‹ Introduction au dogme catholiqueChapitre 60 sur 80 · VINGT-NEUVIEME CONFERENCE · texte numérisé non relu

VINGT-NEUVIEME CONFERENCE

DE LA NÉCESSITÉ HISTORIQUE DES MIRACLES POUR EXPLIQUER L'OEUVRE DES APOTRES

Messieurs,

Un intérêt immense s'attache toujours à ces tragiques événements, qui se dénouent par la ruine d'une grande nation. Nous en suivons avec avidité les péripéties; notre imagination anxieuse nous transporte sur tous les lieux, nous jette dans toutes les aventures, nous mêle à tous les mouvements; et, quand nous avons assisté à l'agonie des vaincus, au triomphe des vainqueurs, quand nous avons vu flotter, sur les villes conquises, le drapeau qu'ils portaient si fièrement dans les combats, nous nous recueillons en nous-mêmes, et cherchons à nous rendre compte des défaites et des succès. Mais combien les luttes des peuples, se disputant quelques lieues de territoire et s'eiïorçant de s'exterminer.

sont d'une mince importance et d'un vil attrait pour l'esprit, en comparaison de cette guerre à outrance, déclarée, il y a dix-huit cents ans, au genre humain, par ces douze hommes sans gloire, que nous avons vus sortir des embrassements du Christ ressuscité, pleins de foi, d'admiration et d'amour! Fidèles au programme de leur Maître, après avoir affronté les coupables résistances de la Synagogue et fait dans les champs d'Israël une rapide moisson d'élus, ils s'élancent sur le monde, le parcourent dans tous les sens, le travaillent avec une indomptable énergie, rébranlent sous les coups d'une parole sans culture, se pressent, se hâtent de le dépouiller, lui jettent à la face leur sang généreux, et parviennent à planter, sur les ruines qu'ils ont faites d'un passé honteux, le drapeau que chacun d'eux portait dans la mêlée, un signe méprisé jadis et maintenant adoré, la croix abreuvée du sang d'un Juif... et c'est fait! Factum est! Le monde est conquis.

Devant une telle victoire, qui ne sent le besoin de se recueillir, et de demander aux événements par quelle voie ils ont été conduits à cette admirable issue? L'œuvre des apôtres est-elle de cette nature qu'on puisse l'expliquer sans l'intervention d'une force supérieure, ou bien doit-elle nous mettre en-

core en présence de cette force, et courber une troisième fois nos fronts sous le bras de Dieu? C'est ce que nous allons voir. Je poursuis toujours le merveilleux, mais n'en soyez point étonné, Messieurs : c'est pour vous être utile, et en même temps pour marquer le souverain mépris que me font éprouver ces hommes légers et superficiels, qui se contentent d'exécuter, en quatre pages, des faits qui demandent une si laborieuse démonstration.

Commençons.

Que la conquête des apôtres ait été rapide et immense, c'est un fait, Messieurs, qu'il est impossible de contester, sans se mettre en contradiction avec les monuments les plus dignes de foi. Les écrivains sacrés et profanes, bien que divisés de croyances et d'intérêts, s'accordent sur ce point, les uns pour triompher, les autres pour se plaindre, et leurs témoignages, en se prêtant un mutuel appui, forment la plus éclatante de toutes les preuves historiques.

A la sortie du cénacle, la prédication évangélique convertit trois mille hommes d'un seul coup. Quelques jours après, Pierre se jette au milieu de la foule et lui demande raison de la mort de son Maître : cinq mille voix lui répondent par une profession de foi solennelle; toute la Judée est en émoi. Dix ans s'écoulent, et le chef des apôtres envoie sa

première épître aux fidèles dispersés du Pont, de la Galatie, de la Gappadoce, de l'Asie, de la Bithynie. Antioche, Athènes, Damas, Gésarée, Milet, reçoivent la bonne nouvelle. Paul écrit à la capitale du monde et aux villes les plus illustres de l'empire : Gorinthe, Philippes, Colosse, Éphèse, Thessalonique. Il annonce aux Romains que leur foi est prêchée au monde entier : Fides vestra annuntiatur universo mundo l. Il apprend aux Philippiens que la maison de César est envahie, et leur fait passer le salut fraternel des saints qui l'habitent : Salutant vos omnes sancti, maxime autem qui sunt de domo Csesaris 2. Pendant ce temps, que font les autres? Ils se jettent à toutes les extrémités du monde. Les Éthiopiens, les Scythes, les Perses, les Indiens, entendent proclamer le nom unique de Celui par qui toute âme vivante doit être sauvée. Posté au centre du monde, Pierre, le maître de tous depuis que Jésus-Christ a disparu, Pierre envoie les disciples qu'il a bénis jusqu'au fond de la Germanie et des Gaules. L'univers s'ébranle, l'univers retentit du nom du Crucifié. « Il n'y a pas de peuples, dit saint Justin, grecs ou barbares, de tout nom, de toutes mœurs, qu'ils habitent sur des chariots mobiles ou sous des tentes

i. Rom., cap. i, S.

Page 1