‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 40 sur 80 · E. Rci.an · texte numérisé non relu

E. Rci.an

ni le temps ni la capacité d'entendre une longue démonstration, qui gagne sa raison et la prépare à la foi, Dieu se résume, pour lui, dans la démonstration vigoureuse et concise du miracle, telle que je l'exposais tout à l'heure. Le miracle est donc, par excellence, la preuve populaire de la vérité. En parcourant, par le souvenir, tous les phénomènes merveilleux qui se sont produits dans le cours des siècles, je ne puis m'empôcher de me retourner vers Dieu et de lui dire : Merci pour le peuple !

Messieurs, celte popularité de la démonstration du miracle ne nuit aucunement à sa dignité. En s'abaissant vers le peuple et en se mettant à sa portée, Dieu reste debout en face des âmes supérieures, toujours maître, toujours commandant à la raison par le reflet de son autorité souveraine. Les doctes et les éclairés de ce monde n'ont plus rien à désirer, dès qu'il est manifestement prouvé que Dieu a parlé; le miracle satisfait les plus légitimes exigences. Mais ce n'est pas tout : le miracle, en prouvant, par autorité, la divinité d'une religion, rend aux savants plus d'un service, qui leur épargne bien des hontes et bien des misères intellectuelles. N'ont-ils pas sali et défiguré jadis, par de monstrueuses erreurs, les vérités élémentaires que protège l'autorité du bon sens et de la conscience? Aujourd'hui, tous ceux qui

invoquent la liberté du mouvement intellectuel et des excursions sans règle dans le monde des idées, ne se déshonorent-ils pas par de lamentables contradictions? Le miracle prévient tous ces accidents funestes de l'esprit humain. Il condamne à l'avance toutes les investigations téméraires. Il rappelle à lui tous ceux qui s'égarent dans les profondeurs de la doctrine par des recherches trop avides. Il tranche les difficultés, il termine les discussions, il nous assure la tranquille et sereine possession de la vérité. Sa force universelle nous réunit dans une même foi et une même soumission à la même puissance.

J'ajoute un mot, pour clore ces considérations générales. Rigoureuse et universelle, la force démonstrative du miracle est encore perpétuelle; car le miracle persévère traditionnellement, ainsi que je vous l'ai fait comprendre dans une précédente conférence. Nous pouvons le voir, comme nous voyons tons les faits passés, et il suffit qu'il soit certain, pour qu'on puisse en tirer, jusqu'à la fin des siècles, le même argument victorieux.

Maintenant, ai-je tout à fait répondu aux deux questions que j'ai posées en commençant : Que démontrent les miracles? Gomment les miracles démontrent-ils? Il me le semble, Messieurs; cependant, lorsque, des considérations générales, je passe

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à l'examen particulier de ces faits merveilleux, que nous avons plus d'une fois appelés nos miracles, puisque l'histoire nous donne le droit de parler ainsi, je crois découvrir en eux une nouvelle puissance, et comme une manière de démontrer que je n'ai pas encore définie. Chacun des prodiges que la Providence divine a semés, à diverses époques, sur les pas de l'humanité, peut s'approprier ce que nous avons dit de la force démonstrative en général; mais tous les prodiges forment un ensemble admirable, grandiose, sublime, qu'il est impossible de laisser dans l'ombre, sans vous priver d'une des plus hautes preuves que vous puissiez invoquer à l'appui de votre foi. C'est tout un système de lumières groupées autour d'une idée centrale, et la faisant resplendir à tel point qu'il faut s'aveugler soi-même pour ne pas la voir; c'est tout un tourbillon de merveilles, disposé, avec une sagesse infinie, autour de Taxe môme de l'ordre surnaturel et nous eutraînant vers lui, jusqu'à ce que nous y soyons fixés par la foi. Jésus-Christ préparé, Jésus-Christ présent, Jésus- Christ continué dans sa doctrine et ses vertus, Jésus-Christ hier, aujourd'hui et dans tous les siècles, — Christus heri, hodie et in sœcula : voilà le but unique et suprême de tous les miracles réunis. C'était pour le promettre, cet adorable Sauveur de

l'humanité déchue, que Dieu apparaissait à notre premier père dans les solitudes déshonorées de l'Eden. C'était pour sauver cette promesse des envahissements de la corruption générale que les cataractes du ciel engloutissaient la terre, n'épargnant que le juste, et que le langage de l'homme, devenu trop superbe^ était confondu. Aux champs de la Ghaldée, Dieu appelle un vieillard : c'est Abraham, son ami et son hôte; il le réjouit par des familiarités augustes, et fixe sous sa tente les espérances du genre humain. Il visite le sommeil de Jacob; il grandit, par des visions sublimes, ce père des tribus, afin que sorte, plus remarquée et plus respectée, de sa bouche vénérable, la fameuse prophétie qui commence à mieux rendre les desseins de Dieu et à mieux déterminer l'attente des siècles. Autour de cette prophétie, ce n'est pas assez d'une famille : il faut tout un peuple pour la garder. Sors de l'esclavage, ô Israël! il est temps, Moïse t'appelle; il a entendu, dans une mystérieuse flamme, Celui qui est; Celui qui est l'envoie vers son peuple. Voici des cris lamentables : c'est l'Egypte qui demande grâce sous les verges de Dieu. Voici des chants de triomphe : c'est Israël qui célèbre le passage de la mer Rouge et les funérailles immenses de ses ennemis. Conduit miraculeusement, nourri miraculeusement, châtié miraculeuse-

