‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 74 sur 129 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

LE VERBE

A. Généralités.

Pour se faire du système verbal indo-européen une idée exacte, il faut d’abord oublier la conjugaison, telle qu’elle apparaît en latin, en germanique, en bal tique, en slave, en arménien, en grec moderne, etc. ; seules les formations homériques et védiques ou avestiques ont conservé ou laissent entrevoir les traits essentiels de ce système.

En latin par exemple, un même thème fournit d’une part le thème du présent amô, amâs et celui du « parfait » amâuî de amâre : il y a une conjugaison de amâre dont toutes les formes se commandent les unes les autres ; étant donné amat, on peut déterminer, sauf anomalie, les autres formes du verbe.

En indo-européen, au contraire, chacun des thèmes verbaux était indépendant de tous les autres. A la racine */«&"’- « laisser, rester » par exemple se rattachent les thèmes suivants attestés par l’accord de deux langues au moins :

i° Un thème paroxyton, à vocalisme e de la racine, indiquant un procès qui se développe, *léik"’e- : gr. Xevrceiv, Xetau, lit. lëkù « je laisse » (avec déplacement de l’accent), got. Jeihwa « je prête ».

2° Un thème oxyton, à vocalisme zéro de la racine, indiquant le procès pur et simple ou parvenant à son terme, *likv,'é- : gr. A'.tcsTv, è'Xwcs — arm. elikh « il a laissé » = skr. class. aricat « il a laissé », v. h. a. lizvi « tu as prêté ».

A. Meillet. ii

LÈ VERBE

3° Un thème à nasale infixée, encore athématique en indoiranien : skr. rinakti « il laisse », rincânti « ils laissent », devenu thématique dans lat. linquô et v. pruss. ( po)linka « il reste » ; ce thème semble indiquer le commencement du procès.

4° Un parfait indiquant le procès accompli : gr. XéXci-x, skr. riréca « j’ai laissé » ; cf. got. laihw.

5° Un thème de causatif à vocalisme radical o et suffixe *-éye- (ou -!-) *loik''i-éye- Ç*lo-iky',ï-') : skr. recâyati « il fait laisser » ; cf. v. isl. leigia « louer » et lit. laikyti « tenir » c’est-à-dire « faire rester ».

Aucune de ces formes ne suppose l’existence des autres, et à côté d’elles il a pu et même dû en exister plusieurs qui ont disparu ou qui se sont maintenues dans une seule langue, comme par exemple celle que représente skr. ricyâte « il est laissé », et les désidératifs représentés par skr. reksyate « il laissera » et par gr. Xel'bu), formes régulières qui ne démontrent pas l’existence d’un mot indo-européen particulier, et supposent seulement l’existence d’un type de formation.

Les formes verbales secondaires, tirées de mots existant dans la langue et non pas rattachées directement à des racines, n’ont donc qu’un seul thème ; ainsi le verbe dénominatif (c’est-à-dire dérivé d’un nom) skr. namas-yâ-ti « il adore » n’a que le thème de présent, et la conjugaison complète que présente un dénominatif comme gr. aor. âxipYjaa, parf. xexfy^xa, etc., est une

innovation hellénique. Par suite, la formation de thèmes autres que celui du présent dans les verbes dénominatifs résulte de développements indépendants des diverses langues, et en effet la forme de ces thèmes diffère de l’une à l’autre : lat. plantô , plantâuî ; got. salbo « j’oins », salboda « j’ai oint » ; lit. pâsakoju « je raconte », pâsakojau « j’ai raconté » ; v. si. dèlajç « je fais », dèlaxü « j’ai fait » ; arm . yusam « j’espère » , yusaçay « j’ai espéré » ; irl. marbaim « je tue », ro marbus « j’ai tué » ; etc.

Les thèmes indo-européens dits temporels n’expriment pas proprement le temps : un thème de présent grec indique le procès qui dure, un thème d’aoriste, le procès sans considération de durée, un thème de parfait, le procès accompli ; et, à cet égard, le grec

THÈMES VERBAUX

représente en gros l’état indo-européen. Dans la mesure où le temps est exprimé, c’est par la flexion et, dialectalement, par l’augment : le thème de gr. Xdrcto et de gXewuov est le même ; mais Xet7:tL) indique le présent, et IXsmwv le passé. La valeur des thèmes « temporels » indo-européens est donc semblable à celle des « aspects » slaves, non à celle des « temps » latins.

Enfin une racine indo-européenne n’est par elle-même ni transitive ni intransitive, et les thèmes verbaux qui s’y rattachent admettent les deux valeurs: gr. signifie « je tiens, j’ai », mais aussi « je me tiens » dans v.zvmz lyu « je suis mal » ; çlpco signifie « je porte », mais « je suis différent » (littérale-

ment « je me porte différemment »), et de même lat. ferô et differô ; lat. uorte id signifie « tourne ceci », mais uorte hâc « tourne-toi de ce côté » ; lit. lëkù signifie « je laisse », mais is-lekù « je reste » (« je suis laissé hors ») ; skr. vâhati peut se traduire également par lat. uehiî (aliquid') et par uehitur ; got. wasjan par « vêtir (quelqu’un) » et « se vêtir ».

B. Formation et valeur des thèmes verbaux. i° Thèmes dits temporels.

Les types du présent-aoriste, qui indiquent un procès, sont divers. Les désinences, les formations de participes, le jeu du vocalisme sont les mêmes dans tous; ils diffèrent seulement en partie suivant que le type est thématique ou athématique. Entre le présent et l’aoriste, la différence n’est pas dans la nature du thème ; on appelle présent un thème qui admet à la fois les désinences primaires et secondaires, aoriste un thème qui admet seulement les désinences secondaires (v. ci-dessous l’étude des désinences).

Les thèmes d’aoristes se rattachent tous directement à des racines ; des thèmes de présents, les uns se rattachent à des racines, les autres sont dérivés de noms ou d’autres thèmes verbaux. Mais, si la plupart des types de formation ne fournissent pas d’aoristes, en revanche, les formations qui fournissent des

LE VERBË

aoristes, à l’exception d’une seule, fournissent aussi des présents. L’aoriste est très souvent une formation radicale sans aucun suffixe.

Une racine donnée ne comporte pas tous les types de formation, mais elle en présente presque toujours plusieurs.

i. Thèmes de présents et d’aoristes à suffixe zéro. — Ainsi qu’on doit l’attendre, ces thèmes notent, sans aucune nuance spéciale, le procès indiqué parla racine. La valeur de présent ou d’aoriste apparaît dans des conditions différentes suivant que la racine est monosyllabique ou dissyllabique et qu’elle fournit un type thématique ou athématique.

a. Type athématique. — Le type athématique n’est représenté dans la plupart des langues que par peu de verbes, et les exemples en sont d’autant plus nombreux dans une langue que celle-ci a un aspect plus ancien ; ainsi le védique en a pliis que le grec, et le lituanien, si archaïque à plusieurs égards, en a relativement beaucoup, surtout dans les vieux textes (des xvT et xviT siècles).

Le cas des racines monosyllabiques et celui des racines dissyllabiques diffèrent beaucoup par le sens et par la forme.

a. Racines monosyllabiques. — Si la racine indique un procès qui dure, on obtient un thème de présent qui admet à l’indicatif à la fois les désinences primaires (type grec en -j«) et les désinences secondaires (types grecs en -v ou -x) : ainsi g r. çïjjài, ça^sv. Si la racine indique un procès pur et simple, sans durée, le thème n’admet d’ordinaire que les désinences secondaires à l’indicatif ; c’est un aoriste ; tel est le cas de skr. àsthâm — gr. Iœtyjv « je me suis mis debout, je me suis arrêté ». Quand le thème à suffixe zéro a la valeur d’aoriste, on obtient le présent en recourant à une autre formation, notamment à la racine avec redoublement, ainsi skr. dudhâmi « je pose », gr. etc., en regard de skr.

âdhàm « j’ai posé », gr. è'ôe^ev, arm. ed « il a posé ».

Il arrive que le présent et l’aoriste qui rendent un même sens appartiennent à des racines différentes, l’une durative, l’autre exprimant l’action pure et simple : ainsi la racine durative de skr. âdmi « je mange », hom. ISjj.evat et de arm. utem ne fournit que

THÈMES VERBAUX

des présents ; l’aoriste correspondant est exprimé par des racines diverses : en sanskrit par â-ghah « il a mangé », en grec par à'-çays, en arménien par e-ker . La racine *es- « exister » fournissait un présent (et un parfait), mais pas d’aoriste, et c’est ce qui fait que l’on a recouru dans une large mesure à *bhew9- : skr. âbhüt « il a été », v. si. by etbystü , lat. fuit, etc. La racine *ei - « aller » ne fournissait pas d’aoriste, ni sans doute de parfait, d’ou en grec ïqXôc,v et hom. dX'rçXouôa en face de eI^c, en slave sïdü « étant allé » en face de jidç (ancien jïdç) « je vais, j’irai ».

Exemples de racines duratives fournissant des présents :

*ei-, *i- : skr. émi « je vais », imâh « nous allons », yànti « ils vont », âyam « j’allais » ; gr. etjM, i'^ev ; lit. eimi « je vais » ; lat. ts, it, ïmus, itis.

*es-, *s- : skr. cuti « il est », smàh « nous sommes », sânti « ils sont », asam «j’étais » ; gr. (lesb. èpp.*.), Sari, état (de svit, attesté en dorien ; ancien *ùev ti) ; v. lit. esti, v. si. jesmï (plur. sotu « ils sont »); lat. est, sunt] got. ist, sind.

*îd-, *dd~: skr. âdmi « je mange », lat. est (ê attesté par des témoignages de grammairiens), lit. êdmi « je mange », èst(f) « il mange » ; v. si. jami, jastü ; traces isolées dans l’infinitif hom. élevât et l’ancien subjonctif, qui a pris valeur de futur, fâ-o-^at, et c8-6vt- « dent » ; arm. utem suppose *ôd-mi.

*bher- : véd. bhârti « il porte », lat. fert, hom. ©Épx£ ; le type thématique est plus ordinaire : gr. ÿépo), etc.

*kyei-: skr. çéte « il est couché », zd saète= gr. xetiat.

*ives- : skr. vâste « il se vêt », zd vaste — gr. Féaz ai.

Exemples de racines fournissant des aoristes:

*sthâ-', *stto- : skr. âstbât « il s’est tenu », moyen asthita ; gr. è'crcYj (dor. ïsxol).

*dhê -, *dfo- : skr. àdhât « il a posé », moyen âdhita ; arm. cd « il a posé » ; gr. è'Q£[A£v, e'Oeto.

*dô-, *dd- : skr. àdât « il a donné », moyen âdita ; arm. et « il a donné » ; gr. e^ojj.ev, e'Boto.

*gv/em-, *g™m- : skr. âgan « il est venu » (ire pers. dgamaifi), arm. ekn «il est venu », v. angl. cyme (subjonctif prétérit, ancien optatif d'athématique *gv'0m-i-t )

*g™â-: skr. âgât <o il est venu », g r. (dor. è'(3à) ; cf. le pré-

sent véd. jtgàti, dor. (JtgavTi.

* kjeu -, *kjü- : véd. âçrot , « il a entendu », çrudht « entends », gâth. j-ractf# « entendez », hom. xXOÔu

*pô(i)~, *pi- : skr. âpât « il a bu », att. icïôi, lesb. Ttwôt ; è'îuiov résulte d’un passage secondaire au type thématique.

