Forme des désinences
On observe des alternances vocaliques proprement dites dans certaines désinences, notamment celle du génitif singulier : *-es (lat. -is, v. lit. -es, v. si. - e ), *-os (gr. -oç, lat. dial, -us), -s (lit. -s, skr. - h , got. -s, ainsi dans le type lit. sünaüs , skr. sünôh, got. sunaus « du fils », ou lat. manüs, etc.). L’alternance e/o apparaît dans la désinence de ire personne plur., ainsi dor. : lat. -■ mus (de - mos ).
Mais des oppositions comme celles des désinences de 3e pers. sing. :
active primaire *-ti : skr. -ti, gr. -v., lat. -t, v. russe -ti, v. lit. -ti,
active secondaire *-t : skr. -t, lat. -d, gr. zéro, v. si. zéro,
moyenne primaire *-tai : skr. -te, gr. -xat, got. -da,
moyenne secondaire *-te/o : skr. -ta, gr. -to, lat. - tu-(r ), osco-ombr. -te-r,
ne rentrent pas dans les formules du vocalisme indo-européen. Il est curieux du moins que la désinence secondaire moyenne offre l’alternance ejo, et que la désinence secondaire active soit la forme à degré zéro correspondante.
D’ailleurs, à la différence des racines et des suffixes, les désinences admettent les formes les plus variées ; elles peuvent comporter la présence d’une voyelle avec alternances, comme dans les cas cités, ou sans alternances, comme la désinence du nominatif pluriel *-es (skr. -ah, gr. -sç, v. lit. -es), ou se composer simplement d’une voyelle comme la désinence de 3e pers. sing. act. du parfait : gr. -e = skr. -a ; mais il peut également n’y
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avoir pas de voyelle proprement dite, comme dans la désinence du nominatif singulier skr. -h, gr. -ç, lat. -s, lit. -s, ou dans celle du locatif singulier skr. -i, gr. -c. La désinence peut s’étendre sur deux syllabes, comme celle de 3e plur. act. *-enti (skr. s-ânti « ils sont », dor. evit, de got. s-ind) ; la
première de ces deux syllabes comporte le jeu complet des alternances (voir chap. v). Ailleurs, la désinence est zéro, comme dans des vocatifs tels que rcaiep, Xüxe, ou des impératifs tels que çéps.
La liberté de forme des désinences présente avec la rigueur, des règles relatives aux racines un contraste frappant.
Remarques générales sur les éléments morphologiques.
i° Les trois éléments : racine, suffixe et désinence, sont nettement distincts les uns des autres ; deux d’entre eux ont dans chaque forme grammaticale un vocalisme défini, et l’un des trois reçoit — ou peut recevoir à l’occasion — le ton dont la place a toujours une valeur significative : ces particularités se conçoivent dans une langue qui n’avait pas d’accent d’intensité, ou du moins où l’intensité n’était qu’accessoire, et dont le rythme était quantitatif et la prononciation unie ; elles seraient impossibles dans un idiome où chaque mot aurait un fort accent d’intensité qui mettrait en évidence l’une des syllabes et lui subordonnerait les autres. Il y a donc accord entre la description phonétique donnée p. 106 et suiv. et la structure morphologique de l’indoeuropéen.
2° Alors que la racine sémitique a en principe trois voyelles à alternances, la racine indo-européenne en a au plus deux ; et encore, dans les racines dissyllabiques, l’une des deux voyelles est-elle nécessairement au degré zéro. La racine et les alternances de son vocalisme ont donc dans le mot indo-européen une place moindre que dans le mot sémitique ; la préfixation obscurcirait par suite la racine indo-européenne, tandis qu’elle ne saurait empêcher le sujet parlant de percevoir nettement la racine sémitique; de là l’emploi de la préfixation en sémitique et l’absence de ce
ESPÈCES DE MOTS
procédé en indo-européen. D’autre part, l’indo-européen, ayant dans sa racine moins de ressources d’expression que le sémitique, recourt dans une plus large mesure aux suffixes et aux désinences.
On ne remarque pas assez à quel point tout se tient dans la structure d’une langue.