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POUR EXPLIQUER LTNFLUENCE ET L'ATTITUDE

Messieurs,

Après avoir résolu le triple problème de l'existence du peuple juif, nous rencontrons sur notre chemin la plus bizarre des contradictions; deux choses qui refusent de se répondre, dans la vie d'un homme dont le nom tient, sans contredit, le premier rang, entre tous ceux que la tradition nous a conservés; deux choses qui, si on les envisage à un point de vue purement naturel, embarrasseront éternellement les esprits les plus perspicaces et les mieux doués pour juger l'histoire : l'influence et l'attitude de Jésus-Christ.

Chose singulière! notre siècle, qui croit avoir perfectionné la critique historique, accepte sans rein. — 15

pugnance cette contradiction; elle échappe à l'exquise pénétration de ceux qui font profession de mieux saisir les nuances, dans les idées et les événements. L'influence de Jésus-Christ n'est pas douteuse, on l'avoue; c'est un fait capital, éminent, imcomparable...; et devant ce fait on nous montre un homme accroupi dans les plus vulgaires faiblesses, une espèce de pygmée dont toute la vie pousse un immense éclat de rire, en présence de l'œuvre qu'on lui attribue. Encore si on lui conservait, en le découronnant du merveilleux, son attitude historique! Mais en serait-il ainsi, Messieurs, il ne laisserait pas d'être en contradiction avec lui-même. C'est cette contradiction entre l'influence et l'attitude de Jésus-Christ que je veux faire ressortir, afin de forcer votre bon sens à lui restituer ses véritables moyens. Avant d'entrer en matière, je vous ferai remarquer que nous raisonnons dans une hypothèse : la suppression des miracles, et que nous ne considérons pas l'influence de Jésus Christ dans ses effets ultérieurs, mais dans ses effets immédiats et prochains sur ceux qui l'ont vu, entendu et touché, sur ceux qui ont été les spectateurs de sa vie et les compagnons de son apostolat, sur ses contemporains, amis ou ennemis.

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Comme il est des paroles sans trait, au service d'idées vulgaires, qui ne laissent aucune trace dans l'intelligence de ceux qui les écoutent, il est des paroles pénétrantes, au service d'idées nobles et grandes, qui creusent, dans l'âme humaine, d'iuffaçables sillons. Comme il est des personnalités médiocres, pour qui l'on se tient dans une sorte de neutralité, il en est de si fortement accusées par leur dignité ou leur bassesse, qu'on ne peut hésiter, à leur égard, entre l'admiration et le mépris. Comme il est des vertus si ordinaires, qu'on les voit paraître ou disparaître sans qu'on en soit ému, il en est qui parlent si éloquemment le bien et qui flétrissent si énergiquement le mal, qu'on ne peut s'empêcher de les aimer ou de les haïr avec passion. D'où il suit, Messieurs, qu'on peut juger de l'influence d'un homme par l'impression que produisent ses idées et ses desseins sur l'esprit de ceux à qui il les communique, par l'estime qu'on fait de sa personne, après qu'il en a révélé les qualités, par le sentiment qu'on éprouve au fond du cœur, quand on l'approche ou quand le souvenir nous remet en sa présence. Tous les hoiu-

mes supérieurs ont exercé sur leurs contemporains une influence plus ou moins longue et profonde, qui s'est traduite par la foi, l'admiration, l'amour ou la haine : mais aucun n'a égalé en cela ni n'égalera jamais celui dont nous étudions aujourd'hui la vie. Jésus-Christ a parlé ses idées et ses desseins, il a révélé le mystère de sa personne, il a manifesté ses vertus, — et il s'est fait croire jusqu'au plus violent et constant enthousiasme, admirer jusqu'à l'adoration, aimer jusqu'au sacrifice, haïr jusqu'à la fureur. Et trois ans ont suffi pour ce grand résultat.

Pendant ces trois ans, il a réuni, autour de lui, des hommes grossiers et ignorants. Il s'est assis sur le bord de la mer, sur la pierre du désert, sur le penchant des collines ; il a prêché les foules avides qui se pressaient autour de lui pour l'entendre, et, de leur sein, il a tiré un groupe d'âmes tellement éprises de ses pensées, tellement possédées par son esprit, qu'elles y ont oublié leurs pensées et leur esprit propres, et sont constamment demeurées le reflet vivant de l'intelligence supérieure qui s'était communiquée à elles.

