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in. — 11
tion même, ou bien il s'est accoutumé à entendre la voix de la nature, sans s'appliquer à comprendre ie sens du cantique qu'elle répète éternellement; de telle sorte que tant d'admirables choses se sont avilies à force de constance : Assiduitate tiluerunt. C'est l'expression énergique dont se sert saint Augustin, et il ajoute : « L'homme ne daigne pas faire attention aux œuvres merveilleuses de Dieu, il ne daigne pas remarquer les prodiges que Dieu a renfermés dans la plus petite semence. » Dieu va-t-il, pour le punir, l'abandonner aux ténèbres qu'il a lui-môme amassées autour de son âme? Non : « sa miséricorde, dit le grand docteur, tient en réserve des signes qu'elle doit produire en temps opportun, contre le cours ordinaire des choses et l'ordre de la nature, afin que ceux pour qui les miracles quotidiens ne sont plus que des manifestations vulgaires s'étonnent en voyant, non pas de plus grands prodiges, mais des choses inaccoutumées \ » Gomme les merveilles de la na-
1. Miracula... quibus(Deus) totum mundum rpgit, univer- Bamque creaturam administrât , assiduitate viluerunt, ita ut pêne nemo dignelur attendere opéra Dei mira, et stu-> penda in quolibet seminis grano : secundum ipsam suarn misericordiam servavit sibi quaedam, quae faceret opportuno i tempore praeter usitatum cursum, ordinemque naturae : ut non majora sed iusolita videndo stuperent quibus qnotidiana viluerant. Majus enim miraeulum est gubernatio totius mundi quam saluratio quinque millium hominum de quinque panibus. Et taoïen boc nemo miratur. IUud mirantur
ture, le miracle a donc, pour objet immédiat, la démonstration de la perfection divine, et nouspouvons concevoir qu'il devienne nécessaire et qu'il se produise, sans que, pour cela, l'homme soit obligé de croire et de faire autre chose que ce que dicte sa raison et commande sa conscience.
Toutefois, Messieurs, la force démonstrative du miracle peut s'étendre et s'étend, en effet, à un autre objet. Dieu voulant nous faire entendre des vérités et nous prescrire des devoirs, sur lesquels la raison et la conscience se taisent, Dieu voulant que, des obscurités de la nature, nous soyons élevés jusqu'aux splendeurs de la surnature, Dieu emploie les miracles, afin d'ouvrir, à ses révélations et à ses commandements, la porte de nos âmes. Il pourrait, par des inspirations particulières, nous faire connaître sa vérité, et, par des impressions secrètes, nous intimer ses ordres. Il pourrait déchirer les voiles qui le cachent à nos yeux, se montrer luimême dans tout l'éclat de sa gloire, et, de sa propre bouche, dire aux peuples humiliés, tremblants, couchés devant lui : — Peuples, écoutez! croyez ce que je dis, et faites ce que j'ordonne. — Mais il veut, autant que possible, s'en tenir aux lois, même
homines non quia majus est, sed quia rarum est. (Ann;., Tract. XXIV in Joannem.)
lorsqu'il agit par exceptions. Or, c'est une loi de la vie intellectuelle, que Thomme, fait pour la société, reçoive par une bouche humaine tout enseignement. Dieu s'en tient à cette loi : voilà pourquoi il intervient, par des représentants, auprès de l'humanité, afin de lui communiquer ses lumières et de lui intimer ses volontés.
Qui ne comprend, Messieurs, que ces représentants ont besoin d'une force, contre laquelle personne ne puisse invoquer légitimement son inviolabilité? Un homme se présente à moi : il m'enseigne une doctrine qui surpasse ma raison, il me prêche une loi sur laquelle ma conscience garde le silence; enfin, il veut m'imposer une religion, car toute religion se compose essentiellement d'une doctrine et d'une loi. Qui m'oblige à le croire et à lui obéir? Et pourquoi surchargerais-je ma vie d'un nouveau fardeau? Arrière cette religion qui n'a d'écho ni dans ma raison ni dans ma conscience. Dieu est mon unique Maître, je ne crois qu'à lui, je n'obéis qu'à lui; pour tout autre que lui, je suis inviolable!
Tout va bien, si je n^i affaire qu'à un homme. Mais si cet homme vient de la part de Dieu, s'il me parle en son nom, s'il me montre les lettres de créance qui me font voir mon unique Maître, en sa personne, c'est-à-dire s'il multiplie les prodiges sous mes yeux,
s'il démontre, par l'éclat de ses œuvres, la perfection divine, enfin si je vois la perfection de Dieu, à l'appui de son affirmation, puis-je ne pas voir Dieu dans son affirmation même? Dieu est là : que faire? Mon inviolabilité cesse, devant une si grande autorité; quoi qu'il enseigne, quoi qu'il commande, je crois et j'obéis. Et je suis sûr que ma foi répond à la vérité, mon obéissance à la justice.
