Cantique des cantiques
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des temps et consoli ceux qui pleuraient en Sion. II predit ce qui devait arriver aux derniers jours, et decouvrit les secrets de Dieu avant qu ils fussent manifestos f . Messieurs, cet doge de FEcclesiastique contient en abregS toute la vie d Isaie. II etait, selon Topinion la plus commune, de race royale : son pere Amos descendait du roi Joas. II devint Tintime ami d Elzechias et le confident habituel de ses pieuses pens6es. Ez6chias estimait en lui la noblesse du sang, la rare distinction du talent, le zfele fougueux pour la loi de Dieu, et, surtout, la lumiere prophetique qui servait si adrnirablement leurs religieux desseins. Isa ie a vu les mysteres du nouvel &ge. et les a si bien depeints, qu on Pa appele Tfivangeliste de TAncien Testament. Par la clarte et Timportance de ses oracles, aussi bien que par Teclat de son gfinie, la sublimite de son style et la perfection de sa diction, il est superieur a tous ceux qui ont ecrit des visions prophetiques. On a dit de lui qu il tait Taigle de la litterature sacr^e, le Demosthenes et le Pindare des Hebreux. En effet, c est Taigle, par 1 elevation de ses pens^es; c est Demosthenes, par sa majestueuse Eloquence; c est Pindare, par son enthousiasme lyrique. II contem-
t. Ecclesiast., cap. XLVTIT, v. ^5-
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pie la gloire de Dieu, et nous emporte avec lui jusqu au trone de I fiternel. A chaque instant, on entend sortir de sa bouche de religieuses provoca tions adress6es au del, a la terre, a tous lespeuples; on dirait qu il est, aprSs Dieu, le roi du monde entier, et qu il a regu d en haut le droit de tenir toute creature emue et palpitante sous la pression de ses paroles. Qu il menace, qu il reproche, qu il console, il sait trouver a propos et les tableaux effrayants, et les p6ntrantes invectives, et ces vifs coups de fouet qui stimuient les ames laches et decouragees, et cea discours pleins de tendresse et d onction qui descendent comme une rosee bienfaisante sur les cceurs fletris et desseches. Quand il chante la nature et les siecles, tous les echos du temps et de 1 espace lui repondent. On entend menacer le Seigneur aux confins de la terre, et venir sur ses pas les bandits qui doivent laver dans le sang les crimes des pecheurs. On entend hurler les flots de la mer, les navires errants, les rochers du rivage, les lies depeuplees. On entend tomber, tomber jusqu aux fondements, les remparts des villes prostituees. On voit fleurir le desert, s assouplir les betes feroces et s ouvrir les jours sereins de la misericorde divine. II tonne, dit un auteur juif, il lance la foudre et fait brilier les Eclairs. Ge n est pas la Grece qu il secoue et qu il
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agite, comme on 1 a dit de Pericles : c est le ciel, c est la terre, c est la nature entiere qu il remue et qu iJ semble bouleverser et confondre. En un mot, Isa ie est divin : divin, parce que Finspiration se trahit a chaque page dans ses Merits ; divin encore, parce que, a c6te .de 1 inspiration, se deploient ces infinies ressources de la science et de Tart qui recommandent un homme a 1 admiration de ses semblables et lui mritent le nom que les anciens donnaient a Homere et a Platon. Isa ie met au service de 1 Esprit de Dieu une science profonde de sa langue et une harmonieuse distribution de toutes ses richesses, qui font de ses ecrits un chef-d oeuvre immortel, ou les siecles peuvent venir etudier le beau, le sublime, a leur plus haute expression.
Bien qu il eut prolonge par un miracle les jours de son ami, Isa ie le vit s eteindre entre ses bras, recueillit son dernier soupir et baisa en pleurant son front, que la mort avait glace. Manasses 6tait la*, mais il ne fut pas toueh6 de ce spectacle. La passion etouffa dans son coeur le souvenir du saint roi et le respect de 1 homme de Dieu qui devait etre son tuteur et son conseiller. Irrite des reproches que lui faisait Isa ie, a cause de ses impudicites et de ses idolatries, il le livra aux bourreaux, qui lui dechirerent le corps avec une scie de bois. Telle est la
tradition commune des Juifs, reciieillie par FEglise et ins6re dans son Martyrologe. Gette mort violente fut le signal des vengeances divines, que n arrfiterent pas les remords, le repentir, les humilia tions et les prieres de Manasses, non plus que la douceur, la vaillance, la pifite, le zele de son petitflls Josias. Leur funeste postrite 6pouvanta la terre de Juda par ses abominations et dScida les coups du ciel. Nous ne sommes plus, Messieurs, aux jours du triomphe etde la restauration ; la mort va faucher le champ de Dieu envahi par Tivraie : il faut un Ndbi aussi grand que ce grand malheur, et qui sache pleurer sur le cadavre de 1 epouse infidele. Ce Ndbi, vous 1 avez deja nomm6, c est Jer6mie.
