‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 47 sur 80 · Gen., cap. XV, i · texte numérisé non relu

Gen., cap. XV, i

entoure sa faiblesse d'une robuste protection : elle punit de mort les infidélités honteuses qui déshonorent le lit conjugal. L'enfant sera châtié, s'il est indocile et pervers, mais jamais livré, sans défense, à la merci des colères paternelles. Le serviteur et l'esclave doivent trouver, dans les bons traitements et la douceur du gouvernement domestique, une compensation à l'humiliation de leur état et de leurs fonctions. L'ordre, la paix, la joie, le bonheur, tels sont les avantages que la législation judaïque s'efforce de procurer à la famille, afin que, par la force môme des choses, ces avantages passent à la société.

Respect de l'autorité, égalité civile, amour du prochain, mutualité des bons offices, équilibre de la propriété, modération dans la vengeance, quand elle est devenue nécessaire à l'intérêt public : telles sont les bases de la société judaïque. L'autorité temporelle vient de Dieu; mais elle ne doit pas se substituer à lui. Ses ambitions sont contenues par une autorité plus pure, plus grande et plus forte, l'autorité spirituelle, qui la menace et la maudit, s'il est besoin. Jamais les enfants d'Israël ne s'aviliront devant elle, par les lâchetés d'une adoration sacrilège; il faut que Tacite puisse dire un jour, à leur louange, qu'ils n'ont pas, comme les autres peuples, flatté les

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rois et honoré les Césars, par la prostitution d'un culte qui n'est dû qu'à Dieu : Non regibus hsec adulaiio, non Cœsaribus honor. Point de noblesse, point de roture; point de patriciens, point de plébéiens : mais tous peuvent revendiquer, avec la même fierté, te titre de fils d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, l'unique d'où dérive pour tous une commune illustration. S'aimer comme des frères, s'assister dans le besoin par des prêts désintéressés, secourir le pauvre, prendre en pitié la veuve et l'orphelin, avoir soin d'oublier pour eux, dans les sillons, les meilleurs épis d'un champ moissonné, sur les ceps, les meilleures grappes d'une vigne cueillie : c'est à quoi s'appliqueront les enfants de Dieu. Ils ne sont icibas que les locataires du Seigneur : voilà pourquoi ils ne pourront jamais aliéner la propriété; aux années jubilaires, les maisons et les terres rentreront dans la possession de ceux qu'un accident avait obligés de s'en dessaisir; les dettes seront remises et les serviteurs délivrés. Ainsi, point de richesses scandaleuses et oppressives, point de misères honteuses et sans espoir, point de ces contrastes hideux qui déshonorent une nation; mais le mouvement tranquille de la propriété, reprenant, à des époques réglées, son équilibre. La vie de l'homme est une chose sacrée : afin de le mieux faire comprendre,

l'animal homicide lui-même sera mis à mort. Tout meurtrier demeurera sans asile, et chaque famille aura son vengeur. Cependant le coupable ne sera puni que s'il est convaincu, et tout citoyen pourra, en étendant la main sur sa tête et en disant : — Je suis innocent du sang de cet homme, — le prendre sous sa protection, jusqu'à ce que son crime soit prouvé. Les ennemis eux-mêmes ne seront pas abandonnés aux fureurs aveugles des soldats triomphants : leurs femmes seront respectées; les massacres, les pillages, la de iruction, s'arrêteront là où ils deviennent inutiles et injustes. Un voile funèbre s'étendra sur la victoire, et, afin de montrer au peuple combien la guerre est une douloureuse, terrible et funeste nécessité, les armées n'auront point les honneurs du triomphe, mais chaque soldat se purifiera du sang que son épée a répandu.

Est-ce assez de garanties pour la société? Non, Messieurs; la loi, maîtresse des cœurs, descend jusqu'en leurs plus intimes profondeurs; elle y^ réprime et y condamne toutes les haines secrètes, toutes les pensées de vengeance, tous les désirs impurs, toutes les convoitises qui s'égarent sur le bien d'autrui. Et cette loi sainte ne demeure pas, comme ailleurs, entre les mains d'une famille sacrée ou d'une caste nobiliaire; mais toutes les familles en doivent

posséder un exemplaire. Aux jours des grandes solennités, lecture en est faite au peuple, afin que, sortant de la bouche vénérée des prêtres, elle entre plus avant dans sa mémoire et dans sa conscience.

