II. — Sérum
Ainsi donc, le plasma musculaire semble réagir physicochimiquement à des modifications physiologiques, pathologiques ou expérimentales affectant, soit l'organisme entier, soit des régions de celui-ci souvent fort éloignées des muscles examinés. Il est donc probable que les phénomènes sont à un certain point généralisables, et que d’autres éléments de l'organisme, servant éventuellement d’intermédiaires, subissent des répercussions analogues.
Tel est par exemple le sérum sanguin (5) (7) dont une longue étude a été faite chez l'Homme. Ici les techniques de cataphorèse doivent subir une sorte de spécialisation, du fait qu'aucun transport d'éléments figurée n’est directement visible dans les tubes en U, et qu’il faut recourir au procédé de l’alcool-acétone pour y faire apparaître des «flocons» et des «précipités». Nous retrouvons dans le sérum humain, avec des modifications concevables, la plupart des phénomènes décelés par la purée musculaire de la Souris : des modifications pathologiques se traduisent par des décalages souvent très considérables, de points isoélectriques.
Dans les limites des pH utilisés (5-12), le sérum humain normal ou pathologique a présenté (pour les flocons), deux points isoélectriques plus ou moins bien différienciés: « compris entre 5,5 et 6,5, et y voisin de 11-12; deux autres points en dehors des limites ont été décelés par leur voisinage (8 <5 ; à > 12). Ces divers points peuvent ne pas être tous représentés en même temps dans un échantillon.
Sérums normaux. — Chez les hommes normaux adultes, le point a très stable est constant au voisinage de 5,5 ; le point ; toujours présent oscille entre 9 et 12. Par contre, les femmes normales
ont présenté des inégalités suivant leur état génital ; autant qu’on peut en juger par les mesures actuelles, et sous réserve de généralisation, des filles vierges montreraient un point « très stable vers 5,5 (comme les hommes), des femmes adultes, non enceintes, ayant un point « déplacé vers 6,5 ; dans les deux cas, le point + a été très rarement représenté. Dans les femmes enceintes le point « est instable et subit au cours de la grossesse des oscillations cycliques pius ou moins irrégulières à grande amplitude (5,5 — 7,5) ; x est toujours présent, très bas, et oscille comme «; ces oscillations paraissent cesser au moment du terme (fig. 6
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F1G. 16. — Sérum humain normal. Points isoélectriques « et y, points neutres. En gris, zone normale du point &. 1rre colonne, hommes normaux ; 22 colonne, évolution d’un échantillon de sérum en fonction du temps ; 3° et 4° colonnes, filles et femmes, en fonction de l’âge. (VLÈS et DE COULON.)
:Sérums pathologiques. — Dans les sérums pathologiques très divers examinés, le point « a présenté très souvent un déplacement le faisant sortir de sa zone normale et quelquefois même dispäraître complètement de l'échelle employée (pH 5-12). Autant qu’on peut en juger jusqu'à présent, la répartition en fréquence du ‘déplacement est inégale dans les diverses affections. En parti-
culier l'élévation de « au-dessus de la zone normale a paru constante (100 %) dans les infections aiguës à la période d'état (scarlatines, phlegmons, pneumonies, etc.) avec retour à la zone normale (après une phase négative) dans la convalescence ; un décalage est. aussi très fréquent, quoique inférieur à 100 %, dans certaines syphilis, moins accentué dans la tuberculose ou dans le cancer (environ 60 %); une absence complète de points isoélectriques entre pH 4 et pH 12 a accompagné un certain nombre de cas graves. Toute une série d’affections de natures très diverses montre des perturbations de ces mêmes points (fig. 17, 18, 19).
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FIG. 17. — Sérum humain. 1'e colonne, infections aiguës, hommes ; 2e et 3° colonnes, évolutions de fins d’infections ; 4° et 5° colonnes, femmes, infections aiguës, @ point isoélectrique «; en gris, sa zone normale. (VLÈS et DE COULON.)
Points isoélectriques du plasma. Les points isoélectriques du plasma ont été étudiés par RossiER (8) sur du plasma citraté ou oxalaté. On retrouve dans le plasma le point « du sérum situé sensiblement dans la même région ; par contre le point +; ne se voit plus et ilest remplacé par un nouveau.point F, inexistant dans le sérum, et qui se place aux environs de pH 8. Il est
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possible que le point F soit dû à la présence du fibrinogène, rentré :
par exemple en complexe avec la supstener qui Re, dans le sérum le point +. > Sédimentation elobulaire. — On a vu postérieurement que les
déplacements des points isoélectriques du sérum sont liés à d’autres propriétés connues: ainsi ROSSIER (9) a montré que La vitesse : de sédimentation des hématies dans divers cas normaux ou patho-
logiques est une fonction du point 1isoélectrique « du Sérum corres-
bondant : la vitesse de sédimentation (par la méthode de WESTER-
GREN) croit Es le point «x s'élève (fig. 20).
FiG. 19. — Serum humain; affections diverses (tuberculose, néphrites, “diabète etc.). Mêmes notations. (VLÈS et DE COULON.)
: Sérum de Lapin et cancer de goudron. — Une série d’expériences de longue durée a été faite sur le cancer du goudron chez le Lapin,
avec la collaboration de M. le Professeur NICOD. On a suivi pendant .
plus d’un an l'évolution de Lapins dont les oreilles étaient badigeonnées périodiquement de goudron ; on a effectué parallèlement des cataphorèses du sérum des animaux et des biopsies des tumeurs
éventuelles. L'expérience a montré que le sérum des Lapins pré-
sente des variations de ses points isoélectriques lorsque sous l’in-
fluence du goudron il se développe des tumeurs, papillomes où
cancers vrais. Dans le cas des papillomes, le point à subit des os- :
F1G. 20. — Vitesse de sédimentation des hématies (abscisses) en fonction du déplacement du point isoélectrique « du sérum (Rossier),.
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F1G. 21. — Evolution pendant un an des points isoélectriques « chez les Lapins au goudron, dans le cas où il se développe uniquement des papillômes (en haut), et dans le cas où les papillômes se cancérisent
(en bas). En grisé, papillômes ; en noir, cancer (DE CouLon, Nicon, VLÈS).
cillations plus ou moins irrégulières, témoins d’un «aïfiolement physico-chimique»; chaque changement de régime (augmentation, régression des tumeurs, apparition de malignité, etc.) est précédé ou accompagné de perturbations. Lors de la cancérisation, les oscillations irrégulières font place à une ascension lente et continue du point isoélectrique vers de fortes valeurs: il s'établit un nouvel équilibre différent du régime normal (fig. 21).
Recherches récentes sur le point isoélectrique du sérum. — Le déplacement des points isoélectriques des constituants du sérum au cours de maladies infectieuses aiguës a été à nouveau examiné récemment par Rossier (21), lequel a confirmé et étendu les données précédentes. En particulier l'étude complète de l'évo-