ment, constitué miraculeusement, il s'établit, enfin, dans la terre promise; mais c'est le grand Promis qui en prend possession en sa personne; là sera son berceau, là sera sa demeure, là sera son gibet, là sera sa tombe. Des hommes arrivent, de distance en distance, qui racontent ces choses de l'avenir, comme s'ils les voyaient déjà, et qui en donnent pour preuve, avec la sainteté de leur vie, les prodiges qu'ils opèrent. Jours tristes delà captivité, jours bénis de la délivrance, vous serez encore féconds et en oracles et en merveilles, les merveilles escortant toujours les oracles et leur faisant la conduite jus< qu'au jour où les temps sont remplis, jusqu'au jour où la rosée céleste tombe des cieux, jusqu'au jour où les nuées pleuvent le juste, jusqu'au jour où les anges chantent ce sacré cantique, que nous répéterons bientôt avec eux : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté!

Voici une bonne nouvelle : un petit enfant nous est né. Est-ce bien lui, mon Dieu, que les patriarches attendaient, l'espoir des nations, le Promis de Dieu? Luil ce pauvre petit qui va mourir de froid sur la paille, si sa mère ne le réchauffe contre son sein. Laissez le grandir : les miracles attesteront sa présence, comme ils annonçaient son arrivée. Une

vertu merveilleuse sort de sa personne, et guérit tous les maux qu'il touche ; sa parole commande aux éléments et à la mort même; son supplice attriste la. nature, son dernier soupir l'ébranlé jusqu'en ses fondements. La haine qui veille autour de son tombeau, la pierre immense qui pèse sur sa dépouille inanimée, n'ont pas la force de les retenir dans l'ignominie qu'on lui avait préparée : il se lève; c'est bien lui! le Christ est ressuscité, Surrexit Christus. Le Christ ressuscité ne meurt* plus, la mort n'a plus sur lui d'empire; mais ce qui vit, vit à Dieu : Chrislus resurgens jam non moritur, mors illi ultra non dominabitur ; quod enim vivit, vivit Deo !.

Il vit à Dieu, Messieurs; mais il se perpétue ici-bas, jusqu'à la fin des siècles, par sa doctrine, ses vertus, ses institutions. Où est-il? à quoi le monde pourra-til le reconnaître? toujours aux mêmes signes. Les apôtres et les saints ont hérité de son pouvoir sur la nature, uniquement pour nous faire voir la vertu de son nom et conquérir le droit de nous parler de lui. Je ne vous arrêterai pas par une énumération fastidieuse de prodiges, qui ne sont que la répétition. de ce qui s'est accompli depuis le commencement du monde; je me contente de rappeler ce fait qu'on

i. Rom., cap. vi, 0.

rencontre à chaque page de l'histoire : c'est que les miracles, partout, ont accompagné la croix. Une croix et des miracles, c'était la prédication des apôtres. Une croix et des miracles, la prédication de ceux qu'ils ont envoyés dans notre patrie. Une croix et des miracles, la prédication d'Augustin, de Boniface, d'Hyacinthe, de Louis Bertrand, de François Xavier. La croix, le crucifié^ Jésus-Christ vrai Fils de Dieu : voilà donc, Messieurs, l'axe du monde surnaturel. Autour de lui se pressent tous les oracles, ainsi que nous l'avons vu; mais, en même temps, pour achever la plus vaste et la plus imposante des démonstrations, autour de lui s'agitent toutes les merveilles qui se sont opérées depuis l'origine des siècles. Est-ce que vous ne vous laisserez pas emporter par ce tourbillon providentiel, qui doit vous amener auprès du Christ? Est-ce que vous ne vous jetterez pas dans ses bras? Est-ce que vous ne lui direz pas : Mon Maître 1 mon Dieu !

J'avais raison de dire que, en considérant l'ensem' ble de nos miracles, on y découvrait une nouvelle puissance et une manière de démontrer d'un genre propre, sui generis, comme dit l'École, et qu'il est dillicile de définir autrement qu'en empruntant à l'Écriture des expressions qu'elle applique à d'autres sujets : Ut casirorum actes ordinata; nos miracles

prouvent comme une armée rangée en Jbalaille. Il est impossible, en les voyant groupés, dans un si bel ordre, autour de l'axe même d'une religion, autour de Jésus-Christ préparé, préserît et continué, d'échapper à ces conclusions définitives : donc, Jésus-Christ est Dieu, donc, le christianisme est divin, donc, la foi en Jésus-Christ et en sa doctrine est un hommage raisonnable de notre âme; donc, quiconque est instruit des prodiges que Dieu a opérés, et n'a pas la foi, bien loin de sauver l'honneur de sa raison, lui fait une mortelle injure.