Encore quelques mots, qui achèvent de vous faire connaître les idées du peuple juif, et de vous révéler son esprit. Ce peuple si éclairé sur Dieu, la nature, l'homme, la famille, la société, il connaît l'histoire du monde, l'origine du mal; il sait son avenir. De son sang naîtra Celui que l'humanité tout entière attend comme un libérateur. Chaque jour, la physionomie de cet être mystérieux devient pour lui plus nette et plus précise; sa tribu, sa famille, sa nature, son nom, ses vertus, ses travaux, ses douleurs, sa mort, sa puissance, son triomphe, son règne, tout s'éclaire à mesure que le temps s'avance. Plus de trois cents ans avant que l'heure bénie de la rédemption ait sonné, le peuple juif sait à quoi s'en tenir sur les siècles futurs.

Encore une fois, Messieurs, que de grandeur 1 que de sublimité! Est-ce un petit peuple que celui qui" possède de telles idées? Et voyez-en, je vous prie, le couronnement, la consommation, dans leur majestueuse immutabilité. La nation est inconstante; mais., malgré ses nombreuses défaillances, elle relourne sans cesse à son Dieu, à sa loi, à ses espéran-

ces. Des hommes de génie surviennent, dont les saints et admirables écrits sont reçus avec un pieux respect, par les rois, les prêtres et le peuple ; mais ils ne changent rien à l'ordre établi : il poursuit sa marche uniforme et tranquille, pendant près de quatorze siècles. Aujourd'hui, nous en rencontrons des traces vives, profondes, dans les restes mutilés de ce grand peuple, dont la mission est accomplie depuis dix-huit cents ans. Ses plus hautes et plus pures idées subsistent, dans la théologie de la nation sainte qui lui a succédé.

Maintenant, Messieurs, d'où croyez-vous que le peuple juif tienne ses idées? Est-ce des nations qui l'entourent et avec lesquelles il est en rapport? Mais, si vous passez l'Euphrate, si vous traversez le désert, si vous franchissez les rochers escarpés du Liban, si vous sortez, enfin, des étroites limites du territoire où se sont établies les douze tribus, vous vous heurtez à des contrastes qui épouvantent l'imagination et navrent le cœur. Toutes les religions sont inhospitalières pour le Dieu si haut et si parfait qu'adore Israël; les astres l'ont supplanté, les idoles ont envahi ses autels. Non seulement les Ghananéens, les Égyptiens, les Indiens, les Ninivites, les Babyloniens, les Perses, sont coupables de ces crimes; mais les peuples les plus policés, ceux qui nous ont laissé

de leurs exploits et de leurs chefs-d'œuvre les plus authentiques monuments, ceux dont on vante, avec une opiniâtreté qui tient de la manie, la gloire, le génie, les vertus, les institutions, — les Grecs et les Romains, — sont tombés à genoux, devant les vaines images des divinités scandaleuses que leurs passions avaient inventées pour se justifier. Par des chutes successives, Dieu est tombé, dans l'esprit humain, d'uue fausse grandeur à la dureté, de la dureté à la cruauté, de la cruauté à l'infamie, de l'infamie au ridicule, du ridicule au grotesque.

Et quel culte, pour répondre à cette corruption de la notion divine, que le génie des philosophes n'a ni su ni pu prévenir! Partout, les pratiques superstitieuses des astrologues, des devins, des augures et des aruspices. Partout, des impuretés bénies, des orgies saintes, des horreurs sacrées que la langue se refuse à nommer. Partout, le sacrifice humain, l'homme acharné contre son semblable et l'immolant sans pitié, pour abreuver, d'un sang plus noble et plus pur, les dieux funestes dont il attend la protection; la Grèce sacrifiant ses ennemis à Bacchus mangeur de chair, et Rome plus d'une fois déshonorée par des hécatombes qui eussent épouvanté un barbare.