Toutefois cette valeur aoris tique est établie seulement pour l’indo-iranien, l’arménien et le grec. En germanique et en latin, les mêmes thèmes fournissent des présents indiquant un procès dont le terme est envisagé. Le latin a ainsi dô, dâmus en face de véd. âdât « il a donné », gr. sSojaev, etc. Le vieux haut allemand a tôt (tuot, tuai) « il pose », en face de véd. àdhât « il a posé », gr. à'ôîjAîv, et le latin a (con-)dit. Le latin a de même uol-t « il veut » en face de véd. â-vr-ta « il a choisi ».

g. Racines dissyllabiques. — Le présent est caractérisé par le vocalisme à degré e ou o du premier élément (au moins aux formes qui ont le vocalisme plein), degré zéro du second, tandis que l’aoriste a le degré zéro du premier élément, et le degré é/ô ou à du second alternant avec zéro. Le grec offre, à cet égard, des exemples caractéristiques, dont le plus remarquable est le présent 7Cc”a-^ai opposé à l’aoriste è-iuTa-pjv (jzxz- est attesté par la forme active, hom. v.x-QL-izrrr-ri'>, s;-£-ict/j).

Exemples de présents :

*re/oudd-, *ruda- : véd. rodi-ti « il gémit », rudi-mah « nous gémissons », rud-anti « ils gémissent » ; lit. râud-mi « je pleure » .

Le grec a plusieurs exemples de ce genre, notamment et le védique en a de plus clairs encore, tels que brâvi-ti (zd mraoiti) « il parle », 3eplur. bruv-ânti , moy. bnï-té, ou vâmi-ti « il vomit », 3e plur. vam-anti.

Exemples d’aoristes :

*plê-, *p-l - véd. a- prd-t « il a empli », impér. t)ûr-dhi « emplis » ; hom. tcXyj-tc.

Les exemples sont nets, surtout en grec. Homère a ainsi -gX*qTYjv, -gX-^evai, (SXrjTO, etc., et avec vocalisme zéro, 3e plur. gâXov, partie. jtaXùv, sur quoi ont été faits icr sg. gàXov, 2e (SaXeç,

THÈMES VERBAUX

etc. Le vocalisme a le timbre -ô dans èjStav, en face de è supposé par le dérivé *gwyè-yô (Çw, Çyjç) servant de présent. On a de même Iyvü)v, dont Vô se retrouve dans le dérivé lat. (g^nô-scô, v. perse xsnâsâtiy « qu’il reconnaisse ».

Il y a trace de beaucoup de présents athématiques indo-européens. Ainsi véd. vâçmi «je veux », iiçmâsi « nous voulons », gâth. vasdmï, usmahï n’a pas de correspondant hors de l’indoiranien ; mais l’adjectif gr. Fe/.mv « volontiers », qui a le ton à la même place que iwv « allant », est le participe d’un présent, non conservé, qui correspondrait à véd. vâçmi . Un présent correspondant à skr. ksé-ti « il habite », zd saèiti n’est conservé en grec que dans le composé hom. èj-y/qjiEvoç, et par ailleurs gr. y.TtÇw remplace l’ancien présent athématique. Au présent athématique ancien sont souvent substitués d’autres types, variables suivant les langues : en regard de véd. réh mi « je lèche», le grec a le présent thématique \eiyw, le baltique et le slave la forme à suffixe *-ye/o- : v. si. li\o} lit. lègiù, le latin la forme à infixé nasal lingô, le gotique un itératif en -â-, ( bi-)laigon , etc.

Pour l’aoriste, le type athématique est moins aisé à mettre en évidence. Mais, par exemple, le caractère athématique de véd. àdarçam « j’ai vu », adarçma, adrçma « nous avons vu », donne lieu de croire que gr. ISpaxov a passé secondairement au type thématique en partant de la 3e plur. ëopaxov et du participe opaxwv.

Le type radical athématique était l’une des formes principales du verbe indo-européen.

b . Type thématique. — Ce type est largement représenté à l’époque historique, et souvent des thèmes appartenant au type athématique y sont entrés au cours du développement. Ainsi skr. rodâmi « je pleure », lat. rüdô et v. h. a. riu^ygi « je pleure » sont issus de formes à vocalisme e du présent athématique correspondant à véd. roditi « il gémit », et skr. class. rudati, lat. rüdô de formes à vocalisme zéro : lat. rüdunt répond à la 3e plur. véd. rudanti « ils gémissent » en face de roditi. Le germanique a amené au type thématique presque tous ses verbes forts. Quelques présents attestés dans plusieurs langues, comme *sneigVfhe/o -, zd

LE VERBE

snaègaiti « il neige », lit. snega, gr. vetyei, v. lat. nïuit, v. h. a. snîuuit , sont sûrement anciens.

Le type thématique a deux formes : racine tonique avec vocalisme e, et voyelle thématique tonique avec racine au degré zéro, et ces deux formes ont des valeurs différentes: lorsqu’une même racine a les deux, le thème paroxyton sert parfois de présent, le thème oxyton d’aoriste ; ainsi :

skr. bôdhati « il tient son attention dirigée sur », hom. 7;euÔ£crBxi (présent) « comprendre, saisir », v. si. bljudç « j’observe », got. -biuda « j’ordonne » : gr. Tuuôé-aôai (aoriste).

Les contrastes du type gr. Xîitcwv, Xt-irwv ou hom. r.zùferfv., 7uu9£ff6ai ne se rencontrent un peu fréquemment qu’en grec ; mais, on l’a vu p. 161, Xsfaw et êXtiuov ont l’un et l’autre des correspondants. Il arrive souvent qu’une racine offre seulement le présent thématique, ainsi skr. vàhati « il mène en char », pamphylien /V/w, lat. uehô, v. h. a. wigu, lit. vegù, v. si. veto, ou seulement l’aoriste, ainsi véd. âvidat (vidât) « il a trouvé » , arm .egit.

Le ton est conservé sur la voyelle thématique dans quelques impératifs grecs comme (F)'2é, Xaêé, etc. — L’opposition du présent gr. BépxscOai « voir » à l’aoriste Bpay.sîv est une innovation ; car la forme athématique skr. âdarçam « j’ai vu » joue le rôle d’aoriste en face du présent pàçyati « il voit » .

Les présents (formes à désinences primaires et secondaires concurremment) que fournit le type oxyton marquent le terme de l’action (aspect déterminé du russe). Ainsi skr. târati « il est en train de passer » a à côté de lui tiràti qui est la seule forme employée avec le préverbe pra : prâtirati « il traverse ». Skr. girâti « il avale » et v. si. %ïretü (même sens) indiquent un procès qui n’éveille pas l’idée d’une durée. Skr. diçâti signifie » il indique » (cf., avec même place du ton, v. norvég. tega « montrer »), en regard de lat. dïcô (de deicô) «je dis », got. teihan « montrer ». Skr. juçâte « il trouve plaisir à » a un imparfait dont la valeur est aoristique dans le Ægveda, II, 37, 4, tandis que gr. yeue^ôa'. et got. kiusan sont des présents signifiant « éprouver, choisir ». On comprend ainsi comment le type oxyton a pu être affecté à l’aoriste en grec et parfois ailleurs.

THÈMES VERBAUX

Quelques thèmes ont dans certaines langues le vocalisme o de la racine, ainsi : got. mala , lit. malù « je mouds » ; mais il y a le vocalismes dans irl. melim « je mouds » (et dans le dérivé v. si. meljç ), et le vocalisme zéro dans gall. malaf, arm. niaient « je broie » ; l’ode lat. mo/ô peut représenter e ou o. Les présents thématiques de ce genre remplacent des présents athématiques indo-européens à vocalisme o : *mefa- est une racine dissyllabique, où un présent thématique n’est pas normal ; les alternances vocaliques indiquent un présent athématique *meh -, *moh-, De

même les présents thématiques à voyelle radicale longue remplacent d’anciens athématiques : lit. bègu « je cours » et si. *bëgç (pol. biege) supposent *bhegw- : v. lit. bègmi ; le grec a çégojjLat, avec ë. Le v. si. pado « je tomberai » suppose *pôd-mi .

2° Thèmes de présents et d’aoristes à redoublement et à suffixe zéro. — Ces thèmes se distinguent des précédents par la présence de la forme normale du redoublement (v. p. 1 43) ; ils servent de présents et, souvent aussi, dans le type thématique, d’aoristes.

a. Type athématique. — Il fournit des présents grecs et indoiraniens là où la racine sans suffixe donne l’aoriste athématique, type gr. tCOsjisv, en regard de s0£[/.ev (cf. p. i64)-

Il est conservé en grec et en indo -iranien dans plusieurs racines terminées par voyelle longue, telles que skr. dâdhâmi « je pose », gr. TiOYjput ; skr. dâdàmi « je donne », gr. avec trace d’une

forme analogue dans v. lit. dûsti « il donne » (' *dô-d-tï), v. si. dastü « il donnera » ; skr. jigâmi « je vais », hom. gtgaç (cf. aor. véd. âgât , v. p. 166); etc. L’indo-iranien conserve de plus des thèmes de ce genre pour d’autres types de racines, ainsi véd. si-sak~ti « il suit » = zd hishaxti , remplaçant *hi-sax-ti (racine i. -e. *5£&w-), véd. pl. sa-çc-ati « ils suivent ».

g. Type thématique. — La racine a le vocalisme zéro : véd. sâ-çc-ati (présent) « il suit » en regard de sâcate « il suit », hom. è-jTu-ÉcjÔat (aoriste) en regard du présent sTceaOai.

skr .ja-ghn-an « tuant » (participe présent), gr. lue-çv-eïv (aoriste) en regard du présent athématique représenté par véd. hânti « il tue », et, indirectement, par les dérivés gr. ôsivw, lat. -fen-dô.

LE VERBE

gr. y f-YV-ojJiat, lat. gi-gn-ô, en regard de l’aoriste de forme anomale gr. èYevopjv et des présents skr. jânati « il engendre », v. lat. genunt « ils engendrent ». Le grec a de même tixtü) (de *ti-tx-ü>) en face de l’aoriste anomal £T£xov.

Là où il coexiste avec un autre présent, ce présent ne s’en distingue que par une nuance : il sert à montrer qu’on envisage la fin du procès, ainsi gr. ïayw (de *si-'Zjghô) à côté de Zyu, cf. skr. sâhate « il acquiert », et de l’aoriste cysîv ; ou gr. [x{p.va) à côté de (jlsvü) « je reste ». En qualité d’aoristes, ces thèmes à redoublement ont souvent une valeur factitive : cf. gr. XayeTv « obtenir en partage » et XeXayeîv « faire obtenir en partage » ; skr. asi$vapat signifie « il a endormi » et répond, avec la valeur aoristique, au présent causatif svàpâyati « il endort ». La valeur du redoublement est parfois peu sensible, ainsi dans skr. avocat « il a dit », thème ^we-uk^e/o-, cf. hom. èr(/)sii:£ (de *é-zue-ukw-e-t).

3° Parfait. — Le parfait se rattache toujours directement à une racine. Et, sauf exception (celle de la racine *ei- « aller », par exemple), toutes les racines en possèdent un.

C’est un type athématique caractérisé : i° par certaines désinences spéciales, qui sont la seule caractéristique essentielle (*-a à la ire pers. sing., etc.), et par le suffixe de son participe actif; 20 par le vocalisme 0 de la racine aux personnes qui ont au présent le vocalisme prédésinentiel e ou 0 dans le type athématique ; 3° dans une partie des cas, par le redoublement (v. ci-dessus, p. i48). L’indo-iranien fournit le plus d’exemples de ces thèmes et les plus nets, mais le vocalisme est plus clair en grec :

Tuetôo^ai nénoiOa

èAeuao^ca hom. ^XyjXouOa fxévoç hom . (jijj,ova xévôoç TüSTusvôa

©OcipG) èçÔcpa

t péfO) Téxpotpa

(/)p^YVÜpx eppwya

yé£a> xéyoBa

7UéTtlÔ{J.£V att. èX^XuôpLsv

hom. ?ü£iuaôuty] (participe) £çOap[Aai T£Ôpa[xjjLa'.

