NISME ET LE PROBLÈME DE LA RÉCEPTIVITÉ POUR LÉS GREFFES DE TUMEURS
Nous avons vu dans les chapitres précédents un certain nombre de faits, soit généraux, soit relatifs aux tumeurs, qui peuvent être résumés de la façon suivante :
1° Chez la Souris, des points 1soëélectriques de substances musculaires sont susceptibles de présenter des variations, sous la répercussion de modifications physiologiques ou pathologiques qu’on impose à l'organisme. Des phénomènes re existent dans le sérum humain.
29 Chez la Souris, l’évolution de tumeurs (sarcomes greffés, tumeurs épithéliales greffées, tumeurs de goudron, tumeurs spontanées des femelles) rentre dans la catégorie des perturbations qui s'accompagnent d'une élévation de point isoélectrique, tandis que leur régression éventuelle (tumeurs greffées) est marquée par le processus inverse, descente de point isoélectrique vers les faibles pH.
3° Nous avons trouvé des moyens expérimentaux aseptiques pour déplacer le point 1soélectrique intéressant vers les fortes ou les faibles valeurs de pH, au moÿen de substances telles que la térébenthine ou l’émeri, qui ne sont pas des antigènes par euxmêmes, mais créent des mobilisations humorales dans l'organisme ; au moyen de ces substances nous avons la possibilité d'imposer à l'organisme sain, dans le sens que nous voulons, un décalage des points isoélectriques.
‘ Il peut paraître naturel de tenter la soudure de ces deux dernières notions: un décalage préalable des. points isoélectriques de l'organisme sain, dans le sens que fournirait normalement
la tumeur, ou bien en sens inverse, ne va-t-il pas retentir sur l'évolution de celle-ci, dans un cas l’accélérer et dans l’autre l’inhiber?
Faisons remarquer tout de suite que le mécanisme qui est mis en jeu ne se présente pas au premier abord comme spécifique de la tumeur, mais peut avoir une généralité dépassant le problème de celleci: ce que nous modifions, c'est un certain état physico-chimique du terrain dans l'organisme, et il est possible que cette modification puisse avoir une répercussion qualitativement ou quantitativement du même ordre sur la marche de lésions pathologiques très différentes, comme certaines infections virulentes : peut-être cellesci seraient elles également accélérées ou inhibées par les modifications de terrain que nous avons créées ; le problème est du ressort d’une physico-chimie pathologique générale.
Pour étudier et mettre en évidence les relations entre l’évolution expérimentale des points isoélectriques et l’évolution des tumeurs greffées, trois séries d’expériences préliminaires ont d’abord été effectuées, comprenant environ 600 Souris groupées en 76 lots; toutes ces Souris étant des mâles adultes, pour éviter les irrégularités dues aux femelles.
Indice de réceptivité. — Dans chaque lot les Souris ont été divisées en deux groupes : une part servait de témoin et recevait des greffes de tumeurs sans modifications expérimentales préalables de l’an:mal sain ; l’autre part subissait avant la greffe de tumeur une lésion expérimentale devant modifier le point isoélectrique dans tel ou tel sens. On a exprimé pour chaque lot en expérience un He ST indice de réceptivité relatif de la greffe : z TE S étant la proportion exprimée en centièmes des greffes ayant pris sur les animaux préalablement modifiés, et T la proportion des greffes ayant pris sur les témoins du même lot.
