‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 44 sur 80 · VINGT-SEPTIEME CONFERENCE · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIEME CONFERENCE

CE LA NECESSITE HISTORIQUE DES MIRACLES POUR EXPLIQUER L'EXISTENCE DU PEUPLE JUIF

Messieurs,

Il était indispensable de bien éclairer et de solidement établir cette proposition : — Les miracles sont des faits historiques, — afin d'en obtenir une preuve éclatante des interventions multipliées de Dieu, et de la vérité des enseignements qu'il a rendus publics, par la bouche de ses représentants. Dans cette œuvre, jene crois pas avoir épargné ma peine; si la force de mes démonstrations s'élève à la hauteur de ma bonne volonté et de l'ardent désir que j'ai de vous être utile, vous devez être convaincus, et je puis être satisfait.

Toutefois, je ne me crois pas encore quitte envers vous. La question des miracles se présente sous un nouvel aspect, qui sollicite une nouvelle étude. Au

lieu d'opérer directement sur le merveilleux luimême, nous pouvons considérer les phénomènes généraux de l'histoire, qui en dépendent, et conclure, de ces phénomènes, à la force divine qui nous les explique; c'est-à-dire, nous pouvons, par une hypothèse hardie, supprimer tous les raisonnements qui ont occupé notre esprit, quand il s'est agi de prouver l'existence des faits miraculeux, et, suivant une autre route, arriver à construire cette proposition qui dissipe tous les doutes, renverse toutes les difficultés, affermit les convictions chancelantes : le miracle est entré si intimement dans la trame religieuse de l'histoire humaine, qu'il est impossible de nier son existence, sans faire de cette histoire même, ou le plus profond des mystères, ou la plus bizarre des contradictions, ou le plus grand des prodiges.

Plus clairement : nécessité historique des miracles, pour expliquer l'existence du peuple juif; nécessité historique des miracles, pour expliquer l'influence et l'attitude de Jésus- Christ; nécessité historique des miracles, pour expliquer l'œuvre des apôtres. Telles sont, Messieurs, les propositions qu'il me reste à développer; je m'occuperai aujourd'hui de la première.

Il y a trois choses à considérer, dans l'histoire

d'un peuple : les idées, les événements, les personnages : les idées, qui nous, révèlent son esprit ; les événements, qui nous révèlent sa formation et sa vie; les personnages, qui nous révèlent son caractère propre. Considérons ces trois choses dans le peuple juif, et voyons combien il l'emporte sur les nations antiques dont le souvenir nous a été transmis, et quelles conclusions nous devons tirer de cette supériorité.

Au sommet des idées, il en estime qui nous donne mieux que toutes les autres, la mesure de l'esprit d'un peuple : c'est l'idée qu'il se fait de Dieu. Dieu étant le premier, le plus pur, le plus sublime des êtres, doit être représenté, dans l'esprit humain, par la première, la plus pure, la plus sublime des idées, et, de cette idée, les autres doivent dépendre, comme, dans l'ordre des êtres, tous dépendent de Dieu. Or, Messieurs, s'il est une chose remarquable chez le peuple juif, c'est l'idée qu'il se fait de Dieu, c'est son incomparable théologie. Dieu, pour lui, ne se rapetisse point à la mesure des faiblesses cl des passions de l'humanité, mais il se tient à une

distance infinie de toutes les perfections que l'intelligence peut concevoir, par le moyen des représentations créées.

Dieu, c'est Ehyé, l'Être des êtres; celui qui n'emprunte à personne le principe de son existence, mais qui le prend dans sa propre nature. Tout en lui est être. Il n'y a rien qu'on puisse ajouter ou retrancher, ne serait-ce que par la pensée. 11 s'est défini luimême en ces admirables paroles : — Je suis celui qui suis, Ego sum qui sum.

Dieu, c'est Jéhovah, l'Être éternel. Il résume en son nom toutes les phases de là durée : le passé, le présent, l'avenir. Comme son nom ne se divise pas, de même son existence; il voit tout passer, sans entrer dans la succession des mouvements qui emportent les natures inférieures. Le ciel et la terre s'en vont, le manteau royal sous lequel il nous cache sa gloire s'use à chaque instant : mais lui reste le même; ses années sont sans déclin, parce qu'elles sont sans jours. Omnes sicut vestimentum veterascent ; tu autem idem ipse es, et anni lui non déficient l.

Dieu, c'est Hélion, le Très-Haut. Aucune gloire ne se peut mesurer avec la sienne; les plus éclatantes merveilles languissent devant lui : on ne peut rien

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