THÈMES VERBAUX

Le vocalisme radical o est confirmé par l’opposition des palatales et des gutturales dans les formes indo-iraniennes : skr. cakâra « j’ai fait », jagâma « je suis venu », jaghàna « j’ai frappé » ; par l’irlandais où ( ro)'gegon « j’ai frappé » répond à skr. jaghàna et où (ro)reraig « il a tendu » suppose *reroge ; par le germanique enfin où il subsiste quelques formes à redoublement de racines à voyelle longue ayant au prétérit le vocalisme ô :

got. leta « je laisse » : lailot « j'ai laissé »

saia « je sème » : saiso « j’ai semé »

et où les prétérito-présents et les prétérits ordinaires des anciens verbes primaires indo-européens, tout en n’ayant pas le redouble ment, ont conservé le vocalisme o, ainsi en gotique : ire pers. sing. man « je pense », plur. munurn. beida « j’attends » : baif> « j’ai attendu », bidiwi (cf. , au moins pour la forme, hom. xéiu oiôa, 7:stuO[X£v).

-binda « je commande » : -bauft « j’ai commandé », -budum. binda « je lie » : ban d « j’ai lié », bundum.

Il y avait dès l’indo-européen des parfaits sans redoublement dont le principal est :

gr. FoX&ol a je sais », ; skr. véda, ire pers. plur. vidmâ ;

gâth. vaèdâ; got. watt, witum ; v. si. vèdë « je sais » (ancienne forme à désinence moyenne) ; v. pruss. zuaissei « tu sais », waidimai « nous savons » .

Le latin a constitué son perfectumet le germanique son prétérit par un mélange d’anciennes formes de parfaits, en partie sans redoublement, et d’aoristes indo-européens : v. h. a. liwi « tu as prêté » en face de hom. Xtiueç ; got. bitun « ils ont mordu » peut être la 3e personne du pluriel actif de l’aoriste athématique attesté par véd. bhét « il a fendu », participe bhidânt -, etc. ; l’influence de ces formes a pu contribuer à la perte du redoublement dans les formes à vocalisme o de parfaits, comme v. h. a. lëh « j’ai prêté », en face de gr. XéXotice, etc., got. bait « j’ai mordu » ; de même le vocalisme è de lat. frègï, v. h. a. brâhhun « ils ont brisé » est peut-être celui d’anciens aoristes athématiques com-

LE VERBE

parables pour la forme à lat. est, èstis, lit. èst(f) « il mange »,etc. Mais le germanique a aussi hérité de formes indo-européennes de parfait sans redoublement. L’â (issu de i.-e. *0) des prétérits irlandais tels que tâich (qui glose confugit ), de *tôke, en regard de techim « je cours », rappelle, malgré le manque de redoublement, les 3es personnes indo-iraniennes à â (i.-e. *0) prédésinentiel comme skr. cakàra « il a fait ». Les participes passés actifs du slave et du bal tique ont le suffixe du participe parfait, mais n’ont pas de redoublement : v. si. -mtrü (fém. - mïrüsi ), lit. mires (fém. mirusî) « étant mort », cf. skr. mamrvàn (fém. mamrü$ï). Les formes sans redoublement des dialectes autres que le grec et l’indo-iranien représentent un type indo-européen, qui avait sans doute une grande extension dans certains dialectes. Le sanskrit même a quelques formes sans redoublement comme le participe sâhvün à côté de sasâha « il a conquis » .

Gomme le vocalisme -0- des formes à vocalisme plein se retrouve en partie au présent et que le redoublement n’est pas constant, ce sont seulement les désinences qui caractérisent le parfait indo-européen : c’est par la désinence -a que se marque le caractère de parfait de gr. ,FcT8a ; c’est uniquement par la différence des désinences que se distinguent les 3es personnes plur. véd. saçcati « ils suivent » et saçcnh « ils ont suivi ».

Le parfait indique un procès actuellement accompli, réalisé : gr. ei'wôa signifie « j’ai pris et j’ai encore l’habitude », skr. çiçràya « je reste appuyé», etc. L’exemple suivant, emprunté à Homère, montre la valeur précise de ces thèmes :

B 272 o) 7u6t:oi, ri oy; jxu pC ’OSuffCc’jç èsOXà (F)é(F)op Y£

(SouXaç t* i^apywv àyaôàç 7iéX£^.év T£ y.opjoatov VÜV G£ T00£ y.£y’ àp tcruov £V ’ApydcifftV IpeÇsv, oç t oy /staêYjTYjpa (/')£7C£o6oXov loy ’ àyopawv.

Le poète oppose l’ensemble des belles actions qu’Ulyssea accomplies [(^)£C0°PY£] Par lesquelles sa renommée s’est établie à une chose particulière qu’il vient de faire (fpeÇev) : le parfait indique ici ce qui est acquis. Le parfait grec est accompagné

THEMES VERBAUX

d’un passé: xsôVYjxs « il est mort », sxeôrfaei « il était mort », et le védique a quelques « plus-que-parfaits » analogues.

Lorsque l’expression du temps a pris plus d’importance au cours du développement des langues indo-européennnes, le parfait a fourni à la fois des présents et des prétérits : lat. tutudî sert à exprimer le passé, mais meminï est un présent ; got. band « il a lié » est un prétérit, mais man « je pense » est un présent. Partout la forme de parfait sans redoublement citée plus haut, gr. >FoTSa, skr. véda, got. wait, etc., signifie simplement «je sais », c’est-à-dire « j’ai acquis et je possède la connaissance ».

4° Intensif. — Le présent intensif, constitué par la racine munie du redoublement intensif et le suffixe zéro, n’est conservé qu’en indo-iranien, d’ordinaire sous forme athématique :

skr. dedis-te « il montre », 3e plur. âédiç-ate « ils montrent », zd daèdôis-t « il a montré » , rarement sous forme thématique :

zd naêni^aiti « il nettoie » (?) en regard de skr. nenik-te « il se lave » .

Si l’on ne possédait en dehors de l’indo-iranien quelques exemples de ces thèmes élargis par le suffixe secondaire *-ye/o- (v. p. 182), comme v. si. glagoljç « je parle », gr. iropcpupo), T:ap.©a(vü), etc. on pourrait contester le caractère indo-européen du type. En sanskrit même, les intensifs, fréquents en védique, deviennent beaucoup plus rares dans les textes postérieurs.

La valeur de l’intensif ressort de la formation ; il indique la répétition ou l’énergie de l’action : les participes d’intensifs védique actif rérih-at et moyen rérih-ânah signifient « léchant à plusieurs reprises », tandis que réhmi veut dire « je lèche » ; skr. kànikran(t)-ti insiste sur l’intensité du bruit qu’indique krândati « il crie, il mugit ». La valeur propre de l’intensif n’est restée sensible qu’autant que la forme non intensive a subsisté : le skr. carkar-mi « je rappelle, je célèbre », qui est isolé, n’a rien d’intensif dans le sens. Sur les aoristes gr. âpap-eTv « arranger », arm. arar « il a fait », cf. p. 169.

5° Thèmes à voyelle longue finale. — A la fin d’un thème

verbal, les voyelles *â, *è, *0 sont ambiguës. Souvent elles sont la longue finale d’une racine dissyllabique, ainsi dans dor. IxXàv « j’ai supporté » en regard de TeXa-^wv, xiXâç ; hom. tcXüjto, véd. âpràt « il a empli », en regard de skr. pürnâh — lit. pilnas « plein » ; gr. àyvwv, skr. jnâ-tàh « connu » en regard de lit. %ènklas « signe » (voir p. 73 et i32). D’autres fois, *ë/ô et *à sont des suffixes, ce qu’on reconnaît à l’un des caractères suivants : i° les éléments en ou *-â- ont une valeur

significative définie. — 20 La racine à laquelle ils s’attachent n’est pas dissyllabique. — 3° Une même racine a des formes en *~â- et en *-ê/ô- ; comme *â n’alterne pas avec *è/ô , l’une des deux formes au moins renferme un suffixe. Ainsi de la racine monosyllabique *men - « avoir dans l’esprit » il existe à la fois un thème indiquant l’état, attesté par v. si. mlnëti « penser»,

lit. minèti , got. munaifi « il pense » (et peut-être par gr. ^.avyjvat), et un thème *mnâ- «rappeler » dans l’optatif skr. mnâyât « commemoret » et dans les dérivés dor. De la racine

homonyme *men- « rester » il existe *m°nè- dans lat. manëre (cf. gr. pL£[j.svr5y.a) et une forme en-â- dans lat. mnam «je reste » (de *mônâ- o\i*mènâ~T). De la racine dissyllabique *bhew9- « croître, devenir », il y a, d’une part, gr. «u^vai, v. si. bè « il était » (thème exprimant l’état) et, d’autre part, lit. bùvo « il était », lat. -bâ- dans le type amâbâs. Il y a donc lieu de poser des suffixes *-è/â- et

a. Type en *-ê/ô~. — Bien représenté en slave, en baltique, en germanique, en latin et en grec, ce type manque en indoiranien. Au grec il fournit les aoristes à vocalisme radical zéro portant le ton sur : att. èy.Aaz'/jv, y.XaTTYjvai, xXaTûsiç : xXstttsiv ; au slave, le thème d’aoriste et d’infinitif correspondant d’ordinaire à un thème de présent en -i- : mïn-ë-ti « penser », mïnë-xu « j’ai pensé » ; mïn-i-tü « il pense » ; bïd-ë-ti « être éveillé » : bid-i-tü « il était éveillé » (de *büd-è-ti , *büd-i-tïi) ; smrùd-è-ti « puer » : smrüd-i-tü « il pue » ; etc. ; au lituanien, de même les thèmes d’infinitif correspondant aux présents en -i- qui indiquent l’état, ainsi smird-è-ti « puer » : smird-i « il pue », mais aussi à d’autres, ainsi lit. tek-è-ti « courir » : fêk-a « il court ».

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En germanique et en latin, où l’opposition du présent et de l’aoriste ne s’est pas maintenue et où les dénominatifs en *-â-ye/o- ont les formes en -è-, -à-, comme senês, fugâs, le suffixe *-è- a donné des présents : lat. tacère, v. h. a. dagê-n (de germ. *ftavé~y Ces thèmes indiquent un état, et leur valeur propre est définie par l’opposition de lat. iacère « jeter » et iacëre « être gisant », lit. gultis « se coucher » et gulêti « être couché ». Par suite la plupart sont intransitifs, mais ceci n’est pas essentiel, et, par exemple, le thème *zuid-è- est transitif dans lat. uidère, got. witcii-f> « il observe », gr. EtB-rç- (du futur là/j-ao)) et dans v. si. vidë-ti « voir » (avec *ëi radical, par suite d’une contamination avec le thème à suffixe zéro *wïid-, conservé dans vi\dï « vois ») ; de même le v. h. a. habê-m « je tiens, j’ai » s’oppose à got. haf-ja « je lève » (cf. lat. cap-io ), lit. turê-ti « avoir » à tvér-ti « prendre », lat. habê-re « avoir » à v. irl. gaibim « je prends », et le grec même a ayrrŒw « j’aurai » à côté de iyu) « j’ai », aor. è'-aycv. Le suffixe existe sans doute aussi sous la forme -ô-, ainsi dans gr. '/"aXojvat, en face de 7ra)io,y,o[jiau

(3. Type en *â~. — Les thèmes en *-â- sont moins clairs que les précédents et ne sont conservés presque nulle part sous leur forme ancienne. Le slave en présente de bons exemples, mais un peu ambigus parce que si. a peut représenter i.-e. *â et *0 ; on ne peut décider si v. si. jimamï , polon. marri « j’ai » (si. comm. *jîmami ) reposent sur ou sur *°wô- en regard du verbe

exprimant l’action pure et simple jimo (thème «je prends »

et du duratif jemljç « je prends » (thème *emye~y cf. lat. emô « j’achète » (ex-imô « j’enlève ») et ombr. emantur « accipiantur » . C’est sans doute le thème en *-à- qui fournit au slave le thème d’infinitif et d’aoriste de ses duratifs : pïsa-ti « écrire » (thème *pikrâ-T) en regard du présent pisç « j’écris » (thème *peiki-ye!o-') : dans ce cas comme dans le précédent, la racine a le vocalisme zéro ; en latin, on a de même parô (gparârè) de *p°râen face de pariô ( parère ), de p°r-ye/o Le suffixe *-æ- se trouve sûrement dans les itératifs ordinaires à voyelle radicale longue du slave : v. si. -gnètati « presser » en regard de gnetç « je presse », mëtati «jeter » ; le lette a aussi mètâ-t « jeter » et le

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latin cèlâ-re en regard de (oc-)culô (de *kelô), de v. h. a. helan « cacher » et de v. irl. celim « je cache ». La valeur durative jointe à l’expression de l’état se retrouve dans lat. ( oc-^atpâre , cf. capere ; (ac-^cubâre, cf. ( [ac-)cumbere , etc., et dans arm. kea-m «je vis » (thème i.-e. ^g^'iy-â -), où le vocalisme est au degré zéro comme dans v. si. phati. On arrive ainsi à une sorte de valeur réfléchie, par exemple dans lat. lauâre « se laver » en regard de lauere « laver », ou dans v. irl. scaraim (d e'*sk°rà-') « je me sépare » en regard de lit. skiriù « je sépare ». Le vocalisme o de v. h. a. manô-n « avertir » et de lit. ( i-)manaü « je comprends », ( i-)mâno « il comprend » est sans doute emprunté au type en *-eyelo- de latin moneô, cf. lit. (i-)manyti « comprendre » ; l’arm. (i-)manam « je comprends » a le vocalisme zéro et suppose peutêtre *m°nâ-.