Jeremie 6tait flls d Helcias, de famille sacerdotale et de ville levitique. L Eglise a toujours cru qu il avait ete purifiS, comme Jean-Baptiste, dans le sein de sa mere ! . II prophetisa sous les rois Josias, Jechonias, Joachim et Sedecias. Non seulement il fut maltrait6 par les ingrats dont il annongait et pleurait les malheurs, mais il eut la douleur d assistef
1. Cette pieuse croyance est autorisee, plutot que demontree, par un verset du premier chapitre de la vision de Je remie : Je t ai connu avant de te former dans le sein de ta mere, et, avant que tu en sortisses, je t ai sanctifie et destine a prophetiser au milieu des nations : Priusquam te formarem in utero novi te y et antequam exires de vulva sane* lificavi te, et prophctam in gentibus dedi te.
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1 r - ni fc
aux derniers jours de sa patrie et de contempler ses mines. Une admirable soumission aux d6crets de Dieu, une invincible Constance dans les plus grands maux, une in6branlable fid61U6 aux restes mutiles de sa nation, voila ce qui fait de J6remie riiomme fort, rhomme saint par excellence, et le plus grand, le plus noble, peut-6tre, des citoyens dont puissent s honorer les r6publiques antiques. La Grece Feut couronne, Rome lui eut dress6 des sta tues; Ffiglise Fa inscrit au catalogue des saint?, et les Juifs Fhonorent comme Fune des plus grandes ames que Dieu ait mises aux prises avec Finfortune, comme une des plus puissantes personnifications du patriotisme. Quand, apres le retour de la captivite, il fallut relever le courage des Juifs persecutes, c est 1 ombre plaintive de Jeremie que le grand-prtre Onias montra au vaillant Machabee, en lui disant : Voila celui qui aima ses freres et le peuple, voila celui qui prie beaucoup pour le peuple : Hie est fra~ trum amator et populi, hie est qui multum oral pro populo *. Comme s il eut dit : c< Machabee, toi qui veux defendre la nation opprimee, toi qui veux devenir un grand citoyen dans la patrie regeneree, regarde, voici le plus grand des citoyens de la ville
i. II Mach., cap. xv, v. i4.
sainte, Jeremie, le prophete de Dieu. Apres la ruine de Jerusalem, Nabuchodonosor, ayant appris Thistoire de Jeremie, comprit que, chez ce peuple qu il meprisait, il y avait encore un homme digne d admiration et d estime ; il lui donna le choix ou de demeurer en son pays, ou de le suivre a Babylone, lui promettant repos et fortune. Jeremie prfera les ruines de sa patrie et la compagnie des pauvres Iaiss6s dans la terre de Juda, et, quand les mis6rables restes de sa nation se refugierent en Egypte, malgre ses avertissements, fidele jusqu au bout, il les suivit sur la terre etrangere, ou il fut tue, dit-on, par ceux a qui il avait consacre le der nier amour de son coeur tant de fois meurtri .
D autres racontent que, devore de chagrin et sen-
tant sa fin prochaine, il voulut dire adieu a sa chfere Jerusalem et verser sur elle les dernieres larmes de ses yeux eteints. II prit done son baton de voyage, et, tristement appuye sur le bras d un pauvre comme lui, il \int en mendiant sur les ruines solitaires, et s endormit pres de celle qu il avait tant aimee.
