‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 41 sur 80 · Galat., cap. i · texte numérisé non relu

Galat., cap. i

tiens, prouvent la vérité de notre religion; donc, la vérité ne pouvant pas se combattre, toute religion opposée à la nôtre est une religion fausse, et toute merveille produite à l'appui de cette religion est d'une nature et d'une origine suspectes. C'est ainsi que la force démonstrative des miracles concourt, en dernière analyse, à leur discernement.

— Mais, si la fonction des miracles est de démontrer la vérité, pourquoi des miracles futiles?Pourquoi des faits étranges et d'origine divine, qui éveillent l'attention sans produire aucun résultat sérieux? C'est de la puissance perdue; ce jeu bizarre est indigne de Dieu et compromet les conclusions qu'on veut obtenir de merveilles plus éclatantes.

Messieurs, cette objection tient à un renversement d'optique; elle suppose que, au lieu de regarder les miracles par le haut, on les regarde par le bas, ce qui est une faute grossière. Comme les lignes d'un tableau doivent être vues dans leur jour, leur ordre et de leur point de perspective, ainsi en est-il des miracles. Ce n'est pas des plus petites merveilles qu'il faut aller aux plus grandes, c'est des plus grandes qu'il faut aller aux plus petites. Après avoir constaté la nature, l'origine, le but des plus éclatants prodiges, on se convainc aisément de ce fait : que tous les vrais miracles ont leur utilité, et que, si

nous ne la voyons pas du premier coup d'oeil de lesprit, c'est que nous manquons de pénétration. De là cette conclusion bien simple : qu'il faut suspendre son jugement. Mais telle n'est pas la conduite des adversaires du merveilleux, parce qu'ils manquent de modestie, et que, toujours avides de trouver en défaut la démonstration des vérités qui les gênent, ils se laissent aller à une précipitation indiscrète. Encore n'aboutissent-ils à aucune difficulté sérieuse : car quels sont les miracles futiles qu'ils reprochent à Dieu? Des tableaux qui remuent les yeux, des scènes plus que naïves, où les animaux jouent des rôles impossibles : Jonas avalé par une baleine et vomi sur le rivage au bout de trois jours; l'ânesse de Balaam parlant à son maître, et une foule d'autres choses qu'il est inutile de citer, et plus inutile encore de discuter. Or, Messieurs, que Dieu puisse se servir d'un miracle afin de réveiller la foi d'un peuple et même d'un homme, ou de confondre leur incrédulité, cela est incontestable, et tel est le but des miracles que l'on accuse de futilité. Pour ne parler que de l'ânesse de Balaam, cette pauvre bête me paraît avoir donné à son maître la plus rude leçon qu'un homme ait jamais reçue. Elle lui a appris, entre autres choses, que celui qui résiste à la voix de sa conscience, à la volonté divine, et

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s'abandonne à ses passions, quelles qu'elles soient, arrive à un tel degré d'abaissement que les bêtes elles-mêmes sont plus dignes que lui de voir les choses de Dieu. Elle m'apprend, à moi, que si, à l'heure qu'il est, les bêtes parlaient, bien des philosophes qui croient voir clair, et que la passion aveugle, seraient confondus, ce qui ne serait pas si futile. Ne calomnions donc point, Messieurs, les miracles dont le but nous échappe; mais, à la vue des grands prodiges dont la fonction est évidente, adorons les desseins cachés de Dieu, dans les naïves merveilles qui offensent notre fausse délicatesse.

— Dieu démontre donc par le miracle, voilà qui est clair. Mais, disent nos adversaires, ne vous exagérezvous pas la force de cette démonstration? Vous aves dit qu'elle était rigoureuse et universelle : voyez quel démenti vous donne l'histoire ! Sans parler des tergiversations des Israélites, gens ignorants et grossiers, combien d'hommes graves ont résisté à la force démonstrative des miracles ! Les scribes, les pharisiens, les princes des prêtres, se sont laissé si peu convaincre par les prodiges du Christ, qu'ils l'ont accusé et mis à mort; le peuple lui-même a trempé dans ce forfait. Où donc est la rigueur et l'universalité de cette démonstration dont vous parlez?