Le type en -à- fournit au baltique et à l’italique un type de prétérits (comparable pour la forme au prétérit en -è-, type gr. i[xàvY]v) en -à dans lat. eram, eràs et en -bâ- dans monèbâm, etc., osq. fufans « ils étaient », lit. büvo « il était », liko a il a laissé », etc., et à l’italo-celtique un thème de subjonctif indépendant du présent correspondant, ainsi lat. aduenat , tulat , en regard de ueniô, tollô , v. irl. -bia « qu’il frappe » en regard de benaim «je frappe », etc.

6° Suffixe *-ye/o- : *-i- (*-?-). — Le baltique et le slave ont une série de présents athématiques indiquant l’état, qui sont caractérisés en lituanien par -i- (bref), en slave par -i- (long, mais d’intonation douce) :

lit. min-i- v. si. imn-i-tü « il pense »

smird-i - smrüd-i-tü « il pue »

» bïd-i-tü « il est éveillé »

En latin et en germanique, ces présents sont presque tous remplacés par les formes en *-ê- qui répondent aux thèmes tels que lit. budèti, v. si. bïdëîi « être éveillé » ; toutefois le latin en a une trace dans les dérivés en *-ske- comme (re-^minï-scor , (com-) minï-scor. Le grec et l’indo-iranien n’ont que la forme thémati-

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que ; le sens et le vocalisme radical zéro de gr. yjxlp w, <pafvopiai (aor. yx pyj-vai, <pavîj-vai,), bien distincts du sens et du vocalisme de oapo), vei'vü), etc., dénoncent une formation parente de celles du baltique et du slave ; en sanskrit, les passifs en -y a- n’en sauraient être séparés : budh-yâ-te « il est éveillé » rappelle évidemment v. si. bïdi-tü (de büdi-tü ) ; de même skr. pü-ya-ti « il pue » est formé comme lit. smïrdi, v. si. smrüditü « il pue » ; le vocalisme zéro et le sens concordent exactement. Enfin il faut citer les passifs arméniens tels que berim « je suis porté », avec -f- comme le baltique et le slave, en regard de berem « je porte » . Sur la place du ton il y a incertitude ; le sanskrit a d’ordinaire le ton sur le suffixe, mais parfois aussi sur la racine, ainsi mûcyate à côté de mucyâte « il est laissé », et en lituanien on trouve tùris « ayant » à côté de régis « voyant ».

7° Causatifs et itératifs en *-éye- : -f- (-1-)- — Les présents primaires indo-iraniens en -aya-, portant en sanskrit le ton sur le premier a du suffixe -âya-, ont en tout cas le vocalisme indoiranien a de la racine devant sonante plus consonne, ainsi skr. vartâyati « il fait tourner » ; ils ont devant une seule consonne ou sonante finale de racine le vocalisme indo-iranien à , surtout dans les racines monosyllabiques : véd. sâd-âya-ti « il fait asseoir », et le vocalisme â} notamment dans les racines dissyllabiques : skr . prath-àya~ti « il étend ».

Le grec répond parle type yopéio « je porte constamment » (en regard de oip w), <poSsco « je fais peur » en regard de «j’ai

peur », le latin par moneô « je fais penser, j’avertis », noceô « je fais du mal à » (cf. nex « meurtre »), spondeô (cf. gr. cirévàto). Dans ces formes grecques et latines, le suffixe est *-éye!o-, thématique comme en sanskrit, et le vocalisme radical est ô.

En slave le vocalisme radical est aussi ô, mais le suffixe, athématique, a la forme -i- (i long, d’intonation douce) sauf à la ire personne du singulier: v. si. vrati-tü « il fait tourner » en regard de skr. vartâya-ti ; budi-tü « il éveille » en regard de skr. bodhâya-ti, etc. : mais la ire personne du singulier est vrastç, bu\dç ( de *vort-jç) *bud-jç). Le latin a aussi sôpï-s « tu endors » A. Meillf.t.

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en regard de skr. svâpàya-si ' , mais ire pers. sôpiô', de même got. ( fra-Jwardeift « il fait périr » (à côté de [fra-]zvairf>ift « il périt »), mais ire pers. (Jra-)wardja ; c’est le suffixe qui porte le ton.

Le vocalisme radical ô des causatifs comme skr. svâpàyati « il fait dormir » et lat. sôpit se retrouve aussi en slave, par exemple dans ( ]iz~)bavitü « il sauvera quelqu’un » (il fera en sorte que quelqu’un soit hors) en regard de skr. bhâvayati « il fait être » , et en germanique là où le présent non causatif a le vocalisme o (germ. a) : v. h. a . fuoren (germ. *fôrjan ) « conduire » en face de faran « aller » .

Les formes de l’irlandais, guidim « je prie » (cf. hom. ttcGécd), gnirim « je chauffe », etc., peuvent s’expliquer soit par *-eye- soit par

Abstraction faite des différences de détail relatives à la forme thématique ou athématique du suffixe et au vocalisme bref ou long, ô ou ô , de la racine, ce type est clair ; les exemples en sont nombreux, ainsi :

gr. (f)oyi a) « je fais aller en char », got. (ga-)wagja « je mets en mouvement », v. si. vo^itü « il va en char » (itératif).

skr. lobhâyati « il éveille le désir », got. ( us-)laubjan « permettre ».

8° Aoriste sigmatique. — L’aoriste sigmatique présente plusieurs particularités singulières :

a- La caractéristique est *-s-, sans voyelle. L’s d’un aoriste tel que hom. èy.épscr<rx n’appartient pas au « suffixe » ; il est le second élément de la racine dissyllabique, aussi attesté par l’intonation de la syllabe radicale de lit. serti « nourrir » (voir ci-dessus

p. La racine est au degré è à l’actif : skr. âvàksam « j’ai mené en char » (3e pers. sing. avàt ), v. si. vësü, lat. uèxi ; au moyen, le vocalisme est e comme dans véd. mamsi «j’ai pensé », ou zéro, comme dans skr. adiksi « j’ai montré ». La racine est donc traitée ici non comme présuffixale, et par suite invariable au cours de la flexion, mais comme prédésinentielle, et par suite sujette à alternances. Ce trait est à rapprocher du fait que la caractéris-

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tique -s-, ne comportant pas de voyelle, n’est pas un véritable suffixe. — Il est impossible de déterminer si û dans g r. I3st ça, s p dans gr. èvsp^a, etc. représentent *êi, *ër, ou "Vr, etc., car, en pareille position *ëi, *èr, etc. et *ei, er> etc. aboutissent également à gr. et, ep. Soit par analogie de ces formes, soit par extension du vocalisme du moyen et du subjonctif actif, le grec n’a pas trace de l’ancien vocalisme ë à l’aoriste en -5-.

y. Quoique la flexion soit athématique, le ton reste invariablement sur la racine, dans la forme sans augment : ainsi la désinence moyenne ne porte pas le ton dans véd. vdmsi « j’ai gagné », non pins que le suffixe du participe dans véd. dâksat « ayant brûlé » ; cf. la place du ton dans gr. osi'çâç, ostcai.

Les aoristes de dénominatifs, comme gr. èiQ.^cra, v. si. dèlaxü « j’ai fait » et v. irl. ro charus « j’ai aimé », résultent de développements indépendants en grec, en slave et en celtique : la phonétique suffit à l’indiquer, car ni le g inlervocalique de gr. £tQ.y;<7x et de v. irl. ro charus , ni le x après a de v. si. dèlaxü ne sont conformes aux lois phonétiques du traitement de i.-e. *x dans ces diverses langues.

Une forme en *-is- de l’aoriste est attestée par d’assez nombreux exemples sanskrits tels que âhhârisam « j’ai porté », par gâth. xsndvïsâ « que je satisfasse » (subjonctif) et par le -is- du type lat. èg-is-ti, ëg-is-tis, ëg-ër-unt.

g0 Formes en *-se-, *-sye~. — Le futur indo-iranien en *- sya -, attesté par skr. vak-syci-mi, gâth. vax-syâ « je parlerai », est à rapprocher du futur lituanien : lïk-siu « je laisserai », et aussi du suffixe ^-se/o- de gr. « je laisserai », lat. dïxô, etc. ; l’alter-

nance de *-sye/o- et *-se/o- n’est pas plus surprenante que celle des désinences de génitif *-syo et *-so dans gâth. ca-hyà « de qui » et v. si. ce-so « de quoi », v. h. a. hwe-s « de qui ». Cette correspondance se présente d’une manière particulière. D’une part le futur est une rareté dans les plus anciens textes indo-iraniens : le Rgve da tout entier n’a qu’une quinzaine d’exemples de formes personnelles du futur (le participe est un peu moins rare), et la forme du futur ne devient fréquente que dans les textes sanskrits

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postérieurs ; de même le slave n’en a qu’un exemple, le participe bysesteje « ce. qui doit être ». D’autre part le futur lituanien ne répond pas exactement au futur indo-iranien : la flexion est en -si- ou en -5- suivant les dialectes ; par exemple la xre personne du pluriel est lïksime ou lïksme, différente du type skr. vak-syâmah « nous parlerons ». La place du ton attestée par gr. Xsf&stv, Xetytov ne s’accorde pas avec celle qu’indique le skr. vaksyâti « il parlera », mais avec celle du participe lit. likses « devant laisser ».

Au latin et à l’irlandais, la formation en '-se/o- fournit des subjonctifs, type lat. faxit, v. irl. tëis (de *steik-se-t) « qu’il aille ». En irlandais, ces thèmes en -se- accompagnés de redoublement fournissent un futur ; ainsi en face de v. irl. guidim « je prie », on a le subjonctif -gess « que je prie » et le futur -gigius « je prierai ».

A côté de *-selo-, il existe, surtout après sonante finale de racine, une formation en skr. kar-isyâ-ti « il fera », gr. [XEv-ito.

De même que le futur grec des verbes à racine terminée par v, p, [Jt,, X- est en -eu (ancien *-?5ô), le désidératif sanskrit a pour suffixe i.-e. *- se/o - après consonne, et i.-e. ^-dse/o- après sonante ; en face de nriksati « il désire laisser », on a ainsi cikirsati « il désire faire », où -1rs- représente *r -f- *ds (la racine est monosyllabique, comme le montre krtâh « fait ») ; le lituanien a de même klâusia « il interroge » (il veut entendre) de *klow-9s-j en regard de klaüso « il entend » de *klou-s-.

