Num., cap. vn, v
DIEU DANS LA MISSION PROPI1ETIQUE 53
jours bon; je tiens & faire cette derniere remarque, avec ceux qui ont etudie Faction de Dieu dans la mis sion prophetique. Entre tous les moyens qu il etnploie, il ne choisit pas d habitude ceux qui lui font le plus d honneur par leur splendeur et leur souverainete, mais cecx qui conviennent le mieux aux generations auxquelles s adressent les oracles, ainsi qu aux instincts generaux de Thumanite. Nous perdons facilement le souvenir des idees et des faits qui se presentent a notre esprit nus et depouilles de toute figure; mais les tableaux qui frappent 1 imagination y laissent des traces ineffa^ables, qui nous charment encore, lors mSme que les derniers souffles de notre memoire ne sont plus assez forts pour les ressnsciter tout entiers. Le peuple, surtout, aime les images, et plus encore lorsqu il vit sous le ciel resplendissant des pays orientaux, pres de Timmensite du d6sert, sur une terre feconde et variee ou tout vient comme sans effort; lorsque son ame, constamment ^ssaillie par les grandioses beautes de la nature^ est toujours prete a rver. Si c est une faiblesse, Dieu
Pa prise en pitie, puisqu il a employe, comme
moyen prophetique, la vision imaginaire, plus fr6quemment que les autres visions. Veut-il representer le crime de son peuple? c est une vigne rebelle, tendrement cultivee, qui ne donne a son planteur que
des fruits amers et sans vertu; c est une femme infidele qui trahit, en de \iles debauches, le meilleur, le plus aimable, le plus saint des epoux. Veut-il annoncer le chatiment de Jerusalem, son incendie et les tribulations de ses enfants? c est une chaudiere enflammee, c est un animal courbe sous le joug, c est une fille dshonor6e qui pleure sa honte. Veutil promettre des temps heureux? une tige s echappe de la souche de Jesse, et une fleur s ouvre; 1 Esprit du Seigneur descend dans sa coupe virginale, et la remplit de ses dons. Le desert se rjouit, la solitude tressaille et fleurit comme le lis, le Liban et le Carmel se preparent & voir la gloire de Dieu. Le loup vient habiter pres de 1 agneau, le leopard au milieu des chevres timides; la genisse et Tours paissent ensemble, leurs petits reposent au meme endroit; le lion demande au boeuf a manger dans sa creche, et c est un enfant, un petit enfant, qui les con duit et les gouverne. Entre 1 opprobre et la gloire, 2a douleur et la joie, faut-il peindre la resurrection du peuple? Ecoutez Ezechiel. Rien n est plus magnifique ni plus saisissant :
La main de Dieu est tombee sur moi, m a emporte comme le voulait le Seigneur, m a laisse au milieu d un champ, et m en a fait faire le tour. Ge champ etait plein d ossements. II y en avait beau-
coup, beaucoup sur la terre nue, et ils etalent entierement desseches. Une voix se mit a crier : Fils de rhomme, penses-tu que ces osseraents vivent? Et je dis : Seigneur Dieu, tu sais bien que non. Eh bien! prophetise sur ces ossements, et dis-leur : Os arides, ecoutez la parole du Seigneur* Voici ce qu il vous dit : Je vais faire entrer en vous mon souffle, et vous vivrez. Je vous donnerai des nerfs, et par-dessus je ferai croitre des chairs, et par-dessus j etendrai une peau. (Vest alors que mon esprit viendra, et vous vivrez, et vous saurez que je suis le Seigneur. Je me mis done a prophetiser comme Dieu me 1 avait command^. Et voila qu a ma parole il se fit un grand bruit et une grande commotion; les os s approcherent des os, et se mirent chacun dans leur jointure. Et j ai vu pousser les nerfs, croitre les chairs, et, par-dessus, s etendre la peau; mais ils n avaient pas 1 esprit de vie. Et la voix me dit : Appelle 1 esprit, Fils de rhomme, appelle 1 esprit, et dis-lui : Voici la parole de Dieu. Des quatre vents du del, viens, 6 esprit, viens, souf fle sur ces morts, et qu ils revivent. Et j ai prophetisS. Et Tesprit entra dans les ossements, et ils se mirent a vivre, se tenant surleurspieds comme une grande, grande, grande armee. Alors la voix : Fils de 1 homme, tous ces ossements, c estla maison
d Isragl. Us disent la-bas : Nos os sont dessech6s, notre esperance est fletrie, car nous avons ete coupes de la tige. Mais prophetise, et dis-leur : Void com ment parle le Seigneur Dieu. Je te retirerai de tes sepulcres, 6 mon peuple, et je te ramenerai dans la terre d lsragl; et tu sauras, alors, que je suis le Sei gneur. mon peuple! oui, oui, je t enverrai mon esprit, et tu vivras. Je te ferai reposer sur la terre qui est a toi, et tu sauras que ce que j ai dit, je Tai fait, moi, le Seigneur Dieu *. Messieurs, quelle profonde impression devait produire, sur des ima ginations orientales, une vision prophetique exprimee en termes si energiques et si grands! Nous ne sommes pas des Orientaux, et, pourtant, s il arrivait qu apres de longs revers notre gloire s obscurcit ; si, vaincus par PEurope, nous devions etre condamnes a un douloureux et meprisable esclavage, comme nous 6couterions un homme, aussi puissant en oeuvres qu en paroles, qui viendrait nous dire ce qu Ezechiel disait a la maison d Israel : Os arides, ecoutez la parole de Dieu, Ossa arida, audite verbum Dei... Peuple d esclaves, je vais ouvrir les tombeaux et les fosses, oil la main des Strangers et des oppresseurs te retient captif, et bientCt tu pourras respirer, apleine
i. Ezech., cap. xxxvii, v. 1-14.
poitrine, Fair de la liberte! De notre cceur meurtri s echapperait un cri d actions de graces; nous sentirions se r6veiller, avec nos esperances fletries, les sentiments gen6reux qui fontles peuples immortels, et la vision du prophete serait ecrite en lettres d or au frontispice de notre nouvelle histoire 9
TREIZI^ME CONFERENCE