‹ Introduction au dogme catholique Tome 2Chapitre 7 sur 91 · DOUZIEME CONFERENCE · texte numérisé non relu

DOUZIEME CONFERENCE

DE L ACTION DE DIEU DANS LA MISSION PROPHETIQUIi

Messieurs,

La definition de la prophetic, exclnant toute vision de Favenir dans les causes naturelles, nous met necessairement en presence de Dieu. G est lui qui, place par son immobile et indivisible duree au sommet d ou les temps apparaissent sans nombre et sans succession, voit, d un seul coup, tout ce qui fut, tout ce qui est, tout ce qui sera; c est lui qui contemple, dans leur cause universelle, toutes les choses et tous les evenements; c est lui qui, par egard pour notre faiblesse et par amour pour notre perfec tion, laisse tomber de son sein, menaces, promesses, avertissements mysterieux, afin de prevenir nos oublis, nos d^sespoirs, nos folies, et, aussi, aiin de nous configurer a son omniscience, de nous placer

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avec lui au centre des temps, de faire de Thorn me, dont les jours sont courts et la vie fragile, le citoyen des siecles a venir. Enfin, Tacte prophetique est originairement un acte divin.

II n est done pas au pouvoir de Thorn me de se donner lui-meme comme representant de Dieu, en tant que revelateur de Tavenir ; mais celui-la seul que Dieu a choisi et consacre par sa presence illuminatrice a droit au titre auguste de prophete : c est-a-dire, Messieurs, que, pour qu il y ait des prophetes et des propheties, ilfaut qu il y ait une mis sion prophetique. Or, toute mission suppose deux termes : celui qui envoie, et celui qui est envoye; celui qui envoie, maitre souverain de son choix et de ses lumieres; celui qui est envoye, recevant des communications, les manifestant et les prouvant a ceux a qui elles sont destinees. D ou deux choses a considerer dans la mission prohetique : Taction de Dieu, et le concours de Thomme. Apres avoir ecart6 diverses suppositions qui pourraient troubler nos idees et fausser notre jugement, je vais dcrire aujourd hui Taction de Dieu.

Puisque la prophetic vient de Dieu, il fautbien,

Messieurs, que Dieu se communique aux prophetes , mais il n est pas necessaire qu il s approche, qu il s ouvre et regoive leur esprit, comme il regoit dans les eieux 1 esprit des bienheureux auxquels il revele ie secret de son essence, raison supreme de toutes choses. Le prophete, disent les saintes Lettres, regarde de loin les choses divines *, comme le navigateur les constellations propices qui dirigent sa course sur les flots oil les hommes, qui passent depuis si longtemps, n ont laisse ni empreintes ni chemins ; tandis que le juste qui a touche les terres sacrees de la patrie, et qui s y enivre de la felicite promise, contemple de pres, voit la lumiere dans la lumiere ; car il a etabli sa demeure devant le visage adora ble de Dieu : Habitabunt recti cum vultu tuo 2 . Entre Tune et Fautre vision, il y a les abimes qui separent la perfection commencee de la perfection consommee. La vision prophetique peut varier selon les latitudes du temps, comme varient la lumiere et la cbaleur selon les latitudes du globe ; mais la vision beatifique est a jamais fix6e. Elle remplace on, plutot, elle acheve toutes les communications et epanchements de Tastre divin ; c est pourquoi saint Paul a dit qu a son approche les propheties elles-memes

\. Erant a longe aspicientes. (Hebr., xr, 13.) 2. Ps. cxxxix.

tomberaient dans le vide : Prophetic^ evacuabuntur l .

Nous ecarterons done, Messieurs, la supposition de ceux qui pretendent que les propbetes voient Favenir dans 1 essence divine elle-meme. Gette supposition, qui parait faire honneur aux envoyes deDieu, mine par la base la demonstration qu on peut tirer des propheties, car elle nous etablit sur une impossibilite. Rien ne la justifie, ni la necessite du commerce de 1 intelligence bumaine avec Intelligence divine, quand il s agit d acquerir la connaissance des cboses cacbees, ni les subtiles distinctions par lesquelles on s efforce de separer la vision propbetique de la vision beatifique.

Dieu dispose de tous les etres, comme d instruments dociles qui plient, sans murmure, a ses souveraines volontes. Sous ses mains babiles et puissantes, les elements de la matiere sont prets a prendre toutes les formes; notre entendement, notre imagi nation, nos sens, comme une cire maniable et duc tile, peuvent recevoir de lui mille empreintes que nous demanderions en vain a la nature; les esprits superieurs, baignes dans sa lumineuse essence, nous envoient, par un simple mouvement, les rayons brises, amoindris, mais toujours eclatants de sa

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