Toutes ces formes en *-s- ou en *-zs- semblent avoir eu en indo-européen la valeur désidérative. Les futurs indo-iraniens, grecs, baltiques, etc. ne sont pas d’anciens futurs, mais d’anciens présents désidératifs.

io° Thèmes à nasale infixée. — Les thèmes à nasale infixée ne sont nettement conservés qu’en indo-iranien; tout se passe comme si un élément *-ne-l~n- était infixé avant le dernier élément phonétique de la racine ; la racine a le vocalisme zéro et, comme dans les formes athématiques, l’élément *-ne- suivi de la finale de la racine constitue la prédésinentielle et présente l’alter-

THÈMES VERBAUX l8l

nance e : zéro dans les mêmes conditions que dans les autres formes athématiques. Ainsi :

rac. *yeug- : skr. yu-nâ-k-ti « il joint », 3e plur. yu-h-j-ânti.

rac. *bheid- : skr. bhi-nâ-t-ti « il fend », 3e plur. bhi-n-d-ânti (en face d’un aoriste athématique âbhet « il a fendu »).

rac. *leikw- : skr. ri-nâ-k-ti « il laisse », zd iri-na-x-ti, 3e plur. skr. ri-n-C-ànti (en face d’un aoriste thématique, g r. IXitcê, arm. elïkh, v. p. 1 6 1 et suiv.).

Comme toutes les formes comparables, ces thèmes ne sont conservés nulle part ailleurs sous leur aspect athématique ; dans le développement même des langues de l’Inde ils sont devenus thématiques de très bonne heure, et le pâli a par exemple bhindati « il fend » ; déjà en védique, on n’a plus que le thématique vindâti « il trouve » , tandis que l’ Avesta conserve encore le type athématique ancien vlnasti « il trouve », 3e plur. vinddnti. La nouvelle forme thématique est seule attestée en latin : iungô (cf. lit. jùngiu, avec suffixe *yy£-), findô, linquô, etc., et en baltique : v. pruss. ( po-)lïnka « il reste ». Il est du reste probable que le type thématique de skr. sihcâti , zd hincaiti « il verse », en face de l’aoriste skr. asicat « il a versé », est ancien dans quelques racines.

Soit maintenant une racine dissyllabique terminée par u, telle que *welu- (lat. uoluô , etc., cf. p. 1 34 et 1 4 7) ? le thème à nasale sera *wl-ne-u- : skr. vrnômi « je couvre, j’enveloppe » ; de *steru -, *streu- (got. strauja « je répands »), *str-ne-u , *str-n-u- : skr. strnômi « j’étends », strnumâh « nous étendons », g r. <jTopvDji.t (avec D au lieu de su par suite d’une action analogique), cxépv j ;j.£v ; de *(o)reu- (gr. opouw), *r-ne-u- Çor-ne-u-') : skr. r-nô-mi « je mets en mouvement », gr. cpvüp.i. Par suite d’actions analogiques, *-neu -, *-nu- est apparu de bonne heure comme un suffixe, et le grec s’en est servi comme d’un substitut de l’ancienne forme athématique à infixe, ainsi Çeuyvüpu en regard de skr. yunàkti, lat. iungô.

Soit encore une racine dissyllabique terminée par voyelle longue alternant avec *df par exemple *menlhd -, attestée

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par skr. mânthi-td « celui qui agite », mathâ-yàti « il agite », mcithi-tàh « agité », v. si. meto «je trouble »; on attend *mnthne-d-, *mnth-n-d-, et en effet la première personne du pluriel est skr. math-nî-mâh « nous agitons » (avec l au lieu de i pour représenter *9) ; quant à *mnth-ne-d-, tout se passe comme si *e*9 se contractait en â, et l’on a skr. mathnümi ; on a vu (p. 93 que *yo, *w9 sont représentés par % ; au point de vue morphologique,

*â joue le même rôle que voyelle plus sonante (cf. ci-dessus p. 128 et suiv.). De même, de *peh- (v. p. i3i), on a *plnd-, *plnd- : skr. prnati « il emplit », prnîmâh « nous emplissons » ; de *peivd-, *punâ- (v. p. 1 33), *pund- : skr. punami « je purifie », punïmâb « nous purifions » ; en grec, dor. oa;./.vâ;j.L, àa[j.vay.£ç en regard de hom. èoa;j.ascra, dor. èc;xa0^v ; izip'tr^i (xepvâ p.i), rApvap.ev, en regard de i'xépzzsx, tj.t.pzt/m ; en vieux haut allemand, ginôm « je bâille » en face de lat. hiâ-re, lit. \iô-ti « être béant ». — Comme *-neu-, le *-nâ- ainsi produit s’est parfois étendu à des racines non dissyllabiques dans telle ou telle langue, et de *bhendh- par exemple le sanskrit a formé badhnâti « il lie », forme nouvelle, qui ne se retrouve même pas en iranien.

ii° Suffixe *-ye/o-. — Le suffixe ^-ye/o - a eu une grande fortune : c’est celui qui fournit la plupart des présents en usage dans les langues historiquement attestées.

Il sert à former la plupart des présents tirés de thèmes nominaux, et ces présents sont les seules formes de dénominatifs qu’ait eues l’indo-européen, ainsi :

de thèmes en *-s- : de skr. âpas- « œuvre », apas-yâ-ti « il est actif » ; de g r. zéXea- « fin », veXeiw « j’achève » (de *-s)*£j-yü)) ; de got. riqis « ténèbres », riqi^-ja « je m’obscurcis » ;

de thèmes en *-n- : de skr. vfsan - « mâle », vfsan-yâ-ti « il est en rut » ; de gr. *tsx.tsv- (xsy.-ojv « charpentier »), Tey.-raè/w, de *cvou.£v- Çô'tz[j< a), cvop.a{vw ; de got. namin- (namo) « nom », namnja « je nomme » ;

de thèmes en -i- : de skr. jani- « femme », janï-yâ-ti « il cherche femme », cf. v. si. \enitù se « il se marie » ; de gr.

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de thèmes en *-e/o-: de skr. vasnâ - « prix de vente », skr. vasna-yà-ti « il trafique », cf. gr. o>vc; et wvécjji. ai j de *sene- « vieux » (skr. sânah, lit. senas ), lit. senè-ju « je vieillis », lat. sene-ô ; gr. oyjaôg) de cÿjXoç ; lit. dagiiju « je moissonne » de dagas « moisson » ;

de thèmes en *-â- : de skr. pftanâ- « combat », prtanâ-yà-ti « il combat » ; de gr. TÎ(j.a-, xvpA-u ; de lit. ( pâ-'jsako - « récit », (pâ-^sako-jn «je raconte » ; de v. si. Jwtora- « combat », kolorajç «je combats ».

L’ensemble formé par la voyelle finale du thème et par le suffixe *-ye/o- a été souvent traité comme un suffixe et a servi à de nouvelles formations ; ainsi, en latin, on a operârï dérivé de opéra ; et, d’après le rapport de opus et operârï, on a tiré uolnerâre de uolnus, etc. En grec, des formes telles que de ituxcj; à

côté de îtütccç ont donné naissance à un type en -sjü) qui s’est beaucoup répandu ; on a, par exemple, Oepazeùio, de Oépzù (à côté de 6 spa-wv), etc. Les innovations de ce genre sont nombreuses.

Le suffixe *-ye/o- fournit aussi des présents dérivés de verbes, des déverbatifs ; ainsi des dérivés :

d’intensifs, comme skr. dediç-yd-te « il montre » de dèdis-te ; très souvent la forme primaire n’est pas conservée, comme dans véd. coshï-yâ-te « il protège » ; en grec et en slave, la forme munie du suffixe secondaire est la seule attestée ; v. si. glagol-jo « je parle », gr. zoiyuaGia (de ‘jua^.^atvo) (de

oav-yw) ;

de thèmes à infixe nasal, comme lit. jüng-iu « j’attache » en regard de skr. yunâkti, lat. iungô ; att. yvdvo), y.Xfvvo) (c’est-à-dire *-/.Xtv-y(i)) de *klinâ-, *klin cf. v. sax. h linon « s’appuyer » ;

de thèmes à voyelle longue finale, comme gr. [j.va-cpu t de *mnâ- (cf. ci-dessus, p. 17b et suiv.) et les itératifs slaves du type - gneta- j 0 « je presse ».

Quand *-ye/o- suit immédiatement la racine, il n’y a pas lieu pour cela de considérer le thème comme primaire : un présent tel que skr. pâç-ya-ti « il voit », lat. spec-iô peut être un dénominatif du thème à suffixe zéro *spekr « celui qui regarde », par

LE VERBE

exemple dans lat. au-spex « qui regarde les oiseaux » ; un présent tel que v. si. vë-jo « je souffle », got. wai-a (même sens) peut être un déverbatif du thème à suffixe zéro *wë-, attesté par skr. va-ti « il souffle », grec ; gr. ôei'vo) est un dérivé de

la forme athématique conservée par skr. hdnti = zdjainti « il frappe », dont le participe 6svwv, pris pour un aoriste et sur lequel on a fait un subjonctif, un impératif et un infinitif, est un débris. Et l’on peut interpréter de même tous les verbes comme gr. TctvG), cryi'Çiù, v. si. liXÿ, lit. lë{iù « je lèche », etc. (v. cidessus p. 167); cette formation est particulièrement fréquente en grec, en baltique et en slave.

Ainsi que le montrent les exemples cités, *-yejo- n’a aucune valeur sémantique propre : il sert simplement à la dérivation.

En indo-iranien, en grec, en arménien, en slave, en baltique, le suffixe est constamment thématique. En latin, en celtique et en germanique, il a des formes athématiques à côté des formes thématiques, ainsi, d’une part lat. capiô, capiunt, got. hafja « je lève », hafjand, mais d’autre part lat. capï-s, capi-t, capï-mus r capï-tis ; sâgi-s, sâgi-t (de sàgî-t ), sâgî-mus , sctgi-tis ; got. hafji-s « tu lèves » (au lieu de *hafi-s ; la forme ancienne est conservée en germanique occidental : v. h. a. hevis, v. sax. hefis ), etc., sokeis « tu cherches ». Le vieil irlandais a -gaib « il prend » (de *-gabït ), gaib « prends » (de *gabï ; cf., pour la finale, lat. cape , de *capï ), et -lèici « il laisse » (de *-lêcît ), lèic « laisse » (de *lècî, cf. le type lat. sâgï) ; il présente donc des formes pareilles à celles du germanique et de l’italique. À côté des présents en *- â-ye/o - et en ^-ï-ye/o-, il y a en latin, en germanique, en baltique, et même en grec dans des parlers éoliens, des formes en -. â -, -è-, telles que lat. senès, fugâs ; got. karom « nous nous occupons » ; lit . jüstome « nous ceignons » ; lesb. xe^va^évo).

Les dénominatifs sanskrits ont d’ordinaire le ton sur le suffixe, ainsi dans les exemples cités prtanàyâti « il combat », etc., mais parfois aussi sur la présuffixale ou à une autre place du thème nominal : mantrâyate « il dit une prière » (un mântra-') ; c’est ce qu’on retrouve ailleurs : russe igrâ-ju «je joue », de igrâ ; lit. pasako-ju de pâsaka ; gr. Ttp.a-G)v, (participe) de ; c’est

THÈMES VERBAUX

sur la présuffixale qu’est le ton dans les verbes où *-ye- suit immédiatement la racine : skr. pâç-ya-ti « il voit » , russe lîfyt (thème si. « il lèche », lit. saük-ias « criant » (parti-

cipe), gr. TCivstv-, t s(vü)v, got. hafja « je lève ».

