‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 57 sur 80 · Luc, cap. ix · texte numérisé non relu

Luc, cap. ix

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semble lui manquer pour s'en arracher. Qu'y a-t il donc de si admirable dans ce plébéien obscur, pauvre, impuissant, qu'on doive un jour l'adorer?

Mais eût-il tous les prestiges humains de la naissance, de la richesse, du pouvoir, de la vertu, de l'esprit, n'oubliez pas, Messieurs, qu'il est déplacé, s'il veut obtenir un culte. Jérusalem est la ville sainte, où se conservent tous les souvenirs du Dieu unique dont la majesté jalouse réprouve les adorations sacrilèges. Les jours néfastes de l'idôlatrie sont passés, et le cœur purifié du peuple n'éprouve plus qu'une souveraine horreur pour les dieux qui ne sont pas le sien. Il est vrai que Jésus-Christ pousse l'audace jusqu'à affirmer qu'il est le Fils de Dieu, qu'il vit dans la familiarité de son Père céleste, que lui et son Père ne sont qu'une même chose. Il approuve qu'on dise de lui : « Tu es le Christ, Fils du Dieu vivant : Tu es Christus, Filius Dei vivi, » et il prétend qu'il faut être inspiré pour être capable d'une si haute confession. Mais, je vous le demande, par quoi se justifie cet abus de paroles, quand tous les prestiges font défaut? Que si, dominés par l'affirmation opiniâtre de leur Maîtret, l'engouement dont il est l'objet, les apôtres se laissent aller à l'admirer plus que de raison, leur peut-il rester au cœur d'autre sentiment qu'une vive indignation et un profond

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mépris, quand ils le voient finir ignominieusement, et qu'ils s'aperçoivent qu'ils ont été dupes? Il se vantait de n'avoir point de péché, et il meurt noyé dans l'opprobre, entre deux scélérats, maudit par les prêtres, maudit par le peuple. Il disait : « Mon Père et moi nous ne sommes qu'un; mon Père est toujours avec moi, » et il se plaint à la face du monde de l'abandon de Dieu : Deus, Deus meus, ut quid dereliquisti me? On le met au défi de prouver qu'il est le Fils de Dieu, quand il en est plus que jamais temps, et il demeure immobile sur son gibet. Tenez, Messieurs, je consens à supprimer le mépris et l'indignation, je veux qu'on ait pour lui de la pitié... Mais l'adorer! qu'a-t-il fait pour cela?

Semblablement, qu'a-t-il fait pour mériter cet amour passionné, qui ne se contente que par les plus douloureux sacrifices? Il laisse tomber de sa bouche des paroles aimables ; il appelle ses apôtres ses petits enfants, ses amis. Mais, en même temps, il pèse, avec une insistance maladroite, sur l'endroit le plus sensible du cœur humain ; il le froisse et le meurtrit dans ses plus légitimes et ses plus délicates exigences. Le cœur humain veut être libre de se donner. On mérite ses affections, on ne les commande pas; lui dire : Aime-moi, je veux que tu m'aimes, — c'est retarder son choix, au lieu de le hâter. Les men-

diants ou les tyrans d'amour ont pour destinée de n'être jamais aimés. Eh bien, Messieurs, Jésus-Christ mendie l'amour de ses apôtres; il fait plus, il le commande. Il le commande, non pas avec cet empressement passionné qui mêle aux ordres de la volonté les prières et les larmes du cœur, mais avec cet aplomb hautain qui tiendrait à l'écart l'amour le plus facile : « Si vous m'aimez, dit-il, gardez mes commandements : Si diligitis me, mandata mea servate i. » Il faut m'aimer, entendez-vous? Pressezvous de faire votre choix. « Qui aime son père et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi : Qui amat patrem et matrem plus quam me, non est me dignns. Qui aime son fils et sa fille au-dessus de moi n'est pas digne de moi : Qui amat filium et filiam su- ■per me, non est me dignus 2. » Ainsi, il faut qu'on l'aime d'une affection qui surpasse les premières et les plus sacrées affections de la nature, et ce n'est que par cet étrange renversement du cœur qu'on est digne de lui. L'amour dont il est l'objet prime toutes les vertus ; ce n'est pas un acte gracieux dont il puisse être reconnaissant , c'est le plus grand devoir. Comprenez-vous, Messieurs, qu'on aime un homme qui tient un pareil langage? Par

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