‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 52 sur 80 · Matth., cap. xvi · texte numérisé non relu

Matth., cap. xvi

2 Act. Apost., cap. in, 15.

s'en rendaient coupables, par les railleries et les insultes qu'ils prodiguaient aux funérailles des tyrans. Le culte des apôtres est-il de cette nature? Évidemment non. Il procède d'une admiration naïve et toute spontanée. Il est dans les plus intimes profondeurs de l'âme, aussi bien que dans les actes extérieurs par lesquels il s'exprime. Il ne peut plus espérer de flatter ni celui à qui il s'adresse, puisqu'il a disparu, ni sa dynastie, puisqu'il est unique; et, présenté sous la forme étrange de l'anéantissement devant un gibet, il s'attire fatalement le mépris et la réprobation du monde. Malgré cela, Messieurs, il existe, il persévère : il est donc sincère et désintéressé. Il atteste que Jésus-Christ s'est emparé souverainement de l'esprit de ses apôtres, puisqu'il obtient d'eux, outre l'échange de leurs idées propres pour ses idées, une admiration sans limites pour sa personne, et la reconnaissance délicate d'une supériorité qu'il ne faut pas espérer d'atteindre.

Il semble, Messieurs, que cette influence maîtresse de Jésus-Christ sur l'esprit le repousse à une distance infinie du cœur. Le cœur est refroidi par i l'exagération du respect, et, à cause de ses infirmités présentes, l'éclat trop vif de la majesté y tarit ies sources sacrées de l'amour; car « l'amour, selon une vieille sentence, veut trouver des égaux; quand

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il n'en trouve pas, il en fait : Amor aut pares invenit aut facit. » Admiré jusqu'à l'adoration, Jésus-Christ ne sera donc pas aimé. C'est ce qui vous trompe : il esf. aimé, comme jamais homme ne le fut ni ne le sera. Ce n'est pas une émotion passagère, un sentiment bénin qu'il produit par la manifestation de ses vertus : c'est une passion constante et cruelle, qu'il fixe au cœur de ces hommes durs et grossiers, dont il n'est ni le père, ni le frère, ni l'enfant; une passion qui devient pour eux un sublime tourment, un feu qui les dévore et leur fait pousser des cris à donner le frisson. Jamais l'amour maternel, le plus grand de tous les amours, ne s'est exprimé avec une telle vigueur ni une telle élévation. Amour! amour 1 c'est toi qui torturais ces âpres natures, et c'est toi qu'elles préféraient à tous les dons et à toutes les grandeurs. Ecoutez saint Paul, traduit par un de nos plus grands poètes :

En vain je parlerais le langage des anges, En vain, mon Dieu, de tes louanges Je remplirais lout l'univers.

Sans amour, ma gloire n'égale Que la gloire de la cymbale Qui d'un vain son frappe les airs.

Que sert à mon esprit de percer les abîmes Des mystères les plus sublimes Et de lire dans l'avenir ?

Sans amour, ma science est vaine,

Gomme le songe dont à peine Il reste un léger souvenir.

Que me sert que ma foi transporte les montagnes; Que, dans les arides campagnes, Les torrents naissent sous mes pas; Ou que, ranimant la poussière, Elle rende aux morts la lumière, Si l'amour ne m'anime pas ?

Oui, mon Dieu, quand mes mains, de tout mon héritage, Aux pauvres feraient le partage ; Quand même, pour le nom chrétien, Bravant les croix les plus infâmes, Je livrerais mon corps aux flammes :

Si je n'aime, je ne suis rien l.

Mais qui donc aimez-vous ainsi? Est-ce votre père,: votre mère, votre épouse, votre enfant? Non. 0 grands insensés! vous aimez un homme que le peuple a maudit, et que vous avez abandonné. — Eh bien! oui; mais aujourd'hui <r malédiction à qui n'aime pas Jésus-Christ! Si quis non amat Jesum Chrislum, anathema sit2l » Oui, nous l'avons abandonné; mais voyez comme nous nous vengeons de nos lâchetés et de notre crime! Aujourd'hui, « c'est pour lui que nous passons pour fous, infirmes et ignobles; c'est pour lui que nous avons faim, que nous avons soif, que nous sommes nus, que nous sommes souffletés, que nous n'avons pas de de-

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