DUEL
brh-ânt-à
brh-atô-h
brh-âd-bhyàm
brh-at-î
FLEXION
Mais, à cet égard, les thèmes védiques en -nt- et -ne- sont isolés. Les autres langues n’ont rien de pareil, sauf le mot anomal gr. yuvYj, acc. sing. yuvaïx-a, génit. sing. yuvaa-oç. Car on ne saurait invoquer ici les cas tels que xaiép-a, rca Tp-wv, où le vocalisme exclut le maintien du ton à une même plaee.
Les dialectes bal tiques et slaves ont au contraire une mobilité de l’accent (qui représente le ton indo-européen) entre l’initiale et la finale d’une partie des noms, ainsi en lituanien dans les exemples suivants de thèmes en -i-, -u-, -r- et -n- :
Singulier.
Nom. sir dis « cœur »
sünùs « fils »
môtè « femme »
akmù « pierre
Acc. sïrdi
sümi
môter-i
âkmen-i
Gén. sir dës
sünaüs
motefs
akmens
Pluriel.
Nom. sïrdys
sünüs
môters
akmens
Acc. sir dis
sûnus
môteris
âkmenis
Gén. sirdïiü
sûnü
moteriü
akmeniü
Duel.
Nom. sïrdi
sùnu
môteri
âkmeniu
De même en russe : nom. plur. kôsti « os », gén. kostéj , dat. kostjàm ; en serbe cakavien : nom. plur. kôsti « os », instr. koscàmi ; etc. ; en russe plur. nom. nôvosti « nouvelles », gén. novostéj. Au singulier, on notera l’accord de russe désjat' « dizaine », gén. desjati et de lit. dèsimtis « dizaine », gén. desimtes.
Il y a donc contraste entre l’état védique et l’état baltique et slave. Le grec n’enseigne presque rien, parce que le ton y est devenu immobile dans les thèmes polysyllabiques. Toutefois l’opposition de Gu yar/jp (sans doute de *6 uyar/jp), Ouyarpcç confirme le caractère ancien du type baltique et slave. En védique même, le féminin du nom de nombre « quatre » est au nominatif et à l’accusatif câtasrah, à l’instrumental catasfbhih ; cf. les formes lituaniennes masculines acc. kêturis « quatre », instr. keturiàis. On notera aussi véd. pûmân « homme », acc. s g. pü~ mâmsam, gén. sg. pumsâh. D’autre part, on s’expliquerait par la
LE NOM
mobilité du ton entre l’initiale et la finale du mot beaucoup d’hésitations dans la place du ton. Ainsi les thèmes en qui en
grec ont le ton sur la racine, type gàaiç, ont le ton à deux places différentes en védique : le védique a tout à la fois mâtih et matih « pensée » ; une ancienne mobilité du ton rendrait compte de ces faits, par exemple une flexion véd. acc. sing. mâtim, gén. matéh , comparable à lit. acc. nâkti « nuit », gén. naktes ou à lit. âtminti « souvenir », gén. atmintes. On expliquerait de même le contraste de gr. tc et de skr. bâhüh « bras », de g r. 7c=Xr/.uç et de skr. paraçüh « hache », par une flexion comme celle de lit. acc. sünu « fils », gén. sünaüs.
Dans un grand nombre de noms védiques, grecs, slaves et baltiques la place du ton est fixe, et tel devait être aussi le cas dans une partie des noms indo-européens : c'est alors l’élément présufïixal qui porte le plus souvent le ton, ainsi skr. acc. sing. rüç-ant-am « brillant », gén. rûç-at-ah.
Le vocatif est à part. En védique il est atone en principe ; quand il est au commencement de la phrase, il a un ton, mais sur la première syllabe ; ainsi pitar « père », dühitar « fille » en regard des nominatifs singuliers pitâ, duhità. Le grec présente encore de nombreux restes de cette place du ton sur l’initiale : 7uaT£p : 7 ; "ArokXov : ’AttôaXwv ; etc. La règle s’applique du reste à toutes les sortes de thèmes, ainsi gr. §£S7ïoxa : âeff'jro-xyjç ; àozkoz : àc£A©6ç ; etc. Le petit russe oppose de même le vocatif séstro au nominatif sestrâ.
IL — Thèmes terminés par *-à- (ou *-£-).
La plupart de ces thèmes sont féminins, et l’on a vu, p. 244, que *-â- était l’une des caractéristiques des adjectifs féminins. Un nominatif-accusatif neutre en *-â (-2) à valeur collective, en face duquel il n’existe aucune autre forme casuelle en -â- (-?-), sert de nominatif- vocatif-accusatif pluriel aux noms neutres.
a. Désinences.
Le type en -â- est athématique, et les désinences sont celles
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du type précédent ; mais quand elles commencent par une voyelle, elles se contractent avec la voyelle finale du thème.
Le nominatif singulier a la désinence zéro, de sorte que la finale est : skr. -â, v. si. -a, lit. -a (issu de -0 d’intonation rude ; ainsi mergà « jeune fille », de *mergô), dor. -à (avec oxyton quand le ton est sur la finale ; ainsi dor. rcsiva), got. -a. — Le -s final des masculins grecs tels que rSkivr^ provient d’une innovation hellénique, cf. lat. scrîba (toutefois le latin a tendu à développer la même action analogique que le grec, à en juger parv. lat . par icidas, hosticapas).