Tout homme enseigné, serait- ce par le plus haut génie, mêle toujours quelque chose de lui-même aux doctrines qu'il a reçues et aux plans qui lui ont

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été confiés : ainsi il amoindrit, par un mélange sonvent funeste, l'influence qu'il a subie. Mais les apôtres de Jésus-Christ sont tellement saisis par l'action victorieuse de son esprit, que tout mouvement personnel semble apaisé dans leur âme; ils sont tellement convaincus, qu'ils redoutent, comme une profanation, l'alliage de leurs propres pensées et de leurs propres desseins, à la trame sacrée des pensées et des desseins du Maître. Gomme ces esquifs sans gouvernail que les flots capricieux poussent à l'aventure au milieu d'une nuit profonde, ils ont été ballottés par le doute. Une indécision mortelle est venue les étreindre, quand ils ont vu les jours trop courts de Celui qui les enseignait s'éteindre dans l'ignominie, avant qu'ils eussent compris ses sublimes leçons. Mais soudainement la foi se réveille en leur cœur. Tout est vu, tout est compris, tout est cru; et avec quelle unité et quelle puissance, Messieurs! Vous en possédez encore la vive expression, dans ce merveilleux résumé que dix-huit siècles de luttes intellectuelles n'ont pu entamer : le Symbole, c'est l'esprit révélé de Jésus-Christ, exprimé par l'esprit convaincu des apôtres. Ils ont tenu à nous le faire savoir ; car en tête ils ont tracé ce mot décisif, qui manifeste à toutes les générations à venir l'état de leur âme : Credo! Je crois!

238 nécessité historique des miracles

Loi antique et vénérée qui avez guidé, pendant trois mille ans, les pas de mes pères, sur les chemins du salut, astre divin qui avez apparu pour la première fois sur les cimes ébranlées du Sinaï, vous venez de vous éteindre derrière le sommet sanglant du Golgotha... Adieu ! Une loi nouvelle et plus sainte descend de la croix et s'impose à ma vie : Credo /Je crois !

Je crois le Père tout-puissant; je crois son Fils unique Jésus-Christ, né d'une Vierge et mort pour nous; je crois son Esprit-Saint, je crois son Église, je crois la rémission de mes péchés, je crois la résurrection de ma chair mortelle et corruptible, je crois la vie éternelle : Credo/ Je crois!

Mystères profonds, dogmes incompréhensibles! si vous étonnez ma raison, vous ne la troublerez pas, vous ne l'épouvanterez pas. Le Maîlre a parlé, et tout ce qu'il nous a dit, il l'a vu et contemplé dans la lumière même de Dieu : Credo! Je crois!

Malgré les Juifs qui me maudissent, malgré les Gentils qui me méprisent, malgré les contradictions et les persécutions du genre humain : Credo! Je crois!

Tel est, Messieurs, le langage de chacun des apôtres, dompté par l'influence souveraine de Jésus- Christ et possédé par son esprit. Pas une note dis-

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cordante ne se fait entendre, dans ce concert de la foi. Tous sont convaincus; pensez-vous qu'ils se contentent de repasser, en leur esprit, les paroles qu'ils ont entendues, et de goûter les charmes d'une méditation égoïste? C'était bon, Messieurs, aux disciples discrets de la philosophie antique : tranquilles et séparés de la foule, ils ruminaient, sous les portiques de l'école, les graves leçons de leurs professeurs, et craignaient de les profaner, en les laissant tomber dans l'oreille du peuple. Mais, semblable aux montagnes que travaille sourdement une lave impatiente, l'âme des apôtres, tourmentée par leur foi enthousiaste, va éclater tout à l'heure, lancer vers le ciel des gerbes lumineuses, et répandre autour d'elle des torrents de feu. En acceptant les idées de Jésus-Christ, ils ont accepté son programme. Ce programme est court; mais quelle immense majesté! « Allez, enseignez les nations : Euntes docete omnes gentes l. » « Leur bruit se répand sur toute la terre, leur voix retentit jusqu'aux confins du monde : In omnem terram exivit sonus eorum, et in fines orbis terrx verba eorum 2. » A tous les peuples que le soleil éclaire, ils font entendre ces paroles : « Croyez en Jésus-Christ, et vous serez sauvés. Quiconque croit

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