Plus de chai nies dans la nature, qui nous élèvent

jusqu'à son auteur. Outragée par un mensonge sacrilège qui en fait un principe éternel, la nature devient une énigme fatale, et ne parle plus au cœur de l'homme que pour l'inviter à des avilissements.

L'homme lui-môme, d'où vient-il? on l'ignore. Qu'est-il? on ne peut le dire. Où va-t-il? c'est un mystère. Le peuple rêve, pour lui, un paradis grossier, et le philosophe le condamne ou aux abjections du matérialisme, ou à des transformations impossibles, qui trompent toutes les espérances du cœur.

La famille est trois fois insultée, dans ceux qui la constituent. Le père y devient un tyran. La femme y est traitée sans ménagement pour sa faiblesse, sans respect pour sa dignité de mère; répudiée, vendue, livrée, selon les caprices de l'homme, son rôle se réduit à celui d'une femelle dont on attend un rejeton. Le père prend entre ses bras l'enfant qui vient de naître, et l'examine comme on fait d'un animal; tant mieux s'il se porte bien, mais malheur à lui si quelque infirmité prématurée se trahit sur son pauvre petit corps ! le Spartiate l'égorgera, au nom de Lycurgue, et le Romain l'enverra pourrir au Vélabre, afin d'en débarrasser la république. Pas de serviteurs 1 pas de ces grands enfants auxquels le peuple juif fait partager les joies du foyer domesti-

que; mais des troupeaux d'esclaves abrutis, dont la vie est entre les mains du maître et qu'un moment de mauvaise humeur, une ivresse mal cuvée peut envoyer à l'abattoir, aux gémonies ou aux viviers.

Dans la société, le despotisme servi jusqu'à l'adoration, l'oppression des petits par les grands, le mépris, l'horreur du pauvre, l'usure sans règle, la concussion sans frein, le scandale d'une richesse démesurée et d'une misère infâme, la guerre ennoblissant toutes les barbaries et permettant aux vainqueurs d'insulter aux vaincus, la loi toute à l'écorce de la vie publique. C'est ainsi, Messieurs, que le paganisme conçoit Dieu, la nature, l'homme, la famille et la société. Voilà les idées que vous heurtez partout, dès que vous sortez du territoire judaïque. Quant à l'avenir, tout se résume en une attente vague, sans détermination d'époque, de lieu, de personne, sans force, par conséquent, pour fixer les espérances de l'homme et pour régler sa conduite.

Et toutes les erreurs, toutes les ignominies que vous venez d'entendre, emportées par les fluctuations de l'esprit humain, changent à chaque instant de face, sans s'améliorer. S'il naît quelque part une doctrine plus pure, une législation mieux intentionnée, un siècle en fait justice. Les théories des philo- BOphes, les lois de Lycurgue, de Solon, de Kuma,

n'apparaissent que pour être englouties bientôt dans le flot croissant de la corruption.

Messieurs, tous avez comparé, et votre jugement est arrêté, j'en suis sûr; vous ne pouvez pas vous empêcher de dire avec moi : De tous les peuples de l'antiquité, le peuple juif est le plus élevé par ses idées. C'est le point important que je voulais établir. Nous passerons plus rapidement sur les autres /oints, afin de nous hâter vers nos conclusions.

Comment se forment et comment vivent les peuples? Une tribu vagabonde, chassée par les flots trop pressés de la nation qui l'a enfantée, va prendre possession d'une terre inhabitée. Une troupe de bandits se bâtit une forteresse, étend tout autour ses ravages, répand la terreur, s'empare d'une contrée, et finit par s'y constituer, sous une discipline régulière. Une horde de barbares, mal à l'aise dans un pays stérile et nu, tentée par la prospérité et l'abondance d'une terre voisine, se précipite tout à coup sur ses habitants, les dompte, mêle son sang à leur sang, ses coutumes à leurs lois, et fait une nation nouvelle.

