‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 11 sur 80 · E. Renan, Vie de Jésus, pag. 161, lro éd · texte numérisé non relu

E. Renan, Vie de Jésus, pag. 161, lro éd

vidimus o eu lis 7icstrù et perspeximus, et manus nostrœ contrectaverunt de Verbo vitœ... annuntiamus vobis l. Mais il y a plus : les ennemis du Thaumaturge eux-mêmes ont vu, entendu et touché. Émus par le récit qui leur était fait des miracles de Jésus, plus émus encore par la perspective effrayante qui s'ouvrait devant eux, la ruine de leur crédit, le renversement de leurs espérances, la mort de la loi antique et vénérable dont ils étaient les représentants, un jour ils ont ouvert une enquête solennelle.il s'agissait du miracle de l'aveugle-né. Quelle en a été l'issue? la confusion et la colère. Ils ne nient pas avoir vu le prodige : ils maudissent, et leur malédiction devient un témoignage aussi puissant que les actions de grâces qui s'échappent de la bouche de ceux que Jésus-Christ a guéris.

Si nous voulons nous condamner à la sottise et à l'absurdité, Messieurs, nous n'avons qu'à douter de la constatation des miracles que j'ai cités, comme faits présents. Ils parlent à tous les sens; ils révèlent si éloquemment la cause suprême, qu'il est impossible de s'y méprendre. On ne peut récuser le témoignage de ceux qui les ont vus, qu'en les supposant atteints en même temps d'une même maladie, qui dépravs

i. I Joan., cap. i, 1, 2, 3.

les mêmes organes, en proie aux mêmes hallucinations, victimes de la même imbécillité. Ainsi le peuple hébreu, témoin des miracles de Moïse : — malade, fou,imbécille! Les douze apôtres, les soixantedouze disciples, les cent vingt, les trois mille, les quatre mille témoins des miracles du Christ, le peuple juif tout entier qui l'a vu guérir toutes les infirmités humaines et qui proclame sa divine puissance : — malades, fous, imbécilles! Les docteurs de la loi, les princes des prêtres, la Synagogue : — malades, fous, imbécilles! Mais, dans une supposition pareille , je ne vois pas pourquoi nous rie ferions pas du monde entier un hôpital et une maison de santé.

Je comprends cependant qu'une difficulté se présente, la voici: Les miracles qui ont inauguré la loi ancienne et la loi nouvelle sont des faits éclatants; ceux qui en furent les témoins étaient aptes à les constater : mais nous ne pouvons croire cela qu'à la condition qu'ils nous aient laissé un récit véritable, et que ce récit nous ait été fidèlement transmis. C'està-dire, pour tout résumer en une question, pouvonsnous appliquer, aux miracles sur lesquels s'appuie la foi chrétienne, les lois historiques dont résulte la certitude des faits passés? En somme, Messieurs toute la difficulté est là, et je veux la résoudre par

une vive et courte démonstration, qui, je l'espère, vous laissera satisfaits.

Tout récit s'empreint des dispositions de celui dont il émane. Le fourbe cherche à surprendre par les couleur? et les agréments dont il surcharge, en quelque sorte, le fond de ses mensonges; il évite les indications qui pourraient rendre les informations faciles et mettre sur la route d'un éclaircissement; il ne se produit pas tout d'abord au grand jour : son espoir est d'y arriver à la longue, par d'adroites insinuations. Mais, malgré les tours habiles qu'il donne à sa parole, les déguisements et les précautions qu'il prend, il est impossible que, tôt ou tard, il ne soit pas démasqué. L'homme véridique, au contraire, néglige les accidents et les formes, et s'applique à mettre à nu le fond des événements qu'il raconte; il ne néglige aucune des circonstances de temps, de lieu de personnes, qui peuvent devenir une lumière et une preuve; il cherche dans la publicité un contrôle, ne serait-ce que celui du silence. Simplicité, précision, publicité provoquant le contrôle : tels sont, dans un récit, les caractères de la vérité. Or, nulle part mieux que dans les récits qui nous sont faits des miracles inaugurateurs des deux Testaments, nous ne rencontrons ces caractères.

La simplicité : elle est tellement évidente, que les

impies en ont fait un argument contre l'inspiration des Livres saints. Il suffit de lire ces adorables histoires des commencements d'Israël et de l'Église, pour se sentir touché de la candeur plus qu'humaine de ceux qui les ont écrites.

Elles sont simples, et elles touchent; elles sont précises, et elles éclairent. Moïse ne craint pas d'indiquer les époques précises des miracles qu'il a opérés, ni les lieux où s'est manifestée la puissance divine. Les évangélistes multiplient les détails, comme pour exciter aux recherches ou braver les investigations. Ils nomment les lieux et les personnes. Les foules sont nourries miraculeusement dans le désert de Bethsaïde. Le domestique du centurion est guéri à Gapharnaûm, les lépreux auprès de Samarie, l'aveugle à Jéricho. Le fils de la veuve ressuscite à Naïm, Lazare àBéthanie, Ya-t-il quelque part un chef de synagogue appelé Jaïre? sa fille a été rappelée à la vie par le Seigneur.

Et remarquez-le bien, Messieurs, cette précision est accompagnée de la plus grande publicité. Moïse prend à témoin son peuple, il en appelle à ses souvenirs et à sa bonne foi, et, comme pour montrer qu'il ne redoute pas l'outrage d'un démenti, il institue des fêtes et des cérémonies qui doivent perpétuer éternellement la mémoire de l'intervention prodi-

gieuse de Jéhovah. Les apôtres rappellent à leurs auditeurs qu'ils ont été les spectateurs des merveilles accomplies. « Hommes d'Israël, disent-ils, écoutez nos paroles. Nous venons vous parler de Jésus de Nazareth, homme autorisé par Dieu, ainsi que le prouvent ses paroles, ses vertus, les prodiges et les signes miraculeux qu'il a opérés au milieu de vous, comme vous le savez bien. Vous savez ce qui s'est fait par toute la Judée, en commençant par la Galilée...; comment Jésus de Nazareth a reçu l'onction de l'esprit et de la vertu de Dieu ; comment il a passé en faisant le bien, guérissant tous ceux qui étaient opprimés par le diable, car Dieu était avec lui l... » Et saint Paul, écrivant à ses fidèles, leur répète en toute rencontre que les manifestations de la force divine, les prodiges, les signes éclatants, ont été comme la consécration de son apostolat.

S'il n'y a pas eu des miracles, peut-on rien concevoir de plus inepte qu'une pareille conduite? Car enfin tout Israël, toute la Judée, vont s'inscrire en faux contre Moïse et les apôtres. « Pas du tout, dit un ennemi du merveilleux : car une observation, qui n'a pas été une seule fois démentie, nous apprend qu'il n'arrive de miracles que dans les temps et les

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