‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 43 sur 80 · Expos, in psal. cxlii, n · texte numérisé non relu

Expos, in psal. cxlii, n

bienfaits, une qui ressort chaque jour, plus vive et plus pure, du sein de fégoïsme qui déshonore notre société : vous l'avez nommée, c'est la charité. Quelle force! quelle puissance! quelle vertu créatrice ! Qui racontera ce qu'elle a fait sous nos yeux, depuis vingt ans seulement? Philosophes, incrédules, faux savants, voilà le miracle que vous demandez.

Eh bien ! celte divine charité, qui devrait vous servir de démonstration, vous touche-telle? vous convainc-t-elle? Ah! laissez-moi dire votre crime. Autrefois, les scribes, les pharisiens, les docteurs, les princes des prêtres, voyant que Lazare ressuscité devenait une preuve trop forte de la divinité du Sauveur, résolurent entre eux de le faire mourir. Ainsi avez-vous résolu à l'égard de la charité. Elle allait, tranquille, visiter la misère du pauvre, s'asseoir au chevet du malade, porter partout des secours, des consolations, avec les paroles de l'éternité; et vous l'avez lâchement calomniée, lâchement dénoncée et lâchement livrée à des rigueurs que je ne qualifie pas. Elle avait formé un bataillon sacré de jeunes hommes. Ces pauvres enfants, sans y être forcés par une loi impérieuse et sévère, sans y être entraînés par les perspectives de la gloire, ont couru à la mort, parce qu'ils croyaient sauver un roi malheureux, un pontife persécuté; et vous avez ri sur leur

sang répandu, vous avez sifflé leurs funérailles, vous avez voulu salir et déshonorer leur mémoire 1 Et c'est vous qui demandez à Dieu des miracles? Mais ne dites donc pas cela : vous trouveriez moyen d'en rire, de les siffler, de les salir, de les déshonorer aussi.

Philosophes, incrédules, faux savants, écoutez un de vos pères. « Je ne voudrais pour rien au monde, dit Jean-Jacques, être témoin d'un miracle ; car que sais-je ce qui en pourrait arriver? Au lieu de me rendre crédule, j'aurais grand'peur qu'il me rendît fou *. » Je ne sais pas si un miracle vous rendrait fous; mais, au moins, je suis sûr qu'il vous rendrait plus haineux. C'est pourquoi je demande à Dieu qu'il retienne la force de son bras. Ses manifestations vous nuiraient; et elles n'ajouteraient rien à cette profonde conviction qui nous fait dire, lorsque nous considérons le résultat final de tous les prodiges : Le doigt de Dieu est là, Digitus Dei est hic.

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