Une nation est formée. Elle se développe, peu à peu, sous l'influence d'une législation austère; car elle est encore en travail de son avenir. Ses premiers succès l'étonnent; mais elle s'y habitue. Son ambition, son courage, son adresse, concentrés tout à coup dans certaines natures exceptionnellement douées, renversent les obstacles qui s'opposent à son agrandissement. Les petits peuples disparaissent dans ses conquêtes, ses frontières ne peuvent plus être mesurées, elle est à l'apogée de sa gloire et de sa puissance. Et puis, elle s'oublie dans l'enivrement de ses triomphes; elle s'énerve dans les plaisirs et les débauches; elle décroît, s'affaiblit, s'affaisse, et devient la proie d'un autre géant sorti de l'enfance, qui passera, comme elle, de lage mur à la caducité.

Telle est en raccourci, Messieurs, l'existence tous les peuples qui ont laissé quelque nom dans l'histoire. Mais le peuple juif fait exception, par sa formation et les diverses péripéties de son inexterminable vie.

U emploie d'abord deux cents ans à des voyages pacifiques, dans la personne de ses trois premiers pères, Abraham, Isaac et Jacob. Il va d'un pays à l'autre, toujours les yeux au ciel, et toujours respecté par les nations chez lesquelles il plante sa

tente. Entraîné vers l'Egypte par l'élévation d'un des siens au rang suprême, il y devient esclave et se voit près de périr, sous les coups d'une politique ialouse et craintive. Les enfants d'Abraham ont déjà quatre cents ans de vie : il est peut-être temps de finir? Non, Messieurs. Les Égyptiens tiennent ferme la main qui opprime; les Hébreux sont tellement habitués à leur "ignominie qu'ils la subissent jusqu'au bout, en y oubliant les traditions de leurs pères; mais tout va changer. Un homme sauvé dans son enfance par la fille du Pharaon, élevé à la cour et rebuté, pour un meurtre, par ceux-là mêmes qu'il avait voulu venger, s'était enfui vers le désert, et il y gardait paisiblement les troupeaux de son beaupère. Tout à coup, il croit entendre les gémissements de ses frères, et l'idée de les sauver s'empare de son esprit. Moïse, c'était lui, Moïse arrive la bouche pleine de menaces contre les Égyptiens, pleine de promesses pour les enfants d'Israël : une révolution est imminente. C'est par une révolution que, nous autres , nous eussions tranché la question : mais soyez tranquilles, Messieurs, il n'y en aura pas. Il faut persuader aux Égyptiens de laisser partir six cent mille hommes, sans compter les vieillards, les femmes et les enfants : les Égyptiens seront persuadés. Il faut tirer le peuple juif de l'engourdisse-

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ment dans lequel l'a plongé son long esclavage, lui proposer une aventure sans exemple, le convaincre qu'il doit prendre possession d'une terre prospère où coulent le lait et le miel : le peuple juif sera convaincu. Il part. Le Pharaon se repent de sa faiblesse et poursuit les fugitifs; mais le Pharaon disparaît, et les fugitifs continuent leur route. Croyez-vous qu'ils marchent tout droit vers cette bienheureuse contrée, après laquelle ils soupirent? Non ; ils ont murmuré, ils se sont révoltés contre leur conducteur, et, pour les punir de leurs murmures et de leurs révoltes, Moïse les tient au désert pendant quarante ans. Il les y nourrit, il les y forme à la vie religieuse et politique, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que deux hommes, parmi ceux qui, au moment du départ, étaient capables de comprendre ses promesses. Et Moïse meurt paisiblement. Il n'a pas été tué par cette troupe furieuse, qui aurait pu l'accuser de l'avoir trompée; non, elle s'est soumise à ses sévères arrêts. Josué prend la conduite des Hébreux. Il arrive sur une terre inconnue, au milieu de cent nations ennemies, attachées au territoire qu'elles occupent par une longue possession et une constante prospérité. Il triomphe de toutes, et partage aux tribus les dépouilles des vaincus.

