‹ Introduction au dogme catholique Tome 2Chapitre 30 sur 91 · Deut., cap. xxxn, v · texte numérisé non relu

Deut., cap. xxxn, v

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son peuple avec les nations 6trangeres est abomi nable a ses yeux. Cependant, les Juifs, si souvent et si durement eprouves, pendant que s etale sous leurs yeux la brillante prosp6rite des grands empires, peuvent etre tentes d appuyer leur faiblesse sur les bras robustes qui leur sont tendus, et desirer une part des .depouilles de tant de nations vaincues. II importe done de leur montrer que tout est mensonge dans la fortune qui les eblouit et que, sous de seduisantes apparences, se preparent les plus affreux desastres. Tel est le but des oracles sacr6s qui ont pour objet les destinies des nations. Prevenu longtemps a Favance des calamites qui les attendent, Juda se concentre dans sa propre vie, et, tout faible qu il est, il s appuie tranquillement sur le bras im mobile de Dieu, certain qu il porte en lui-meme les germes d une ternelle duree, tandis que les forces factices de ses ennemis vont s^puiser petit a petit, et s ^teindre un jour dans une honteuse agonie.

Rien ne le seduit dans la fortune des empires; mais Faction tenebreuse du d6mon, perpetuellement en lutte avec Faction de Dieu, ne cesse de Finviter a Fapostasie. Enclin a la superstition et a Fidolatrie d^puis Tesclavage d Egypte, il voit surgir de toutes parts des faux prophetes qui cherchent &le tromper par leurs oracles mensongers. Comment resisteiait-

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il a cette detestable influence, si Dieu ne rmiltipliait ses inspirations, et ne portait aux devins du polytheisme de redoutables d6fis? Constamment eclaires par les manifestations de 1 Esprit divin, dont les propheties s accomplissent a la lettre, les Juits ne doivent plus avoir que du mepris pour les Ndbi de 1 erreur et ne sont plus tentes de consulter les ora cles des faux dieux.

Enfin, Messieurs (et c est la plus haute raison des oracles temporels), Dieu se devait a lui-meme de proteger le souvenir des propheties dont 1 objetetait plus releve, et dont I accomplissement devait se faire attendre longtemps encore. La foi dans son Christ et les esperances d un meilleur avenir, si souvent promis, ne se pouvaient soutenir par la seule autorite d oracles toujours suspendus; et, d un autre c6te, les Juifs ne pouvaient bien connaitre Faction de PEsprit-Saint dans Tame des voyants, qu autant que TEsprit-Saint lui-meme leur donnait im temoignage actuel et certain de sa presence. Or, rien de plus propre a atteindre ce double but que les ora cles temporels. Leur accomplissement devenait, aux yeux des Juifs qui en etaient les temoins, comme la dhine consecration des hommes qui les avaient prononces. Ge qu ils disaient des temps recules etait vrai, puisque les temps plus prochains leur don-

naient raison. Les generations pr^sentes, bien qu elles nedussent pas assister aux supremes evenements, envoyaient de loin au Promis de Dieu les baisers de leur foi revivifiee par les manifestations d en hant, et elles s endormaient dans Tesperance que 1 ombre du Messie viendrait visiter leurs tombeaux et remuer leurs cendres depuis longtemps oubliees.

Telles sont, Messieurs/ les raisons qui nous expliquent les deux mouvements paralleles de la prophetie : Tun se dirigeant en ligne droite vers la grande figure du Messie, 1 autre suivant pas a pas les destinees temporelles du peuple. Nous y voyons que ce dernier mouvement est ordonne au premier, dont il appuie et soutient la marche, et qu en definitive tout objet temporel et secondaire cles oracles sacres se resout dans Tobjet spirituel et primaire : Tidee et les evenemerits messianiques, auxquels nous devons maintenant appliquer exclusivement notre attention.

Que le Messie soit 1 objet des prophSties bibliques, que ce Messie soit Jesus-Christ, ce sont choses que j affirme aujourd hui, Messieurs, m engagcant a les prouver dans nos plus prochaines conferences. Pour

le moment, je m attache a cette seule consideration : que Tobjet spirituel et primaire des oracles sacres n a pas 6t6 d6fmi d un seul coup, mais s est developpe progressivement, jusqu a ce que les accents prophetiques expirassent dans la bouche du dernier des voyants de Pancienne loi.

