‹ Introduction au dogme catholique Tome 2Chapitre 8 sur 91 · I Cor., cap. xin, v · texte numérisé non relu

I Cor., cap. xin, v

gloire et de sa science : c est assez de causes, ce me semble, pour expliquer le phenomene dela vision prophtique. D autre part, la connaissance du prophete et la connaissance du bienheureux ne peuvent differer d objet et de resultat, si elles ont toutes deux ane mme cause : la revelation de Fessence divine ne se partage pas; Fessenee divine est vue ou elle n est pas vue. Dire que les prophetes la contemplent, non pas en tant qu elle est Fobjet de la beatitude 6ternelle, mais en tant qu elle contient les raisons des ev6nements futurs, c est vouloir diviser Findivisible. Dieu est Fobjet de la beatitude eternelle par son essence mme, et, son essence etant substantiellement la raison de toutes choses, on ne peut voir la raison des choses, soit presentes, soit futures, sans voir Fessence meme de Dieu, sans passer, par conse quent, de Fetat de voyageur, de pelerin sur cette terre, aFetatd homme fixe dans son terme supreme, sans arriver, bien que Funiversel ecueil de la mort n ait pas ete franchi, au port de Finamissible felicite. Dut-on separer, par un acte ideal, la raison des choses de Fessence qui les contient, on n echapperait pas a cette difficulte; car, voir en Dieu la raison des choses, c est le voir dans ses rapports avec les creatures. Or, cette vision de Dieu lui-meme, dans ses rapports avec les creatures, est posterieure et

dependante, relativement h la vision de [ essence divine, objet de la beatitude eternelle, comme la \ision des objets dans un miroir est posterieure et dependante, relativement a la vision da miroir luimeme. La premiere chose qui tombe sous nos yeux, quand nous cherchons notre image dans une suri ace polie qui nous la renvoie, c est la surface ellememe ; ainsi, la premiere chose qui se presente aux regards de Fintelligence humaine, quand elle cherche la raison des choses dans 1 essence divine, c est 1 essence divine elle-meme. II est done impossible de distinguer la vision prophetique de la vision beatiiique, si Ton pretend que les prophetes voient Favenir dans 1 essence de Dieu.

Gette impossibility Messieurs, nous force de recourir a certaines ressemblances, figures, represen tations, formes intelligibles que Dieu inonde de ses clartes et qui deviennent ainsi le moyen de la vision prophetique, ce qui n empeche pas cette vision d etre appelee divine, parce que 1 esprit, soudainement eclaire, remonte, par un mouvement spontane, vers la source de toute lumiere, et fait lui-meme la re duction des apparitions qui 1 instruisent dans 1 omniscience de Dieu. G est plutot cette illumination de 1 esprit humain, par des images et des especes, qu il iaul appeler le miroir de 1 eternite, que Tessence di-

DIEU DANS LA MISSION PROPH fill QUE 37

vine elle-meme: car Pessence divine represente les choses par voie de causalite et d exemplarite, c est-

a-dire en tant qu elle en est le principe et le type eternels ; mais elle n en regoit pas les images pour les r6flechir comme un miroir, ce qui serait un acte imparfait, tandis que la lumiere prophetique est un milieu dans lequel se dressent, pour arriver jusqu nous, les v6rites cachees dans le sein de Dieu. C est done le veritable miroir de l 6ternite, reprsentant la prescience de Gelui qui, dans TeternitS, voit tout presentiellement : Speculum ceternitatis, quasi reprcesentans Dei prcBscientiam^ qui in sua ceternitate omnia prxsentialiter mdet *.

