Voyez Vie du curé d'An
et des incrédules ne s'occupe guère de la chercher. Toutefois, quand il serait vrai que la source des prodiges fût épuisée, en avons-nous encore besoin? Non, Messieurs. A chaque siècle, Dieu réserve la démonstration qui lui convient. La période de notre formation religieuse est achevée depuis longtemps, et, pour cette période seulement, les miracles étaient nécessaires; car, selon la gracieuse comparaison de saint Augustin, « c'est lorsqu'on plante de jeunes arbres qu'il faut les arroser, jusqu'à ce que leurs vigoureuses racines se soient étendues en terre et les aient affermis. » Le christianisme était jeune; Dieu le plantait sur un sol desséché, depuis longtemps, par les ardeurs maudites des passions : voilà pourquoi cette pluie de merveilles, qui rendirent illustres les premiers âges de la foi. Maintenant les racines sont prises; le tronc inébranlable étend, sur le monde entier, sa forte ramure. La lumière suffit, afin qu'on puisse voir, dans la majesté de ses proportions, cet arbre gigantesque. Regardez-le bien, Messieurs, et voyez écrit sur son tronc, sur ses branches, sur ses feuilles : unité, perpétuité, universalité I Unité, perpétuité, universalité... : le christianisme promettait tout cela, en entrant dans le monde, mais il n'avait encore aucun de ces caractères merveilleux : ne fillait-il pas que Dieu y suppléât par des
prodiges? Le but de ces prodiges est atteint, n'en demandez plus. « Les choses elles-mêmes crient et montrent le Seigneur, dit saint Jean Chrysostome : Res ipsœ clamant et ostendunt Dominum '. » La religion établie, le monde converti, Jésus-Christ debout depuis dix-huit siècles, toutes les prophéties accomplies en sa personne et en son œuvre, et autour de lui, rangés comme une armée, tous les miracles du passé, n'est-ce pas une assez belle démonstration? Que voulez-vous de plus?
Vous demandez des miracles. Ce n'est pas la démonstration qui convient à notre siècle. Le christianisme étant formé et plus fortement établi qu'aucune société, il suffit qu'il agisse, c'est-à-dire qu'il mette en évidence, par ses œuvres, les vertus dont il a reçu le germe. Ces vertus sont assez étonnantes, par elles-mêmes, pour faire impression sur nos âmes, mieux cultivées et plus sensibles aux manifestations de l'infini, dans la beauté morale; et, si l'on considère l'ordre de la Providence et le naturel développement des choses, il semble que Dieu les ait destinées à remplacer, auprès de nous, les prodiges des premiers temps. Il en est une, surtout, qui remplit le monde de son éclat et plus encore de ses