On a reproche a Jeremie la rusticite de son Iangage; mais personne n a conteste son genie. La naivete et le laisser-aller de son style, dit saint Je rome, sont compensgs par la majeste et la profon-
deur des idees *. Bien qu il soit inferieur a Isaie, on peut affirmer, cependant, que, dans 1 ordre du merite, il tient le second rang. II est moins pur et moins egal, sans doute, que ses devanciers, moins exact et moins severe dans le tour de ses periodes; le parallelisme de ses vers languit quelquefois; dans sa phrase se glissent des chaldaismes, des mots obscurs; enlin, il est, si vous le voulez, rempli d imperfections; mais ces imperfections sont dues au siecle de perturba tions, de guerres, de carnages et de mines dans lequel il a vecu, et non a 1 interiorite de son talent, qui 6tait eminent. Quand il dcrit surtout la devas tation, le pillage et le deuildes villes etrangeres, il s elevejusqu a la perfection et approche beaucoup de la magnificence d Isaie. Voila ce qu on peut dire, si Ton compare Jeremie, comme prophete, aux autres prophetes. A un autre point de vue, et comme pogte ^legiaque, il n a point d egaux. Grotius le compare a Simonide; mais Simonide est a ses pieds, comme Pindare est aux pieds d Isaie. La foi qui faisait chan ter Isaie manquait a Pindare; la tendre charite qui faisait pleurer Jeremie, Simonide ne la connut jamais. Je n insiste pas, Messieurs : il y aurait une sorte de profanation a mesurer le talent venal du
1. Qui quantum in verbis simplex et facilis, tanlum in majestate sensuum profundissimus est. (In Jerem.}
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poete pa ien avec les douleurs vraies et profondes qui briserent le coeur du prophete. Lui seul, dit Bossuet, a su galer les plaintes aux malheurs. Par tout il est triste, lugubre, lamentable, mais d une mamere sublime. II emprunte ses figures non plus aux animaux qui reprfesentent la grandeur, la force et la patience, mais aux oiseaux plaintifs et voyageurs : la colombe, la cigogne, 1 hirondelle, symbole des douleurs et de 1 exil. Partout il est le poete de la com passion, des gfimissements et des larmes, mais surtout dans les chants remarquables qu il nomme ses Lamentations. Assis sur les murs Scroules de la ville qu il appelle encore sa deplorable patrie, il tire de son coeur d inimitables accents. Ses d6fauts paraissent se changer en qualit6s : c est la grace et la sensibilite, le disputant a une dexterite en quelque sorte infinie, qui reproduit sous mille formes les memes pensees et les memes sentiments. Les Lamentations dc Jer6mie sont les plus magnifiques et les plus parfaites productions du genre elegiaque ; elles peuvent servir d interpretes aux plus ameres douleurs. Le Fils de Dieu n a pas craint de les demander a son Eglise pour les jours de son agonie, de ses souffrances et de sa mort; et chaque ann6e, pendant son grand deuil, 1 Eglise nous rappelle que JSremie savait pleurer divinement.
Les infortunes du peuple juif sont done consommees, Messieurs, et leur divin chantre a succombe Iui-m6me dans la supreme catastrophe; mais le livre des destinees n est pas clos. Aux fils de la dis persion il faut maintenant des consolateurs et des protecteurs; car le germe sacre d oii sortiront les vrais enfants d* Abraham ne doit pas 6tre 6touff6 dans 1 opprobre. Les deux anges de 1 exil regoivent la visite de I Esprit-Saint, sur les bords des fleuves babyloniens oil Israel chante ses maiheurs. Ezechiel ranime ses esperances par des visions pleines de promesses. Daniel y joint des details si precis, qu il est impossible de meconnailre la bonne volonte de Dieu.