Messieurs, il y a ici un malentendu. Quand nous

disons que la force démonstrative du miracle est rigoureuse, nous ne disons pas qu'elle obtient toujours son effet; quand nous disons qu'elle est universelle, nous ne disons pas que tout le monde l'accepte. Le miracle est une démonstration rigoureuse et universelle, mais ce n'est pas une démonstration nécessitante. Dieu nous éclaire, mais il ne nous brutalise pas; en demandant notre foi, il respecte notre liberté. L'homme demeure donc tout entier en face des prodiges, avec ses préjugés, ses faiblesses, ses dépendances, ses frayeurs et surtout ses passions. S'il n'est pas convaincu, n'en accusez que lui et non les preuves qu'on lui donne. Les païens ont résisté : mais leur vie facile et toute à la volupté les retenait captifs. Les Juifs ont résisté : mais ils étaient aveuglés par le préjugé d'un Messie conquérant et maître de la terre; ils subissaient la domination jalouse du sacerdoce, dont le pouvoir et la haine leur causaient de mortelles frayeurs. Les scribes, les pharisiens, les princes des prêtres, ont résisté : mais leur orgueil, plus fort que l'évidence, leur faisait craindre la perte du prestige et de l'influence dont ils abusaient. Le plus grand nombre a résisté : mais le plus grand nombre a obéi à la voix de la passion. Mettez ce plus grand nombre, qui n'est pas convaincu, en face du petit nombre qui

s'est laissé convaincre; que s'ensuit-il? Plus que jamais, que la démonstration du miracle est rigoureuse, puisqu'elle donne au petit nombre la force d'affronter le grand nombre, malgré la triple persécution du mépris, de la haine et du glaive.

Ah! Messieurs, où en serions-nous, si nous jugions la valeur des preuves à l'effet qu'elles produisent? Ne savez-vous pas que, chaque jour, des millions de lecteurs se laissent prendre aux niaiseries des feuilles publiques, et des in-octavo que met au monde l'intempérante paternité de nos sophistes! Il n'est pire sourd que qui ne veut pas entendre, et jamais je n'ai été mieux convaincu de la justesse de ce proverbe que lorsqu'il s'est agi de démontrer les vérités religieuses. Un jour, un esprit fort conversait avec moi. Comme il avait admis certains principes, je l'amenai à reconnaître une contradiction dans sa conduite et lui dis le plus poliment du monde : — Mon ami, vous n'êtes pas logique. — Eh! répliqua-t-il, je me moque bien de votre logique! — Je l'avoue, tous les arguments que j'avais pris tant de peine à entasser sur sa tète croulèrent devant celui-là, et ce beau raisonneur put se flatter, à mon silence, de m'avoir vaincu, et ma cause avec moi.

Je conclus, Messieurs : La force d'une preuve ne

dépend pas de son effet. Lors même que, par impossible, les miracles n'auraient obtenu aucun résultat, ils n'en resteraient pas moins une des plus grandes preuves dont Dieu puisse se servir, pour convaincre l'humanité.

— Eh bien! s'il en est ainsi, pourquoi Dieu s'arrête-t-il? pourquoi plus de miracles? N'avons-nous pas besoin d'être convaincus, comme les générations qui nous ont précédés? Voilà, Messieurs, notre dernière difficulté.

Qu'il n'y ait plus de miracles, c'est ce que je me permets de nier, car chaque jour l'Église en constate. Il n'y a pas longtemps, un homme humble et caché au monde par sa position, un simple curé de campagne, attirait dans sa paroisse toute la France catholique, et renvoyait un grand nombre de ceux qui avaient pu entendre sa parole, recevoir sa bénédiction, toucher le bord de son vêtement, participer à ses prières, guéris de longues et douloureuses infirmités l. Une vertu sortait de lui, comme de la personne du Sauveur, et, aujourd'hui encore, une vertu sort de son tombeau. Et ce n'est pas le seul thaumaturge de notre siècle : grâce à Dieu, la race des saints n'est pas éteinte; mais la race des impies

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