regard de skr. fksah , zd arJsô, lat. ursus (d’un plus ancien *o rcsos ) ; il semble difficile d’expliquer ce contraste sans poser des fricatives différentes dans les deux cas. La série sonore aspirée fournit un traitement pareil, ainsi : gr. ^6wv , "/Oovoç, irl. dü( acc. don), skr. ksah (loc. ksâmi ) «terre ». Ce détail, d’importance minime en lui-même, montre qu’on ne peut fixer avec précision le nombre des phonèmes employés par l’indo-européen.

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