12° Suffixe ^-ske/o-. — La forme de ce suffixe est fixée par la correspondance : ire pers. sing. act. gr. -taiù lat. -scô = v. h. a. - sku ; le sanskrit a -ccha- et le zencl -sa-, par exemple skr. gâcchati , zd jasaiti « il va » en regard de gr. ; skr. icchâti,

zd isaiti « il désire » en regard de v. h. a. eiscôn « demander », ombr. eiscurent « poposcerint » ; skr. -cch- — zd -s- est le traitement phonétique normal de indo-iranien *-sk- devant i.-e. *e ; le k de ce groupe est un k oriental (v. p. 65 et suiv.) et non ki} car, en slave, c’est jiskç « je cherche » qui répond à skr. icchàmi « je désire » ; skr. icchâti a sa gutturale traitée comme celle de v. si. jistetü « il cherche » (de *jiscetu), et icchànti « ils désirent », où -anti représente un ancien *-onti, doit l’altération de sa gutturale à l’analogie de icchâti .

Le suffixe *- ske/o - est secondaire : ainsi en grec y/jpa-oxo) «je vieillis » de yyjpaç, p^Oo-sza) « j’enivre » de p.É6u ; les présents dérivés de thèmes en *-i- (cf. ci-dessus, p. 1 84) , tels que eO.ptcr/a», aXLc7y.0p.at, à côté de thèmes en *-£- comme süpr1-(<7(o)y ou en -oj- comme àXw-vat, etc. ; en latin hiâ-sce-re de hiâre, rubês-ce-re de ruhère, (pb-)dormî-sce-re de dormï-re, etc. ; en iranien le thème zd yri-sa « s’éveiller » , dérivé d’un thème en *-i-, de même que gr. eûph'/M, etc. ; zd taf-saiti « il s’échauffe » dérivé du thème à suffixe zéro attesté par le participe moyen skr. tap-ànâh « s’échauffant », tandis que le lat. tepè-sceree st dérivé de tepère. Un thème comme celui de skr. gâcchati « il va », zd jasaiti, gr. gàcrzo) est dérivé du thème à suffixe zéro attesté par skr. âgan, arm. ekn « il est venu » (v. p. 1 65) ; et, si l’on ne rencontre pas le thème à suffixe zéro d’où est dérivé skr. prcchâti « il demande », zd perdsaiti, lat. poscô (de * porc scô), arm. harçi « j’ai demandé » (avec ç représentant *sk), v h. a. forscôn « rechercher », c’est sans doute par hasard.

Pour le sens, *-ske/o- a dans la formation secondaire à peu près

le même rôle que l’infixé nasal dans la formation primaire ; il indique le commencement de l’action. Quelques racines présentent concurremment une forme en *-ske/o- et une forme à infixe ; ainsi en regard de la forme à infixe de skr. jânâti « il connaît », got. kunnan « connaître », le latin a ( g)nô-scô et le grec yvwsvaù (et plus ordinairement yiyvwr/.to) tirés du thème d’aoriste *gnô- attesté par g r. y vio- v ai ; le vieux perse oppose même adânâ « il connaissait » à xsnâsâtiy « qu’il reconnaisse ». En regard de la forme à infixe de g r. /.{-v-j-tai « il se met en mouvement », le zend a susaiti (de iran. *cyu-sa -) du thème d’aoriste à suffixe zéro *kyeu-, attesté par véd. cyâv-ânah « qui se meut » et par hom. Izgu-z (de *e-kyu-to) ; cf. skr. cyâvate « il se meut » et gr. ff£J(0.

i3° Suffixe *-nelo-. — Ce suffixe sert à tirer des présents inchoatifs de thèmes radicaux, notamment de thèmes d’aoristes. Il existe sous la forme *-wtf/0- surtout en arménien, slave et germanique, et isolément ailleurs : arm. dnem « je pose » (de *dineni) fait sur le thème d’aoriste di- = skr. dhü - (v. p. i65) ; v. si. stano « je me dresserai », de sta- = skr. sthâ-, dor. zzâ- (v. p. i64); got. fraihna « j’interroge » (cf. ci-dessus skr. prcchàti, etc.), gr. ttivco, lit. aunù «je m’habille », etc. Une form e*-°ne/o- a la même fonction en baltique, en arménien et en grec : lit. biidinu « j’éveille » ; arm. Ikhanem « je laisse », fait sur le thème d’aoriste *likhe- = gr. Xi'izé- (la forme à suffixe tient ici la place de l’ancienne forme à infixe : skr. rinâkti « il laisse », lat. linquo) ; gr. àXçdcvo), fait sur à.A?s?v. Le grec joint ce suffixe à la forme à infixe: d’où TJvÔavo[j.ai, en face de lit. bundà « je m’éveille ». Quelques présents en *-ne!o- résultent du passage de présents en *-nà - au type thématique, par ex. gr. y.a^vi», à côté de xdqxaTOç, (y.;aâToç) et de véd. çamnîse « tu prends de la peine » . Les types en *- ne/o - et en qu’on rencontre dans diverses langues

résultent d’innovations compliquées et ne représentent pas directement un état indo-européen.

i4° De quelques autres formations. — Outre les trois suffixes

THÈMES VERBAUX

secondaires précédents, il paraît y en avoir eu plusieurs autres dont l’extension et la valeur ne peuvent plus être déterminées. Ainsi le grec a trace de*-dhe/o- dans le -0 s/0- de dor. hom. è'a-Ûw, qui remplace un ancien présent athématique, cf. skr. âd-mi « je mange » (v. p. 1 65) ; cf. I-tcXyj-to et skr. âpràt « il a

empli » ; ayé-Ôw, cf. sV/ov ; TcsXdcÔw « je m’approche » de rA- Xa-, etc. ; et ce même *-dhzfo- paraît se retrouver dans got. walda <c je domine », v. si. vlado (de *voldo) (même sens), lit. véldu, en regard de v. irl. flaith « souveraineté » et de lat. nolô, uolt, etc. --Le *-k- de att. gÔYj*a (plur. lôs^sv), lat . fè-c-i (en face de skr. àdhât « il a posé ») et de rrv-x (elyisv, présent à redoublement l'-yr p.».), lat. ië-c-i est aussi un suffixe secondaire, mais athématique. — On pourrait multiplier les exemples de ce genre.

20 Thèmes modaux.

Il y a des formes spéciales pour trois modes :

i° L 'indicatif, caractérisé par l’absence de toute addition au thème « temporel » tel qu’il vient d’être décrit.

20 Le subjonctif \ caractérisé par l’addition de la voyelle thématique *-e- (-0-) au thème « temporel ».

3° L 'optatif, caractérisé par l’addition d’un sufïixe secondaire *-yë : *-î- aux formes athématiques et, dans le type thématique, d’un suffixe *-i- formant diphtongue avec la voyelle précédente (type gr. ?eps-t-).

L’impératif n’étant caractérisé par aucune forme particulière du thème ne saurait être mis sur la même ligne que les trois modes ainsi définis.

i° Indicatif. — L’indicatif sert à indiquer qu’un procès a lieu ou n’a pas lieu, ainsi chez Homère :

A 178 si \).yXx y.xpzepoç èacr», Oîéç tcou aol t6 y’ SSanisv « si tu es fort, c’est que c’est un dieu qui te l’a donné ».

LE VERBE

2° Subjonctif. — La formation du subjonctif est transparente dans le type athématique :

indicatif présent, skr. às-ti « il est », lat. es-t : subjonctif, véd. às-a-ti, âs-a-t = zd anhaiti, aiïhat « qu’il soit », v. lat. esed (?), lat. er-i-t « il sera » (l’ancien subjonctif ne subsiste en latin qu’en qualité de futur).

aoriste sigmatique : subjonctif, véd. nés-a-ti, nés-a-t « qu’il conduise » (avec le degré vocalique e comme au moyen, et non le degré ê de l’indicatif skr. ânaisam «j’ai conduit »), hom. t ds-c-

[ASV, TSlff-e-TS.

parfait : subjonctif, skr. tatàn-ati, tatân-a-t « qu’il tende », hom. 7U£7tg{6-o-|jlev. Le vocalisme présulïixal est e, ainsi véd. véd-a-t « qu’il sache », hom. (/’)ei'-ào-p.£v, /"eio-e-te en regard de (F)GtS-a ; le vocalisme o de hom. tüetuci'ôcplev est emprunté à rAizziïx. Le ton est sur l’élément présulïixal.

Les futurs attiques è'oop.sc. et tci'oj sont les subjonctifs des formes athématiques attestées encore par l’infinitif hom. ISpisvat et l’impératif aoriste att. ttTÔi.

Dans le type thématique, tout se passe comme si la caractéristique *-e-, *-o- se combinait avec la voyelle finale du thème, ce qui donnait *-ê-, *-ô-, ainsi gr. cpepw-^sv, ©ÉpvpTE, véd. bhârâ-ti , bhârd-t « qu’il porte », lat. ferè-s « tu porteras » (subjonctif ancien servant de futur) ; le vocalisme présufïixal et la place du ton sont les mêmes qu’à l’indicatif.

Le subjonctif indique un procès qu’on compte voir se réaliser, soit qu’on le veuille, ainsi véd. agnhn stavâni « je veux louer Agni(le feu) », çpiâvad vâcâmsi me « qu’il entende mes paroles », et chez Homère :

u 296 aXX’ ays ( 'F)ci y. al èyo) St5 çsîvisv

soit qu’on l’attende simplement, ainsi véd. viçvâh pftanâ jayâsi « tu vas être victorieux dans tous les combats », hom. Z 45g xaî izoïî T15 (F)ii'Krpi « et quelqu’un va dire » ou £ 465 âya>, ti TuaOo) ; « hélas, que va-t-il m’arriver? ».

3° Optatif. — Dans les formes athématiques, l’optatif est

THÈMES VERBA.UX

caractérisé par le suffixe *-yê- : *-yd- (c’est-à-dire *-y- devant voyelle, *-ï- devant consonne) ; l’élément présuffixal a le vocalisme zéro ; le ton est, suivant les cas, sur le suffixe *-yè- ou sur la désinence :

thème *es- : skr. s-yü-t, s-(ï)yâ-t « qu’il soit », s-y-üh , s-(i)y-üh « qu’ils soient r ; lat. s-iè-s « que tu sois », s-l-mus « que nous soyons » (d’où sim, sis par analogie). Le grec sïyjv a pris le vocalisme radical de èVui.

thème *dedô -, *didô- : skr. dad-ya-t « qu’il donne », moyen dad-i-tâ « qu’il donne » : v. si. dad-i-mü « donnons » (du thème *dôd\dy) ; g r. 8iîc-£yj-v, àtBc-T-^ev.

thème de parfait *wewort -, *wewrt- : skr. vavrt-ya-t « qu’il roule », moyen vavrt-i-tâ ; de même v. h. a. ire pers. plur. wurtï-mës « devenons » (de germ. *wurd-î - dont le â suppose une présuffixale atone).

Dans les formes thématiques, l’optatif est caractérisé par *-iformant diphtongue avec la voyelle thématique qui a le timbre -0- ; suivant la règle générale du type thématique, le vocalisme et la place du ton propres au thème ne varient pas ;

thème *bhéro- : skr. bhâre-t « qu’il porte », gr. got.

bairai , v. si. beri (2e pers. plur. berë-te « portez »), cf. lit. te nese « il peut porter ».

thème *widô- : skr. vidé-t « qu’il trouve », gr. (E)(Bou

L’optatif a deux valeurs sémantiques distinctes :

i° Il indique une chose possible, par contraste avec l’indicatif qui indique une réalité. Ainsi skr. kâmâyeta « il peut désirer » dans cette phrase védique : kâmâyeta raja samrad bhâvitum « un roi peut désirer devenir roi suprême » ou gr. «pépotev dans ce passage homérique :

E 3o3 0 Sà ^eppuaài ov Xàêe %£ipi

TuSsfôvjç, p.éya (F)ipy ov 0 eu Suo y,’ àvops çépoiev

En ce sens, l’optatif sert à indiquer une condition, ainsi chez Homère :

K 556 pda 6scç y’èSeXwv y. al àp.e(vcvaç rjé%sp oï$ô Ïtztîo’jç 'Swp^fja'.TO.