19 Première série d'expériences. — Une première série d’expériences (170 Souris en 12 lots) a servi à mettre en évidence Les relations entre les décalages expérimentaux des points isoélectriques el l'indice de réceptivité. Les animaux ont été préparés par injection préalable au pli de l’aine, en une ou deux fois, de substances ayant un effet élévateur initial (térébenthine) ou un effet dépresseur (émeri) sur le point isoélectrique ; puis après un nombre de jours variable suivant le lot d'animaux, on a greffé une tumeur épithéliale, soit du même côté, soit du côté opposé à l'injection précédente. On a exprimé l'indice de réceptivité en fonction du
temps écoulé entre l'injection modificatrice du terrain et la greffe de la tumeur (fig. 26).
a) térébenthine. — Cette série d'expériences a montré que pour la térébenthine l'indice de réceptivité est d’abord positif et croit pendant une quinzaine de jours (c’est-à-dire que les greffes sont accélérées) ; puis il décroît et devient fortement négatif vers le soixantième jour (moins de greffes prises relativement sur les animaux injectés que sur les témoins).
Il y aurait donc une action favorisante au début, inhibante tardive.
F1G. 26. — Souris mâles: en haut, indices de réceptivité pour les greffes de tumeurs, après injection de térébenthine ou d’émeri; en bas, évolution du point isoélectrique À de muscle. (VLÈS et DE COULON.)
b) émeri. — L'indice de réceptivité, d’abord fort au temps o (greffes simultanées à l'injection) devient rapidement négatif: il y aurait donc dès le début une action inhibante.
Si nous mettons en parallèle avec cette évolution de l'indice de réceptivité dans les deux expériences, les valeurs obtenues antérieurement dans l’évolution des points isoélectriques pour les cas correspondants (fig. 15), nous voyons qu'avec la térébenthine le point isoélectrique A s'était d’abord élevé pendant une dizaine de jours et s'était abaïissé par la suite au-dessous de sa valeur normale ; dans le cas de l’émeri au contraire il s'était abaissé d'emblée. Il semble donc apparañrre là un parallélisme grossier entre l’évolu-
tion des points isoélectriques et celle de l'indice de réceptivité pour les greffes. |
29 seconde série d’experiences. — Cette notion préliminaire posée, les expériences suivantes ont eu un double but:
A) Vérifier ce parallélisme éventuel entre l’évolution des points. isoélectriques et l’évolution de l'indice de réceptivité.
B) L'évolution dépressive du point isoélectrique paraissant plus intéressante en raison de ses effets inhibiteurs, réunir une collection de corps susceptibles d’abaisser le point isoélectrique, et étudier leurs actions sur les greftes.
Les substances ou les actions étudiées, ont été : la térébenthine, les poudres d’émeri de différentes grosseurs, de corindon, de kaolin, d’or, de charbon de tilleul, de fer, de zinc, de plomb, de platine, de coton hydrophile, etc. ; l'intervention d'infections à virulence rapide (staphylocoque doré) ; l’action de brûlures. Les tumeurs greffées ont été des tumeurs épithéliales (EHRLICH) ; quelques expériences indépendantes ont été faites avec des greffes de tumeurs de goudron. |
Résultats. — La relation aperçue précédemment entre les points isoélectriques et l'indice de récéptivité s’est vérifiée dans les expériences postérieures : les perturbations dans les points isoélectriques (À et C) du muscle, les points neutres de seconde espèce, des substances transportées par la cataphorèse directe aussi bien que des flocons et des précipités obtenus par la technique de l’alcool-acétone, sont grossièrement en concomittance et en parallélisme avec les variations de l'indice de réceptivité. Une baisse d’indice est parallèle à une baisse de points isoélectriques vers les faibles pH ; un retour éventuel de l'indice vers les valeurs fortes s'accompagne de montées' des points isoélectriques (fig. 27, 28, 29, 30).
Au point de vue de l'indice de réceptivité, les substances qui abaissent les points isoélectriques ont fourni des évolutions se ramenant à plusieurs types, que nous étudierons plus loin. Dans le type le plus fréquent, (type A) la greffe au temps o (simultanée à l'injection) donne en général un indice plus ou moins fortement positif, les animaux étant vraisemblablement sensibilisés par les substances ou le traumatisme. Si l’on espace de plus en plus le temps entre l'injection et les greffes, l'indice de réceptivité diminue, passe par O (date critique d'inversion, aucune différence avec les
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