‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 5 sur 80 · Cité par saint Thomas. Loc. cit · texte numérisé non relu

Cité par saint Thomas. Loc. cit

transformations qu'il plaira à Dieu de leur faire subir, pour la perfection de l'ordre moral. Qu'un monde change de place : si ce changement doit aboutir à la production d'un seul acte de vertu, qui rapproche un être intelligent et libre aussi près qu'il est possible du type divin, c'est on ne peut plus naturel. Nous ne devons donc pas dire : le miracle répugne à la nature des choses; mais bien : le miracle est conforme à la subordination des ordres et, par conséquent, à la nature des choses.

En pouvons-nous dire autant de la nature de Dieu? C'est ce qu'il faut examiner.

Dieu se manifeste principalement à nous par deux perfections écrites en caractères étincelants sur son œuvre même : la puissance et la sagesse.

La puissance : elle est sans bornes comme l'Être divin lui-même; voilà pourquoi nous lui donnons un nom qui ne convient qu'à elle : nous l'appelons l'omni-puissance, omnipotentia. Dieu, ayant la plénitude de l'être, peut produire tout être; il n'y a que ce qui répugne à l'être qui répugne à sa toute-puissance. Or, l'être et le non-être dans un temps, un même lieu et un même sujet répugnant seuls à l'être, l'être et le non-être dans un même temps, un même lieu et un même sujet répugnent seuls à la toute-puissance de Dieu. Partant de ces notions, il suffit, Aies-

sieurs, de lire attentivement la définition que nous avons donnée du miracle, pour se convaincre que les idées qu'elle exprime représentent uniquement l'être, et ne renferment en elles-mêmes aucune espèce de contradiction. Nous pouvons donc, au nom de la toute-puissance divine, décréter absolument la possibilité du miracle. Mais une comparaison avec les effets produits et subsistants de cette toute-puissance va nous éclairer davantage.

Dieu peut tout, et déjà il a montré son pouvoir souverain, en tirant des entrailles du néant ce monde au sein duquel nous sommes plongés. Qu'estce qu'un miracle, je vous le demande, si on le compare au fruit de l'acte créateur, à cette merveille immense dont la science humaine ne connaîtra jamais que la superficie !

Dieu lui-même, pour calmer les troubles et apaiser les murmures de son serviteur Job, Dieu a daigné nous raconter son œuvre dans un langage qui m'a toujours ravi. Dieu a chanté lui-même le miracle primitif, fondamental, sur lequel s'appuient, duquel dérivent tous les prodiges qu'il lui plaira de faire ou qu'il nous plaira d'imaginer. Ecoutez-le» C'est du sein d'un tourbillon, image de son auguste colère, que tombe sa parole : « Où étais-tu quand je jetai* les fondements de la terre, lorsque les astres

du matin me voyaient faire, et que les enfants de Dieu étaient dans la joie? Qui en a réglé toutes les mesures? Qui a tendu sur elle le cordeau? Par qui ses bases sont-elles affermies? Qui en a posé la pierre angulaire? Lorsque la mer brisait ses digues comme un enfant qui s'échappe du sein de sa mère, qui l'a renfermée? Qui lui a donné pour vêtements les nuages, et qui l'a enveloppée d'obscurité comme des langes de l'enfance? Je lui ai mis des portes et des barrières, et j'ai dit : Tu viendras jusque-là, tu n'iras pas plus loin : ici tu briseras l'orgueil de tes flots. Est-ce toi qui commandes à l'étoile du matin et qui assignes à l'aurore le lieu de son lever? Sais -tu où habite la lumière, quel est le séjour des ténèbres? La neige, la grêle, les pluies impétueuses et les foudres, qui les fait tomber sur la terre? Qui abreuve les lieux déserts et désolés? Qui fait germer les plantes? qui engendre pour elle les gouttes de rosée? Si tu veux envoyer la foudre, t'obéira-t-elle? et reviendra-t-elle en ta main, dire : Me voici? Est-ce toi qui donnes aux lionceaux leur pâture, lorsque, couchés dans leurs antres, ils épient leur proie? Estce toi qui prépares au corbeau sa nourriture, lorsque ses petits errants disent à Dieu qu'ils n'ont rien à manger? Qui a rompu les liens de l'onagre et qui l'a jeté libre dans le désert? Sa maison, c'est la so-

litude; ses tabernacles, les terres stériles. Est-ce toi qui donnes au cheval sa force, et qui as hérissé son cou d'une crinière mouvante? Le feras-tu bondir comme les sauterelles? Le souffle fier de ses naseaux répand la terreur. Il creuse du pied la terre; il s'élance avec audace; il se précipite au-devant des hommes armés. Il méprise la peur, il affronte l'épée. Sur lui résonne le carquois; la lance et le bouclier s'agitent : il bouillonne, il frémit, il dévore la terre, à peine entend-il le bruit des trompettes. Lorsque l'on sonne la charge, il dit : Allons ! Tl sent de loin le combat, les excitations des capitaines et les cris confus de l'armée. Est-ce toi qui donnes à l'aigle la force qui l'emporte au sommet des cieux? De là, il contemple sa proie, car ses yeux perçants la découvrent au loin ; il la rapporte à sucer à ses petits. Job, Job, est-ce toi qui as fait toutes ces merveilles? Réponds-moi l. » Et Job, épouvanté autant que ravi de tant de gloire, s'écrie : « Que puis-je répondre au Seigneur, moi, faible créature? J'adore et je me tais. » Adorons et taisons-nous avec lui.

Messieurs, quand on connaît l'œuvre de Dieu, créateur et providence, il n'y a plus rien d'impossible à croire; car, comme le dit fort bien saint Au-

i. Job., cap. xxxviii xxxis..

gustin : « les merveilles de la nature sont si nombreuses et si grandes que, si elles ne nous étaient montrées ou racontées par des témoins dignes def foi, nous les jugerions impossibles : Deus... poluit creare tam multa, quœ nisi ostenderentur aut a credendis hodieque testibus dicerentur, perfecto impossibilia putarentur i. » En effet, supposons-nous dans des ombres profondes, et beaucoup plus imparfaits que nous ne le sommes. Notre monde ne sera qu'une triste planète, bornée de tous côtés par un nuage; une lumière tremblante et sans éclat guidera nos pas. Point d'astre sur nos têtes, point d'abîmes où s'avancent gravement les constellations magnifiques qui peuplent l'azur du firmament; mais un spectacle plat et uniforme, dans un horizon rétréci. Voilà que tout à coup un inconnu vient s'asseoir à nos côtés, et nous raconte les splendeurs d'un monde semblable à celui que nous habitons aujourd'hui et que nous voyons tous les jours. Soyez-en sûrs, la première expression de notre ravissement sera cette interrogation spontanée : Est-ce possible 1 Eh! oui, cela est possible, puisque cela est. Est-ce possible? C'est la question que je me suis souvent adressée à moi-même, en entendant raconter les merveilles de

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