Gette supposition, que le prophete voit Favenir dans Tessence divine, etant ecartee, il nous est facile de determiner Tetendue et la duree de la revela tion prophetique. Elle est essentiellement limitee aux figures que Dieu adapte lui-meme a tels ou tels evenements, bien loin qu elle contienne toute la science de 1 avenir. L histoire, composee des actes diviss de la liberte humaine, n a de connexion que dans la science infinie de Dieu ; c est le prin cipe commun qui fond ensemble toutes les epoques et en constitue la magnifique unit6. II fau-

i. Summ, Theol., 2. 2. p,, qusest. 113, art. 1, c

drait voir clairement ce principe et en decouvrir toute la puissance, pour connaitre ce qu il contient. Mais, s il se cache, il n est nullement necessaire que les verites qui en dependent descendent toutes en semble dans Intelligence humaine. L une apres 1 autre, elies peuvent t aire leur apparition, poussees par la verite premiere qui les couvre d un vetement, au moyen duquel nous les distinguons entre elles ! .

Limitee quant son etendue,la vision prophetique est encore limitee quant a sa duree. Nous venous de le voir : ce n est pas Dieu, principe et raison des choses, quise communique a Fintelligence des prophetes; c est une forrne creee qui descend vers eux, et leur represente individuellement les choses se cretes qu ilS doivent connaitre. Lalumiere eternelie ne demeure done pas en eux, comme une forme ; permanente et parfaite, nineconstitue dans leur ame, par de continuels epanchements, une habitude qui ne convient qu aux enfants de la patrie celeste. C est un eclair qui passe et fend les ombres des vastes abimes ou sont ensevelis les temps futurs. Les faits n y apparaissent qu un moment, comme les fantomes qu eclairent, dans une nuit d orage, les lumieres

\. Summ. Theol., 2. 2. p., quaest. 171, art. 4, c.

rapides que degorgent sur la terre les nuages tourmentes par les convulsions de la foudre. Quand le prophete a vu ce qu il doit voir, e est assez ; les tcnebres de 1 avenir rentrent dans leur silence et lein immobilite. Pourquoi seraient-elles troublees davantage? Dieu a atteint son but. Ce n est pas precisement pour elever un homme qu il le choisit et le remplit d une mysterieuse science, maispouravertir, instruire et consoler son peuple. La permanence de nilumination prophetique n est aucunement necessaire en ce cas : il suffit qu elle traverse promptement 1 esprit humain et lui apprenne ce qu il doit savoir; apres quoi Thorn me rentre dans la condition des autres hommes. S il garde le nom de pro phete, c est en memoire de ce qui s est accompli en lui et des oracles tombes de sa bouche dans Thistoire de Thumanite; si on le revere, c est comme un sanctuaire ou Dieu aime a faire ses appari tions i.

Messieurs, ces explications nous mettent a 1 aise, et nous permettent d etudier Faction de Dieu dans la mission prophetique. II intervient extraordinairement; cependant, il ne fait pas sortir Fhomme de son etat actuel, qui estl etat de vision mediate, pour

1, Summ. Theol., 2. 2. p., qusest. 171, art. 2, c.

le faire passer a 1 etat de transformation finale, oft Ton voit immdiatement les choses divines; mais il agit sur ses facultes presentes et selon le mode de recevoir de ces facultes.

L homme peut recevoir les communications de Dieu de trois manieres : dans son intelligence, dans son imagination, dans ses sens *. Dans 1 intelligence, la lumiere eternelle descend silencieuse et discrete. Elle eveille un instinct mysterieux, ou bien elle se projette sur les parois ou s agite la foule tumultueuse de nos idees. Mieux eclairees, elles se revelent sans ombre ; 1 esprit en voit comme le fond et pro* nonce des jugements tout imprgns de la sagesse du Tres-Haut. Dans rintelligence, Tidee tombe du ciel, vtue, par Dieu lui-meme, de ses formes intelligibles et toute prete a se traduire par la parole. Semblable au maltre qui enseigne a son disciple une verite qu il ignore ou lui apprend les faits de 1 histoire, Dieu enseigne a ses prophetes les verit6s qu il lui plait de communiquer aux hommes, et leur ap-

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1. Summ. The<fifp. 2. p., qv%3f. 173, art. 2 et art. 3, c,

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