Le p6re du genre humain regoit de Dieu la promesse, toute nue en quelque sorte, d un liberateur, et la transmet a ses enfants. Gette promesse bondit a travers les generations, jusqu au pere des croyants, qui, s6par6 du reste des peuples, apprend qu il porte dans son sein la benediction feconde d oti doit sortir Gelui que le monde attend. Jacob 1 apergoit dans le sang de son flls Juda, et entrevoit l 6poque de son apparition. La race, latribu, le temps encore incertain, mais designe par un venement, trois traits primitifs auxquels Mo ise ajoute les caracteres precis de Tinspiration, de la redemption et du commandement. Ici TEsprit divin se repose, en attendant que les agitations du peuple juif soient apaises. David reunit les tribus sous son sceptre, et commence une souche royale. II entend, alors, le serment de Jeho vah, qui jure que le Messie sera pris dans sa famille; pere fortune, il appelle son fils, il demande a le voir, et Dieu se plait a lui montrer ses humiliations, ses opprobres, ses douleurs, sa mort, mais, aussi, sa r6-

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surrection, sa puissance, sa gloire, son r6gne. Une explosion merveilleuse s est faite par la bouclie du roi-prophete, et, depuis qu ila parle, les traits viennent de toutes parts. La figure du Promis se dessine avec une incomparable splendeur : il sera prophete, thaumaturge, prtre, victime, sauveur, docteur, 16gislateur, pasteur, roi, maitre du monde entier; et, pour tout achever, Isa ie, apres avoir revile le mystere de sa naissance, s crie : C est Dieu avec nous, Emma nuel! Michee montre la bourgade ignoree ou sera son berceau; Daniel compte, avec une precision matheniatique, les annees qui doivent s ecouler jusqu a sa venue, et Malachie fait apparaitre son precurseur. Ainsi, Messieurs, riende precipite, rien de soudain

dans les oracles quipreparent Tarriv6e du Desire des nations. Us se deploient majestueusement sur une echelle de plus de quarante siecles. Au jour marque, ils s arretent, afin de ne pas toucher Tevenement de trop pres; quatre cents ans doivent s couler encore depuis Malachie jusqu a la naissance du precurseur, et, pendant ces quatre cents ans, les voix inspires se taisent. Pourquoi cela?Pourquoi pas de nouveauj anneaux a cette chaine mystrieuse, qui doit relief ensemble les deux extremites de notre misere et de notre gloire, la chute et la reparation? Si le souffle prophetique eut habite notre poitrine, nous en eus*-

sions rempli les quatre siecles qui separent Malachie de Jean-Baptiste; mais nous eussions moins bien fait que Dieu. II acheve longtemps avant 1 heure de 1 avenernent le portrait anticipe du Messie, afin qu il fut bien constate que les propheties taient anterieures a leur accomplissement; afin qu on n accusat pas d une miserable substitution celui qui aurait parle la veille des evenements; afin que le peuple, par egard pour la majeste du Fils de Dieu, se recueillit dans une respectueuse attente; afin que les Juifs, colonists dans toutes les parties du monde, eussent le temps d y semer leurs esperances.

Quand parut Jesus-Christ, toutes les nations, penchees vers le coin de terre ou il prit naissance, attendaient la venue d un liberateur. Une tradition, vieiilecomme le monde, emportait les esperances et les desirs vers Gelui qui devait venir. Les Ghinois Tappelaient : L homme d Occident, le veritable saint. Les livres sacres des Perses : La parole, dont lenom est : Je suis. Les Mexicains et les Scandinaves : Le vainqueur des dieux et du grand serpent. Les druides : Le fils de la merge qui devait enfanter. Eschyle, par la bouche de Promethee : Le geantindomptable,pere tfun tonnerre plus terrible que celui de Jupiter, le Dieu qui remplacerait Promethee dans ses souffrances, et descendrait pour luijusqu au fond des abimes.

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Prometh6e, dans sa logende : Le cher fils d un pere ennemi. Platon,dans son Aldbiade:Le Logos, le Verbe, le Sauveur, le Fils de Dieu. Et, debout sur le seuil du nouvel age, Virgile chantait * :

Les temps annonces par la Sibylle sont arrives* L ordre immense des siecles prend un nouveau cours.

Un enfant, pere d une nouvelle race, est envoye des cieux.

II prendra vie au sein de la Divinit6,

II verra les hros mls aux dieux et sera luimme distingu^ par eux.

II gouvernera Tunivers apais6 par les vertus de son pere.

Le temps arrive, viens prendre tes grands honneurs.

Viens, cher fils des dieux, grand rejeton de Ju piter J

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