Fils de Buzi, Tun des plus illustres pretres de Juda, fizechiel prophetisa pendant vingt-deux ans. Ses levres sanctifiees racontaient encore une vision, quand il fut tue par un Juif a qui il reprochait son apostasie. Ne cherchez pas, dans ses Merits, la purete et la regularite des anciens po^mes hebra iques : il semble en avoir perdu le souvenir; mais, en homme de g6nie, il se sert rSsolument des debris d ujj idiome corrompu, et, s il ne peut ressusciter le rythme harmonieux des beaux jours, il donne a ses penses et ses images un tour entierement nouveau. Sa prose est riche et abondante, comme les
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plus beaux vers de ses prd6cesseurs, et il se venge noblement de 1 impuissance de la langue par 1 inepuisable fecondit6 de son imagination et Foriginalite de son execution, de telle sorte qu on rencontre chez lui, quelquefois, et la magnificence d lsaie, et l 61egante suavit de Jeremie, et l ingnuite d Homere, et Frequence de Demosthenes, et le tumulte lyrique de Pindare. II a des inegalites, et ses efforts donnent a son style comme une teinte obscure; mais ces imperfections sont rachetSes par une mise en scene si tragique, si emouvante, que Lowth Tap* pelle 1 austere, farouche, sinistre, et presque hor rible fizechiel . Malgre ses defauts, dit Eichorn, qui 1 a etudie a fond, fizechiel est et sera toujours un grand pote, un genie original; et ceux
qui ne se le figuraient que comme un simple imitateur de ses prdeeesseurs n auraient nullement saisi son \eritable caractere. On ne doit le compa rer, en general, ni a Isaie ni aux autres anciens prophetes. Geux-ci sont grands, fizechiel Testaussi, mais chacun a sa maniere ; et quant a ce dernier, en particulier, s^l est permis d en juger par les monuments actuellement existants de la poesie he* di .ue, le genre de ce prophete lui appartient err
I. Soevus, truculentus, atrox, et dictlone pene horrldus [De sacra poesi Hebrceorum.)
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propre, il Pa invente lui-mSme, ilen est le veritable createur.
Pendant qu fizeehiel prophetisait, Daniel grandissait, en science et en sagesse, a la cour des rois de Babylone. Plein de 1 Esprit de Dieu, puissant en pa roles et en osuvres, ii accepta, pour le bien de ses compatriotes, les faveurs de la fortune, qui, reconnaissant en lui le sang des rois, Papprocha des marches du trone. A vingt ans, il 6tait si parfait, qu fizchiel ravi le mettait au nombre des homines illustres que leur vertu preserve de la corruption generate, et qui sauvent les peuples. Vous conriaissez, Messieurs, sa merveilleuse histoire ; elle se re sume dans une double action qui aboutit a la delivrance des captifs. Par la courageuse intervention de ses prieres et de ses menagantes predictions, ii contint les oppresseurs de ses freres, et penche, commela misericorde divine, sur les restes attristes et decourages de sa nation, il les rassembla autour d une esperance dont il precisa, mieux que personne, la prochaine realisation. Toujours craint et admire des grands, toujours aim6 du peuple, il s endormit paisiblement et le cceur comble de d^sirs, au lieu de son exil.
, Je ne vous dirai rien, Messieurs, du coup providentiel qui fit tressaillir cet homme de desirs, sous
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la pierre de son tombeau, rien de la derniere grande 6poque judaique, rien des Ndbi qui ramenerent en chantant les fils de Jacob aux rivages sacr6s de la patrie, rien de ceux qui les encouragerent dans la reconstruction de la cit6 sainte et du temple de Dieu. Mon but est atteint. De nouveaux details vous fatigueraient, sans ajouter aucun trait saisissant a la physionomie des prophetes. Vous les voyez dans les clartes de Fhistoire, et vous pouvez estimer, maintenant,^ leur juste valeur, les pu6rilites miserables dont ont ri et rient encore tous les esprits epais, toutes les ames triviales que remorquent a travers le
monde les mauvais plaisants de Fincredulite. L erreur, malgr6 des efforts desesp6res, n a jamais pu faire, a sa maniere, une histoire gen6rale des pro phetes; elle s est contentee de recourir a des partir cularites Isoldes dans le contexte des evenements et des Merits, de jnger, d apresle langage et les mceurs modcrnes, le langage et les mceurs de I antiquit6, ne tenant aucun compte ni du caractere ni des usages propres a d autres temps et a d^autres lieux : de la des affirmations sans consistance, dont vous venez d entendre le solennel dementi. Au lieu de ces hommes vils et grossiers, de ces intrigants sans pudenr, de ces rSveurs sans dessein, de ces rapsodes sans autorite, de ces brouillons fougueux, de ces
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menteurs publics, de ces charlatans sacres, qu une critique impie a pretendu livrer a vos mepris, vous avez devant vous des citoyens sublimes, des liommes de gnie, des missionnaires de la v6rite, des patriotes, des libres, des h6ros, des martyrs, des saints, des inspires, dignes, malgr6 Peloignement des temps et rinfirmite de la loi sous laquelle ils ont vecu, d etre proposes comme modeles aux generations sanctifiees par la grace et le sang du Christ. Saluezles, Messieurs, et preparez-vous a entendre leur& oracles.