‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 48 sur 80 · Jerem., Làment · texte numérisé non relu

Jerem., Làment

n'es pas l'unique et premier objet de ma joie, douce et chère patrie... Souviens-toi, Seigneur, de ce qu'ont fait les enfants d'Édom à Jérusalem, lorsqu'ils disaient : Renversez-la, renversez-la; qu'on voie ses fondements. Fille de Babylone, ô grande misérable, heureux qui te rendra les maux que tu nous as fait souffrir I heureux qui prendra tes petits et les brisera contre la pierre • ! »

Entendez-vous, Messieurs? le peuple juif n'est pas un exilé vulgaire, qui pleure sa patrie absente et son malheur : il en attend la vengeance; elle vient au gré de ses désirs. Babylone est renversée par Gyrus; mais le peuple juif est debout, il attend toujours. Enfin, émus du spectacle de cette race immortelle qu'aucune catastrophe ne peut éteindre, les rois de Perse la renvoient dans sa patrie. Jérusalem est rebâtie, et, après avoir usé les peuples de Chanaan, d'Egypte et d'Assyrie sur son corps mutilé, le peuple juif voit encore tomber autour de lui l'empire des Perses et l'empire des Grecs. Rome triomphera de sa dernière résistance; mais un jour il n'y aura plus d'empire romain, et, en cherchant bien dans le monde, on trouvera un peuple au sein de tous les peuples : c'est le peuple juif.

l. Ps. cxxxvr,

Saluez-le, Messieurs, malgré la malédiction dixhuit fois séculaire qui pèse sur lui. Saluez-le, :'est le plus étonnant de tous, par les événements qui ont rempli sa longue existence. J'ajoute : c'est le plus admirable, par les personnages qu'il a fournis.

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Il n'entre pas dans mon dessein, il n'est pas nécessaire au but que je me propose, de faire ressortir, dans les personnages de la nation juive, les qualités de l'esprit et du cœur qui nous permettraient d'instituer une comparaison entre eux et les hommes illustres qu'ont fournis à l'histoire les autres nations. Bien que cette comparaison puisse se soutenir sans peine et tourner à notre avantage, je la néglige, pour m'appliquer au caractère propre et original des grandes figures qui apparaissent presque sans interruption dans l'histoire judaïque. Ce caractère, le peuple juif ne le partage avec personne; c'est sa propriété exclusive, c'est le sceau glorieux qui le distingue de tous les autres peuples. Nous ne dirons donc pas : Qui fut plus grand législateur que Moïse? Qui fut plus simple dans la grandeur que les Juges? Qui fut plus père du peuple que Samuel? Qui fui

plus patient et plus magnanime que David? Qui fut plus sage que Salomon? Qui fut plus pieux qu'Ézéchias? Qui fut plus saint que les prophètes, et plus animé qu'eux par le souffle poétique? Qui fut plus vaillant que les Machabées? Toutes ces questions appartiennent à une autre étude. Mais nous dirons : Quel est le peuple qui puisse affirmer que tous ses hommes illustres ont eu une mission évidente, tendant au môme but; que lui-même a une mission d'un ordre supérieur, et que son caractère propre et original, c'est de croire à sa mission et d'y être fidèle, surtout quand elle semble plus compromise et plus désespérée? Aucun peuple, Messieurs, ne peut répondre à celte question; aucun, excepté le peuple juif.

Abraham, Isaac et Jacob ont une mission : elle consiste à préparer, dans la constitution robuste des premières familles, les éléments d'une société nouvelle. Ils sont sans terre et sans patrie, et cependant ils croient fermement que leur race, un jour, sera fortement établie et se multipliera comme les étoiles du ciel.

Moïse a une mission : c'est de délivrer, sans révolution, les enfants de Dieu, de l'esclavage d'Egypte, et de les conduire jusqu'aux frontières du territoire qu'ils doivent posséder, après avoir élevé leur esprit

par une doctrine sublime, discipliné leur cœur par des préceptes saints, et réglé leur vie religieuse et sociale par une législation austère et compliquée, sanctionnée par des menaces terribles et de magnifiques promesses.

Josué a une mission : c'est de triompher, dans un pays inconnu, d'ennemis cent fois plus forts que le peuple qu'il conduit, et d'asseoir ce peuple dans la terre qui lui fut promise.

Les Juges ont une mission : c'est de protéger la nationalité des Israélites contre l'envahissement du sang et des mœurs des étrangers, de les ramener de leur apostasie au culte oublié du Dieu unique qu'ils ont juré d'adorer toujours, et de les délivrer des oppressions successives qui ne manquent jamais de suivre de près leurs infidélités. Contre l'oppression de Ghusan, Othoniel se lève au nom du Seigneur; contre l'oppression d'Églon, Aod; contre l'oppression de Jabin, Barac et Débora; contre l'oppression des Madianites, Gédéon; contre l'oppression des Ammonites, Jephté; contre l'oppression des Philistins, Samson et Samuel.

David a une mission : c'est d'exterminer les restes des peuples de Ghanaan, de fixer les frontières d'Israël, de le mettre en face des grandes nations qui vont éprouver sa force, de préparer, par des chants

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sublimes, la grande phase religieuse dans laquelle il va bientôt entrer.

