‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 28 sur 80 · Apoc, cap. xir · texte numérisé non relu

Apoc, cap. xir

tourmente, de tout ce qui les accuse, de tout ce qui les humilie : de Dieu, dont ils ont faim et qui se retire pour n'être pas souillé parleurs embrassements; des anges, dont la fidélité est pour eux un reproche éternel; de l'homme, qui leur fut préféré et qui doit prendre dans le ciel la place qu'ils ont laissée.

Dieu, ses perfections invulnérables sont à l'épreuve de tous les attentats; mais la gloire qu'il recueille de ses créatures peut lui être dérobée : c'est à cela que les esprits maudits s'appliquent depuis l'origine du monde. Ils ont envahi les autels du Très -Haut, et lui ont disputé l'honneur qui n'est dû qu'à sa suprême majesté. L'Egypte, l'Assyrie, la Perse, pays des sciences cachées et de l'antique sagesse; la Grèce, patrie de la philosophie et des arts; Rome, centre ie la domination universelle ; la Chine les Indes, le Nouveau-Monde, les îles perdues dans les profondeurs de TOcéan, toutes les nations, enfin, toutes ont été séduites pàc les artifices des esprits déchus, toutes se sont prosternées devant eux. Divinités cruelles, divinités de malheur, divinités sans pitié : Dirœ, infausix. immanes deitates, c'étaient leurs noms. Les bacchanales, les saturnales, les lupercales, les aphrodisiennes, c'étaient leurs fêtes. Les débauches, l'orgie, les sacrifices humains, c'était leur culte; les pratiques ténébreuses de la théurgie, de la magie, les

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sortilèges, les enchantements, c'étaient leurs sacrements. En un mot, l'imitation sacrilège de tout ce qui n'appartient qu'à Dieu, c'était leur vengeance contre Celui qui les a précipités de la gloire dans l'ignominie; vengeance qui s'étendait jusqu'aux esprits bienheureux, dont ils contrariaient, par des maléfices, la bienfaisante influence; vengeance dont l'homme déshonoré, avili, répudié comme eux, demeurait la dernière victime. — 0 homme, nature à double face, pâle reflet de nos perfections! toi le plus vil des esprits! toi qui te débats douloureusement dans les grossiers embrassements de la matière! toi qui laisses aller au néant la moitié de ta vie! comment as-tu pu séduire notre Maître et mériter ses préférences? Mais nous n'avons pas abdiqué devant toi; il nous reste assez d'habileté pour te surprendre, assez de force pour le faire mourir de peur et te coucher devant nous. Va, prodigue-nous tes lâches adorations, sois humilié et puis maudit comme nous.

Étrange ardeur du mal, qui s'irrite par ses propres satisfactions! les démons ne l'ont point perdue, de= puis que le pied vainqueur du Christ a écrasé de nouveau leur orgueil. Leur domination insolente pèse encore sur d'immenses régions; et, après avoir tenté, dans les mystérieux replis de la pensée, nos

âmes régénérées, ils s'agitent autour, afin d'égarer, par des surprises et des illusions, le mouvement qui nous emporte vers Dieu.

Satan a triomphé, Satan triomphe encore. Ne devons-nous, Messieurs, attribuer ses victoires qu'à la complicité de nos passions? Hélas! il n'est que trop vrai que les avidités coupables qui nous tourmentent, jointes à nos lâchetés, ouvrent à l'esprit de ténèbres un accès facile dans toute vie humaine, et que souvent il arrive à son but, sans toucher les créatures qui nous entourent autrement que pour leur communiquer ces charmes fatals qui nous fascinent et nous corrompent. Cependant, on s'expliquerait difficilement et l'unanimité des traditions et le règne que les démons ont obtenu, s'ils n'avaient abusé de la puissance du merveilleux sur les hommes.

Que les livres qui nous transmettent les prodiges opérés au sein du paganisme soient d'une autorité suspecte; que Philostrate, par exemple, ait douté lui-même des témoignages dont il se servait pour écrire la vie d'Apollonius de Tyane, cent vingt ans après sa mort, alors que la mémoire de ce redoutable magicien, qui n'avait jamais eu ni sectateurs ni disciples, était tombée dans l'oubli et le mépris; que Vespasien se soit moqué des miracles qu'on lui attribuait : voilà qui est vrai et qui dimi-

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nue la difficulté suspendue sur nos têtes. Mais cette difficulté subsiste. Il reste acquis à l'histoire que des phénomènes merveilleux se sont produits, en dehors de ceux qr.e nous revendiquons. Nos Livres saints l'attestent; nos missionnaires, nos voyageurs, ont vu de leurs yeux des faits de ce genre. Les prêtres de Tonga en Océanie, les pages et les caraïbes chez les Brésiliens, les boudha-vivants, les lamabokte dans la Tartarie et le Thibet, tous les représentants de Satan ont fait et font encore des choses surprenantes, qui tiennent en suspens de grandes nations. — Les derniers temps, dit le Sauveur, verront s'élever de faux christs et de faux prophètes, qui feront des signes éclatants et des prodiges, si bien que les élus eux-mêmes seraient induits en erreur, si cela se pouvait : Surgent enim pseudochristi et pseudoprophetœ, et dabunt signa magna etprodigia, ita ut in errorem inducantur, si fîeri polest, etiam electi '.

Donc, le démon a opéré et peut opérer des prodiges. Mais, s'il en est ainsi, nos miracles ne sont-ils pas compromis? Qui nous dit que nous ne sommes pas les tristes victimes du maudit, et que, par les excès de son pouvoir, il ne nous tient pas plongés dans une immense et affreuse superstition?

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