L’accusatif singulier est : skr. -â-m, v. si. - 0 , dor. -â-v (-a-v dans la forme tonique).
Le génitif-ablatif singulier est : skr. -âh (par exemple dans brhatyah « haute »), lit. -os (avec 0 d’intonation douce : -ôs), dor. -âç (périspomène quand la finale porte le ton : -aç), got. -os, lat. -as (par exemple dans pater familiâs) ; l’intonation douce provient sans doute d’une contraction indo-européenne de *-â-es.
Le datif singulier est : skr. -ai (par exemple dans brhatydi ), -ai (d’intonation douce : -aï), dor. -âi, écrit -a (périspomène quand il porte le ton : -a), got. -ai ; ici aussi, il y a eu sans doute contraction de *-â-ei en *-âi.
Le nominatif pluriel est : skr. -âh, lit. -af (avec 0 intoné doux), got. -os, osq. -as : sans doute contraction de *-â-es.
L’accusatif pluriel est : skr. -ah, zd -a (de *-âs ), lit. -as (de *’OS avec 0 intoné rude) ; l’absence de n de la désinence *-ns a été expliquée, p. 87.
Au génitif pluriel, il a dû y avoir une contraction de *-à-om (ou *-â-on ), attestée par lit. -ü, got. -0 ; mais la plupart des langues ont des formes nouvelles : skr. -ânâm, ou, d’après la flexion des démonstratifs, hom. thess. béot. -aoiv (de *-à/;<i)v), d’où att. -wv, dor. -av, lat. -arum et ombr. -arum (de *-âsôm)> etc.
Au nominatif- vocatif-accusatif duel : skr. -e, zd -e (c’est-àdire indo-iran. *-at ), lit. -i (issu de -ë intoné rude, -e, représentant i.-e. *-ai rude), v. si. -ë, la désinence *-z semble identique à celle du nominatif- vocatif-accusatif duel neutre.
LE NOM
p. Vocalisme.
Les thèmes dont le suffixe est *-â- présentent peu d’alternances dans le vocalisme prédésinentiel. Au nominatif-accusatif singulier neutre, la forme à désinence et vocalisme zéro *-9 a été affectée à l’expression du nominatif pluriel neutre, concurremment avec *-à, ainsi qu’on l’a vu p. 267, et ne sert pas dans la flexion des thèmes en -à-. La brève finale des vocatifs hom. vj^sa et v. si. sestro « ô sœur » doit représenter *-? ; Va final de skr. arnba « maman » ne prouve pas qu’il s’agisse de i.-e. *-â, car ce vocatif sanskrit est un terme du langage enfantin, dont V-a final est à rapprocher de celui de gr. Taxa, etc. Le suffixe a la forme *-â-, c’est-à-dire le degré e, même devant les désinences à initiale consonantique, ainsi au datif, skr. àçvâ-bhyah « pour les juments », lat. equâ-bus ; v. si. roka-mü « pour les mains », lit. ranko-ms (même sens). — En revanche le nominatif duel a le vocalisme prédésinentiel zéro : i.-e. *-d-i (i.-e. donne indoiran. a devant î).
Les thèmes en *-yâ- ont le degré vocalique zéro de l’élément prédésinentiel au nominatif :
skr. brhat-i « haute » ; lit. ve^ant-i Ç-i de *-ÿ) « menant en voiture », got . frijond-i « amie »; gr. -ji orna, ospouaa.
gr. p.u?a (de *jjw h'-ya) en regard de lit. muse (plus ancien *musjo) « mouche ».
L’indo-iranien a le vocalisme prédésinentiel zéro de ces thèmes devant les désinences à initiale consonantiqne : skr. locat. plur. brhat-î-su, dat. abl. plur. bfhat-î-bhyah.
Le vocalisme présuffixal ne varie que dans le mot signifiant <c femme » : nomin. sing. v. pruss. germa , v. si. \en-a, v. irl. ben, arm. Un, de i.-e. *g"’en-à ; génit. véd. gnas- ( pâtih ) v. irl. mnâ, de i.-e. *gyin-âs ; or, ce mot comportait variation de suffixe : la flexion grecque est att. yurrn yxnvAoc, yu vautos, béot. pava, acc. plur. pav^-xa; (de pavaTxaç;), et pava reposant sur *gy,°nâ ; la flexion arménienne est Un (de *g™enâ ), nom. plur. kanayQth ), de *g'"°nâi- (cf. gr. yuvaïxe;). Le germanique a le
FLEXION
thème en got. qens « épouse », en regard de véd. -jâni- et le thème en *-â- avec élargissement -n- : got. qino « femme », génit, qinons (vocalisme radical *gyien-') à côté de v. isl. kona (vocalisme radical *gyron-'). Le sanskrit a le thème en -i- jânih (( femme » (-jânih en second terme de composés). On ne saurait, dans ces conditions, restituer un prototype indo-européen ; mais c’est la variation de suffixe qui rend compte de l’alternance *gwen-r *gyièn , *gwn- ou *gVf0n- (cf. p. 237 et suiv.).
y. Place du ton.
Dans une partie des noms de ce type, le ton changeait de place au cours de la flexion. C’est ce qu’attestent le baltique et le slave ; ainsi lit. galva « tête », russe golovâ, serbe cakavien glâvà (le désaccord d’intonation radicale résulte d’une innovation slave) :