Vérité d'une doctrine, justice d'une loi, divinité d'une religion : voilà, Messieurs, stir quoi porte définitivement la force démonstrative du miracle. Remarquez, cependant, que cette force n'agit pas d'une manière directe. Une proposition est incompréhensible, le miracle ne nous la fait pas comprendre; un précepte est mystérieux jusqu'à paraître étrange, le miracle ne nous en donne pas l'explication; mais, en démontrant la perfection de Dieu et surtout sa souveraine autorité, il en fait jaillir les rayons sur rihcompréhensible et le mystérieux, et nous les faic accepter au nom de l'unique Maître qui puisse nous les imposer. Enfin, le miracle démontre directement la perfection de sa cause, indirectement et par reflet la divinité de la religion. Saint Augustin rend cette pensée en ces termes : « Dieu, par les miracles, marie son autorité à une doctrine; et, par son autorité, il mérite notre foi : Miraculis conci-
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l.ivit auctoritatem , auctoritate menât fidem1. » Ne vous défiez pas, Messieurs, de cette démonstration que j'appelle indirecte ou par reflet : car elle est d'une rigueur invincible, pour quiconque possède une connaissance élémentaire de la nature de Dieu, pour quiconque sait combien il est jaloux de ses perfections infinies. Dès qu'il se déclare, par une manifestation claire et évidente de sa toutepuissance, en faveur d'une doctrine et d'une loi, il engage à la fois sa véracité, sa bonté, sa sainteté.
Il est la vérité même, la vérité sans mélange d'ombre ni de faiblesse : il ne peut donc donner son témoignage qu'à la vérité. Honorer un homme des communications de sa puissance, et lui permettre de faillir ou de tromper, ce serait épouser l'erreur, faire à sa nature infinie une violence infinie, et travailler de toute sa force à sa propre destruction.
11 est bon, et sa bonté lui commande de n'intervenir auprès de nous que pour nous faire du bien. Toute erreur d'esprit et de conduite est un mal qu'il peut permettre, mais non pas un mal qu'il peut commettre à notre égard. Il le commettrait cependant, s'il permettait à une doctrine fausse et à une loi injuste de réfléchir sa toute-puissance manifes-
i. De Vra Rellg'-one, cap. xxxiv.
rOACE DÉMONSTRATIVE DES MIRACLES t87
tée par le miracle, et de prendre ainsi possession de notre vie; après nous avoir comblés de ses bienfaits, il ne s'appliquerait qu'à devenir, à cause de sa force, le plus dangereux, à cause de sa gloire, le plus abominable des malfaiteurs.
Il est saint, et sa sainteté est le type suprême auquel toute vie humaine doit être finalement configurée. S'il se montre, s'il parle, s'il ébranle notre âme par des signes victorieux, ce ne peut être que pour nous rapprocher de sa perfection, jusqu'à ce que, par un dernier acte de sa puissance infinie, il nous saisisse et nous unisse à lui, dans un éternel embrassement. Permettre à l'iniquité d'employer, auprès des hommes, son nom et son autorité pour les corrompre, ce serait se condamner à un rôle infâme, et faire du cantique qui retentit autour de son trône, depuis les jours éternels : — Saint, saint, saint! — le plus scandaleux et le plus effroyable des mensonges.