Salomon a une mission : c'est de donner au culte de Dieu sa plus vive splendeur, et d'inspirer au peuple, par la construction d'un temple sans égal et la magnificence des cérémonies sacrées, le respect et l'amour de l'unité dans le même Dieu.

Les prophètes ont une mission : puisque les Israélites n'ont plus voulu de Dieu pour roi, il ne faut pourtant pas que les rois soient les plus forts et que leurs sujets soient victimes de leurs scandales et de leur tyrannie. La mission des prophètes, c'est de reprendre les rois impies, de renverser les autels des faux dieux, de reprocher au peuple ses lâchetés, ses infidélités et ses crimes, d'exciter les forts, d'encourager les faibles, et, si les nations infidèles triomphent, de consoler les captifs et de rappeler aux Juifs, aussi bien par de nouvelles promesses que par les anciennes, qu'ils sont citoyens des siècles à venir. L'avenir, c'est l'objet suprême de la mission des prophètes. C'est à le décrire qu'ils s'appliquent, afin qu'en le voyant dans une plus vive lumière les enfants Jacob oublient leurs maux, pour ne plus songer qua leurs espérances. Que de force dans les imprécations d'Élie et d'Elisée, contre les rois prévaricateurs! Quelle indignation dans les menaces de

Nahum et d'Isaïe, contre les nations qui oppriment! Quelle mélancolique tendresse dans les reproches et les plaintes de Jérémiel Quelle netteté, quelle précision, dans les traits qu'ajoute Daniel à la grande figure du Promis!... Mais, Messieurs, il m'est impossible de tout citer, vous le comprenez bien. Il est des choses qu'on devine aisément, à l'aide de ses souvenirs, et j'ose croire que vous devinez, à l'exposé rapide que je viens de faire, l'importance de la mission des prophètes '.

Enfin, les Machabées ont une mission : c'est de briser les monuments funestes qui accusent les Juifs d'apostasie, de les délivrer de leurs derniers tyrans, et de les préparer aux grands événements que tout le monde attend.

Tels sont les principaux personnages du peuple juif; tel leur caractère propre et original. Mais vous le dirai-je? le personnage qui me paraît le plus étrange, le plus étonnant, le plus admirable, c'est le peuple lui-même. Emporté par ses défauts, par ses penchants et par la contagion de l'exemple, vers des superstitions et des crimes qu'il méprise au fond du cœur, il en revient toujours à croire à sa mission. Il est convaincu que les destinées du monde sont

î. Voyez quatorzième conférence.

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liées à son existence ; il s'opiniâtre dans ses espérances; il lutte, avec un courage surhumain, contre les forces qui le pressent jusqu'à l'étouffer, et c'est lorsqu'il est le plus malheureux et le plus près de sa ruine, qu'il est le plus fier de son Dieu et de sa loi, le plus sûr de son avenir : à ce point que lui seul, entre toutes les nations antiques, lui seul a eu l'insigne honneur de mourir pour sa foi, lui seul s'est élevé jusqu'à l'héroïsme du martyre. Et quand je pense que deux misérables sophistes du siècle dernier ont osé dire de lui qu'il était un peuple vil ! Ils ont menti, Messieurs : même avec ses défauts, ses faiblesses, ses prévarications, — je dirais presque à cause de ses défauts, de ses faiblesses, de ses prévarications, — le peuple juif est le plus admirable des peuples anciens.

Je pourrais m'arrêter, Messieurs, et, sans grands efforts, j'en suis convaincu, vous auriez bientôt trouvé la conclusion que je vous ai promise. Mais permettez- moi de la chercher avec vous, afin que nous puissions en jouir tous en même temps. Il s'agit d'expliquer, aux trois points de vue que je viens de tracer, l'existence du peuple juif : l'élévation de ses idées, la singularité de ses événements, le caractère propre et original de ses personnages. Est-ce aussi facile que le prétendent certains crili-

qnes, qui ne veulent rien voir que de naturel dans les faits de l'histoire? Je ne le pense pas. En partant d'un principe naturaliste, il est impossible, avec la meilleure volonté du monde, d'arriver à une solution satisfaisante du triple problème que vous venez d'entendre.

Le peuple juif possède sur Dieu, la nature, l'homme, la famille, la société, l'avenir, les idées les plus pures et les plus élevées. Où les a-t-il prises, puisque nous avons vu que l'esprit de tous les peuples est en contradiction avec le sien? — Ces peuples, dit-on, mis en présence d'une nature infiniment variée, en ont conclu la multiplication des forces et des principes. Israël, au contraire, appartient à la race sémitique; cette race nomade, en parcourant le désert vide et nu, y a pris assurément l'idée de l'unité de Dieu : « Le désert est monothéiste *. » Telle est, Messieurs, la plaisanterie que nous sert un contemporain, pour nous expliquer le dogme fondamental de la théologie hébraïque. On cite de pareilles choses, on ne les réfute pas. Je ne prendrai pas davange au sérieux cette autre affirmation : « Le monothéisme est dû aux instincts de la race sémitique; » car elle équivaut à ceci : Le peuple juif est

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