Ps. CI
TEUPLU JUIF 217
lui comparer , que par un mensonge sacrilège.
Dieu, c'est Schaddaï, le Tout-Puissant. Point de bornes à sa force infinie. Il peut tout détruire, comme il a pu tout faire : un mot de sa bouche adorable a produit tous les êtres, un mot peut les repousser dans le néant.
Dieu, c'est Adonaï, le Seigneur. Sa volonté sainte est la règle suprême à laquelle tout doit se soumettre; c'est la raison dernière de tous les mouvements qui agitent le monde physique et le monde moral. 11 n'y a pas de petits ni de grands, quand il parle; car il est le Maître des maîtres : Dominus dominanlium.
Dieu, c'est le saint, le vrai, le juste, le miséricordieux. Sa bonté surpasse nos misères infinies. Il est le père de l'orphelin» le refuge du pauvre, le soutien de l'opprimé, le bouclier du juste, le vengeur du crime, le pasteur des peuples, la providence universelle. Son nom est admirable, sa gloire est incommunicable, ses perfections sont inénarrables. Dieu, enfin, c'est l'Unique; tous ceux que les nations appellent dieux sont des vanités, des ouvrages d'hommes, des monstres condamnés à l'ignominie et à la destruction.
Telle est, Messieurs, l'idée que le peuple juif s'est faite de Dieu. Vous comprenez tout de suite que le culte s'élève, en proportion de cette idée. Ce Dieu si
in. — 13
grand, il ne faut adorer que lui; ce Dieu si bon, il faut l'aimer de tout son esprit, de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces; ce Dieu si saint, il faut le respecter jusque dans son nom; ce Dieu si maître, il faut consacrer à son service une partie de sa vie. Mort à l'idolâtre, mort à l'impie, mort au blasphémateur, mort au profanateur du sabbat! A Dieu la place d'honneur au milieu d'Israël, à Dieu toute une tribu, pour le service de son temple saint, à Dieu l'offrande du meilleur des biens de l'homme, à Dieu les plus sublimes cantiques qu'ait jamais pu produire le génie des poëtes. Le temple sera vide : car il ne faut pas que les images, bien que bonnes et saintes, se mêlent, dans l'esprit du peuple, à l'idée pure qu'il doit se former de Celui qui est : il ne faut pas que des représentations, même innocentes, le sollicitent et le fassent pencher vers l'idolâtrie. Les sacrifices seront pleins de significations mystérieuses : ici, la victime sera dévorée tout entière par les flammes, afin de mieux figurer la souveraine dépendance de l'homme; là, elle sera partagée entre le prêtre et le peuple, afin que s'établisse une communion de pieuses pensées, qui les emportent vers le même Dieu. Couchés sur Fautel, les animaux offerts, selon leur nature, leur nombre, leur position, deviendront uu langage typique, par lequel se
fera la confession des misères et des fautes que l'on veut purifier. Afin de mieux faire comprendre les saintes exigences de la majesté de Dieu, mille cérémonies rappelleront à l'homme que toujours quelques souillures se cachent, soit dans son âme, soit dans son corps, et le rendent indigne de se tenir devant la face du Très-Haut. Mais, en multipliant les rites, il aura soin d'éviter les pratiques superstitieuses, qui le mettent en puissance des mauvais esprits.
Voilà quel est Dieu et quel est son culte, dans l'idée du peuple juif. Que pense-t-il de la nature? La nature, après qu'il s'est élevé ainsi jusqu'à la cause suprême, ne peut plus être pour lui ni un mystère, ni un piège, ni un scandale. Il la pénètre d'un clair regard, il en voit l'origine et la destination- Tous les êtres sont sortis des mains libérales de Celui qu'il adore. Les substances, les formes, les forces, les mouvements, la vie, tout procède de lui; mais tout est hors de lui, bien qu'il soit en tout. Chaque créature porte l'empreinte lointaine de ses perfections, et toutes les créatures ensemble forment un poëme en action, qui raconte sa gloire et sa bonté. Bénir Dieu et le faire bénir, telle est la première destination de la nature; et puis servir l'homme, car tout a été mis à ses pieds. Toutefois,
il ne doit pas régner en tyran : maître des créatures, il faut qu'il en règle l'usage; aussi les petits des oiseaux, les animaux sans défense, la terre elle-même, auront droit au respect de leur seigneur, et seront protégés par des lois contre ses caprices et ses trop grandes avidités.
L'homme est maître de la nature : mais il ne faut pas qu'il s'évanouisse dans sa propre grandeur. C'est vrai que Dieu a pris la peine de façonner son corps de ses mains très-saintes, qu'il a soufflé sur lui l'esprit de vie : une âme, merveilleuse ressemblance de l'esprit simple, intelligent, libre, immortel, dont elle est la fille, uneâme portant éternellement l'empreinte de la face lumineuse de Dieu : Signalum est super nos lumen vultus tui Domine i. C'est à peine, enfin, si l'homme « a été fait plus petit que les anges ». Mais, « en le couronnant de gloire et d'honneur2 », Dieu l'a sacré prêtre des créatures infirmes qui rampent à ses pieds et des mondes inintelligents qui se meuvent sur sa tête; il n'est si grand que pour mieux saisir la nature dans ses embrassements, et l'offrir, par la prière, à Celui qui en est le premier et souverain Maître. Comme il ne doit point s'enfler de sa grandeur, il ne doit point non plus l'oublier
i. rs. iv.