Il est donc impossible, Messieurs, de comparer l'erreur au miracle, sans rencontrer partout l'absurde; impossible, par conséquent, d'échapper à la force démonstrative du miracle : elle nous presse, elle nous étreint, jusqu'à ce qu'elle ait obtenu le double assentiment de notre raison et de notre conscience. Aussi, selon la remarque de Pascal, est-il
dit : — Croyez à l'Église, — mais non pas : — Croyez aux miracles, car ce dernier est une chose naturelle. Tous ceux qui se sont présentés à l'humanité, sous le titre de mandataires de Dieu, ont constamment invoqué cette force maîtresse, comme un argument définitif. Moïse renvoie le peuple aux prodiges qu'il opère. Jésus-Christ dit aux pharisiens : « Si vous ne voulez pas croire à ma parole, croyez à mes œuvres, et sachez ainsi que mon Père est en moi et que je suis en mon Père *. » Saint Paul écrit à ses fidèles : « Notre Évangile ne s'est pas établi au milieu de vous par la parole seulement, mais par la force des prodiges, par la grâce de l'Esprit-Saint, par une plénitude admirable de preuves. — Mes discours et ma prédication ne se sont pas contentés des vaines paroles dont se sert la science humaine pour convaincre, mais ils ont appelé à leur aide les manifestations de l'esprit et de la toute-puissance de Dieu. — Les preuves de mon apostolat, je les ai produites en public : c'est la patience, ce sont les signes extraordinaires, les prodiges, les miracles de toutes sortes 8. »
1. Si mihi non vultis credere, operibus crédite, ut cognoscatis et credatis quia Pater in me est, et ego in Pâtre. (Joan., cap. x, 38 )
2. Evaugelium nostrum non fuit ad vos in sermone, sed in virlule, et in Spiritu sancto, et in plenitudine multa
FORCE DÉMONSTRATIVE DES MIRACLES iSO
Les thaumaturges ont raison, Messieurs, de faire appel à leurs œuvres; car le miracle est non seulement une preuve rigoureuse, c'est encore une preuve universelle de la vérité, une preuve à la porlée de tous les esprits. Je vous l'ai dit, à propos de la constatation du miracle : rien de plus facile que d'en déterminer la nature, rien de plus facile que d'en découvrir la cause; il suffit pour cela d'avoir les sens en bon état, et de posséder la somme d'expérience et de bon sens qui convient au plus humble des mortels. J'ajoute : rien de plus facile que de comprendre le but du miracle, rien de plus facile que d'en tirer une conclusion suprême. Pas de difficultés, pas d'hésitations, pas de longs efforts; tout se réduit à ce raisonnement court et précis : Quiconque parle au nom de Dieu et fait les œuvres de Dieu ne peut annoncer que la vérité et la loi de Dieu; quiconque annonce la vérité et la loi de Dieu doit être cru et obéi : donc, croyons et obéissons.
0 sagesse de mon Dieu! je vous reconnais, à celli parfaite économie de la force démonstrative qui doit
(I Thess., cap. i, 5). — Sermo meus et prsedicatio mea non in persuasibilibus humanse scienlise verbis, sed in ostensione spiritus et virtulis; ut fides vestra non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei. (I Cor., cap. n, 4, 5.) — Signa lamen apostolatus meifacta sunt super vos, in onmi pnlientia, in signis, et prodigiis et virlutibus. (II Cor., cap. xix, 12.)
convaincre l'humanité. Toutes les intelligences ne sont pas à la hauteur d'une doctrine; tous les esprits ne sont pas capables de suivre la voie discursive qui. d'un premier principe, conduit à ses conséquences; tous les hommes n'ont pas le temps de procéder à l'examen des propositions dont se compose un enseignement. Examiner, discuter, réfléchir et comprendre, c'est le partage d'un petit nombre d'âmes privilégiées, qui vivent dans la familiarité du monde intellectuel et peuvent lui consacrer de longues heures; mais, à côté de ces âmes, quelle foule immense, condamnée, par ses faiblesses et ses grossiers labeurs, à de vulgaires pensées! Quelle foule immense, destinée à être prise d'assaut par la vérité ou à ne la jamais posséder! Le peuple, c'est-à-dire les neuf dixièmes du genre humain, le peuple n'a ni le temps, ni le courage, ni la force de s'appliquer à une doctrine, d'en étudier les différentes parties, d'en sonder les profondeurs, d'en admirer les sublimités, d'en subir les attraits, d'en goûter tous les charmes. On lui parle, et il croit. C'est tout ce qu'il peut faire, d'entendre un enseignement et de l'accepter ; mais doit-il accepter sans preuve?
Il y a, Messieurs, des professeurs d'impiété et fi'im moralité, qui méprisent assez le peuple pour vouIot qu'il abdique sa pauvre petite raison, devant
les oracles qu'ils prononcent. Le peuple, ce n'est pas l'humanité: c'est ce qui reste après qu'on a prélevé «les quelques individus exceptionnels, préservés des tentations et des malentendus où tombe la foule *. » Pas de preuves pour le peuple, mais des affirmations insolentes et des doctrines empoisonnées, qu'il avale à la hâte entre ses heures de travail. Pas de preuves pour le peuple: il est incapable de les comprendre; c'est profaner le vrai que de le soumettre à son jugement. Ainsi pensent les hommes superbes qui se croient les pères de la lumière, et font profession de dédain pour les parties simples de l'humanité. Mais, par bonheur, Messieurs, Dieu tient à prévenir ou réparer celte monstrueuse iniquité. Lui, si grand et si puissant, est plein d'un respect admirable pour ce qui est petit et faible; il semble même que les profondeurs l'attirent, et qu'il réserve, aux plus humbles de ses créatures, ses meilleurs dons. Voulant enseigner le peuple et régler sa vie, il lui a préparé une doctrine profonde et des lois sublimes. Va-t-il les lui imposer brutalement et les lui faire accepter sans preuves? Oh 1 non ; car il respecte trop le peuple pour lui demander autre chose, qu'une obéissance raisonnable. Et, parce que le peuple n'a