LE VERBE

IQO

« un dieu qui le voudrait pourrait aisément donner de meilleurs chevaux que ceux-ci », et dans cette phrase védique yât pâceyuh kravyâdam kuryuh « s’ils faisaient cuire (de la viande), ils le (le feu) rendraient carnivore » .

20 L’optatif indique une chose souhaitée, ainsi chez Homère : 2 98 wjv.vlx xsôvaiYjv « puissé-je mourir à l’instant ! » et véd. viçe ca hatraya ca samâdam kuryâm « entre le peuple et la noblesse puissé-je 'créer une inimitié 1 » De là l’emploi de l’optatif dans les prescriptions : véd. dâmpatï açnïyâtàm « que les (deux) maîtres de maison (c’est-à-dire le maître et la maîtresse) mangent » .

La traduction française par « puissé-je » montre comment la seconde valeur peut sortir de la première.

Les nuances de sens exprimées par l’indicatif, le subjonctif et l’optatif sont donc respectivement celles des procès : positivement affirmé — attendu — simplement possible.

G. Flexion des verbes.

Trois procédés sont employés concurremment: désinences, alternances vocaliques, place du ton.

a. Désinences.

Le système des désinences verbales comprend :

i° Deux séries complètes de formes, dites les unes actives et les autres moyennes , qui caractérisent les deux voix active et moyenne , actif dor. (ion. att. tiGyjji) et moyen Ti'ôs-Tat.

Ces deux séries n’existent clairement qu’en indo-iranien, en grec ancien, et en quelque mesure en gotique. De plus le latin et le vieil irlandais en ont trace dans l’opposition de l’actif et du déponent (et aussi dans le passif latin).

20 Dans les deux séries active et moyenne, deux séries dites l’ une primaire, l’autre secondaire , ainsi en grec au moyen, primaire

FLEXION VERBALE

TtÔî-xa'.j secondaire ètiGs-to ; il y a de plus des désinences propres à l’indicatif du parfait actif et une flexion propre à Yimpératif.

3° Dans chacune de ces séries, il y a une forme propre pour chaque personne , à chaque nombre.

Une désinence est donc définie quand on a marqué si elle est : i° active ou moyenne; 2° primaire ou secondaire (ou d’indicatif parfait ou d’impératif); 3° de ire, 2e ou 3e personne; 4° de nombre singulier, pluriel ou duel ; ainsi la désinence -xat de gr. viïi-oa est une désinence de 3e personne — du singulier — moyenne — primaire. De plus les désinences (ou les finales) de l’indicatif présent-aoriste diffèrent en partie suivant qu’il s’agit du type thématique ou du type athématique.

i° Désinences actives.

a. Désinences primaires.

Singulier. — ire personne. Dans les athématiques, *-mi : skr. à s -mi « je suis », v. si. jes-mï, gr. stjju, arm. em, alb. jam, got. im (et lat. sum). — C’est à cette désinence que les présents athématiques doivent le nom, commode et justifié, de verbes en *-mi : types gr. sqjii, Sfôwjju, TtGvj^i, Ssfxvüju, 3a;j.vY]fju, etc.

Dans les thématiques, la ire personne correspondante a une finale en *-ô : gr. çepw, lat . ferô, got. baira, v. irl. (do-fbiur (de *-berü ) ; lat. nehô, lit. ve%ii (de *vefii) ; gâth . pdrdsâ «je demande », lat. poscô\ l’addition de -mi est une innovation réalisée séparément en sanskrit et dans une partie de l’iranien, d’où skr. bhârâmi « je porte », vàhâmi « je vais en char », prcchami «je demande » ; le slave a une forme à nasale finale ajoutée, v. si. ber g « je prends ».

2e personne : *-si ; skr. é-si « tu vas », att. d (de *ei-sï) ; dor. et hom. ècr-G-t « tu es », v. lat. es-(s), arm. es (de *essi).

skr. bhâra-si « tu portes », got. bairi-s, lat. legi-s ne représentent sans doute pas l’état indo-européen pour le type thématique ; la finale était plutôt *-Èi qu’attestent [lit. nesï (de *nese)

IQ2

LE VERBE

« tu portes », gr. fépsi-ç (avec - s surajouté d’après les formes à désinence secondaire), v. irl. ( do-)bir. Pas plus que dans la ire personne, gr. <p éptù, etc., on ne peut marquer dans cette forme thématique le point de séparation entre le thème et la désinence.

3e personne: *-ti : skr. âs-ti « il est », gr. eœ-ti, v. russe jes-tï, v. lit. es-ti, v. irl. is (de * es-ti . ), got. is-t, lat. es-t.

skr. vâha-ti « il va en char », v. russe ve%e-tï, got. -zuigi-ft, lat. nehi-t, peut-être v. irl. berid (de *beretiT) s’accordent à indiquer que, à la 3e personne du singulier primaire, la désinence serait la même dans le type thématique et dans le type athématique ; mais le gr. çéps». et le lit. vè{a « il conduit en char » comme aussi v. irl. ( do-)beir (de *-beret ) supposent une finale qui doit représenter l’état ancien pour le type thématique ; aux trois personnes actives primaires du singulier, le type thématique aurait donc eu des finales distinctes de celles du type athématique.

Pluriel. — 3e personne : *-enti, *-onti dans les formes athématiques sans redoublement: skr. sânt-i « ils sont », dor. èvti (au lieu de *='m), ion.-att. sien, ombr. s-ent, got. s-ind et lat. s-unt, v. si. s-otü (v. russe suit).

*-nti dans les formes athématiques prédésinentielles longues ou à redoublement: véd. tâks-ati « ils charpentent » ; v. si. ëd-etü « ils mangent » ; skr. dàd-ati « ils donnent » (i.-e. *déd-nti ), v. si. dad-etü (v. russe dad-jatï ) « ils donneront», dor. Stoc-vu (i.-e. *didz-nti ), et dans les formes thématiques : skr. bhcira-nti « ils portent », dor. çsps-vTi (att. çÉpouai), got. baira-nd, lat. uehu-nt (v. lat. tremonti ), v. si. vegotu (v. russe vegutï).

fi. Désinences secondaires.

Les désinences nettes, thématiques ou athématiques, des trois personnes du singulier et de la 3e du pluriel ne diffèrent des désinences primaires correspondantes du type athématique que par l’absence de *-i.

Singulier. — ire personne *~m ou *-n suivant la phonétique de chaque langue : skr. âbhara-m « je portais », gr. ssepe-v; v. si.

FLEXION VERBALE

ig3

padü « je suis tombé » (de *pôdo-ri) ; skr. àsthâ-m « je me suis mis. debout », gr. sar^-v ; skr. sya-m « que je sois », lat. siê-m, gr. z’(rr'i ; gr. ïxzuj-<x, v. si. nës-ü « j’ai porté » (avec -ü représentant *-n ).

2e personne : *-5: skr. àbhara-h « tu portais », gr. eysps-ç ; v. si. pade « tu es tombé » (de *pôde-s ); skr. âsthâ-h « tu t’es mis debout »; gr. lxxrrq ; skr. sya-h « que tu sois », lat. siB-s, gr. s'ï]--; got. zuitei-s « que tu saches ».

3e personne: -t : skr. dbhara-t « il portait », gr. è'tpeps (les occlusives finales tombent en grec) ; v. si. « il est tombé » (de *pâde-t)\ skr. asthâ-t « il s’est mis debout », gr. Iotyj ; skr. jÿé-f « qu’il soit », v. lat. siè-d , gr. drr

Pluriel. — 3e personne : *-ent, *-ont et *-nt (dans les conditions où la désinence primaire est *-enti, *-onti ou *-ntt) : skr. âsan (de *âsant) « ils étaient » ; gr. çipoiv* ; hom. f^cv « ils allaient » ; gâth. stânhat « ils se sont mis debout » (aoriste en -s-), v. si. vëse « ils ont conduit » — skr. âbhara-n (de *âbhara-nt ), gr. ï ®spo-v ; v. si. padç « ils sont tombés » (de *pôdo-nt ) ; la présence du -t final est indiquée par des faits de phonétique syntactique du védique, par le traitement slave, et par gr. -sv de -cv de *-o)vt dans hom. Ba[j.£V, dor. iyvov, etc.

La distinction des désinences primaires et secondaires est moins nette aux autres formes.

Pour la ire personne du pluriel, l’indo-iranien distingue : primaire véd. -masi — zd -main, skr. -mah} et secondaire véd. -mâ — zd -ma ; partout ailleurs il y a confusion : en grec, -\j.zq en dorien, -pisv (avec -v inorganique, v. p. i4i et suiv.) dans les autres dialectes ; en latin, -mus ; en slave, des formes variées suivant le dialecte, toutes d’origine plus ou moins ambiguë : -mü (forme du vieux slave), -mo} -me, - my ; en lituanien -ma ; etc.

Pour la ire personne du duel, il y a un certain accord del’indoiranien et du gotique : primaire skr. -vah, zd -vahi, got. bidjos « nous (deux) prions », et secondaire : skr. -vâ, zd -va ; le goti- A. Meillet. i3

LE VERBE

ig4

que a magu « nous (deux) pouvons »., sitaiwa « que nous (deux) soyons assis » ; le vieux slave a -vè partout, le lituanien -va.

Pour la 2e personne du pluriel, l’indo-iranien a une distinction qui consiste seulement dans le contraste de th et de t : primaire skr. -tha — gâth. -0ô, secondaire skr. -ta — gâth. -tâ. Gomme th et t sont confondus partout ailleurs, on ne saurait rien reconnaître : gr. -te, v. si. -te, etc. sont à la fois primaires et secondaires, et l’on ne peut dire si gr. çs'peic, v. si. berete répondent à skr. bhâratha (primaire) ou à bhârata (secondaire). Le latin a -tisr avec un -s final dont l’arménien a peut-être aussi trace.

Pour les 2e et 3e personnes du duel, on constate de fortes divergences ; le sanskrit distingue 2e pers. -thah, 3e - tah , primaires, de 2e -tant, 3e -tâm secondaires ; le grec 2e -tcv primaire et secondaire, mais 3e -tov primaire, dor. -xâv (att. -ty)v) secondaire ; le gotique et le lituanien n’ont que la 2e personne : got. -ts et lit. -ta, à la fois primaires et secondaires ; le vieux slave a 2e -ta, primaire et secondaire, 3e -te et -ta, sans distinction de valeur (-te a été éliminé à la 2e personne parce qu’il se confondait avec le pluriel) ; il y a donc une forme spécialement secondaire de 3e personne du duel *-tâ, avec ou sans nasale finale (v. p. 1 4 1 ) ; celte forme a été transportée par analogie à la 2e personne,, sporadiquement en grec, régulièrement en lituanien et en slave.

y. Désinences particulières au parfait. •

Singulier. — ire personne : *-a : skr. véd-a « je sais », gr. /oto-a, got. wait ; v. irl. cechan dans for roichan « j’ai enseigné » suppose un primitif terminé par une voyelle finale *-a ou *-o et exclut à la fois *-e et *-n.

2e personne : skr. -tha : vét-tha « tu sais »; got. -t (traitement régulier seulement dans certains cas spéciaux) : wais-t ; gr. -0a : /"oTc-Ôa ; cf. le-/- de lat. uîdis-t-ï. Le 0 du grec suppose plutôt i.-e. *dh en regard du *th indiqué par les autres langues.

3e personne : *-e : skr. véd-a « il sait »,gr. FcXc-z, got. wait ; le v. irl. cechain « il a chanté » suppose une voyelle finale prépalatale, telle que - e .

FLEXION VERBALE 195

Pluriel. — L’indo-iranien a des désinences différentes de celles du présent, à la 2e personne : skr. vid-â « vous savez » (en regard de gr. /ïo--Te), et à la 3e : skr. -uh (- ur ), cf. gâth. -nds, zd -ard, skr. vid-üh « ils savent ».

2° Désinences moyennes.

a. Désinences primaires et de parfait.