Messieurs, la nation est formée contre les lois

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communes de la formation des peuples : elle doit vivre contre les lois communes de leur vie. Regardez lien ses frontières : à l'orient et au midi, la rivière d'Egypte, le golfe Élamitique, des montagnes, des déserts et l'Euphrate ; au couchant, la Méditerranée; au nord, les vallées profondes et les rocs escarpés du Liban, jusqu'au pays d'Emath. Elle ne sortira pas de là. Elle laisse aux autres d'épouvanter le monde par des mouvements gigantesques et d'immenses conquêtes : toute son ambition est de conserver, sans partage, une terre pour elle devenue sacrée, mais bien plus encore de se conserver ellemême, dans l'originalité de ses croyances, de ses coutumes et de ses institutions. Cette ambition sera satisfaite, et, je ne crains pas de le dire, c'est le plus beau spectacle que nous offre toute l'antiquité. Voyez les peuples divers tour à tour absorbés par les grands empires, et y perdant leurs idées, leurs lois, leur nationalité, leur nom. Pour le peuple juif, il n'en est pas ainsi. Il n'échappe pas à l'esprit de schisme, qui divise les sociétés les mieux faites pour être perpétuellement unies : dix tribus se séparent du centre de la vie. Dieu les prendra en pitié pendant quelque temps, parce qu'elles sont les filles de ceux qu'il a bénis : il leur enverra des prophètes, il y formera des saints; mais, quand viendront les jours-

de la dispersion, aucune force préservatrice ne pourra empêcher les tribus infidèles de se dissoudre et de se fondre dans les grands peuples dont elles seront devenues les captives. Au contraire, le royaume de Juda, le vrai peuple juif, se soutient, malgré ses revers. L'une après l'autre, les plus puissantes nations se le disputent; ses frontières sont violées, sa paix est troublée, son courage est vaincu, sa liberté est enchaînée; mais, quoi qu'il arrive, il vit toujours. Écoutez, Messieurs, les douloureuses lamentations d'un de ses grands poètes et de ses grands citoyens : g Comment est-elle assise, solitaire et abandonnée, cette ville si pleine de peuple? La maîtresse des nations est devenue comme veuve, la reine des provinces est asservie. Elle a pleuré, elle a pleuré dans la profonde nuit de son malheur..., et personne ne la console, entre tous ceux qu'elle a aimés... Les voies de Sion répandent des larmes... Les prêtres gémissent, les vierges sont souillées, et Jérusalem est étouffée sous le poids de ses maux... 0 vous qui passez sur la route, regardez et voyez s'il est une douleur semblable à la mienne I... 0 ma chère et belle Jérusalem, ma fille, à qui te comparerai-je pour te consoler?... Le brisement de ton cœur est grand, grand comme celui de la mer sur la roche escarpée... Tes ennemis ont ouvert sur toi la bou-

che; ils ont sifflé et grincé des dents, et ils ont dit : Nous la dévorerons. Le voilà donc, ce jour que ous attendions; nous l'avons trouvé, nous l'avons vu. Jérusalem 1 ô ma belle et chère Jérusalem ' ! »

Ainsi se plaint Jérémie, près d'un monceau de ruines. Tout est à Las; la charrue a passé sur le temple et sur le palais des rois; les étrangers ont envahi la campagne et regardent de loin ce qui fut Jérusalem. Le peuple juif est mort. Non, Messieurs, non : il est à Babylone; au milieu des étrangers, il se conserve sans mélange, en attendant des jours meilleurs. Entendez-le plutôt : « Aux rives de l'Euphrate, nous nous sommes tristement assis, ei les souvenirs de Sion nous arrachaient des pleurs. Nos harpes suspendues aux branches flexibles des saules, nos harpes se taisaient. Et pourtant, ceux qui nous ont emmenés captifs nous demandaient des chants; ceux qui nous ont arrachés aux douceurs de la patrie disaient : Chantez-nous un des cantiques de Sion. Mais comment chanterons-nous les hymnes du Seigneur sur une terre étrangère? O Jérusalem bien-aimée! si jamais je t'oublie, que ma droite m'abandonne; que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens pas toujours de toi, si tu

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