Quelles conclusions, Messieurs! comment ne serions-nous pas heureux de les avoir obtenues, après les avoir si laborieusement cherchées! Je voudrais vous laisser sous leur impression salutaire; mais il faut faire face à l'ennemi qui nous les dispute : aidez-moi quelque temps encore, je vous prie, de votre bienveillante attention.

— Toutes les religions ont des miracles; donc, de deux choses l'une : ou bien toutes les religions sont vraies et bonnes, ou le miracle est une force inerte, quant à la démonstration de la vérité.

Telle est, Messieurs, la première objection des en-

nemis du merveilleux, contre sa puissance démonstrative. Si vous admettez que j'aie prouvé suffisamment la possibilité et l'existence des miracles divins, je puis nier d'emblée cette proposition : — Toutes les religions ont des miracles; car elle devient ab' surde au premier chef, pour peu que l'on examine de près et que l'on compare entre elles les diverses croyances et institutions qui revendiquent l'honneur d'une attestation divine. Si les religions n'étaient que des procédés conduisant au vrai absolu, caché dans les ombres de la mort, des cercles concentriques se rapprochant plus ou moins du point central où se tient l'infini, nous pourrions considérer les miracles comme des encouragements donnés par Dieu à nos efforts et à nos labeurs. Mais il ne peut pas être que la vérité absolue nous soit cachée, jusqu'à ce que nous ayons passé par les ombres de la mort. Il ne peut pas être que Dieu prive notre intelligence ici-bas de son objet connaturel, qui est le vrai : ce serait une injure faite à notre première et plus légitime tendance ; ce serait une mutilation atroce, dont ne peut se rendre coupable Celui qui ne nous a créés que pour nous remplir de ses bienfaits. Que l'homme se mutile lui-même, cela se conçoit : il est libre d'abuser des dons de Dieu; mais que Dieu nous mutile, jamais !

Donc, les religions ne peuvent pas être considérées comme de purs et simples procédés conduisant au vrai : cette fiction est contre nature. Aussi, Messieurs, toule religion affirme-t-elle une doctrine, et la pose-t-elle, au nom de Dieu, comme la vérité. En considérant l'ensemble des diverses religions, il n'est pas difficile de se convaincre qu'il y a, entre les doctrines affirmées, des contradictions flagrantes : par conséquent l'être et le non-être, par conséquent l'absurde. D'où il résulterait que, si toutes les religions avaient des miracles, Dieu serait le patron de l'absurde...; c'est impossible. Je disais donc bien, tout à l'heure : si j'ai suffisamment prouvé la possibilité et l'existence des miracles divins, je puis nier d'emblée cette proposition : — Toutes les religions ont des miracles, — et lui substituer celle-ci : — Une seule religion a des miracles; les autres n'ont que des prestiges, facilement réduits à leur juste valeur, si nous leur appliquons les principes que nous avons établis, à propos de la constatation et du discernement des faits merveilleux. Que dis-je, Messieurs? Il n'est pas même nécessaire, à la rigueur, de recourir à ces principes. Les vrais miracles ayant prouvé la vérité d'une doctrine, la justice d'une loi, la divinité d'une religion, toute doctrine, toute loi, toute religion opposante, reçoit immédiatement sa sentence;

et, y eût-il des miracles par milliers, il faudrait les repousser comme des séductions d'une puissance ennemie du vrai, du juste et du divin. C'est ici le lieu d'appliquer ces paroles de Moïse : « S'il s'élève parmi vous un faux prophète, s'il fait quelque miracle ou prodige, et puis qu'il vous dise : Allons et suivons la loi des dieux étrangers; n'écoutez pas ce songeur *. » Et ces autres paroles de saint Paul : « Si un ange du ciel vous prêchait un autre Évangile que le mien, qu'il soitanathème: Liai... Angélus de cœlo evangelizet vobis prœterquam quod evangelizaverimus vobis, anathema sit 8. » Direz- vous que nous jugeons la doctrine par les miracles, et les miracles par la doctrine, et qu'ainsi nous tournons dans un cercle vicieux? Aucunement, Messieurs. Il y aurait cercle vicieux, si nous disions que la vérité de nos miracles prouve la fausseté des religions qui sont opposées à la nôtre, et la fausseté des religions opposées à la nôtre, la vérité des miracles chrétiens. Mais il n'en est pas ainsi; nous disons : L'authenticité, la certitude, la divinité manifeste des miracles chré-

i. Si surrexerit in medio tui Prophètes : et praedixerit signum atque portentum et dixerit tibi : Eamus et sequamur deos alienos quos ignoras, et serviamus eis : non audies verba illius prophelse aut somniatoris. (Deut., cap. xin, i* 2, 3.)

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