Les désinences des trois personnes du singulier et de la 3e personne du pluriel se distinguent des désinences actives correspondantes par la présence de *-ai là où celles-ci ont -i.

Singulier. — ire personne : gr. (thématique et athématique): gr. Ti6è-^ai, œépo-pu', dont on rapproche v. pruss. asmai « je suis », lit. es-mï (de *es-me ) ; mais les formes baltiques prouvent peu, parce que la forme active du type alhématique n’est pas attestée ; or, la désinence est simplement *-ai en indoiranien : skr. bruv-ê « je dis » ; la finale thématique est aussi *-ai, ainsi skr. bhâre « je porte », et de même v. isl. heile « je m’appelle ». Ceci conduit à supposer que le -\j- grec serait dû à une innovation analogique d’après l’actif. Au parfait, il y a -ai partout : skr. tutud-é « j’ai heurté », lat. tutud-i, v. si. vèd-è « je sais » (unique en slave).

2° personne : *-sai : skr. -se, gr. -cat, lit. -si (de -se), got. -%a\ skr. dhat-sé «tu poses », gr. T-ôe-aai ; skr. bhâra-se « tu portes », gr. ©spe- ai, got. baira-^a « tu es porté ».

3e personne : -ai, dans une partie du type athématique, véd. çây-e « il est couché », duh-é « il trait », comme aussi au parfait, skr. tutud-é « il a heurté » ; *-tai : skr. çé-te « il est couché», gr. xëHrai ; skr. bhâra te « il porte », gr. çépe-vai, got. baira-da.

Pluriel. — 3e personne : *-ntai : skr. çay-ate « ils sont couchés », hom. y.é-aiat; skr. bhàra-nte « ils portent », gr. ©épovtxi, got. baira-nda .

ire personne : le gr. -[j.s6x de xsi-pisGa, çspé-jjisôa est à la fois

LE VERBE

primaire et secondaire ; l’indo-iranien oppose la désinence primaire *-madhai (skr. -mcihe, par exemple dans dad-mahe « nous donnons », zd - maide ) à la désinence secondaire *-madhi (skr. - mahi , gâth. - maidi ), de i.-e. *-medfo, ce qui peut être une innovation de ce dialecte. Les formes déponentes lat. loquimur et v. irl. labrimmir, -labrammar « nous parlons » ont été faites après l'époque indo-européenne sur les formes actives correspondantes.

2e personne : la désinence primaire est en indo-iranien *-dhwai : skr. -dhve, gâth. -duyë ; la désinence secondaire *-dhwam : skr. -dhvam, gâth. -düm, zd -Iwdm (avec nasale finale sans doute inorganique, v. p. 1 /| 1 ) ; le grec a -aôe, à la fois primaire et secondaire. Le lat. loquimini est une forme nominale ; v. irl. labrithe, -labraid « vous parlez » sont identiques aux formes actives. Les dialectes occidentaux, germanique, celtique, italique, ne présentent donc aucune forme propre à la ire et à la 2e personnes du pluriel pour le moyen.

Duel. — L’indo-iranien et le grec ont des formes divergentes, influencées à la fois par les désinences du duel actif et du pluriel moyen.

g. Désinences secondaires.

Plusieurs désinences secondaires ont *-0 alternant avec *-e là où les désinences primaires du moyen ont *-ai.

Singulier. — ire personne. Le grec et l’indo-iranien divergent, comme pour la désinence primaire correspondante. Le grec a dor. -jj.âv, ion. att. — jayjv : dor. è6s-[xâv, kyepé- ion. att. è0£— jjltqv, £<p£ps-p]v, avec un -;j- sans doute ajouté par analogie. L’indoiranien a -i : skr. â-kri « j’ai fait », gâth. aoj-i «j’ai parlé » ; ce -i forme diphtongue avec la voyelle thématique précédente : *(a)bhara-i : skr. âbhare « je portais », zd baire, ce qui semble indiquer un i.-e. *-i ; mais à l’optatif la désinence est - a , ce qui est en indo-iranien la forme normale de i.-e. *d après y : skr. bhârey-a, zd baray-a « je pourrais porter ». On se demande par suite si le *-3 attesté par l’indo-iranien n’alternerait pas avec le -à- attesté par gr. -([J*)-â-(v).

FLEXION VERBALE

2e personne : gr. -jo dans hîOs-JO, è'Os-o, k^ipe-c, etc. ; indoiran. *-sa, dans le subjonctif gâth. dânhà « que tu donnes » (de *dâ-sa ), zd baraè-sa « tu pourrais porter » ; lat. -re (de *-se) dans seque-re , cf. hom. s-o. — Le sanskrit a généralisé une désinence -thâh, qui rappelle le déponent v. irl. no labrither « tu parles». La coexistence de deux désinences différentes dans les parlers indo-iraniens, d’une part, italo-celtiques, de l’autre, est à noter.

3e personne : *-2/0 dans des formes telles que véd. àduh-a '«■ il croyait », et : skr. âdi-ta « il a donné », gr. 28o-vo ; skr.

âbhara-ta « il portait », gr. è<péps--o ; lat. sequi-tu-r ; osq. sakarate-r « sacratur », ombr. her-te-r « il veut ».

Pluriel. — 3e personne : *-ento, *-onto, *-nte/o : véd. skr. âsata « ils étaient assis », hom. d'-xuo ; skr. âbhara-nta « ils portaient», gr. Içipc-vTo ; lat. sequo-ntu-r, cf. hom. Itcovto, osq. kara-nte-r « ils se nourrissent ».

Impératif (actif et moyen).

Les caractéristiques d’impératif s’ajoutent au thème de l’indicatif; au point de vue morphologique, l’impératif ne constitue donc pas un mode comparable à l’optatif et au subjonctif qui ont des thèmes propres ; il exprime un commandement ferme et participe ainsi au sens affirmatif de l’indicatif auquel il appartient pour la forme.

La 2e personne du singulier à l’actif est caractérisée par la désinence zéro :

type athématique : thème *ei- : gr. iÇ-st « sors », lat. i ( ex-l ), lit. éï-k « va » (avec une particule, -ki} -k); thème *strneu- : skr. strnu « étends », gr. rc&pvÿ.

type thématique : skr. bhâra « porte», gr. cèpe, arm. ber, got. bair, v. irl. ber ; skr. âja « conduis », gr. àys, lat. âge , arm. ac.

Les athématiques peuvent aussi recevoir une caractéristique *-dhi qui s’ajoute à une forme à vocalisme zéro : thème *ei- : skr. i-hi (de H-dhî) « va », zd i-li, gr. COt — thème *es- : zd %dï « sois », gr. t'c-Ôt — thème *weid- : skr. vid-dhi « sache », gr. (Ofc-0...

LE VERBE

Une autre caractéristique d’impératif est : skr. -tût, v. lat. -tôd (lat. class. -tô), gr. -tw ; en sanskrit et en latin, elle sert à la fois pour la 2e et la 3* personnes ; en grec, seulement pour la troisième, mais élargie par -ç, aussi pour la seconde dans certains parlers, ainsi âXOsTwç* èXQs à Salamine d’après Hesychius ; skr. bhâra-tàt « porte, qu’il porte », gr. tpepé-Tw ; skr. vàha-tât « va en char, qu’il aille en char », lat. uehi-tô ; skr. vit-lât « sache, qu’il sache » ; lat. es-tô « sois, qu’il soit ». Cette caractéristique i.-e. *-tôt, qui s’ajoute à la forme à désinence zéro sans avoir de valeur personnelle, est suspecte d’être un mot isolé, probablement l’ablatif du démonstratif i.-e. *to- ; *-dhi pourrait être une ancienne particule ; alors la seule véritable caractéristique de l’impératif serait la désinence zéro qui s’est maintenue à la 2e personne du singulier actif, mais qui, à en juger par l’emploi de *iueghe-, dans la forme pourvue de *tôt, ne se rapportait proprement à aucune personne, et qui ne se serait fixée à la 2e personne que par suite de la fréquence particulière de cet emploi. Certains indices donnent même lieu de croire que, en grec préhistorique, *ç£p£7ü) a servi pour le pluriel comme pour le singulier. On entrevoit donc un type ancien où *bhere , qui était le thème nu, aurait été l’impératif général, valant pour tous les cas, que fait attendre la structure de la forme.

A la 2e personne plur. active, le commandement s’exprime par la forme de la 2e personne secondaire : skr. bhâra-ta « portez », gr. <p£ps-Tc, lat. fer-te.

Diverses langues indo-européennes ont au singulier moyen et au pluriel et au duel actifs et moyens des désinences spéciales à l’impératif, mais qui diffèrent d’une langue à l’autre.

Désinences en *-r-.

Le sanskrit a une désinence de 3e personne du pluriel à l’actif -uh (jur devant voyelle), au moyen -re, - ire ; le zend répond par -ard et -dres à l’actif, -re au moyen : skr. às-üh « ils ont été », zd ânh-ard ; skr. cikit-ûh « ils s’aperçoivent », zd cikôit-dres ; skr. çé-re, zd sôi-re « ils sont couchés » ; le -uh sanskrit peut être soit *-r, soit *rs, avec un traitement spécial à la fin de mot ; il est

FLEXION VERBALE

employé au parfait, mais aussi à l’imparfait, à l’aoriste et à l’optatif, ainsi sy-üh « qu’ils soient ». On rapprochera les 3es personnes du pluriel latines telles que dïxère et « tokhariennes B » comme wehâre « ils ont dit » .

En brittonique, les formes en -ir, -âr, -er ont une valeur impersonnelle, la personne étant indiquée par un pronom régime : comique en tas a nef ym gylwyr « on m’appelle père du ciel », breton armoricain nem gueler « on ne me verra pas », ou e% consacrer « on te consacre ». — En vieil irlandais, les formes correspondantes ont la valeur des 3es personnes passives : berir « il est porté » ; il a par suite été formé une 3e personne du pluriel, ainsi bertir « ils sont portés » ; et, même au singulier, -r est parfois ajouté à une forme pourvue de désinence, ainsi gaibthi-r « il est chanté » (cf. gaibim « je chante ») ; le déponent seul a tiré delà une flexion contenant -r (ou respectivement -r-\- voyelle, de timbre i ou 6) à la plupart des personnes. — En italique, le subjonctif ombrien ferar « on portera» et l'indicatif présent ombrien ier « on va » attestent l’existence d’un impersonnel; en latin, -r n’apparaît plus qu’ajouté à des formes déjà pourvues de désinences, à la 3e personne uehi-tu-r, en regard de la 3e pers. sing. secondaire moyenne véd. vâha-ta, et de même au pluriel uehu-ntu-r et aussi à d’autres personnes : uehor et uehimur ; cette flexion en -r tient la place des anciennes désinences moyennes : les déponents lat. sequitur et v. irl. sechithir répondent au thème constamment suivi de désinences moyennes de gr. ettet xi et de skr. sâcate « il suit ».

Le « tokharien » a aussi des désinences en -r dont la valeur semble nettement médio-passive ; -r y est, comme en latin, ajouté aux désinences, par exemple tokh. B kal-tr « il s’arrête».

Il est possible que *-r ait caractérisé un impersonnel indoeuropéen ; la 3e personne du singulier en -r a encore souvent la valeur impersonnelle en latin : îtur « on va ». — La disparition de la forme en *-r dans la plupart des dialectes s’expliquerait par le caractère anomal de cet impersonnel qui est isolé dans la morphologie indo-européenne et qui n’a subsisté presque nulle part avec sa valeur ancienne.

LE VERBE

b. Vocalisme de l’élément prédésinentiel.

a. Type thématique . — La voyelle qui termine le thème a l’alternance de timbres e : o ; cette alternance est conservée devant les désinences primaires actives dans les paradigmes suivants ; on notera que les formes altérées à cet égard y sont supprimées, et, d’autre part, que gr. è'ya) n’a aucun rapport étymologique avec got. -wiga, lat. uehô :

GREC

GOTIQUE

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