‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 58 sur 80 · Malth., cap. x · texte numérisé non relu

Malth., cap. x

quoi rachète-t-il tant d'impatience et de hauteur? Ah ! il est une chose dont vous ne vous étiez pas doutés, avant la révélation qui vient de nous en être faite. La Galilée était si belle! « C'était un pays très vert, très ombragé, très souriant, le vrai pays du Cantique des cantiques et des chansons du bien-aimé. Pendant les deux mois de mars et d'avril, la campagne est un épais massif de fleurs, d'une franchise de couleur incomparable. Les animaux y sont petits, mais d'une douceur extrême. Des tourterelles sveltes et vives, des merles bleus si légers qu'ils posent sur une herbe sans la faire plier, des alouettes huppées qui viennent presque se mettre sous les pieds du voyageur, de petites tortues de ruisseaux dont l'œil est vif et doux, des cigognes à l'air pudique et grave, dépouillant toute timidité, se laissent approcher par l'homme et semblent l'appeler... Et puis..., le vin était excellent... et on en buvait beaucoup... Toute l'histoire du christianisme naissant est devenue une délicieuse pastorale... Un Messie au repas de noces, la courtisane et le bon Zachée appelés à ses festins, les fondateurs du royaume du ciel comme un cortège de paranymphes : voilà ce que la Galilée a osé, ce qu'elle a fait accepter * ».

i. B. Renan, Vie de Jésus.

Vous comprenez bien, Messieurs, que, du moment que la Ga ilée ose de pareilles choses, on ne peut pas s'empêcher d'aimer un homme qui vous promène dans un pays si ravissant. Il n'y a qu'un malheur à cela : c'est que la noce passe et que le vin ne dure pas toujours; quand il est bu, il faut tremper ses lèvres dans un autre calice, plein d'opprobres, d'ignominies et de souffrances. J'ignore quelle impression ont pu faire sur les apôtres les délicieuses pastorales de la Galilée, les tourterelles sveltes et vives, les merles bleus, les alouettes huppées, les petites tortues à l'œil vif et doux, les cigognes à l'air pudique et grave, l'excellent vin qu'ils ont bu, la compagnie des pécheurs et des courtisanes; mais il est une chose que je n'ignore pas : c'est que Jésus- Christ a plus d'une fois rudoyé son cortège de paranymphes : il les appelle gens de peu de foi, génération perverse et incrédule, Satan. Encore n'est-ce qu'une ombre légère au riant tableau que vous venez de voir se dérouler sous vos yeux. En voici la contre-partie : ces hommes si à l'aise dans le plus beau pays du monde, on les laisse souffrir de la faim à tel point qu'ils sont obligés d'arracher des épis dans les champs, pour se nourrir; ils ne doivent posséder ni or, ni argent, ni bourse, ni deux tuniques, ni chaussure, ni bâton ; ils voient s'ouvrir de-

vant eux la plus terrible des perspectives : une vie de tribulations, de hontes et de douleurs. Leur maître n'est pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive. Allez, dit-il, « je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. On vous traînera devant les tribunaux, et on vous flagellera ; les proconsuls et les rois vous appelleront à leur barre à cause de moi. » Horreur! « Le frère livrera son frère, le père son fils, les enfants leurs parents, et ils les feront mourir. Vous serez en haine à tous, à cause de mon mon, et celui-là seul qui persévérera au milieu de tant de maux sera sauvé : Quiperseveraverit usque in finem, hic salvus erit l. Celui qui veut venir après moi, qu'il se renonce lui même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive : Si quis vult post me venire, abneget semetipsum, tollat crucem suam quotidie, et sequatur me 2. » Et, comme par une amère dérision, il ose dire : « Mon joug est suave et mon fardeau est léger : Jugum meum suave est et onus meum levé 3. » Messieurs, il n'y a pas de Galilée, pas de pays délicieux et enchanteur, qui puisse empêcher l'attitude de Jésus-Christ d'être souverainement repoussante pour la nature.

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