‹ Introduction au dogme catholique Tome 2Chapitre 6 sur 91 · I. BOOCQ · texte numérisé non relu

I. BOOCQ

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vies dont Tune, indivisible, enveloppe, comme une sphere, celle qui est divisible : voila, Messieurs, un mystere immense, qu il iaudrait expliquer, ce me semble, avant de contester k Dieu la puissance de prevoir, avant mme de chercher a expliquer cette puissance, d6s qu on la lui accorde.

Mais, n eussions-nous aucune donnee m6taphysique sur laquelle il nous fut permis d appuyer directement cette affirmation : Dieu connait les choses futures, nous ne devrions pas 1 abandonner encore, car les necessites du gouvernement divin la reclament. Si Tavenir etait scelle pour Dieu, comme pour nous, il ne pourrait plus diriger toutes choses qu avec des tatonnements pleins de perils pour sa puissance supreme et pour la destinee finale de toute creature. A chaque instant, des complications nouvelles viendraient embrouiller la trame de ses desseins ; pendant que le monde physique marcherait en paix, sous 1 empire de ses lois inflexibles, le monde moral le jetterait dans des perplexites sans cesse renouvelees,, et, comme un ouvrier malhabile a contenir les jeux d une puissante machine, il se dirait, a chaque instant : Que vais-je faire? Gomprenez bien cela, Messieurs : Si nous admettons que telle est la position de Dieu, nous nions son gouver nement providentiel sur la plus noble partie de son

ouvrage, le monde des intelligences litres : c est le deisme. Je vais plus loin : nous admettons dans une simple creature une energie capable de derouter Dieu et de le supplanter dans la direction de ses ceuvres; c est-a-dire, nous donnons la main au pantheisme humanitaire. Confessons done le noble et saint mystere de la prescience divine, si nous voulons eviter deux erreurs pleines d effroyables mysteres.

Je vous entends : vous ne refusez pas a Dieu la connaissance de Favenir, mais vous voulez qu il la garde pour lui, que son omniscience soit entouree de toutes parts comme de barrages qui en arretent recoulement. Qui vous rend si hardis que d impater a la divinite un de vos vices? Vous etes egoistes : soyez-le, si cela vous plait; mais ne faites pas remonter vos steriles passions jusqu aux entrailles paternelles de Dieu. G est le souverain bien, et le souverain bien aime aserepandre : summum bonuw est sui diffusivum. II se donne a lui-meme, et, pat ses largesses intimes, il peuple d une chaste genera tion la solitude de sa grande nature; mais, apres cela, il n est ni epuise ni concentre en lui-meme: il donne de son etre et de sa perfection a tout ce qu il cree. G est pour cela que nous sommes, que nous vivons, que nous pensons, et que nous portons

en nous-memes la vive image de notre Pere des cieux. Faut-il vous repeter ici, Messieurs, tout ce que j ai dit a propos de la revelation? Je pense que c est inutile. Si Dieu fait parler la nature, s il nous permet d epancher, dans un verbe qui eclaire et qui touchenos pensees et nos sentiments, notre science et notre amour, il ne peut pas etre reduit a se taire. II ne peut pas, ce grand muet, nous contempler a travers le ciel 6toile, voir les mouvements de notre vie, connaitre les abimes oil nous entrainent nos passions, et ne pas nous dire : Prenez garde; vouloir venir a notre secours, et ne pas nous dire : Attendez-moi; nous visiter, si cela lui plait, et ne pas nous dire : Preparez-vous. En lui refusant de reveler Favenir, nous n offenserions pas moins sa perfection qu en lui refusant de le connaitre.

Dieu connait done Favenir, ii peut en communiquer la connaissance, la prophetic est possible; voila qui est pour moi une verite aussi claire que le jour. Gontre cette verite, je n ai rencontre qu une misera ble objection dont je ne vous ferai pas grace. II est evident, a-t-on dit, qu onne peutsavoir Favenir, parce qu on ne peut savoir ce qui n est pas. Gela serait vrai, Messieurs, si Favenir etait purernent et simplement le neant. Mais, n en deplaise aux ennemis de la prophetic, Favenir est une realite, soil dans

NATURE ET POSSIBILITY DE LA PROPflftTIE

les causes qui le preparent, soit dans la science minente et transcendante de Celui qui vit avec tous les temps, et pour qui tout est certilude. Quand un astronome se met en rapport avec les lois naturelles qui doivent amener les phases ou le retour d un astre en mouvement, ces phases et ce retour sont pour lui des realites, bien qu elles n existent pas presentement a 1 etat d effets produits; mais il les voit dans leurs causes. De mme, quand une ame privilegiee est nrise en rapport avec la science infinie de Dieu, qui connait d une maniere certaine toutes les choses futures, ces choses deviennent pour elle des realites, bien qu elles n existent pas a Petat de faits accomplis; car il suftit qu elles soient vues a Fetat de possibilites determinees dans la prescience divine. Done, j ai biendit : cette objection, a propos de la possibilite prophetique : II est evident qu on ne peut savoir Tavenir, parce qu on ne peut savoir ce qui n est pas, est une objection miserable. Elle accuse> ou la profonde malice de Tiniquite qui se ment a elle-meme, ou une profonde ignorance des principes elementaires de la philosophic. Ghoisissez, Messieurs; et, selon que vous aurez choisi, dormez a Voltaire le nom qui lui convient l .

1, Philosophic de I histoire, chap, XXXI, Des oracles.

II est temps de finir ; mais, avant de vous quitter, je veux me servir des principes que je viens d etablir, pour vous rendre un hommage. Si vous vous appliquez a vous-memes cette verite : La prophetie est possible, vous verrez que non seulement elle honore Dieu, qui connait et revele Tavenir, mais qu elle voushonore. Elle vous honore, car elle vous apprend que le maitre dela vie peut vous traiter avec respect, en vous prevenant contre les surprises brutales du temps et des evenements. Elle vous honore, car elle vous apprend que, grace a la revelation des secrets clivins, vous pouvez preparer de loin les generations qui naissent de votre sang aux epreuves ou aux gloires de 1 avenir. Elle vous honore, car elle vous apprend que Dieu peut achever en vous sa ressemblance, en ajoutant a la science du passe et du pre sent la science des ages qui ne sont pas encore, el en vous mettant avec lui, par la lumiere prophetique, au centre des temps. Configure a romriiscience divine, debout sur ce point culminant d ou son Toeil embrasse toutes les epoques, I homme, partici pant de la science divine, peut dire, avec plus de fierte que le grand poete Schiller : Je ne suis pas le citoyen du jour qui passe, je suis le citoyen des siecles a venir.

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